{"id":1287,"date":"2010-01-15T09:26:00","date_gmt":"2010-01-15T09:26:00","guid":{"rendered":"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/?p=1287"},"modified":"2026-06-08T09:28:52","modified_gmt":"2026-06-08T09:28:52","slug":"la-premiere-damnation-de-faust-de-tugan-sokhiev-repond-a-toutes-les-attentes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/la-premiere-damnation-de-faust-de-tugan-sokhiev-repond-a-toutes-les-attentes\/","title":{"rendered":"La premi\u00e8re Damnation de Faust de Tugan Sokhiev repond \u00e0 toutes les attentes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une damnation revigorante \u00e0 souhait&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Damnation de Faust est une \u0153uvre belle et riche qui n\u2019a pas, du moins en France, le succ\u00e8s qu\u2019elle m\u00e9rite. Il semble tr\u00e8s difficile de monter de mani\u00e8re simplement satisfaisante cette \u0153uvre hybride, r\u00e9clamant un orchestre somptueux, un chef inspir\u00e9 et des chanteurs aux qualit\u00e9s quasi introuvables. Par ailleurs les ch\u0153urs sont vari\u00e9s et difficiles et l\u2019intervention finale des enfants doit \u00eatre c\u00e9leste. Des v\u0153ux m\u00eame de Berlioz, toute &nbsp;mise en sc\u00e8ne ou m\u00eame de mise en espace est nuisible tant la partition contient d\u2019images et de r\u00eaves communicables facilement \u00e0 l\u2019auditeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toulouse semble aimer cette \u0153uvre avec passion, et Michel Plasson l\u2019y a souvent dirig\u00e9e avec grand succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce concert \u00e9tait donc tr\u00e8s attendu au sein de la programmation de l\u2019<strong>Orchestre du Capitole<\/strong>. Tout le monde se demandait comment leur jeune chef, <strong>Tugan Sokhiev<\/strong> allait affronter les souvenirs de concerts si prestigieux&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Disons d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il a su proposer une lecture personnelle de la partition, une lecture plus carr\u00e9e que d\u00e9mesur\u00e9e, parfois un peu emphatique, mais en tous cas&nbsp; passionnante car port\u00e9e par un souffle dramatique constant. On peut toujours devant cette partition si excessive r\u00eaver de nuances plus subtiles, d\u2019\u00e9l\u00e9gance plus distanci\u00e9e, voir de plus de bruit en osant &nbsp;les cymbales suspendues pr\u00e9vues par Berlioz dans la Marche Hongroise. Toutefois Tugan Sokhiev a propos\u00e9 une immersion totalement r\u00e9ussie dans l\u2019univers de cette Damnation selon le jeune Berlioz gr\u00e2ce \u00e0 la coh\u00e9rence de cette construction. On ne peut que l\u2019encourager \u00e0 poursuivre l\u2019exploration des \u0153uvres vocales de ce compositeur car des beaux moments ont rappel\u00e9 le miracle de ses <em>Nuits d\u2019Et\u00e9<\/em> donn\u00e9es in loco avec Susan Graham en f\u00e9vrier 2009.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019orchestre a offert sa virtuosit\u00e9 et sa sensibilit\u00e9 dans son interpr\u00e9tation se jetant \u00e0 corps perdu dans cette partition qui exige parfois l\u2019impossible, surtout avec les tempi demand\u00e9s par Tugan Sokhiev. Les bois ont \u00e9t\u00e9 merveilleux de timbre et de phras\u00e9. La fl\u00fbte a \u00e9t\u00e9 capable de nuances proches de l\u2019infime, le basson de couleurs inou\u00efes, clarinette et hautbois ont une sonorit\u00e9 fran\u00e7aise idiomatique et le cor anglais admirablement sensible a \u00e9t\u00e9 un partenaire id\u00e9al pour Marguerite. Les cuivres, cors et trompettes ont brill\u00e9 \u00e0 souhait, y compris de l\u2019\u00e9clat sinistre attendu. La palme de la musicalit\u00e9 revient aux altos capables de phras\u00e9s subtilement amen\u00e9s et le solo dans la ballade du roi de Thul\u00e9, (v\u00e9ritable dialogue avec la soprano) a obtenu une ovation m\u00e9rit\u00e9e et les compliments d\u2019Anna Catarina Antonacci judicieusement plac\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des alti. Seuls les violons ont eu quelques soucis de phras\u00e9s surtout avec de tels altos pour coll\u00e8gues&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La distribution nous a paru id\u00e9ale domin\u00e9e par <strong>Anna-Caterina Antonnaci, <\/strong>dont<strong> <\/strong>les r\u00e9centes <em>Medea<\/em> et <em>Carmen<\/em> \u00e0 Toulouse ont laiss\u00e9 un extraordinaire souvenir<em>. <\/em>\u00c9l\u00e9gante, hi\u00e9ratique elle a subjugu\u00e9 par la beaut\u00e9 totale qu\u2019elle a, ce soir, sembl\u00e9 incarner. On sait quelle trag\u00e9dienne elle peut \u00eatre avec une capacit\u00e9 \u00e0 sculpter les mots, quelle fine musicienne elle est dans chaque phrase. Elle a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 ce soir d\u2019une aura surnaturelle tant la voix a enti\u00e8rement r\u00e9pondu \u00e0 toutes ses nuances, ses plus &nbsp;infimes inflexions, ses multiples colorations. La voix sans le moindre vibrato incontr\u00f4l\u00e9, dans une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de registre totalement retrouv\u00e9e avait des harmoniques d\u2019une richesse rare sur toute la tessiture. Vocalement ce r\u00f4le si d\u00e9licat semble avoir trouv\u00e9 en Antonacci une sorte d\u2019id\u00e9al, avec ses lignes vocales, un sens du