{"id":1684,"date":"2026-10-23T13:45:21","date_gmt":"2026-10-23T13:45:21","guid":{"rendered":"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/?p=1684"},"modified":"2026-10-23T13:45:21","modified_gmt":"2026-10-23T13:45:21","slug":"peter-grimes-chef-doeuvre-de-britten","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/peter-grimes-chef-doeuvre-de-britten\/","title":{"rendered":"Peter Grimes  Chef d\u2019\u0153uvre de Britten"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PETER GRIMES ou le meurtre de l\u2019enfance.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Alone, alone, alone with a childish death&nbsp;\u00bb acte&nbsp;I, Sc.1<\/em> <em><\/em><em>\u00ab&nbsp;Seul, seul, tout seul, avec une mort d\u2019enfant&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Britten en 1946 apr\u00e8s la premi\u00e8re de Peter Grimes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet op\u00e9ra, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 au lendemain de la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s attendu car non seulement c\u2019\u00e9tait le premier op\u00e9ra de Benjamin Britten et nul ne savait si l\u2019op\u00e9ra lui convenait, mais \u00e9galement c\u2019\u00e9tait une sorte de retour de l\u2019op\u00e9ra anglais sur la sc\u00e8ne internationale apr\u00e8s une trop longue absence remontant \u00e0 Henry Purcell. Certains se demandaient m\u00eame si la cr\u00e9ation d\u2019op\u00e9ras \u00e9tait encore possible apr\u00e8s la guerre\u2026 En tout cas, cette cr\u00e9ation au Sadler\u2019s Wells Opera \u00e0 Londres le 7&nbsp;juin 1945, a \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s retentissant malgr\u00e9 l\u2019hostilit\u00e9 d\u2019une partie de la troupe. Peter Grimes est le premier d\u2019une longue liste de chef-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Benjamin Britten s\u2019est longuement expliqu\u00e9 sur les raisons conscientes et circonstancielles de son choix. \u2028n long po\u00e8me de George Crabbe datant de 1810 s\u2019intitulant <em>\u00ab&nbsp;The borought&nbsp;\u00bb<\/em> (le port) l\u2019a interpell\u00e9 et plus particuli\u00e8rement le chant XXII d\u00e9crivant un certain Peter Grimes marin p\u00eacheur de la c\u00f4te proche d\u2019Aldeburgh. Britten habitait alors aux USA car il \u00e9tait objecteur de conscience et pacifiste. La fondation Koussevitzky aux USA avait obtenu une dotation afin de permettre \u00e0 Britten de se consacrer \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un op\u00e9ra. Il avait m\u00eame \u00e9t\u00e9 question d\u2019une commande d\u2019un op\u00e9ra sur un sujet d\u2019apr\u00e8s Crabbe qui aurait d\u00fb \u00eatre cr\u00e9\u00e9 au festival Koussevitzky de Berkshire (Massachusetts) en \u00e9t\u00e9 1944.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Britten n\u2019a pas pu \u00eatre pr\u00eat. Son difficile retour en Angleterre d\u00e8s 1943, ainsi que la maladie, l\u2019avait beaucoup retard\u00e9. Par ailleurs, si la d\u00e9cision de faire un op\u00e9ra sur Peter Grimes a \u00e9t\u00e9 rapide, avec la collaboration imm\u00e9diate et ind\u00e9fectible de Peter Pears, trouver le librettiste n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une mince affaire. D\u00e8s son retour \u00e0 Londres il s\u2019est adress\u00e9 \u00e0 Montagu Slater pour le livret. Mais a cherch\u00e9 de l\u2019aide aupr\u00e8s de plusieurs personnes. Il est int\u00e9ressant de souligner que tous les trois (Britten,&nbsp;Pears et Slater) se sont d\u2019embl\u00e9e pris de sympathie pour Peter Grimes. Ils en ont fait un personnage tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui du po\u00e8me chacun pour des raisons tr\u00e8s personnelles. Britten et Pears vivaient ensemble. Leur homosexualit\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 leur position d\u2019objecteur de conscience les rendait sensibles au caract\u00e8re marginal de Peter car eux-m\u00eames vivaient l\u2019hostilit\u00e9 sourde d\u2019une partie de la soci\u00e9t\u00e9. Slater \u00e9tait un homme de gauche sensible \u00e0 la pression sociale exerc\u00e9e sur les individus. Cette association de sensibilit\u00e9s psychologique et sociale a permis la naissance du touchant personnage de Peter Grimes. M. Slater confirme le fait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Crabbe avait de l\u2019antipathie pour Peter Grimes et l\u2019histoire appartient \u00e0 moi et au compositeur (c\u2019est Britten qui en a eu l\u2019id\u00e9e)&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"384\" height=\"274\" src=\"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1685\" style=\"aspect-ratio:1.4014598540145986;width:192px;height:auto\" srcset=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image.jpeg 384w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-300x214.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 384px) 100vw, 384px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peter Pears en Peter Grimes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le po\u00e8me de Crabbe, Peter Grimes est un individu louche, un ivrogne violent qui est responsable de la mort de son p\u00e8re et maltraite sadiquement trois orphelins venus de Londres. L\u2019action se situe au XVIII si\u00e8cle, mais le sujet \u00e9tait contemporain car c\u2019est au d\u00e9but du XIX\u00b0 si\u00e8cle (\u00e0 l\u2019\u00e9poque de la composition du po\u00e8me) que le scandale des orphelins esclaves vendus depuis Londres a fait beaucoup de bruit. Il y a une dimension sociale dans le po\u00e8me, mais tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle qui sera dans l\u2019op\u00e9ra, car Crabbe pourtant pasteur n\u2019avait que peu de mis\u00e9ricorde pour les \u00e2mes en perdition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce personnage de Peter Grimes devient un autre Wozzeck&nbsp;; personnage poignant de l\u2019op\u00e9ra de Berg d\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce de B\u00fcchner, op\u00e9ra que Britten admirait particuli\u00e8rement.Acceptons sans charger le trait, car la r\u00e9ticence de Britten \u00e0 accepter les interpr\u00e9tations de son \u0153uvre a toujours \u00e9t\u00e9 grande, qu\u2019il y ait une part d\u2019identification dans ce personnage. Comme si Peter Grimes \u00e9tait un porte-parole du librettiste, du compositeur et de l\u2019interpr\u00e8te, car Peter Pears a convaincu Britten d\u2019\u00eatre le cr\u00e9ateur de ce personnage complexe. Un temps, le compositeur avait pens\u00e9 \u00e9crire le r\u00f4le pour un baryton, tessiture du r\u00f4le de Wozzeck, mais Pears l\u2019a convaincu de l\u2019\u00e9crire pour sa voix de t\u00e9nor.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"576\" src=\"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1686\" style=\"aspect-ratio:1.3333333333333333;width:384px;height:auto\" srcset=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-1.jpeg 768w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-1-300x225.