La quintessence de Schubert

La magie des trios de Schubert

Compte rendu du concert


La salle Bleue de l’Espace Croix- Baragnon de Toulouse s’est déplacée à l’Auditorium St. Pierre des Cuisines devant le succès attendu. Et c’est effectivement devant une salle comble que s’est produit Philippe Cassard, spécialiste indiscuté de Schubert, avec ses deux amis. David Grimal, au violon comme Anne Gastinel, au violoncelle sont des instrumentistes invités dans le monde entier et ont été dirigé par les plus grands chefs tout en faisant une belle carrière de chambriste. Ils étaient donc tous très attendus dans les deux trios de Schubert.
La complicité entre les musiciens a été d’emblée perceptible. L’homogénéité des sonorités n’a pas été trouvée immédiatement mais s’est construite rapidement. Si les deux trios sont beaux et agréables il a été sage de débuter le concert par le Trio en si bémol. Plus léger, plus dansant il a été source de jubilation et de belles énergies. Mais c’est bien avec le Trio en mi bémol majeur que l’osmose entre les instrumentistes, l’équilibre entre leurs sonorités ont atteint des sommets. Cette partition si originale qui débute et se termine avec jubilation est proprement prodigieuse. Privilégiant la précision rythmique, l’ampleur des nuances et la variété des couleurs, nos trois amis musiciens ont su insuffler une vivifiante énergie à chaque instant. La beauté des phrasés et la délicatesse des moindres traits ont provoqué le bonheur du public. C’est bien le thème sublime de l’Andante con Moto qui a porté le plus haut l’émotion. C’est de cet Andante qu’est tiré le fameux extrait du film Barry Lyndon qui ouvre et ferme l’histoire d’amour de Barry avec la belle Lady Lyndon. Mi mélancolique mi tendre et avec un charme fou, cette marche dansée concentre en son ambivalence tout le génie de Schubert. Ce soir le retour du thème tant aimé dans le final avec les arabesques et les volutes du piano a été un moment magique.  
Le public conquis a fait une belle ovation aux artistes. Le mouvement lent d’un trio de Beethoven a constitué un bis charmant et apaisant après ce bain d ‘énergie musicale.

Le public est là pour de la musique de chambre. Une saison spécifique pourrait connaître un grand succès à Toulouse. L’auditorium St Pierre des Cuisines est un écrin idéal. Le patient travail de commentaire que fait Philippe Cassard avec ses Notes du traducteur y est pour beaucoup. La saison de la salle Croix Baragnon avec son concert du mardi qui l’accueille régulièrement mérite d’être suivie. Nous en rendrons compte avec fidélité.

Hubert Stoecklin

Toulouse. Saint-Pierre-des-Cuisines, le 12-01-2016 ; Franz Schubert (1797-1828) : Trio n°1, D.898, en si bémol majeur ; Trio n°2 ,D.929,en mi bémol majeur ; David Grimal, violon ; Anne Gastinel, violoncelle, Philippe Cassard, piano .

Tugan Sokhiev Maestro Crescendo


Concert du Nouvel An : Crescendo !


