{"id":1281,"date":"2009-10-23T09:12:00","date_gmt":"2009-10-23T09:12:00","guid":{"rendered":"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/?p=1281"},"modified":"2026-06-08T09:18:07","modified_gmt":"2026-06-08T09:18:07","slug":"chostakovitch-brahms-et-elgar","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/chostakovitch-brahms-et-elgar\/","title":{"rendered":"Chostakovitch Brahms et Elgar"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Un merveilleux  concert<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le chef d\u2019orchestre Oss\u00e8te Tugan Sokhiev, 32 ans, a le vent en poupe cet automne. Il retrouve son orchestre du Capitole de Toulouse, apr\u00e8s avoir dirig\u00e9 l\u2019Orchestre National de France au Th\u00e9\u00e2tre des Champs Elys\u00e9es, et surtout l\u2019orchestre Philharmonique de&nbsp; Vienne au pied lev\u00e9 \u00e0&nbsp; S\u00e9oul puis pour l\u2019ouverture de la saison symphonique de Vienne. Chef invit\u00e9 et tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 il s\u00e9duit les orchestres et les publics du monde entier tout en restant tr\u00e8s fid\u00e8le \u00e0 son port d\u2019attache au bord de la Garonne. Directeur&nbsp; musical de l\u2019Orchestre National du Capitole depuis le premier septembre 2008 il ne cesse de faire progresser l\u2019orchestre. La vari\u00e9t\u00e9 du concert de ce soir prouve son engagement dans bien des r\u00e9pertoires. Chostakovitch avant tout en ouverture festive, mais aussi Brahms (avec le concerto pour violon) sont des compositeurs qu\u2019il affectionne et dirige r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Toulouse. La d\u00e9couverte du soir a \u00e9t\u00e9 sa totale compr\u00e9hension du style d\u2019Edward Elgar avec des variations Enigma qui resteront dans les m\u00e9moires.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;La notion de joie chez Chostakovitch.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce compositeur Russe qui a tant souffert d\u2019un r\u00e9gime totalitaire incoh\u00e9rent capable de le porter au pinacle comme de le vouer aux g\u00e9monies n\u2019a que trop rarement de mouvement de joie dans son \u0153uvre. <em>Cette ouverture de f\u00eate est donc un moment rare dans sa vie. <\/em>Cette commande officielle de 1947 pour la c\u00e9l\u00e9bration du trenti\u00e8me anniversaire de la r\u00e9volution d\u2019octobre sera oubli\u00e9e car entre temps le rapport Jnadov avait mis Chostakovitch au rang des formalistes \u00e0 abattre. Le sort fut cl\u00e9ment \u00e0 cette page de joie en lui permettant d\u2019\u00eatre cr\u00e9\u00e9e en 1954 donc apr\u00e8s la mort de Staline. On sait que la mort du tyran fut un jour de joie pour un grand nombre, on peut donc penser que secr\u00e8tement Chostakovitch ne pouvait esp\u00e9rer jour plus radieux pour cette ouverture de f\u00eate. Cette tr\u00e8s courte pi\u00e8ce est fulgurante. Elle a \u00e9t\u00e9 prise dans un tempo d\u2019enfer par un Tugan Sokhiev \u00e0 la direction millim\u00e9trique. Tous les pupitres de l\u2019orchestre ont brill\u00e9. Les sonneries des cuivres en ouverture sont rutilantes, les bois et tout particuli\u00e8rement\u00a0 les fl\u00fbtes sont plein de fra\u00eecheur et d\u2019esprit. Les violons planent au plus haut et les percussions se jouent des diableries \u00e9crites pour elles. Tout fuse, \u00e9clate et explose de joie. Les clins d\u2019\u0153ils de la partition sont soulign\u00e9s avec esprit dans un \u00e9quilibre bien dos\u00e9. Le public toulousain qui commence \u00e0 bien conna\u00eetre Chostakovitch, car Tugan Sokhiev le dirige souvent, a appr\u00e9ci\u00e9 tout particuli\u00e8rement les richesses de cette ouverture de concert enthousiasmante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Concerto