{"id":1372,"date":"2011-02-25T15:27:00","date_gmt":"2011-02-25T15:27:00","guid":{"rendered":"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/?p=1372"},"modified":"2026-06-08T15:31:27","modified_gmt":"2026-06-08T15:31:27","slug":"tugan-sokhiev-et-truls-mork","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/tugan-sokhiev-et-truls-mork\/","title":{"rendered":"Tugan Sokhiev et Truls M\u00f8rk"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Tugan Sokhiev entre d\u00e9licatesse et puissance<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00e9crit par&nbsp;<a href=\"https:\/\/blog.culture31.com\/author\/hubert\/\">Hubert Stoecklin<\/a>&nbsp;2 mars 2011<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Retrouvant \u00ab\u00a0apr\u00e8s une courte infid\u00e9lit\u00e9\u00a0\u00bb son orchestre du Capitole, Tugan Sokhiev a prouv\u00e9 une nouvelle fois quel grand chef il est.<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ouverture <em>le po\u00e8me symphonique de Richard Strauss, Till l\u2019espi\u00e8gle<\/em>, a surtout \u00e9t\u00e9 servi par une lecture pr\u00e9cise et volontaire permettant \u00e0 l\u2019orchestre de briller apr\u00e8s les quelques mesures de mise en place. <strong>L\u2019Orchestre du Capitole comprend de beaux instrumentistes, tous admirablement mis en valeur dans cette \u0153uvre. <\/strong>La lecture du chef est brillante et affirm\u00e9e. On pourrait toutefois souhaiter d\u2019avantage d\u2019humour dans une partition aux effets parfois faciles. Mais comme\u00a0mise en bouche, on ne peut r\u00eaver orchestration plus brillante que celle de Richard Strauss.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/blog.culture31.com\/2011\/03\/02\/tugan-sokhiev-entre-delicatesse-et-puissance\/june-2007-4\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/TrulsMork1-212x300.jpg\" alt=\"cr\u00e9dit photo: St\u00e9phane de Bourgies\" class=\"wp-image-1502\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cr\u00e9dit photo St\u00e9phane de Bourgies<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En invit\u00e9 de l\u2019orchestre,<strong> Truls M\u00f8rk<\/strong> au violoncelle, a apport\u00e9 une fine musicalit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e lors de sa pr\u00e9c\u00e9dente venue. Le violoncelliste norv\u00e9gien a une gr\u00e2ce dans son jeu qui fait merveille dans tous les r\u00e9pertoires mais qui dans l<em>e d\u00e9licat Concerto en ut de Haydn <\/em>nous a subjugu\u00e9. Le premier mouvement enlev\u00e9 et apollinien permet aux musiciens de s\u2019accorder sur la priorit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la musicalit\u00e9 non \u00e0 la virtuosit\u00e9. Tugan Sokhiev obtient de l\u2019orchestre de beaux phras\u00e9s et des nuances subtilement amen\u00e9es. Le jeu de Truls M\u00f8rk est tr\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9coute de l\u2019orchestre, avec des \u00e9changes de sourires fr\u00e9quents. C\u2019est le mouvement lent, Adagio, qui offre la plus pure \u00e9motion. L\u2019\u00e9coute mutuelle permet des nuances infimes, qui am\u00e8nent le violoncelliste au bord d\u2019un murmure embrassant le silence. Dans la salle chacun a ainsi retenu sa respiration (et sa toux\u00a0!). Le tempo hallucinant de vivacit\u00e9 du Final, permet \u00e0 Truls M\u00f8rk un jeu tout en souplesse, sans force superflue, ni virtuosit\u00e9 ostentatoire. Il arbore une palette de couleurs incroyable.\u00a0 Un grand moment de musique est ainsi offert dans ce concerto classique avec une complicit\u00e9 chambriste entre chef, musiciens et soliste. Le violoncelliste est ovationn\u00e9 tant par le public que l\u2019orchestre. Il offre en bis une version a capella du\u00a0<em>Cant dels ocells<\/em>\u00a0de Pau Casals. La d\u00e9licatesse de la sonorit\u00e9, la pudeur des sentiments exprim\u00e9s et l\u2019aisance du geste souverain cr\u00e9ent un moment musical rare comme en apesanteur, avec d\u2019infimes nuances aux marges du silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En deuxi\u00e8me partie de concert, <strong>la quatri\u00e8me symphonie de Brahms a permis \u00e0 Tugan Sokhiev d\u2019affirmer des choix inhabituels qu\u2019il a d\u00e9fendu brillement.<\/strong> Si cette symphonie passe pour \u00eatre automnale avec le cot\u00e9 larmoyant d\u00e9volu \u00e0 cette saison, <strong>ce soir elle a \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9e avec \u00e9nergie et vigueur \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Toscanini.