{"id":331,"date":"2022-02-02T19:06:00","date_gmt":"2022-02-02T19:06:00","guid":{"rendered":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/?p=331"},"modified":"2022-12-19T19:11:04","modified_gmt":"2022-12-19T19:11:04","slug":"kliniken-cette-folie-cest-un-peu-nous-tous","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/kliniken-cette-folie-cest-un-peu-nous-tous\/","title":{"rendered":"Kliniken cette folie c&rsquo;est un peu nous tous"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>CRITIQUE. THEATRE. TOULOUSE. THEATRE DE LA CITE.2\/2\/22. KLINIKEN.&nbsp; L. NOREN. J. DUCLOS.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Synopsis<\/strong> :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Kliniken&nbsp;se passe dans un h\u00f4pital psychiatrique. Les patients se c\u00f4toient et tentent de cohabiter, de coexister. Ils et elles sont d\u2019\u00e2ges et d\u2019horizons tr\u00e8s diff\u00e9rents, et n\u2019auraient pas d\u00fb, a priori, se rencontrer. Dans l\u2019h\u00f4pital de&nbsp;Kliniken, les pathologies ne sont pas \u00ab regroup\u00e9es \u00bb ; anorexie, autisme, schizophr\u00e9nie, perversion, psychopathie, effets traumatiques et d\u00e9pression se c\u00f4toient, sans \u00e9chelle de valeur ou de gravit\u00e9. Ici, chacun d\u00e9fend son histoire, Lars Nor\u00e9n ne juge personne. Les patients semblent livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames et s\u2019engluent dans leur souffrance sous nos yeux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\"><strong>Kliniken est une belle r\u00e9flexion salutaire sur le monde dans lequel nous vivons et l\u2019\u00e9poque que nous traversons.<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-120385\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/kliniken-06-11-21-simon-gosselin-2-66-scaled.jpg\" alt=\"Kliniken 06 11 21 Simon Gosselin 2 66\" class=\"wp-image-120385\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Kliniken photo de Simon Gosselin<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette pi\u00e8ce su\u00e9doise de 1993 est \u00e0 la fois ancr\u00e9e dans le temps et le pays d\u2019origine avec en particulier des r\u00e9f\u00e9rences cin\u00e9matographiques un peu opaques pour les fran\u00e7ais mais surtout elle a quelque chose d\u2019universel et d\u2019intemporel. Lars Nor\u00e9n dans son \u00e9criture reste simple afin que les malades nous soient tr\u00e8s proches. La pi\u00e8ce est construite sur le mod\u00e8le tragique avec unit\u00e9 de temps et de lieu. Nous sommes dans une salle de s\u00e9jour d\u2019un h\u00f4pital psychiatrique du matin au soir. Il y a onze malades et deux professionnels\u00a0(un aide-soignant et un veilleur de nuit). <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de la d\u00e9couverte progressive d\u2019une part de l\u2019histoire de chaque patiente et patient, cette pi\u00e8ce nous parle du vide. Du vide existentiel, du vide int\u00e9rieur et de l\u2019absence de soin. <strong>Ce service qui re\u00e7oit des patients de toutes pathologies correspond \u00e0 une sorte de banalit\u00e9 en services de psychiatrie. Les pathologies sont r\u00e9alistes et n\u2019ont rien de particulier non plus. Le manque de personnel n\u2018\u00e9tonnera pas d\u2019avantage, tant le contexte actuel est d\u00e9l\u00e9t\u00e8re en France.<\/strong> Les locaux assez froids et fonctionnels sont plut\u00f4t en bon \u00e9tat ce qui est plus rare dans l\u2019hexagone.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/kliniken-06-11-21-simon-gosselin-1-80-scaled.jpg\" alt=\"Kliniken 06 11 21 Simon Gosselin 1 80\" class=\"wp-image-120387\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs questions peuvent interpeller les spectateurs. La premi\u00e8re pourrait \u00eatre la perception de la fragilit\u00e9 de la fronti\u00e8re entre le normal et le pathologique. Fronti\u00e8re poreuse quand on voit le comportement de l\u2019aide-soignant du matin ou encore lorsque qu\u2019on entend la pertinence et la sagesse de certaines paroles des patients. <strong>La pi\u00e8ce de Lars Nor\u00e9n ne cherche