{"id":1554,"date":"2026-08-04T21:21:56","date_gmt":"2026-08-04T21:21:56","guid":{"rendered":"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/?p=1554"},"modified":"2026-08-05T21:30:23","modified_gmt":"2026-08-05T21:30:23","slug":"alexandre-katorow-enflamme-la-roque-avec-un-magnifique-recital","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/alexandre-katorow-enflamme-la-roque-avec-un-magnifique-recital\/","title":{"rendered":"Alexandre Katorow enflamme La Roque avec un magnifique r\u00e9cital"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>CRITIQUE.CONCERT. 46\u00e8me Festival International de Piano de la Roque d\u2019Anth\u00e9ron. Parc du Ch\u00e2teau de Florans, le 4 ao\u00fbt 2026. Bach\/Liszt. Medtner. Chopin. Alkan. Scriabine. Beethoven. Alexandre Kantorow, piano.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\"><strong>L\u2019amour en partage<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se d\u00e9gage chaque soir des concerts \u00e0 La Roque d\u2019Anth\u00e9ron une ambiance toute particuli\u00e8re. La foule qui entoure le jeune prodige fran\u00e7ais est plus vaste que dans les concerts classiques. D\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne d\u2019Alexandre, tout sourire et allure d\u00e9contract\u00e9e, le public fait bloc pour accueillir sa musique. Dans un silence que seules les cigales habitent, Alexandre Kantorow d\u00e9bute un concert tr\u00e8s habilement construit et fait d\u2019\u0153uvres \u00e9tonnantes ainsi que de la derni\u00e8re sonate de Beethoven. Le jeune musicien, tout aur\u00e9ol\u00e9 de succ\u00e8s, ne cherche pas la facilit\u00e9 des programmes convenus. Il accompagne son public dans la d\u00e9couverte d\u2019\u0153uvres rares et magnifiques. Il d\u00e9bute ainsi avec une pi\u00e8ce exceptionnelle et assez aust\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La paraphrase de Liszt surla cantate<em> Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen <\/em>de Bach n\u2019est pas une \u0153uvre \u00ab\u00a0aimable\u00a0\u00bb\u00a0: d\u00e8s les premiers accords telluriques, Alexandre installe un impressionnant s\u00e9rieux de recteur de cath\u00e9drale, puis d\u00e9ploie admirablement toutes les lignes tourment\u00e9es du Kantor. Liszt r\u00e9alise une v\u00e9ritable r\u00e9interpr\u00e9tation de la signification de la cantate. La recherche de la lumi\u00e8re est \u00e0 la fois douloureuse, angoissante et h\u00e9ro\u00efque. \u00ab\u00a0Larmes, lamentations, tourments et plaintes\u00a0\u00bb\u00a0: le piano se fait orgue, hautbois, violons et utilise tous ses moyens pour donner sens \u00e0 cette qu\u00eate existentielle. <strong>Indiscutablement, la musique de Liszt convient parfaitement \u00e0 Alexandre Kantorow et la connexion entre l\u2019interpr\u00e8te et les deux compositeurs est compl\u00e8te. <\/strong>Liszt donne aux doigts qui en sont capables des possibilit\u00e9s expressives inou\u00efes et Bach le sens de la qu\u00eate spirituelle. Chez Alexandre Kantorow, on admire autant la technique, la profondeur du son et la mise en valeur de l\u2018harmonie, que la belle organisation des plans et surtout son sens de la rh\u00e9torique. C\u2019est v\u00e9ritablement renversant, abolissant le temps, et m\u00eame l\u2019espace. Et quand le choral arrive en toute majest\u00e9 et en des sonorit\u00e9s victorieuses, le public est comme galvanis\u00e9. C\u2019est lumineux, beau, tr\u00e8s \u00e9mouvant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le public est tout ouvert \u00e0 d\u00e9couvrir la puissance expressive de la <em>Sonate en fa mineur op. 5 <\/em>de Nicolas Medtner<em>.