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">John Culshaw, Benjamin Britten and Peter Pears BBC film of Peter Grimes in 1969 \u00a9 BBC<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Britten et Pears<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de l\u2019affirmation des choix de vie personnels de Britten, de la d\u00e9fense de l\u2019op\u00e9ra contemporain, et de la renaissance de l\u2019op\u00e9ra national anglais, aujourd\u2019hui que l\u2019ouvrage fait partie des \u00ab&nbsp;classiques&nbsp;\u00bb des grandes maisons d\u2019op\u00e9ra, que Britten a compos\u00e9 un grand nombre de chefs-d&rsquo;\u0153uvre, les autres dimensions de l\u2019ouvrage peuvent prendre toute leur importance. Ce sont celles, conscientes et inconscientes, que je voudrais explorer car Peter Grimes est un op\u00e9ra qui \u00ab&nbsp;parle&nbsp;\u00bb de plus en plus \u00e0 nos contemporains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les auteurs ont toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s conscients de la valeur de protestation inh\u00e9rente au livret et nul ne peut ignorer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un op\u00e9ra militant. Les divers niveaux d\u2019engagements me paraissent marquer profond\u00e9ment et durablement chaque spectateur tant les possibilit\u00e9s de compr\u00e9hension de l\u2019\u0153uvre sont nombreuses. Peter Grimes est un habitant de la marge. Il demeure au bord du bourg, \u00e0 la frange de la soci\u00e9t\u00e9, au bord de la l\u00e9galit\u00e9. Il est pauvre, presque mis\u00e9rable, il est aux bords de la vie entre la r\u00e9alit\u00e9 la plus atroce et la po\u00e9sie permettant seule \u00e0 l\u2019homme de supporter son humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un mauvais proc\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le prologue de l\u2019op\u00e9ra nous plonge sans m\u00e9nagement dans l\u2019atmosph\u00e8re lourde d\u2019un tribunal de fortune. Peter Grimes y est jug\u00e9 en raison de la mort de son apprenti. C\u2019est la deuxi\u00e8me fois que cet \u00e9v\u00e9nement funeste a eu lieu. Il se d\u00e9gage de toute cette sc\u00e8ne une p\u00e9nible impression de manque de s\u00e9rieux et de pr\u00e9jug\u00e9. L\u2019orchestration est l\u00e9g\u00e8re, et permet une parfaite compr\u00e9hension des faits. La voix de Peter est parfaitement audible lorsqu\u2019il est question des \u00e9v\u00e9nements par contre le ch\u0153ur le noie chaque fois qu\u2019il aborde la question des \u00ab mauvaises langues \u2026Des fouineurs \u2026Des accusations jet\u00e9es \u00e0 la t\u00eate&nbsp;\u00bb ou qu\u2019il demande \u00ab&nbsp;la v\u00e9rit\u00e9, la simple v\u00e9rit\u00e9\u2026&nbsp;\u00bb . Le choix des instruments et leurs interventions, comme ce sera le cas tout au long de l\u2019\u0153uvre, d\u00e9veloppent l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me des protagonistes. Les bois sardoniques et sautillants accompagnent les interventions du Coroner et de la foule. Cette orchestration \u00e9voque une musique de square. Alors que les cordes graves en valeur longues donnent noblesse et profondeur aux propos de Peter. Les cordes sont des instruments nobles \u00e0 l\u2019orchestre, souvent utilis\u00e9s dans les moments de tension affective \u00e0 l\u2019op\u00e9ra car elles peuvent, comme aucun autre instrument, lier les sons en de tr\u00e8s longues phrases.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le verdict tombe, \u00e9trange, avec des sous-entendus&nbsp;: \u00ab&nbsp;Peter n\u2019est pas coupable, mais il ne faut plus qu\u2019il prenne de jeune apprenti\u2026&nbsp;\u00bb La salle \u00e9vacu\u00e9e et le jugement prononc\u00e9, le spectateur a la forte impression que l\u2019essentiel n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 dit, que personne ne croit \u00e0 la mort accidentelle de l\u2019apprenti, que Grimes v\u00e9hicule autour de lui une hostilit\u00e9 malsaine. Swallow qui formule l\u2019accusation et dira le verdict a \u00ab&nbsp;des airs d\u2019homme qui nourrit des arri\u00e8res pens\u00e9s&nbsp;\u00bb. C\u2019est exactement de cela qu\u2019il s\u2019agit. Peter Grimes est un homme qui fait penser les autres, les obligeant \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la condition humaine. Les spectateurs de l\u2019op\u00e9ra l\u2019acceptent (en principe) mais pas les villageois du Bourg qui comm\u00e8rent et condamnent en catimini. Peter g\u00eane, d\u00e9range et donc chacun voudrait s\u2019en d\u00e9barrasser. Swallow le demande \u00e0 Ellen Orford, la ma\u00eetresse d\u2019\u00e9cole&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi aider ce genre d\u2019individu&#8212;- grossier, brutal, vulgaire&nbsp;?&nbsp;\u00bb demande le Coroner dans son enqu\u00eate.&nbsp;Nous verrons ce que cette parole aura comme effets destructeurs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-2-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1687\" style=\"aspect-ratio:1.5024875621890548;width:302px;height:auto\" srcset=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-2-1024x683.jpeg 1024w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-2-300x200.jpeg 300w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-2-768x512.jpeg 768w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-2.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour l\u2019heure c\u2019est tout naturellement que Peter et Ellen se retrouvent pour parler alors que la foule s\u2019\u00e9loigne bruyamment. Le contraste est saisissant avec le duo qui suit. Les deux voix&nbsp;a cappella se cherchent et s\u2019accordent. L\u2019orchestre se tait comme pour souligner leur parler vrai. Le duo commence sur ces mots chant\u00e9s par Grimes&nbsp;: \u00ab&nbsp;La piti\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb. On peut dire qu\u2019il va \u00e0 l\u2019essentiel. Peter sait qu\u2019il est \u00ab&nbsp;hors la loi&nbsp;\u00bb et que t\u00f4t ou tard l\u2019esprit d\u2019Ellen sera \u00ab&nbsp;empoisonn\u00e9 par la haine du bourg&nbsp;\u00bb. Ellen croit en l\u2019avenir, elle parle de \u00ab&nbsp;restaurer son nom&nbsp;\u00bb et leurs deux voix s\u2019enlacent avec calme en \u00e9voquant plus l\u2019amiti\u00e9 que la passion. Par un jeu de tonalit\u00e9 \u00e0 la fois simple et g\u00e9nial Britten fait chanter Peter et H\u00e9l\u00e8ne dans deux tonalit\u00e9s diff\u00e9rentes, fa mineur pour lui (4 b\u00e9mols), mi majeur (4 di\u00e8ses) pour elle. Jamais le d\u00e9saccord fondamental entre deux individus n\u2019a \u00e9t\u00e9 si perceptible. Elle se voit au premier coup d\u2019\u0153il jet\u00e9 sur la partition. L\u2019auditeur n\u2019a pas l\u2019impression d\u2019un duo, d\u2019un v\u00e9ritable dialogue, mais d\u2019une sorte de \u00ab&nbsp;dialogue de sourds&nbsp;\u00bb. Ils chantent l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre puis en superposition. Ce n\u2019est que petit \u00e0 petit que la douceur d\u2019H\u00e9l\u00e8ne convainc Peter qui avec une note commune passe puis s\u2019installe dans la tonalit\u00e9 de mi majeur. Les voix se retrouvent sur un Mi puis se m\u00ealent