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Le rythme est magnifi\u00e9, les nuances parfois abruptes et les tempi engag\u00e9s. D\u00e8s les premi\u00e8res mesures, la phrase des cordes est douce, mais vivifi\u00e9e par Tugan Sokhiev et elle fr\u00f4le le d\u00e9calage. Puis tout se met en place et le chef reprend la main avec brio. Rien jamais ne sera alangui, ou \u00e9pris de m\u00e9lancolie. La force qui \u00e9mane du premier mouvement brutalise un peu les oreilles habitu\u00e9es \u00e0 plus de souplesse et de moelleux. Notons que l\u2019acidit\u00e9 des violons sera d\u2019ailleurs une caract\u00e9ristique un peu trop fran\u00e7aise dans cette symphonie, avant tout germanique, mais apportant beaucoup de vie. La marche du deuxi\u00e8me mouvement est tr\u00e8s bien dirig\u00e9e par un Tugan Sokhiev grand ordonnateur d\u2019un voyage quasi m\u00e9taphysique. La pulsation qu\u2019il donne, avance avec une puissance rare. Jamais de mi\u00e8vre tentative de retard dans cet andante, dont le mouvement avant est irr\u00e9pressible. Les nuances sont subtilement vari\u00e9es, et les divers groupes d\u2019instruments, m\u00eame les cuivres, font de beaux effets d\u2019homog\u00e9n\u00e9isation. Les pizzicati apportent un rebondi tr\u00e8s dynamique. Puis le troisi\u00e8me mouvement dansant et plus joyeux, devient \u00a0tr\u00e8s puissant sous la direction de Tugan Sokhiev. Il s\u2019\u00e9loigne du<em>\u00a0l\u00e4ndler<\/em>\u00a0schubertien pour aller vers une expression de joie sup\u00e9rieure et virile. Les bois jouent magnifiquement le jeu avec audace et engagement. Et les contrastes dynamiques sont comme chauff\u00e9s \u00e0 blanc. Vraiment cette interpr\u00e9tation sort des sentiers battus. Mais c\u2019est le final, avec ces extraordinaires variations sur une chacone \u00e0 la fois hommage et d\u00e9passement des anciens ma\u00eetres comme Bach, qui va atteindre des sommets. La Cantate BWV 150, dont le final est une\u00a0<em>ciaccona<\/em>, est un mod\u00e8le presque p\u00e2le tant Tugan Sokhiev demande de puissance \u00e0 son orchestre. La partie centrale de ce dernier mouvement, avec son superbe solo de fl\u00fbte, atteint au sublime (Fran\u00e7ois Laurent y est magnifique de timbre et de longueur de souffle). En des gestes g\u00e9n\u00e9reux, le chef sans baguette, semble s\u2019envoler en apesanteur. Ainsi le public ose s\u2019abandonner compl\u00e8tement \u00e0 la force de cette partition complexe, monument d\u2019intelligence et de sensibilit\u00e9. Les nuances si creus\u00e9es et la construction d\u2019un son dense puis a\u00e9rien mettent en lumi\u00e8re les audaces de ces variations grandioses.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/blog.culture31.com\/2011\/03\/02\/tugan-sokhiev-entre-delicatesse-et-puissance\/l84\/\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/l84-300x200.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1504\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">cr\u00e9dit photo:Patrice Nin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ce choix interpr\u00e9tatif si surprenant, est port\u00e9 \u00e0 bout de bras par un tr\u00e8s grand chef. Tugan Sokhiev offre de cette quatri\u00e8me symphonie de Brahms une version \u00e0 la puissance rare tr\u00e8s originale, qui en renouvelle l\u2019\u00e9coute de mani\u00e8re vivifiante.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hubert Stoecklin<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Toulouse.<\/strong>&nbsp;Halle aux Grains. Le 25 f\u00e9vrier 2011.<strong>&nbsp;Richard Strauss&nbsp;<\/strong>(1864-1949)&nbsp;: Till Eulenspiegel, op.28;&nbsp;<strong>Joseph Haydn<\/strong>&nbsp;(1732-1809) : Concerto pour violoncelle n\u00b01 en ut majeur, Hob.VII b1;&nbsp;<strong>Johannes Brahms<\/strong>&nbsp;(1833-1897) Symphonie n\u00b0 4 en mi mineur, op.98 ;<strong>&nbsp;Truls M\u00f8rk<\/strong>: violoncelle ;&nbsp;<strong>Orchestre National du Capitole&nbsp;<\/strong>; Direction musicale&nbsp;:&nbsp;<strong>Tugan Sokhiev<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tugan Sokhiev entre d\u00e9licatesse et puissance \u00e9crit par&nbsp;Hubert Stoecklin&nbsp;2 mars 2011 Retrouvant \u00ab\u00a0apr\u00e8s une courte infid\u00e9lit\u00e9\u00a0\u00bb son orchestre du Capitole, Tugan Sokhiev a prouv\u00e9 une nouvelle fois quel grand chef il est. 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