pas \u00e0 montrer l\u2019aspect th\u00e9rapeutique, ni ne cherche \u00e0 d\u00e9velopper la clinique pathologique, ni de montrer la construction de liens forts entre les patients. Il nous met face \u00e0 l\u2019ennui et le vide. <\/strong>Cet ennui si terrible qui nous fait agir quand nous sommes libres et qui prend une tout autre dimension lors d\u2019une hospitalisation. Le miroir particulier en p\u00e9riode Covid nous rappelle le temps pas si lointain du confinement. Tout ce temps dont disposent les malades, comme les confin\u00e9s en ont dispos\u00e9 et qui force \u00e0 fuir d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre le douloureux face \u00e0 face avec soi-m\u00eame. La premi\u00e8re action est de fumer pour les tabagiques, se gaver de TV pour certains, de rester dans le silence pour les plus rares et d\u2019\u00e9mettre une parole en boucle pour la plupart. C\u2019est de cette parole sans surprise pour celui qui parle que naissent les bribes d\u2019histoires de chacun.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-120388\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/kliniken-06-11-21-simon-gosselin-2-37-scaled.jpg\" alt=\"Kliniken 06 11 21 Simon Gosselin 2 37\" class=\"wp-image-120388\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Kliniken photo de Simon Gosselin<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais ces histoires sont ferm\u00e9es et tournent en boucle de mani\u00e8re mortif\u00e8re.&nbsp; En n\u00e9gatif se fait entendre par son absolue absence cette parole libre, pleine de surprises qui est recherch\u00e9e au niveau th\u00e9rapeutique. Comme en n\u00e9gatif l\u2019absence du psychiatre qui vient le lundi, celle des psychologues dont personne ne parle ou des infirmiers. &nbsp;C\u2019est le grand vide au niveau du soin hormis la protection des murs. La s\u00e9rie sur Arte, Th\u00e9rapy, est le n\u00e9gatif de Kliniken. Th\u00e9rapy nous faisait assister au travail psychoth\u00e9rapique. De nombreux films parlent de psychiatrie comme \u00ab&nbsp;Folles de joie&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Vol au-dessus d\u2019un nid de coucou&nbsp;\u00bb, ou d\u00e9crivent plus finement le fonctionnement mental, \u00ab&nbsp;Psychose&nbsp;\u00bb du grand Hitchcock, les interactions entre malades ou encore le &nbsp;travail institutionnel&nbsp;. Cet ennui nous gagne aussi en tant que public et semble fatal \u00e0 certains (tr\u00e8s peu nombreux) qui quittent la salle. Il n\u2019y a donc pas de voyeurisme dans cette pi\u00e8ce, rien de spectaculaire ou de vraiment monstrueux sinon celui des effets de l\u2019ennui universel. Les \u00ab&nbsp;histoires&nbsp;\u00bb&nbsp;de chaque patient sont repr\u00e9sentatives de ce qui peut arriver dans la \u00ab&nbsp;vraie vie&nbsp;\u00bb&nbsp;: &nbsp;&nbsp;des parents d\u00e9pass\u00e9s ou maltraitants, une soci\u00e9t\u00e9 qui ne prot\u00e8ge pas vraiment, des s\u00e9quelles ind\u00e9l\u00e9biles de traumatisme, un besoin de temps pour \u00ab&nbsp;dig\u00e9rer&nbsp;\u00bb ainsi que cette peur de l\u2019avenir et ce mal de vivre aux formes si diverses avec cet attrait si fort pour la mort. &nbsp;Toutes ces questions sont comme bloqu\u00e9es chez ces malades mais en fait elles nous concernent plus ou moins tous. Le ton est plut\u00f4t calme et les moments violents sont rares et li\u00e9s \u00e0 la m\u00eame jeune femme m\u00e9lancolique, Sofia qui veut dispara\u00eetre \u00e0 tout prix. C\u2019est la prise oblig\u00e9e de m\u00e9dicaments et sa mort qui sont terribles. La violence est immense lors de la prise forc\u00e9e du traitement et cela semble pr\u00e9cipiter son passage \u00e0 l\u2019acte.