en un magnifique arioso qui lance le premier interlude symphonique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La vie ordinaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est en fait l\u2019ouverture de l\u2019op\u00e9ra. La magnifique phrase des cordes illustre le calme d\u2019une vie simple au bord de la mer. Le ch\u0153ur la d\u00e9veloppe \u00e0 l\u2019unisson. L\u00e0 aussi g\u00e9niale et simplissime effet, lorsque le ch\u0153ur semble uni et paisible tous chantent la m\u00eame chose. Seul l\u2019appel \u00e0 l\u2019aide de Peter Grimes ose troubler le calme apparent des petits arrangements des habitants du Bourg. Musicalement comme \u00e0 chaque fois, nous le verrons, son intervention change l\u2019atmosph\u00e8re. Il a besoin d\u2019aide pour amarrer son bateau&nbsp;: personne ne bouge\u2026 Seul Balstrode suivi de Keene, donnent un petit coup de main sur le tard. Tout se passe comme si, face \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale qui cache une grande hostilit\u00e9,&nbsp;seuls quelques individus osent aller vers Grimes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les amis de Peter<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ellen est le plus ouvertement du c\u00f4t\u00e9 de Grimes, depuis le d\u00e9but de l\u2019enqu\u00eate, elle veut \u00ab&nbsp;aider de son mieux&nbsp;\u00bb. Elle va donc argumenter son choix d\u2019aller chercher l\u2019apprenti achet\u00e9 par Keene pour Grimes et de s\u2019en occuper ensuite. Son arioso lui permet d\u2019exprimer avec passion son engagement dans ce projet aux c\u00f4t\u00e9s de Peter Grimes. En parfaits pharisiens, les autres lui donnent des le\u00e7ons, jugent mal la d\u00e9cision d\u2019Ellen mais non le principe de l\u2019achat des apprentis\u2026 \u2028\u2028e second \u00e0 parler franchement \u00e0 Peter Grimes et \u00e0 prendre son parti est Balstrode, capitaine de marine marchande \u00e0 la retraite. Dans un \u00e9mouvant duo, les deux hommes vont parler en marins&nbsp;mais surtout de conscience \u00e0 conscience. Touch\u00e9 par la sollicitude du vieux marin, Peter exprime son attachement \u00e0 cette c\u00f4te du Suffolk (comme Britten) mais surtout la douleur qu\u2019il a ressentie lors de la mort de son apprenti. Dans quatre moments arioso, entrecoup\u00e9 par les paroles de Balstrode, Peter se r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s sensible \u00e0 la fois \u00e0 la douleur d\u2019autrui et \u00e0 l\u2019ignominie des ragots le concernant. Ce sont des moments de lyrisme emplis de po\u00e9sie. Ils disent clairement par la beaut\u00e9 et la subtilit\u00e9 de la ligne musicale que Grimes n\u2019est pas un \u00eatre mauvais. L\u2019orchestre accompagne tr\u00e8s subtilement les pens\u00e9es exprim\u00e9es, les cordes, la fl\u00fbte et la harpe tout particuli\u00e8rement au moment de l\u2019\u00e9vocation de l\u2019enfant mort, puis l\u2019exaltation de Peter Grimes grandi et devient m\u00eame exub\u00e9rante lorsqu\u2019il annonce son projet de devenir riche, d\u2019\u00e9pouser Ellen et clouer ainsi le bec aux ragots. Son instance \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter son projet d\u2019\u00e9pouser Ellen a quelque chose d\u2019enfantin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peter n\u2019est pas du tout insensible aux signes de r\u00e9ussite sociale, il les conna\u00eet m\u00eame tr\u00e8s bien, mais refuse l\u2019aide de quiconque pour y arriver. Il ne veut compter que sur lui. Dans sa vision de la soci\u00e9t\u00e9 le seul moyen pour un pauvre comme lui c\u2019est de gagner la respectabilit\u00e9 par le travail. Le raisonnement para\u00eet juste. Il veut donc s\u2019imposer par l\u2019argent qu\u2019il gagnera en travaillant le plus possible mais en entra\u00eenant ses apprentis dans ses exc\u00e8s. Et c\u2019est l\u00e0 que la soci\u00e9t\u00e9 ne le suit pas. Il peut acheter des apprentis, mais doit faire semblant de les bien traiter. Le probl\u00e8me semble donc \u00eatre son refus des concessions n\u00e9cessaires au jeu social. Il ne fait pas \u00ab&nbsp;bonne figure&nbsp;\u00bb, ne montre pas patte blanche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La temp\u00eate fait rage et Balstrode s\u2019\u00e9loigne pour se mettre \u00e0 l\u2019abri. Peter reste dehors et chante passionn\u00e9ment le havre de paix qu\u2019Ellen repr\u00e9sente pour lui. Subtile et symbolique opposition entre le calme esp\u00e9r\u00e9 et la temp\u00eate pr\u00e9sente, sur la mer et au plus profond de Peter Grimes. Ce second interlude est une pi\u00e8ce symphonique magistrale. Son d\u00e9veloppement important permet d\u2019y entendre \u00e0 la fois la temp\u00eate maritime et la violence du d\u00e9sordre int\u00e9rieur de Grimes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Peter le trouble-f\u00eate<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"465\" height=\"279\" src=\"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-3.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1688\" style=\"aspect-ratio:1.669064748201439;width:232px;height:auto\" srcset=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-3.jpeg 465w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-3-300x180.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 465px) 100vw, 465px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le deuxi\u00e8me tableau de l\u2019acte un, va musicalement \u00eatre divis\u00e9 en deux par l\u2019arriv\u00e9e de Peter Grimes. La premi\u00e8re partie nous montre sur un mode plut\u00f4t comique la petitesse des agissements et des calculs des divers clients de l\u2019auberge. De m\u00eame que leurs efforts pour rester en bonne intelligence car avec l\u2019alcool et la pr\u00e9sence des prostitu\u00e9es, les instincts agressifs sont bien proches de se r\u00e9veiller. \u00ab&nbsp;Retenir les mains&nbsp;\u00bb est la formule qui passe de bouches en bouches pour signifier la lutte de chacun contre sa violence. D\u00e8s son entr\u00e9e dans l\u2019auberge Peter apporte un changement d\u2019ambiance. Mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart par&nbsp;les autres il s\u2019isole volontairement et chante comme pour lui-m\u00eame en invoquant le destin des hommes aussi \u00e9trange que le langage des \u00e9toiles. Ce monologue complexe livre \u00e0 nouveau le monde int\u00e9rieur de Grimes ici po\u00e8te visionnaire, porte-parole des artistes incompris du peuple. Son chant est d\u2018une grande subtilit\u00e9 et d\u2019une infinie douceur.&nbsp;Il se divise en trois s\u00e9quences, \u00e0 chaque fois les cordes dans le grave devancent la ligne vocale, qui reste un temps fix\u00e9e sur un mi insistant. Elles dessinent une gamme en mi majeur, se d\u00e9ployant vers le bas, comme une ondulation vers les profondeurs de l\u2019\u00e2me. Le suraig\u00fc des violons sugg\u00e9rant l\u2019aspiration \u00e0 son \u00e9l\u00e9vation, plus tard elle qui se confondra avec la mort. Le mi est tr\u00e8s pr\u00e9sent dans Peter Grimes, et cette gamme descendante de mi majeur reviendra \u00e0 la toute fin de l&rsquo;op\u00e9ra.