<\/em> Cette sonate n\u2019offre rien de particuli\u00e8rement nouveau en termes d\u2019effets de piano. Bien des ressources de l\u2019instrument connues en 1895 sont en tous cas utilis\u00e9es. Quatre mouvements s\u2019enchainent avec de beaux contrastes. La construction complexe avec une sensation d\u2019urgence et d\u2019avanc\u00e9es constamment entrav\u00e9es retrouve cette id\u00e9e de lutte dans la qu\u00eate de sens. <strong>Les id\u00e9es musicales s\u2019encha\u00eenent, s\u2019opposent. Alexandre Kantorow ma\u00eetrise toute la technique exig\u00e9e et garde une capacit\u00e9 de rh\u00e9torique \u00e9tonnante. Il raconte, questionne, explique. Le th\u00e8me principal est donn\u00e9 dans des variations expressives infinies. C\u2019est tr\u00e8s exceptionnel, cette mani\u00e8re d\u2019entrer dans la partition pour en extraire le sens. Il y a des envol\u00e9es lyriques faites d\u2019absolu, des moments de chutes vertigineuses, des luttes vitales, de rares moments de paix int\u00e9rieure. <\/strong>Bien plus que les exigences techniques, je retiens de cette sonate les beaut\u00e9s rh\u00e9toriques et les possibilit\u00e9s expressives qu\u2019Alexandre Kantorow y trouve. Les applaudissements fusent \u00e0 la fin de la premi\u00e8re partie si magnifique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-10_\u00a9Franck_DENIS-2026-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1555\" srcset=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-10_\u00a9Franck_DENIS-2026-1024x683.jpeg 1024w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-10_\u00a9Franck_DENIS-2026-300x200.jpeg 300w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-10_\u00a9Franck_DENIS-2026-768x512.jpeg 768w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-10_\u00a9Franck_DENIS-2026-1536x1024.jpeg 1536w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-10_\u00a9Franck_DENIS-2026-2048x1365.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la suite l\u2019interpr\u00e8te va enchainer trois pi\u00e8ces extraordinairement appari\u00e9es dans la recherche de possibilit\u00e9s nouvelles pour l\u2019instrument roi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le<em> Pr\u00e9lude en ut di\u00e8se mineur op. 45 <\/em>de Frederic Chopin est un chant \u00e9perdu, exigeant un legato de diva romantique. Alexandre Kantorow chante autant que cela se peut. <\/strong>C\u2019est absolument magnifique. Puis, sans rupture, il enchaine sur la pi\u00e8ce de Charles-Valentin Alkan. Cela produit un effet th\u00e9atral absolument saisissant. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La<em> Chanson de la folle au bord de la mer op.30 n\u00b0\u00a08<\/em> est un petit bijou th\u00e9\u00e2tral absolument terrifiant dont l\u2019issue fatale est certaine d\u00e8s les premi\u00e8res notes.<strong> Kantorow installe un climat d\u2019horreur avec les basses de la main gauche qui roulent comme une houle mauvaise. <\/strong>La petite m\u00e9lodie toute simple plane fragile et d\u00e9licate avant de s\u2019immerger dans le flot fatal. C\u2019est bouleversant. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-09_\u00a9Franck_DENIS-2026-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1556\" srcset=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-09_\u00a9Franck_DENIS-2026-1024x683.jpeg 1024w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-09_\u00a9Franck_DENIS-2026-300x200.jpeg 300w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-09_\u00a9Franck_DENIS-2026-768x512.jpeg 768w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-09_\u00a9Franck_DENIS-2026-1536x1024.jpeg 1536w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-09_\u00a9Franck_DENIS-2026-2048x1365.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis vient <em>Vers la flamme op. 72 <\/em>d\u2019Alexandre Scriabine<em>. <\/em>Avec un ostinato oppressant, cette flamme m\u00e9taphysique cr\u00e9pite sous les doigts d\u2019acier d\u2019Alexandre Kantorow. La technique somptueuse est mise au service de cette vison d\u2019apocalypse r\u00e9demptrice. <strong>Quels moyens techniques fabuleux, c\u2019est indescriptible\u00a0! L\u2019effet est \u00e9tincelant, sid\u00e9rant. <\/strong>Le plus bel hommage \u00e0 l\u2019interpr\u00e8te est peut-\u00eatre de lui dire que, durant son interpr\u00e9tation, j\u2019ai eu en m\u00e9moire les mots proph\u00e9tiques de Scriabine\u00a0: \u00ab\u00a0le feu, les flammes cosmiques sont-ils des vibrations, semblables \u00e0 celles des sons et des couleurs, destin\u00e9es \u00e0 se rencontrer, \u00e0 se fondre dans l\u2019embrasement final de l\u2019univers\u00a0? \u00bb. Il va sans dire combien le public subjugu\u00e9 a acclam\u00e9 Alexandre Kantorow. Apr\u00e8s une br\u00e8ve sortie de sc\u00e8ne voil\u00e0 notre interpr\u00e8te galvanis\u00e9 qui nous offre sa vison de la derni\u00e8re sonate de Beethoven<em> opus 111 n\u00b032.