{"id":1522,"date":"2026-04-07T07:48:00","date_gmt":"2026-04-07T07:48:00","guid":{"rendered":"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/?p=1522"},"modified":"2026-07-29T07:57:23","modified_gmt":"2026-07-29T07:57:23","slug":"la-messe-en-si-si-parfaite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/la-messe-en-si-si-parfaite\/","title":{"rendered":"La messe en Si, si parfaite"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 7 avril 2026. Bach&nbsp;: Messe en si. accentus. Monteverdi Choir. Insula Orchestra. LAURENCE EQUILBEY.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quand Bach touche au coeur par les ch\u0153urs<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Juste apr\u00e8s les f\u00eates pascales la messe en si est un choix particuli\u00e8rement judicieux. Ce chef-d\u2019\u0153uvre absolu ne cesse de s\u00e9duire, d\u2019impressionner et laisse sans voix. Immense fresque dans laquelle le contrepoint est roi, sa beaut\u00e9 formelle \u00e9gale sa port\u00e9e spirituelle. Ce soir le public toulousain a v\u00e9cu un moment exceptionnel tant l\u2019interpr\u00e9tation a sembl\u00e9 id\u00e9ale sur tous les plans. Le premier choc d\u00e8s le Kyrie est cette absolue beaut\u00e9 du ch\u0153ur. Le choc sera de plus en plus intense. C\u2019est comme si les deux ch\u0153urs avaient fusionn\u00e9s offrant leurs excellences comme exponentielles. Sur le papier, en effet associer accentus et le Monteverdi Choir c\u2019est comme marier deux perfections. Accentus cr\u00e9\u00e9 par Laurence Equilbey, a des qualit\u00e9s de nuances, de ductilit\u00e9, d\u2019\u00e9quilibre des pupitres et de beaut\u00e9 vocale extr\u00eamement&nbsp; rares . Le Monteverdi Choir de John Elliot Gardiner a tout simplement \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 meilleur ch\u0153ur lors de l\u2019Oper award 2024. Ses qualit\u00e9s th\u00e9\u00e2trales, son sens du texte et son \u00e9quilibre des pupitres sont l\u00e9gendaires&nbsp;; ils connaissent Bach par c\u0153ur pour l\u2019avoir tant chant\u00e9 sous la direction inspir\u00e9e de Gardiner (leur p\u00e9riple des Cantates en 2000 rest\u00e9 dans toutes les m\u00e9moires et dans nos discoth\u00e8ques, est une r\u00e9f\u00e9rence inimitable). D\u00e8s le Kyrie nous avons donc \u00e9t\u00e9 saisis par un id\u00e9al de perfection atteint. La beaut\u00e9 du son, le parfait \u00e9quilibre, la fusion vocale au sein des pupitres, l\u2019articulation limpide nous ravissent. L\u2019Insula orchestra n\u2019est pas en reste et avec des instruments anciens aux sonorit\u00e9s riches, il sera un partenaire splendide tout du long. Et Bach r\u00e9serve des moments sublimes \u00e0 presque tous les instruments. Ce sera chaque fois une v\u00e9ritable f\u00eate. Les solistes \u00e9galement seront sur le m\u00eame plan. La direction de Laurence Equilbey est un mod\u00e8le d\u2019\u00e9l\u00e9gance, de souplesse et de pr\u00e9cision. Les gestes gracieux et dansants font des arabesques et rien n\u2019est jamais raide, tout est souplesse. Il se d\u00e9gage de cette direction une mise en valeur constante du caract\u00e8re dansant de cette partition. La direction de Laurence Equilbey n\u2019abandonne jamais la mise en valeur de la richesse de la construction avec une parfaite lisibilit\u00e9 de tous les plans. Nuria Rial la soprano est souvent en mouvement, comme dansant durant ses airs. L\u2019alto Anna Lucia Richter au timbre prenant poss\u00e8de une ligne de chant particuli\u00e8rement \u00e9mouvante. Elle va atteindre au sublime dans son Agnus Dei. Le tempo particuli\u00e8rement lent est compl\u00e8tement habit\u00e9 et ne semble pas la mettre