&nbsp;Cet air est un moment de myst\u00e8re et d\u2019immobilisme qui a l\u2019effet d\u2019irriter au plus haut point la trop futile assembl\u00e9e. L\u2019irritation est si forte qu\u2019on en vient aux mains. Les consommateurs se persuadent de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019entonner une chanson \u00e0 boire afin d\u2019\u00e9viter un pugilat tant la haine \u00e9clate vis-\u00e0-vis de Peter Grimes. Le contraste est frappant entre la douceur et l\u2019\u00e9l\u00e9gance du chant de Grimes et la vulgarit\u00e9 de la comptine \u00ab&nbsp;vieux Jo est all\u00e9 p\u00eacher&nbsp;\u00bb Britten choisi pour illustrer cet effort contraint de la civilisation des hommes qui pr\u00e9f\u00e9raient se laisser aller \u00e0 la violence la plus directe, une forme musicale tr\u00e8s contraignante&nbsp;: la fugue. L\u2019effet est magnifique, une m\u00e9lodie tr\u00e8s ordinaire sert de base \u00e0 une fugue complexe et qui demande une grande virtuosit\u00e9. Le r\u00e9sultat est comme une danse de transe, une danse rituelle des Indiens d\u2019Am\u00e9rique, \u00e0 la fois sauvage et inexorable. L\u2019effet produit est consid\u00e9rable surtout lorsque le ren\u00e9gat essaye de proposer une variation rythmique sur le th\u00e8me de la mort qui conduit tous les autres \u00e0 noyer sa voix sous l\u2019ordre de leur chant car son intervention installe un malaise dans la tonalit\u00e9 et le rythme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Brutalement la porte s\u2019ouvre et Ellen para\u00eet enfin dans une bourrasque. Elle conduit vers Grimes son nouvel apprenti. Imm\u00e9diatement les deux prostitu\u00e9es s\u2019approchent lascivement de l\u2019enfant. Ellen le prot\u00e8ge mais tr\u00e8s abruptement Peter qui semble \u00e0 bout, demande \u00e0 son nouvel apprenti de le suivre sans lui laisser le temps de se r\u00e9chauffer. Ellen, qui veut rassurer le petit, lance une phrase en apparence banale \u00ab&nbsp;Peter va t\u2019emmener \u00e0 la maison&nbsp;\u00bb. Imm\u00e9diatement la foule haineuse et moqueuse avec une rare violence chante \u00e0 l\u2019unisson&nbsp;: \u00ab&nbsp;La maison&nbsp;? Vous appelez \u00e7a \u00ab&nbsp;la maison&nbsp;\u00bb&nbsp;? La derni\u00e8re bourrasque de la temp\u00eate se confond avec la haine qui semble vraiment d\u00e9border de toutes parts. Grimes et son apprenti s\u2019engouffrent dans la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ellen-Peter&nbsp;: la rupture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Photo&nbsp;: James Glossop <strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ouverture de l\u2019acte II est solennelle comme le lever du soleil. Apr\u00e8s un interlude radieux,&nbsp;sous un beau soleil, alors que la messe est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e hors de sc\u00e8ne, Ellen tricote en parlant \u00e0 John le jeune apprenti de Peter Grimes. Horrifi\u00e9e elle d\u00e9couvre une d\u00e9chirure sur sa veste et des traces de bleu au cou. L\u2019enfant ne dit pas un mot. Elle tente de le consoler sur un air en forme de berceuse triste.\u2028eter arrive,&nbsp;tout excit\u00e9, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par une courte phrase du hautbois, et demande \u00e0 John de le suivre pour aller p\u00eacher. Il n\u2019\u00e9coute pas Ellen qui lui demande de respecter leur accord sur le repos dominical d\u00fb \u00e0 l\u2019apprenti. Obnubil\u00e9 par son d\u00e9sir de r\u00e9ussite sociale il ne pense qu\u2019\u00e0 travailler, toujours et encore. Seule une p\u00eache miraculeuse lui apportera l\u2019argent gage de la r\u00e9ussite. Elle essaye de le convaincre de l\u2019inutilit\u00e9 de cette torture. Pendant ce temps, le ch\u0153ur de l\u2019\u00e9glise psalmodie une pri\u00e8re machinale cr\u00e9ant une tension insinuante. Ellen d\u00e9veloppe une argumentation \u00e0 laquelle Peter refuse son cr\u00e9dit. De son c\u00f4t\u00e9 il semble se surestimer de plus en plus. Il voit des bancs de poisson que les autres ne voient pas et en d\u00e9miurge veut d\u00e9cider quand John doit travailler ou non&nbsp;: \u00ab&nbsp;il est \u00e0 moi&nbsp;\u00bb.Ellen fait cesser cette insupportable tension en implorant Peter \u00e9nergiquement et \u00e0 plusieurs reprises. Plus elle d\u00e9fend l\u2019enfant plus Peter semble intraitable. \u00c0 cinq reprises, elle chante une magnifique phrase d\u00e9sol\u00e9e au galbe parfait, tentant d\u2019abord de convaincre Peter de changer sa fa\u00e7on de travailler puis de l\u2019inutilit\u00e9 de son espoir \u00e0 changer les mentalit\u00e9s du Bourg et enfin de l\u2019\u00e9chec de leur projet. Lui, r\u00e9pond sur un mode tonique de courtes phrases rythmiques et angoiss\u00e9es montrant qu\u2019ils ne partagent plus la m\u00eame vision du monde. Le seul moment o\u00f9 il sera lyrique est celui ou il dit \u00e0 Ellen qu\u2019elle est son seul espoir\u2026 Cette fois-ci c\u2019est elle qui ne l\u2019entendra pas et poursuivra inexorablement son argumentation (en ma\u00eetresse d\u2019\u00e9cole sans doute&nbsp;!) L\u2019accompagnement de l\u2019orchestre est mena\u00e7ant avec les rythmes des cuivres les plus graves, la harpe et les fl\u00fbtes, puis le violon solo ne font que rendre plus d\u00e9solant le chant d\u2019Ellen et le d\u00e9sespoir qui na\u00eet de cette incompr\u00e9hension totale de ces deux \u00eatres. Ils ne s\u2019\u00e9coutent pas vraiment et ne se comprennent plus, au point qu\u2019Ellen remette en cause leur projet commun. Elle lui r\u00e9p\u00e8te \u00ab&nbsp;nous avons \u00e9chou\u00e9&nbsp;\u00bb, mais Peter ne peut le supporter et la frappe. Durant toute cette sc\u00e8ne, nous entendrons la messe au loin ce qui alourdit consid\u00e9rablement l\u2019atmosph\u00e8re et rend pr\u00e9sente la foule du Bourg et ses comm\u00e9rages avec ici la l\u00e9gitimit\u00e9 de la religion. Th\u00e9\u00e2tralement l\u2019effet est puissant. C\u2019est la foule qui finit par gagner lorsqu\u2019elle entonne Amen, repris \u00e0 son compte par Grimes d\u00e9sol\u00e9 apr\u00e8s son geste de col\u00e8re. R\u00e9v\u00e9lant son d\u00e9sespoir, il clame avec noblesse, sur les notes les plus hautes de sa tessiture&nbsp;; \u00ab&nbsp;Qu\u2019il en soit ainsi&nbsp;! et que Dieu ait piti\u00e9 de moi.&nbsp;!&nbsp;\u00bb Alors que suit un glapissement fortissimo des cuivres les plus sombres de l\u2019orchestre, qui annonce au contraire sa damnation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette sc\u00e8ne tr\u00e8s dramatique scelle le drame. Peter ne peut s\u2019entendre avec Ellen sur les \u00e9l\u00e9ments de la r\u00e9alit\u00e9. Il semble ne pas supporter la volont\u00e9 d\u2019Ellen de prot\u00e9ger l\u2019enfant. Peter serait-il jaloux de cet enfant&nbsp;? C\u2019est la deuxi\u00e8me fois que des paroles protectrices d\u2019Ellen le poussent \u00e0 violenter le petit John. On dirait qu\u2019il attend de l\u2019enfant monts et merveilles. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aide de cet enfant qu\u2019il pense conna\u00eetre la fortune. C\u2019est trop beaucoup trop demander \u00e0 cet enfant. Mettre en lui de tels espoirs est bien trop lourd.