plut\u00f4t Beethovenien<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le concerto pour violon de Brahms<\/em> a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 pour son grand ami le violoniste Joseph Joachim et a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1879. Quasi contemporain de la deuxi\u00e8me symphonie, il b\u00e9n\u00e9ficie de la lumi\u00e8re et de l\u2019\u00e9nergie qu\u2019un r\u00e9cent voyage en Italie a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 Brahms. L\u2019aspect solaire et presque h\u00e9doniste de ce concerto, \u00e9loign\u00e9 des affres d\u2019un romantisme brumeux et sombre, rend cette \u0153uvre assez singuli\u00e8re dans le corpus brahmsien. Une certaine tradition l\u2019alourdit et\u00a0 l\u2019assombri oubliant qu\u2019avant d\u2019\u00eatre un bedonnant barbu peu soign\u00e9, Brahms a \u00e9t\u00e9 un jeune homme m\u00e9lancolique et doux \u00e0 la superbe chevelure dor\u00e9e qui avait une allure de prince charmant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La tr\u00e8s belle Akiko Suwana\u00ef semble incarner l\u2019\u00e9l\u00e9gance. <\/strong>Cette japonaise, enfant prodige qui a remport\u00e9 \u00e0\u00a0 18 ans le si difficile concours Tchaikovski joue sur le <em>dauphin, c\u00e9l\u00e8bre Stradivarius<\/em> ayant appartenu \u00e0 l\u2019immense Jascha Heifetz. La sonorit\u00e9 en est velout\u00e9e et rayonnante sans la moindre agressivit\u00e9. La jeune femme a un toucher de l\u2019archet sur les cordes d\u2019une grande d\u00e9licatesse qui semble toujours laisser une marge confortable \u00e9vitant toute saturation du son. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tugan Sokhiev a su offrir des interpr\u00e9tations tr\u00e8s engag\u00e9es du deuxi\u00e8me concerto de Brahms avec Nelson Freire en 2008 ou Philippe Bianconi cette ann\u00e9e. Dans une extraordinaire interpr\u00e9tation de la\u00a0 deuxi\u00e8me symphonie, il a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 aux toulousains, combien son orchestre pouvait trouver les couleurs du romantisme brahmsien. <strong>Ce soir respectant probablement le jeu retenu de la soliste, il a choisi de faire de ce concerto, le dernier concerto classique<\/strong>. Ainsi le premier mouvement est donn\u00e9 avec peu de nuances, un strict respect du rythme et un tempo tr\u00e8s stable. Le jeu d\u2019Akiko Suwana\u00ef est tr\u00e8s mesur\u00e9 ne s\u2019autorisant aucun \u00e9panchement. La pr\u00e9cision des attaques \u00e9gale celle du rythme. Apr\u00e8s ce premier mouvement un peu trop respectueux du texte et emprunt d\u2019un classicisme de trop bonne tenue, le deuxi\u00e8me mouvement a enfin permis \u00e0 l\u2019\u00e9motion de gagner du terrain. La superbe symphonie de bois et cors qui ouvre cet adagio d\u00e9licatement bucolique a \u00e9t\u00e9 nuanc\u00e9e et phras\u00e9e avec une grande d\u00e9licatesse, dans une nuance pianissimo par un orchestre \u00e0 l\u2019\u00e9coute chambriste attentive et complice. Cette virtuosit\u00e9 non ostentatoire dit la qualit\u00e9 du pupitre des bois bien connue \u00e0 Toulouse et la solidit\u00e9 des cors qui ne cesse de progresser. La sonorit\u00e9 pleine et soyeuse d\u2019Akiko Suwana\u00ef \u00e9pouse les phras\u00e9s souples et les nuances d\u00e9licates de l\u2019orchestre. Ce mouvement restera comme une rencontre pleine de gr\u00e2ce mais un peu tardive et sans suite car le dernier mouvement redeviendra trop poli et \u00e0 la limite d\u2019une certaine s\u00e9cheresse du cot\u00e9 de la soliste.