rythme dans les terribles syncopes d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;amour l\u2019ardente flamme&nbsp;\u00bb irr\u00e9sistiblement troublant et cette m\u00e9lancolie du timbre si envo\u00fbtant&nbsp;!!! Le portait de cette \u00e2me tourment\u00e9e a \u00e9t\u00e9 complet d\u00e9passant le cadre de la Gretchen blonde pour laisser s&rsquo;\u00e9panouir une figure f\u00e9minine quasi universelle d\u00e8s la ballade du roi de Thul\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 elle, <strong>Stuart Neil <\/strong>en Faust, a \u00e9t\u00e9 \u00e0 sa hauteur. Tous deux font partie de ces trop rares artistes aussi attentifs au chant qu\u2019aux mots. &nbsp;D\u00e8s son entr\u00e9e en sc\u00e8ne il ne faut pas s\u2019attacher \u00e0 sa trop massive silhouette. Il incarne un Faust complexe et subtil. Vocalement le timbre est somptueux avec une projection digne d\u2019un lyrico-spinto. Il a gard\u00e9 toute l\u2019\u00e9l\u00e9gance et la musicalit\u00e9 du t\u00e9nor de gr\u00e2ce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9buts. Dans les premi\u00e8res parties les r\u00e9citatifs et les airs sont parfaitement habit\u00e9s par un romantisme flamboyant mais c\u2019est dans le duo avec Marguerite qu\u2019il provoque des \u00e9motions rares. Sa parfaite ma\u00eetrise de la voix mixte et la pl\u00e9nitude de son timbre font croire que contre-r\u00e9 et contre-ut sont faciles et musicalement \u00e9vidents. Les deux artistes ont \u00e9t\u00e9 bouleversants tant vocalement que dramatiquement dans ce duo r\u00e9put\u00e9 inchantable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand au Mephisto de <strong>Sir Willard White<\/strong> il a l\u2019allure d\u2019un grand seigneur&nbsp;&nbsp; constamment \u00e9l\u00e9gant et un peu moqueur. Le texte est habit\u00e9, parfaitement compris et tr\u00e8s intelligemment restitu\u00e9. La voix est un peu grave pour le r\u00f4le ce qui lui donne plus de m\u00e9lancolie que de brillant avec un l\u00e9ger d\u00e9s\u00e9quilibre dans le trio par manque de puissance. Mais quel diable charmeur&nbsp;! Il semble impossible de lui r\u00e9sister&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Wagner de <strong>Ren\u00e9 Schirrer<\/strong>, avec un texte bien compr\u00e9hensible, une personnalit\u00e9 affirm\u00e9e et une voix agr\u00e9able parfaitement projet\u00e9e a bien camp\u00e9 son personnage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019 Orfeo Donostiarra<\/strong>, fid\u00e8le \u00e0 sa r\u00e9putation de groupe choral le plus appr\u00e9ci\u00e9 d\u2019Espagne, a une grande homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et un bel engagement, malheureusement le texte est un peu opaque. L\u2019arriv\u00e9e des ch\u0153urs d\u2019enfants a apport\u00e9 cette note de surnaturel confiant indispensable. Ce sont de tr\u00e8s courtes interventions mais totalement marquantes quand elles sont comme ici rendues avec pr\u00e9cision justesse et fra\u00eecheur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les saluts ont r\u00e9uni tous les artistes sous des bravos chaleureux, avec les trois chefs de ch\u0153urs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le niveau d\u2019interpr\u00e9tation ce soir a d\u00e9montr\u00e9 que c\u2019est bien en version de concert que La Damnation peut prendre un envol irr\u00e9sistible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hubert Stoecklin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hector Berlioz (1803-1869)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Damnation de Faust op.24<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e9gende dramatique en quatre parties<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Faust, Stuart Neil<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marguerite, Anna-Caterina Antonacci<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mephisto, Sir Williard White<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Brander, Ren\u00e9 Schirrer<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Orfeo Donostiarra<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(direction&nbsp;: Ros\u00e9 Antonio Sainz Alfaro)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Lauzeta, ch\u0153ur d\u2019enfants de Toulouse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(direction&nbsp;: Luc Terrieux)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ch\u0153ur variabilis de Condom<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(direction&nbsp;: Victoria Digon)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Orchestre National du Capitole de Toulouse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Direction musicale et artistique, Tugan Sokhiev<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toulouse, Halle aux Grains, vendredi 15 janvier 2010<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une damnation revigorante \u00e0 souhait&nbsp;! La Damnation de Faust est une \u0153uvre belle et riche qui n\u2019a pas, du moins en France, le succ\u00e8s qu\u2019elle m\u00e9rite. Il semble tr\u00e8s difficile de monter de mani\u00e8re simplement satisfaisante cette \u0153uvre hybride, r\u00e9clamant un orchestre somptueux, un chef inspir\u00e9 et des chanteurs aux qualit\u00e9s quasi introuvables. 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