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La probl\u00e9matique de la maltraitance ou de la mort des enfants est un th\u00e8me r\u00e9current dans l\u2019\u0153uvre de Britten&nbsp;: The Turn of the Screw, Billy Budd&nbsp;, Curley River. Les enfants sont porteurs de beaut\u00e9 et d\u2019innocence, porteurs peut \u00eatre aussi de d\u00e9sirs. Le fantasme de \u00ab&nbsp;On tue un enfant&nbsp;\u00bb si abondamment \u00e9tudi\u00e9 par les psychanalystes \u00e0 la suite de Serge Leclaire, trouve l\u00e0 une repr\u00e9sentation lyrique fort int\u00e9ressante. Grimes violente cet enfant (c\u2019est son troisi\u00e8me apprenti, rappelons que deux sont d\u00e9j\u00e0 morts) mais de mani\u00e8re indirecte en ne le respectant pas en tant qu\u2019enfant. Ne lui accordant pas de repos, exigeant de lui un travail trop dur, lui adressant des paroles sans complaisance. La force de Britten et de Slater et de ne rien d\u00e9crire d\u2019autre et de ne jamais donner la parole \u00e0 l\u2019enfant. M\u00eame le bleu signe de contusion nous ne saurons pas si c\u2019est Grimes qui a frapp\u00e9 l\u2019enfant ou si c\u2019est un accident d\u00fb \u00e0 la rudesse de la vie de marin que le patron impose \u00e0 l\u2019apprenti. Pour Ellen c\u2019est \u00ab&nbsp;un coup et c\u2019est le commencement&nbsp;\u00bb mais le commencement de quoi&nbsp;? Nous sommes vraiment devant une situation d\u2019une grande banalit\u00e9 et de nos jours encore. Une suspicion de maltraitance qui ne repose pas sur une preuve et qui reste sans suite. Car Ellen apr\u00e8s son \u00e9moi se rassure en regardant le soleil sur la mer et veut croire en un jour de f\u00eate quand au contraire des dangers s\u2019annoncent. Cet aveuglement, cette volont\u00e9 d\u2019oubli sont inqui\u00e9tants comme un sympt\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le sort des orphelins de Londres au XIXeme si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de grands scandales. Il semble m\u00eame que certains orphelins \u00e9taient vendus en lot&nbsp;aux ench\u00e8res \u00ab&nbsp;un idiot pour vingt enfants sains&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019autre \u00e9l\u00e9ment fondamental de cette sc\u00e8ne est la d\u00e9t\u00e9rioration irr\u00e9m\u00e9diable des relations entre Ellen et Peter. On peut y voir, comme dans La folie \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, l\u2019impossibilit\u00e9 pour Grimes de se lier \u00e0 une femme avec tout un pan d\u2019homosexualit\u00e9 plus ou moins consciente. Il semble que Britten et Pears aient voulu \u00e9viter toute allusion \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 pour le personnage de Peter car le sujet les mettait en difficult\u00e9. Pourtant si cette lecture du personnage est possible, il est certain qu\u2019il y a aussi quelque chose d\u2019impossible chez Ellen. Vouloir sauver l\u2019autre en le changeant est certes un fantasme commun, mais ce qui l\u2019est moins est cette phrase \u00e0 proprement parl\u00e9 impardonnable de la part d\u2019une femme \u00e0 un homme qu\u2019elle est cens\u00e9e aimer. Phrase mise en valeur par le musicien et le librettiste qui la redouble&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons eu tort de r\u00eaver\u2026Peter nous avons \u00e9chou\u00e9, \u00e9chou\u00e9&nbsp;\u00bb. Priver l\u2019autre de r\u00eave est une mani\u00e8re de le tuer. Le coup que Peter lui porte est une r\u00e9ponse bien ordinaire aussi. La confrontation de ces deux personnalit\u00e9s intransigeantes ne permet pas leur accordage. Cette sc\u00e8ne de violence est d\u2019une simplicit\u00e9 et d\u2019une universalit\u00e9 terrible, la rupture est confirm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les Pharisiens<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-4-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1690\" style=\"aspect-ratio:1.5015974440894568;width:470px;height:auto\" srcset=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-4-1024x683.jpeg 1024w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-4-300x200.jpeg 300w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-4-768x512.jpeg 768w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-4-1536x1025.jpeg 1536w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-4.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fin de cette sc\u00e8ne va permettre \u00e0 Britten de mettre en \u00e9vidence toute sa puissance de compositeur. Il s\u2019agit d\u2019une sc\u00e8ne chorale dans laquelle les paroles de chacun seront parfaitement compr\u00e9hensibles. Il ne nous \u00e9pargnera aucune petitesse, aucune bassesse, aucune cruaut\u00e9 des gens du village. Rien de grave pris individuellement mais tout est porteur, d\u2019exclusion, de jugement bien-pensant et de mort. L\u2019\u00e9conomie sur la responsabilit\u00e9 sociale est totale. Chacun rejette sur Grimes ce qu\u2019il ne veut pas voir en lui. La maltraitance, il ne la voit que chez l\u2019autre. Pourtant par ses paroles de haine, chacun se d\u00e9voilera. Fra\u00eechement sortis de la Messe, lav\u00e9s de leurs p\u00e9ch\u00e9s les voil\u00e0 tous pr\u00eats \u00e0 recommencer\u2026 \u00c9trange projection du signifiant sur Grimes. Apr\u00e8s avoir accus\u00e9 Ellen de complicit\u00e9 criminelle avec Peter ils n\u2019organisent pas moins qu\u2019une chasse \u00e0 l\u2019homme, avec tambour, pour retrouver Peter, que justement ils accusent \u00ab&nbsp;d\u2019avoir recommenc\u00e9&nbsp;\u00bb.&nbsp;Cette formule rythmique savoureuse fait l\u2019effet d\u2019une balle qui rebondit. Elle passe dans toutes les bouches comme un mot d\u2019ordre l\u00e2chant la force de la pulsion de destruction. Dans une sorte d\u2019hyst\u00e9risation, les promesses de punition et de mort sont des plus inqui\u00e9tantes dans leur sauvagerie si bien civilis\u00e9e. L\u2019interlude qui suit, une passacaille, est une v\u00e9ritable trouvaille. Cette forme musicale antique et imperturbable, reposant sur un motif de basse obstin\u00e9e sugg\u00e8re beaucoup de choses \u2026 en particulier le c\u00f4t\u00e9 implacable de l\u2019id\u00e9e fixe de la foule&nbsp;: trouver un bouc expiatoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les deux Peter<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au point culminant de la terrible passacaille, la voix de Peter se fait entendre en une longue vocalise rageuse. Poussant son apprenti devant lui il lui ordonne brutalement de se v\u00eatir pour p\u00eacher. Puis il se radoucit \u00e0 la vue du tricot qu\u2019Ellen lui a fait. Il tente de le rass\u00e9r\u00e9ner avant de partir dans une douce r\u00eaverie soutenue avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 par les cordes, sorte de scherzo dont la vivacit\u00e9 convient bien pour d\u00e9crire le banc de poisson qui fera sa fortune.