\u00a0 Elle ne semble pas comprendre l\u2019aspect populaire et un peu rural de ce mouvement tzigane qui doit tendre vers le presque canaille pour faire tout son effet. Pourtant Tugan Sokhiev ressert le rythme afin de provoquer la danse mais ses intentions et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 pleine\u00a0 d\u2019esprit de sa direction ne distraient pas la soliste de sa trop grande sagesse. La virtuosit\u00e9 est impressionnante, mais\u00a0 cette version est comme entrav\u00e9e par la soliste. Cette interpr\u00e9tation n\u2019obtient que des applaudissements polis car le public sait quelle intensit\u00e9 Tugan Sokhiev et son orchestre\u00a0 peuvent mettre dans Brahms.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le post romantisme leur va si bien<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les 14 variations Enigma d\u2019Edward Elgar repr\u00e9sentent la premi\u00e8re partition pour grand orchestre qui donna toute sa notori\u00e9t\u00e9 de symphoniste \u00e0 Elgar alors \u00e2g\u00e9 de 42 ans. <\/em>La structure complexe, l\u2019habilet\u00e9, l\u2019originalit\u00e9 des couleurs et des rythmes font merveille et cette suite est tr\u00e8s aim\u00e9e du public, surtout Outre-Manche. Les portraits sugg\u00e9r\u00e9s en forme de myst\u00e8res sont un stimulant pour l\u2019esprit. La richesse harmonique et les vari\u00e9t\u00e9s d\u2019orchestration se chargeant de s\u00e9duire les sens. Tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 la structure tant dans le d\u00e9tail que dans l\u2018architecture g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u0153uvre Tugan Sokhiev rend parfaitement lisible cette partition non exempte de faiblesses, voir de risque de grandiloquence. Quand un chef de cette trempe prend \u00e0 bras le corps cette partition elle brille autant qu\u2019elle \u00e9meut. L\u2019orchestre retrouve enfin avec le chef l\u2019harmonie d\u2019une entente compl\u00e8te qui a un peu fait d\u00e9faut dans Brahms. <strong>Tous les pupitres font assaut de virtuosit\u00e9 et de musicalit\u00e9, les phras\u00e9s sont vari\u00e9s et les nuances profond\u00e9ment creus\u00e9es et l\u2019instant magnifique qui fait toute la s\u00e9duction de la direction de Tugan Sokhiev arrive. <\/strong>Lui qui jamais dans cette musique post romantique n\u2019abandonne la structure et la pr\u00e9cision rythmique, rassur\u00e9 par l\u2019attention constante de tous ses musiciens, en tournant la page pose sa baguette et d\u2019un geste ample \u00e9largi sa battue obtenant de tout l\u2019orchestre un phras\u00e9 d\u2019une libert\u00e9 d\u2019albatros dominant l\u2019oc\u00e9an. Les gestes bras grands ouverts\u00a0 donnent au phras\u00e9\u00a0 de l\u2019adagio de la variation IX toute l\u2019ampleur qu\u2019elle r\u00e9clame. Le sublime, comme approch\u00e9 dans cet adagio planant, reviendra dans la variation finale qui conclut ce cycle de mani\u00e8re grandiose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une nouvelle incursion dans un r\u00e9pertoire que l\u2019orchestre et son chef d\u00e9fendent avec talent. On attend une quatri\u00e8me symphonie de Mahler programm\u00e9e cette saison avec l\u2019espoir d\u2019une suite et d\u2019un abord prochain de l\u2019\u0153uvre de&nbsp; Sibelius.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toulouse. Halle aux Grains, vendredi 23 octobre 2009. Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Ouverture de f\u00eate, op. 96&nbsp;; Johannes Brahms (1833-1897), Concerto pour violon en r\u00e9 majeur, op.77&nbsp;; Edward Elgar (1857-1934), Variations Enigma, op.36&nbsp;; Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction, Tugan Sokhiev&nbsp;; Akiko Suwana\u00ef, violon&nbsp;;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un merveilleux concert Le chef d\u2019orchestre Oss\u00e8te Tugan Sokhiev, 32 ans, a le vent en poupe cet automne. 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