Salle comble le premier janvier pour le deuxième concert du nouvel an. La veille au soir les musiciens avaient offert le même programme aux toulousains. Un public rajeuni, et expressif a ovationné les artistes après chaque pièce. Cette relation de plaisir et de confiance entre musiciens, soliste, chef et le public a été le moteur d’une alchimie sophistiquée. Car ce programme qui en apparence comprend des pièces « faciles » est en fait exactement construit pour mettre en valeur toutes les facettes de la musique et la subtilité des instrumentistes. Thème général russe certes, avec un joyau belcantiste en son sein du plus sensibles des compositeurs de bel canto italien : Vincenzo Bellini. Cela fonctionne à merveille et la délicatesse, la longueur de souffle, l’élégance et la beauté sonore du hautboïste ont apporté une instant de magie fraiche et nuageuse au milieu de couleurs flamboyantes et de rythme irrésistibles. Car si le hautbois d’Alexeï Ogrintchouk est fêté dans le monde entier, ce soliste et ce chambriste inestimable a semblé pendre un plaisir immense lors de l’interprétation des arabesques, volutes et phrases planantes du concerto de Bellini sous la direction lyrique de Tugan Sokhiev. L’entente a été admirable entre les musiciens. L’humour et la malice du final prestissimo ont renforcé encore une complicité exquise.
Les extraits des principaux ballets de Tchaïkovski ont été un enchantement sous la direction si idiomatique de Tugan Sokhiev. Nous avons toujours loué ses interprétations de Tchaïkovski dont il a régalé Toulouse à l’opéra comme au concert.   Même en extraits si précis, le charme de la théâtralité opère, chaque extrait est situé dans l’histoire du ballet. En état de grâce le chef a dirigé tout le concert sans baguette dans un don complet de sa personne. Gestes expressifs de danseur, d‘escrimeur, de cavalier, de torero, sourire aux lèvres, yeux noirs ou malicieux, le spectacle de cette gestuelle à l’esthétisme rare a été un enchantement à lui seul. Musicalement les instrumentistes ont tous brillé, explosant de virtuosité et de beauté sonore. La direction si souple de Tugan Sokhiev obtient pourtant une précision rythmique incroyable. Les phrasés sont larges et toujours chantants, les couleurs variées tour à tour éblouissantes ou mordorées, les nuances portées par les mains si expressives du chef atteignent des sommets. Au point que Tugan Sokhiev puisse être proclamé « Maestro Crescendo ».
La deuxième partie du concert quitte Tchaïkovski pour Katchaturian et sa danse du sabre si prompte à mettre en valeur les percussions. Mais ce sont peut être les danses de Chostakovitch qui seront les plus irrésistibles en raison d’une humour incroyable de l’orchestration. Le trombone à coulisse de « Tea for two » ayant la palme,  indiscutablement. Le final par la (trop) courte suite de 1909 de l’Oiseau de Feu de Stravinski élargit l’espace sonore avec un crescendo final éblouissant de force maitrisée. Maestro Crescendo oui vraiment, merci Tugan Sokhiev pour ce programme si stimulant permettant de commencer l’année en pleine énergie !
Pris au piège de son succès, alors qu’un premier  bis a été donné (la vocalise de Rachmaninov ayant permis le retour du hautboïste sublime), puis la marche de Radetzky mettant le public sous la direction du chef avec un charisme incroyable, une partie du public a houspillé Tugan en  lui faisant comprendre qu’il n’était pas d ‘accord avec la fin du concert, lorsque celui ci voulait partir. Avec un « on ne m’a jamais fait cela », bousculé, mais heureux, Tugan Sokhiev est revenu diriger, musiciens et public pour la reprise de la fameuse marche de Radetzky : Un Grand moment de complicité et de partage. Avec un tel chef, un si bel orchestre  et un pareil public, l’année musicale s’annonce fabuleuse à Toulouse.
Hubert Stoecklin


Toulouse. Halle-aux-Grains, le Premier Janvier 2016 ; Piotr Ilitch TCHAÏKOVSKI : La Belle au Bois Dormant : Valse n°6 ; Le Lac des Cygnes : Danse Espagnole, Danse Hongroise Czarda ; Casse-Noisette : Danse des Mirlitons, Valse des Fleurs et Pas de deux ;  Vincenzo BELLINI : Concerto pour Hautbois et orchestre en mi bémol majeur ; Dimitri CHOSTAKOVITCH : Suite de Jazz n°2 : Valse II (Sérénade / Valse) et Little polka n°4, Tahiti-Trot ; Aram KHATCHATURIAN : Gayaneh,  La Danse du Sabre ; Igor STRAVINSKI : L'Oiseau de feu, Suite pour Orchestre (version 1919) : Danse infernale du Roi Kastcheï, Berceuse et Final ; Hautbois : Alexeï Ogrintchouk ; Direction: Tugan Sokhiev  .

Oreilles et yeux d 'or

Oreilles et yeux d 'or