&nbsp;Apr\u00e8s un nouvel acc\u00e8s de violence envers l\u2019enfant qu\u2019il jette \u00e0 terre, il r\u00eave et semble s\u2019hypnotiser du bonheur \u00e0 venir de sa vie avec Ellen. Tant de po\u00e9sie, de tendresse et de douceur, apr\u00e8s ses passages \u00e0 l\u2019acte violent sur Ellen et \u00e0 l\u2019instant sur le petit, d\u00e9rangent et inqui\u00e8tent. La personnalit\u00e9 de Peter n\u2019est pas congruente et les forces qui s\u2019opposent en lui ne lui permettent aucune stabilit\u00e9 psychique. Une faille en lui s\u2019entrouvre. Domin\u00e9 par des \u00e9motions qu\u2019il ne comprend pas, il ne se contr\u00f4le plus. \u00c0 l\u2019auberge, cela l\u2019avait conduit \u00e0 s\u2019exclure d\u2019embl\u00e9e du groupe ne respectant pas les convenances en se laissant aller \u00e0 ses pens\u00e9es. Il est probable que ce qui avait motiv\u00e9 la terrible hostilit\u00e9 de la foule \u00e9tait autant la teneur des propos que l\u2019ind\u00e9cence de son laisser-aller \u00e0 penser tout haut. Avec Balstrode, qui essayait de lui parler amicalement, le d\u00e9saccord des positions lui fait rompre la discussion. Avec Ellen, la frustration est telle qu\u2019il la bat alors qu\u2019il vient de lui dire qu\u2019elle est son seul espoir. Son comportement avec l\u2019enfant est encore plus \u00e9nigmatique. Si l\u2019enfant n\u2019a jamais la parole, ici dans l\u2019enregistrement dirig\u00e9 par le compositeur, il pleure et les pleurs de John, sont tr\u00e8s audibles et assez \u00e9pouvantables. Ils semblent signifier l\u2019imminence du danger, l\u2019impossibilit\u00e9 \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 l\u2019horreur. La folie de Grimes est d\u2019autant plus inqui\u00e9tante qu\u2019elle est peu bruyante, fluctuante et impr\u00e9visible. On rep\u00e8re le repli sur soi, le clivage, le rejet et le passage \u00e0 l\u2019acte pour exprimer les diff\u00e9rentes tendances de sa personnalit\u00e9. Tout cela semble r\u00e9v\u00e9ler des m\u00e9canismes psychotiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quel peut \u00eatre le fait psychique qui motive cette d\u00e9compensation psychotique&nbsp;? Si on \u00e9coute attentivement ce qu\u2019il chante depuis la fin du proc\u00e8s (La piti\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9). L\u2019\u00e9vocation de l\u2019enfant mort dans son bateau au milieu des poissons agit comme un souvenir-\u00e9cran. Son \u00e9vocation de l\u2019apprenti mort donne froid dans le dos avec son accompagnement de cordes suraigu\u00ebs avec sourdines. Outre l\u2019horreur de la vision r\u00e9elle de ce corps humain au milieu des poissons fra\u00eechement p\u00each\u00e9s c\u2019est la r\u00e9alisation d\u2019un fantasme terrible que la musique rend perceptible. La fortune par la p\u00eache miraculeuse est un d\u00e9sir profond de Grimes. La mort de l\u2019enfant merveilleux peut l\u2019\u00eatre aussi. La r\u00e9alisation du fantasme peut rendre fou, on le sait. Avoir d\u00fb jeter \u00e0 la mer la p\u00eache miraculeuse et ramener le corps de l\u2019enfant mort a repr\u00e9sent\u00e9 un effort terrible. Faire ainsi passer la mort avant la vie&nbsp;! Grimes paye le prix fort pour ce passage de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du fantasme, fantasme le plus profond et le plus insupportable&nbsp;: D\u00e9sirer la mort d\u2019un enfant\u2026 Sa folie se comprend&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"758\" height=\"484\" src=\"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1691\" style=\"aspect-ratio:1.564102564102564;width:244px;height:auto\" srcset=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-1.png 758w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-1-300x192.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Photo&nbsp;: Royal Opera house<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La folie de la foule<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais \u00e0 pr\u00e9sent si le danger interne pr\u00e9sent\u00e9 par Peter et li\u00e9 \u00e0 ses ruptures de comportement est manifeste, il est relay\u00e9 par les vocif\u00e9rations de la foule et les battements du tambour dans le lointain que Peter finit par entendre. Revenant brutalement \u00e0 lui, il s\u2019en prend de nouveau au pauvre petit qu\u2019il rend responsable de la chasse \u00e0 l\u2019homme dont il est le gibier. C\u2019est une nouvelle projection de son d\u00e9sir de mort de l\u2019enfant. Le regard de d\u00e9tresse de l\u2019enfant lui est insupportable tant il lui rappelle celui du petit mort qui vient le hanter parfois. Pourtant consciemment Grimes craint pour la vie de l\u2019enfant et il lui donne l\u2019ordre de descendre par la falaise accompagn\u00e9 de recommandations de prudence. L\u2019enfant ob\u00e9it, part, et tombe dans un cri d\u2019autant plus affreux que c\u2019est le seul son qui est sorti de sa bouche depuis le d\u00e9but de l\u2019op\u00e9ra. Le silence de mort qui l\u2019a caract\u00e9ris\u00e9 est confirm\u00e9 \u00e0 rebours par son cri au moment de sa mort. Sur sc\u00e8ne, la pr\u00e9sence particuli\u00e8rement oppressante de cet enfant douloureusement muet en avait fait un personnage tr\u00e8s poignant et inoubliable. Grimes le suit aussit\u00f4t, alors que les voix de la foule \u00e0 sa recherche n\u2019ont pas cess\u00e9 de se rapprocher. Le recteur entre en sc\u00e8ne le premier. Tous sont forc\u00e9s de constater que \u00ab&nbsp;la cabane est vide et bien tenue&nbsp;\u00bb et donc que les rumeurs sont excessives. Cet interm\u00e8de, qui se veut comique dans ce moment terrible, sonne faux. Nous ne croyons pas aux paroles bonasses de Swallow qui devant la cabane bien tenue veut faire taire les ragots. Seul Balstrode s\u2019attarde et comprenant ce qui s\u2019est pass\u00e9 descend par la porte vers la falaise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la douleur aura le dernier mot avec le fant\u00f4me d\u00e9sol\u00e9 du petit mort qui est \u00e9voqu\u00e9 pour terminer l\u2019acte par un chant plaintif du violon solo envelopp\u00e9 d\u2019un halo d\u2019arp\u00e8ges de c\u00e9lesta, instrument \u00e0 la sonorit\u00e9 si \u00e9trange.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019amiti\u00e9 seule valeur humaine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le IVeme interlude est le plus d\u00e9velopp\u00e9. Tout est calme. Le bourg a retrouv\u00e9 son fonctionnement habituel. C\u2019est le soir, la lune brille. Un bal lointain r\u00e9sonne et le commerce libidineux des ni\u00e8ces avec Swallow est un badinage assez grossier. Cet orchestre de bal se d\u00e9cha\u00eene lorsque Mrs. Sedley arrive inqui\u00e8te, annon\u00e7ant la disparition de Grimes et de son apprenti. Elle n\u2019est pas prise au s\u00e9rieux. Tous veulent \u00eatre d\u00e9tendus et gais, y compris le Recteur et les villageois qui lui souhaitent une bonne nuit. Toute cette musique l\u00e9g\u00e8re est d\u2019allure populaire, on peut m\u00eame \u00e9voquer une certaine frivolit\u00e9 qui s\u2019oppose \u00e0 l\u2019apart\u00e9 de Mrs. Sedley accompagn\u00e9 par des instruments graves qui livre sa fascination morbide pour le crime et sa jouissance infinie qui lui fait pressentir le drame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fin de l\u2019op\u00e9ra met en opposition les forces qui conduiront Peter Grimes \u00e0 la catastrophe. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019amiti\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par Balstrode et Ellen, de l\u2019autre la force d\u00e9vastatrice des pulsions de la foule. La mort sera de toute fa\u00e7on au rendez-vous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 douloureuse, l\u2019air d\u2019Ellen sera le seul \u00e9l\u00e9ment de lyrisme conc\u00e9d\u00e9 par Britten \u00e0 l\u2019amateur d\u2019op\u00e9ra italien de tout l\u2019ouvrage. Cet air, qui peut s\u2019extraire pour un r\u00e9cital, est porteur de l\u2019\u00e9motion d\u2019Ellen \u00e0 la vue du tricot du petit, retrouv\u00e9 \u00e0 la mer. Tricot qu\u2019elle a r\u00e9alis\u00e9 de ses mains pour lui. On y entend tous les regrets de la vie d\u2019Ellen qui voulait croire en un r\u00eave d\u2019amour pour tous les enfants. R\u00eave bris\u00e9 comme le fil du tricot. Musique de deuil de ses espoirs morts. L\u2019accompagnement est doux et laisse la voix se d\u00e9velopper vers le radieux de sa tessiture aigu\u00eb. Mais la fin de l\u2019air retombe dans le grave comme un an\u00e9antissement. Balstore vient \u00e0 son secours, il veut encore croire en la valeur de l\u2019amiti\u00e9 qui r\u00e9siste \u00e0 tout. Leurs voix s\u2019accordent sur cette valeur qu\u2019ils veulent offrir \u00e0 Peter, en un tr\u00e8s court duo.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du c\u00f4t\u00e9 des pulsions, une chasse \u00e0 l\u2019homme brutale, qui se croit raisonn\u00e9e et justifi\u00e9e est organis\u00e9e et pourtant elle est hors de la raison. C\u2019est Mrs Sedley qui lance ce morceau concertant d\u2019une incroyable virtuosit\u00e9. De nombreuses voix, des rythmes qui se croisent, des ensembles de solistes superpos\u00e9s au ch\u0153ur \u2026 Britten se montre \u00e9blouissant. La b\u00eatise la mesquinerie et la jouissance de la traque et du lynchage \u00e0 venir sont tr\u00e8s bien rendus. La musique est \u00e0 la fois brutale et diaboliquement virtuose. L\u2019habilet\u00e9 et la virtuosit\u00e9 de Benjamin Britten sont confondantes. Ces grands ensembles concertants sont des pi\u00e8ces oblig\u00e9es \u00e0 l\u2019op\u00e9ra. Britten se joue de la convention et ce qui souvent n\u2019est qu\u2019un moment de plaisir pur dans lequel le sens des paroles se dilue est chez lui porteur du drame et fait avancer l\u2019action. Les voix divis\u00e9es deviennent effrayantes et inhumaines dans leurs hurlements du nom de \u00ab&nbsp;Peter Grimes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Joeffrey Lloyd-Roberts as Peter Grimes. Photo \u00a9 2006 Bill Cooper<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour cet interlude Britten utilise des images musicales tr\u00e8s efficaces. Les violons divis\u00e9s \u00e9voquent les \u00e2mes des apprentis morts, le hautbois est comme le remord lancinant de Grimes et le tutti de l\u2019orchestre dessine sa lourde culpabilit\u00e9 \u00e9crasante. Il entre en sc\u00e8ne d\u00e9lirant. Le dernier accident mortel l\u2019a fait basculer dans la folie. Hallucin\u00e9, il revit les morts successives dans une alternance d\u2019\u00e9tats d\u2019abattement et d\u2019exhalation. Tout cela est tr\u00e8s inqui\u00e9tant, tr\u00e8s douloureux. Les th\u00e8mes musicaux des \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents d\u00e9filent \u00e0 toute vitesse. Le ch\u0153ur en lointaines onomatop\u00e9es ne fait que r\u00e9p\u00e9ter \u00ab&nbsp;Peter Grimes&nbsp;\u00bb comme les voix d\u2019hallucinations pers\u00e9cutrices. Mais nous les entendons aussi ces voix et Britten nous les rend absolument insupportables. Voix r\u00e9elles, voix internes, voix hallucin\u00e9es. C\u2019est un grand moment de clinique en musique, rien n\u2019est stable&nbsp;: Peter Grimes contamin\u00e9, finit par r\u00e9p\u00e9ter lui aussi ce que les voix pers\u00e9cutrices lui disent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Peter Grimes&nbsp;\u00bb. Il est d\u00e9personnalis\u00e9, s\u2019invectivant lui-m\u00eame\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La folie finale et la mort<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"265\" height=\"400\" src=\"https:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-5.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1689\" style=\"aspect-ratio:0.654320987654321;width:106px;height:auto\" srcset=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-5.jpeg 265w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-5-199x300.jpeg 199w\" sizes=\"auto, (max-width: 265px) 100vw, 265px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque Ellen tente de l\u2019apaiser, il ne l\u2019entend plus et dans un arioso d\u2019un lyrisme particuli\u00e8rement paisible, il livre l\u2019\u00e9nigme de sa vie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Quel havre abrite la paix<\/em> <em>l<\/em><em>oin des lames de fond,<\/em> <em>l<\/em><em>oin de la temp\u00eate&nbsp;?<\/em> <em>Q<\/em><em>uel havre peut-il accueillir<\/em> <em>les<\/em> <em>erreurs et trag\u00e9dies&nbsp;?<\/em><em>S<\/em><em>on sein est aussi un havre<\/em> <em>o<\/em><em>\u00f9 la nuit se fait jour&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est en quelque sorte la fin de son monologue de la taverne, la fin de son r\u00eave en MI. Toutes m\u00e8re et mers confondues. Grimes et les enfants morts li\u00e9s pour toujours. Grimes enfant mort. La nuit et le jour ne faisant qu\u2019un. La confusion et la d\u00e9personnalisation sont compl\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la r\u00e9alit\u00e9 reprend ses droits et la lutte continue. Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019amiti\u00e9 deux voix, des voix humaines et courageuses qui acceptent l\u2019autre qu\u2019est Peter Grimes, s\u2019opposent aux voix de la foule. Apr\u00e8s Ellen impuissante, c\u2019est Balstrode qui va agir. Dans un mouvement bouleversant d\u2019humanit\u00e9, alors qu\u2019il est clair que Peter a compl\u00e8tement perdu la raison, Balstrode conseille \u00e0 son ami de prendre le large et de couler son bateau. Au moins aura-t-il une mort digne de capitaine et non un lynchage ignominieux. Il fait cette annonce non en chantant mais en parlant. L\u2019effet est bouleversant en sa nudit\u00e9. Lorsque l\u2019on parle \u00e0 l\u2019op\u00e9ra s\u2019est toujours pour dire des choses tr\u00e8s, tr\u00e8s importantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant le suicide de Peter, ce sont \u00e0 nouveau les 3 violons solos qui accompagnent la mort et d\u00e9butent le morceau final de l\u2019op\u00e9ra qui s\u2019ach\u00e8ve dans l\u2019indiff\u00e9rence insouciante de la foule coupable, qui a retrouv\u00e9 le calme des bien pensants. Pour rendre limpide ce d\u00e9sir de renouveau et de lavage de la foule Britten r\u00e9\u00e9crit l\u2019interlude du d\u00e9but de l\u2019acte un. C\u2019est le