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-08_\u00a9Franck_DENIS-2026-683x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1557\" srcset=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-08_\u00a9Franck_DENIS-2026-683x1024.jpeg 683w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-08_\u00a9Franck_DENIS-2026-200x300.jpeg 200w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-08_\u00a9Franck_DENIS-2026-768x1152.jpeg 768w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-08_\u00a9Franck_DENIS-2026-1024x1536.jpeg 1024w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-08_\u00a9Franck_DENIS-2026-1365x2048.jpeg 1365w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Alexandre_KANTOROW-08_\u00a9Franck_DENIS-2026-scaled.jpeg 1707w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019embl\u00e9e, ce qui est remarquable est l\u2019\u00e9nergie g\u00e9n\u00e9reuse qui le porte. La puissance du jeu nous emporte et les tempi sont vifs. Aucun obstacle technique ne viendra retenir cette avanc\u00e9e. Dans la violence des <em>fortes<\/em>, il garde une ma\u00eetrise absolue qui lui permet imm\u00e9diatement de reprendre pianissimo. La mani\u00e8re dont la main gauche se maitrise petit \u00e0 petit avec des gestes dont l\u2019amplitude est calcul\u00e9e au millim\u00e8tre est incroyable. Ce sont des moyens pianistiques qui semblent in\u00e9puisables. Le premier mouvement passe telle une \u00e9nergique envol\u00e9e. Puis c\u2019est le deuxi\u00e8me mouvement, cette admirable cantil\u00e8ne de variations incroyablement travaill\u00e9es par le ma\u00eetre de Bonn. Le chant pr\u00e9vaut au d\u00e9but, avec un th\u00e8me admirablement phras\u00e9, puis le rythme petit \u00e0 petit s\u2019installe pour prendre plus de place. C\u2019est d\u2019une constante beaut\u00e9 et cela avance avec puissance sans aucune violence. La beaut\u00e9 continue du son et l\u2019\u00e9quilibre parfait sont un d\u00e9lice in\u00e9puisable. Arrive alors la variation qui annonce le jazz qu\u2019Alexandre fait swinguer comme peu l\u2019osent. Ce m\u00e9lange d\u2019audace et de respect emporte compl\u00e8tement l\u2019auditoire enthousiaste. La fin va atteindre un sommet de d\u00e9licatesse avec des trilles aig\u00fces d\u2019une clart\u00e9 aveuglante et d\u2019une pr\u00e9cision incroyable. Et la petite m\u00e9lodie qui s\u2019installe dans l\u2019aigu rappelle celle de la folle au bord de la mer d\u2019Alkan. La profondeur du discours rappelle le Bach du d\u00e9but, le chant \u00e9perdu celui de Chopin. La coh\u00e9rence parfaite du programme apparait dans une lisibilit\u00e9 aveuglante. Beethoven, a\u00e8de parfait, a tout compris sur le pass\u00e9 comme sur l\u2019avenir de la musique. Le chef d\u2019\u0153uvre absolu de Beethoven, son adieu \u00e0 la forme sonate et surtout sa propulsion dans l\u2019avenir est offerte au public dans une interpr\u00e9tation incroyablement vivante. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Quelle puissance de vie anime Alexandre Kantorow pour tenir un programme si audacieux jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re note\u00a0! <\/strong>Il donne de son \u00e9nergie au public qui exulte dans des applaudissements \u00e9perdus. Souriant, avec une grande gentillesse, Alexandre offre un somptueux bis\u00a0: la mort d\u2019Isolde de Wagner revue par Frantz Liszt.\u00a0 Grand moment de puissante beaut\u00e9 qui ne fait pas regretter la voix tant le pianiste chante avec \u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Incroyable interpr\u00e8te qui peut tout jouer et se jouer de tout, Alexandre Kantorow cr\u00e9e avec son public une relation intense.<\/strong> Nous le suivrons dans toutes ses propositions musicales sans h\u00e9siter. Bravo et merci pour un tel engagement si communicatif !\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Photos&nbsp;: Franck Denis<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CRITIQUE.CONCERT. 46\u00e8me Festival International de Piano de la Roque d\u2019Anth\u00e9ron. Parc du Ch\u00e2teau de Florans, le 4 ao\u00fbt 2026. Bach\/Liszt. Medtner. Chopin. Alkan. Scriabine. Beethoven. Alexandre Kantorow, piano. 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