en difficult\u00e9. Werner G\u00fcra t\u00e9nor lumineux a une souplesse admirable. Il est d\u2019une \u00e9l\u00e9gance constante. Gerrit Illenberger en basse, semble \u00eatre en tr\u00e8s l\u00e9ger retrait par rapport \u00e0 ses coll\u00e8gues mais n\u2019a rien de d\u00e9m\u00e9ritant tant son chant est splendide. Le latin chant\u00e9 est tr\u00e8s germanique et permet des effets tr\u00e8s solides. Les phras\u00e9s privil\u00e9gient souvent la pr\u00e9cision rythmique sans pourtant rien l\u00e2cher sur le caract\u00e8re dansant tout en souplesse. Cela met en lumi\u00e8re les \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s modernes de la partition, comme des contretemps et des effets \u00ab&nbsp;swinguants&nbsp;\u00bb. Une courte pose est n\u00e9cessaire pour r\u00e9ajuster l\u2019accord (la s\u00e8cheresse de la vaste Halle-aux-Grains est redoutable pour les instruments baroques). Donn\u00e9e sans entracte, la messe avance avec une \u00e9norme conviction. Cette interpr\u00e9tation se rapproche d\u2019un id\u00e9al d\u2019\u00e9motion. Le sens de la rh\u00e9torique contenu dans la partition est particuli\u00e8rement manifeste. Le Crucifixus ferait pleurer des pierres et le Et resurrexit est une v\u00e9ritable explosion de joie incompressible. Le Credo est comme grav\u00e9 dans le marbre. Dans le Sanctus les vagues, reposant sur des basses splendides, sont d\u2019une pr\u00e9sence admirable \u00e9voquant un oc\u00e9an de foi que rien ne peut limiter. Le final Donna nobis pacem, avec les solistes qui rejoignent le ch\u0153ur, semble particuli\u00e8rement important en ces jours si assombris par des conflits guerriers actuels si nombreux. L\u2019ampleur de ce final laisse le public abasourdi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La concentration du public et son quasi-silence absolu t\u00e9moignent de la gr\u00e2ce qui ce soir est descendue. Les artistes eux m\u00eame ont sembl\u00e9 ravis par leur interpr\u00e9tation qui a obtenu un succ\u00e8s retentissant. La gratitude a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement vive car la spiritualit\u00e9 et la beaut\u00e9 se sont mari\u00e9es comme rarement. Laurence Equilbey en associant son ch\u0153ur et son orchestre avec le Monteverdi Choir a r\u00e9ussi un pari audacieux. Cette interpr\u00e9tation semble concentrer les qualit\u00e9s des versions de r\u00e9f\u00e9rence comme celle d\u2019Herwegh, de Gardiner, Savall ou Jacobs. On esp\u00e8re un enregistrement de cette interpr\u00e9tation tout \u00e0 fait exceptionnelle. Laurence Equilbey surpasse par un \u00e9quilibre dansant les meilleures interpr\u00e9tations chorales connues de cette messe en si. Messe de toutes les Messes catholiques&nbsp;; compos\u00e9e durant une vingtaine d\u2019ann\u00e9es par un pieu protestant qui y a mis tout son art et toute sa foi. La profondeur de cette interpr\u00e9tation est inoubliable car elle rencontre la profondeur de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/img-4236-scaled.jpeg\" alt=\"IMG 4236\" class=\"wp-image-164323\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hubert Stoecklin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Photo&nbsp;: H.S.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 7 avril 2026. Bach&nbsp;: Messe en si. accentus. Monteverdi Choir. Insula Orchestra. LAURENCE EQUILBEY. Quand Bach touche au coeur par les ch\u0153urs Juste apr\u00e8s les f\u00eates pascales la messe en si est un choix particuli\u00e8rement judicieux. Ce chef-d\u2019\u0153uvre absolu ne cesse de s\u00e9duire, d\u2019impressionner et laisse sans voix. 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