m\u00eame morceau, le m\u00eame ch\u0153ur, mais amplifi\u00e9s dans une orchestration plus brillante sonnant bien mieux, comme enfin pleinement d\u00e9ploy\u00e9e. D\u00e9barrass\u00e9 de Peter Grimes c\u2019est tout le bourg qui se sent rena\u00eetre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons l\u00e0 une sorte de mise en sc\u00e8ne et de mise en acte du fantasme d\u00e9velopp\u00e9 par Serge Leclaire <em>\u00ab&nbsp;On tue un enfant&nbsp;\u00bb<\/em>. Ici la foule l\u2019a refoul\u00e9, l\u2019a projet\u00e9 sur autrui et Peter Grimes est ainsi transform\u00e9 en Roi des Aulnes, en ogre ou en croque-mitaine. Il a \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9 par la foule qui ne veut pas regarder sa responsabilit\u00e9 propre. Une fois le sacrifice accompli tous ces braves gens solidaires se sentent plus fort. Par une pression sociale constante et inexorablement entretenue, dont nous avons \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins d\u00e8s le proc\u00e8s, la foule a pouss\u00e9 le marginal \u00e0 la folie et \u00e0 la mort. Ce sont les victimes qui meurent&nbsp;: les apprentis orphelins que la soci\u00e9t\u00e9 confie ou vend \u00e0 des particuliers dont Grimes, lui-m\u00eame enfant r\u00eaveur. Il est semblable \u00e0 eux, il est un enfant maltrait\u00e9, \u00e0 l\u2019enfance d\u00e9truite par la vie. Sa part de r\u00eave lui est indispensable pour supporter la r\u00e9alit\u00e9 si hostile. La mort des enfants fait effraction. La pulsion de mort entre dans le champ du r\u00e9el. C\u2019est un non-sens qui fait acte. La vie n\u2019a pas de sens, sauf \u00e0 suivre son r\u00eave, son fantasme. Quand la mort prend la ma\u00eetrise du jeu, tout s\u2019acc\u00e9l\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame Ellen, enseignante r\u00eaveuse et id\u00e9aliste, doit abandonner ses d\u00e9sirs de meilleure vie pour les enfants. Elle pourrait bien \u00eatre la personne la plus touch\u00e9e par ces drames. Car elle y survit, va devoir abandonner son id\u00e9al et faire face journellement \u00e0 l\u2019hypocrisie de la foule. Elle devra aussi affronter sa propre conscience. Cette perte d\u2019un id\u00e9al d\u2019avenir meilleur possible est tout \u00e0 fait terrible et ouvre la porte \u00e0 la m\u00e9lancolie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c9viter la maltraitance \u00e0 enfants, un r\u00eave&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En fait, sommes-nous si loin aujourd\u2019hui de tout ceci quand, m\u00eame si nous savons beaucoup de choses sur les besoins et les droits des enfants, tant de maltraitances ordinaires sont tol\u00e9r\u00e9es dans nos pays, quand le tourisme sexuel, la p\u00e9dophilie internationale, la prostitution infantile sont des r\u00e9alit\u00e9s et que certains proc\u00e8s, certaines \u00ab&nbsp;affaires&nbsp;\u00bb montr\u00e9s comme exemplaires font la une de l\u2019actualit\u00e9 la plus sordide, afin d\u2019assouvir la jouissance du public&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre soci\u00e9t\u00e9 dit vouloir se soucier de la protection de l\u2019enfance. Sans pol\u00e9miquer, les femmes et les hommes qui s\u2019y engagent au quotidien savent la mission quasi impossible qu\u2019ils ont choisie. Et le psychanalyste en son quotidien entend la parole d\u2019enfants maltrait\u00e9s sans \u00e2ges\u2026 Et celui qui re\u00e7oit des enfants sait le poids des maltraitances ordinaires devenues banales et si fr\u00e9quentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mort de l\u2019enfant roi, de l\u2019enfant id\u00e9al de puret\u00e9 est un fantasme port\u00e9 au fond de nous au plus pr\u00e8s de la pulsion de mort. Ses avatars sont nombreux et se d\u00e9clinent \u00e0 l\u2019infini. Nous sommes tous \u00e0 la fois des Peter Grimes possibles et un des membres de la foule qui veut dormir tranquillement. Parfois des Ellen qui essayent d\u2019agir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Hubert Stoecklin&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notes <em>: Travail pr\u00e9paratoire \u00e0 la conf\u00e9rence donn\u00e9e le 14 novembre 2007 au petit amphith\u00e9\u00e2tre CMME de l\u2019H\u00f4pital Sainte Anne \u00e0 Paris dans le cadre du s\u00e9minaire&nbsp;: Une clinique du r\u00e9el&nbsp;? Bases pour un enseignement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>R\u00e9f\u00e9rences&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Avant-sc\u00e8ne op\u00e9ra n\u00b0 31&nbsp;; Peter Grimes. Benjamin Britten ou l\u2019impossible qui\u00e9tude&nbsp;; Xavier De Gaulle&nbsp;; Editions acte sud&nbsp;; 1996.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Benjamin Britten ou le mythe de l\u2019enfance&nbsp;; Midred Clary&nbsp;; Editions Buchet-Chastel&nbsp;; 2006.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>On tue un enfant&nbsp;; Serge Leclaire&nbsp;; collection point aux \u00e9ditions du Seuil&nbsp;; 1975<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le psychanalyste pendant la s\u00e9ance&nbsp;; Patrick Miller&nbsp;; Editions P.U.F.&nbsp;; 2001<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La folie \u00e0 l\u2019op\u00e9ra&nbsp;; Michel Laxenaire&nbsp;; Hubert Stoecklin&nbsp;; Jaqueline Verdeau-Pailles&nbsp;; Editions Buchet-Chastel&nbsp;; 2005.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le malaise dans la culture&nbsp;; Sigmund Freud&nbsp;;<\/em><em>E<\/em><em>ditions Quadrige-P.U.F&nbsp;;1995<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a9 the Cosman Keller Art and Music Trust. Image credit: Britten Pears Arts<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PETER GRIMES ou le meurtre de l\u2019enfance. \u00ab&nbsp;Alone, alone, alone with a childish death&nbsp;\u00bb acte&nbsp;I, Sc.1 \u00ab&nbsp;Seul, seul, tout seul, avec une mort d\u2019enfant&nbsp;\u00bb Britten en 1946 apr\u00e8s la premi\u00e8re de Peter Grimes Cet op\u00e9ra, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 au lendemain de la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s attendu car non seulement c\u2019\u00e9tait le &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/peter-grimes-chef-doeuvre-de-britten\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Peter Grimes  Chef d\u2019\u0153uvre de Britten&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1688,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-1684","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-folie-a-lopera"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1684","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1684"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1684\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1692,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1684\/revisions\/1692"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1688"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1684"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1684"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1684"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}