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/kliniken-06-11-21-simon-gosselin-1-49-scaled.jpg\" alt=\"Kliniken 06 11 21 Simon Gosselin 1 49\" class=\"wp-image-120389\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>C\u2019est bien la mort qui se cache derri\u00e8re tous les troubles<\/strong>. Et c\u2019est bien par cette peur de la mort que nous acceptons des am\u00e9nagements diaboliques. La prise forc\u00e9e de m\u00e9dicaments nous rappelle plusieurs choses. D\u2019abord que le champ de la psychiatrie est le seul encadr\u00e9 par la justice pour imposer un traitement \u00e0 un patient se mettant en danger ou mettant en danger la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019hospitalisation en psychiatrie et son cort\u00e8ge de traitements impos\u00e9s est l\u00e9galement tr\u00e8s encadr\u00e9 et semblait un fait unique. La pand\u00e9mie a fait voler en \u00e9clat cette exception. Avec en premier temps l\u2019interdiction faite \u00e0 des m\u00e9decins de soigner leurs malades en les enjoignant \u00e0 fermer leurs cabinets. C\u2019est la n\u00e9gation du devoir de soigner (pr\u00e9cepte du serment d\u2019Hippocrate). Cela n\u2019a pu \u00eatre accept\u00e9 que par le climat de terreur \u00ab\u00a0panmondiale\u00a0\u00bb. Ensuite une obligation de traitement non psychiatrique et donc non encadr\u00e9e par la loi, a \u00e9t\u00e9 install\u00e9e avec les injections contre le Coronavirus qui ont \u00e9t\u00e9 inexactement nomm\u00e9es \u00ab\u00a0vaccins\u00bb. \u00a0Ce traitement qui par des mesures de pressions tr\u00e8s subtiles force la population \u00e0 le prendre sans v\u00e9ritable consentement ne renvoie-t-il pas \u00e0 ce qui se passe dans Kliniken\u00a0? \u00a0<strong>Combien de Sofia dans notre pays ? Dans le monde\u00a0?<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/kliniken-06-11-21-simon-gosselin-1-66-scaled.jpg\" alt=\"Kliniken 06 11 21 Simon Gosselin 1 66\" class=\"wp-image-120390\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mort de la jeune femme fera vaciller la fausse tranquillit\u00e9 des r\u00e9sidants. Et montre bien que rien h\u00e9las ne peut contrer la force du d\u00e9sir de mort quand il est chevill\u00e9 au corps \u00e0 ce point.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9cor simple et efficace, les lumi\u00e8res discr\u00e8tes font leur travail d\u2019att\u00e9nuation et alimentent la fausse tranquillit\u00e9 de cet h\u00f4pital. Des projections en direct de patients en leur intime solitude donnent un peu d\u2019\u00e9motion au lieu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le jeu des acteurs est tout \u00e0 fait admirable car il ne singe pas la maladie mentale. Le respect habite les com\u00e9diens et c\u2019est pr\u00e9cieux. C\u2019est le plus grand compliment qui peut \u00eatre fait \u00e0 des acteurs jouant la folie&nbsp;: &nbsp;chacun d\u00e9fend avec conviction son personnage et lui offre des moments d\u2019\u00e9motion et de sagesse. La mise en sc\u00e8ne est simple et tr\u00e8s lisible. Le jeu est naturel et sans emphase. Tout ceci \u00e9vacue le spectaculaire facile afin de nous aider \u00e0 nous concentrer sur ces notions de vide et d\u2019ennui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voici une pi\u00e8ce qui compl\u00e8te les nombreux films, s\u00e9ries et romans qui parlent de la psychiatrie. Mettre ainsi en lumi\u00e8re les moments les moins spectaculaires est une audace que le travail de Julie Duclos et ses acolytes sur sc\u00e8ne et \u00e0 la technique a tr\u00e8s bien rendu. Dans cette nouvelle production de Kliniken de Lars Nor\u00e9n il y a un tr\u00e8s beau travail d\u2019\u00e9quipe au service d\u2019une r\u00e9flexion salutaire sur le monde dans lequel nous vivons et l\u2019\u00e9poque que nous traversons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/blog.culture31.com\/author\/hubert\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>Hubert Stoecklin<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Critique. Th\u00e9\u00e2tre. Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9, le 2 f\u00e9vrier 2022. Lars Nor\u00e9n\u00a0: Kliniken\u00a0(pi\u00e8ce de 1993) ; Traduction : Camilla\u00a0Bouchet, Jean-Louis\u00a0Martinelli et Arnaud\u00a0Roig-Mora\u00a0; Mise en sc\u00e8ne\u00a0: Julie\u00a0Duclos\u00a0; Avec\u00a0: Mithkal\u00a0Alzghair, Alexandra\u00a0Gentil, David\u00a0Gouhier, \u00c9milie Incerti Formentini, Manon \u00a0Kneus\u00e9, Yohan \u00a0Lopez, St\u00e9phanie Marc, Cyril\u00a0Metzger, \u00a0Le\u00efla\u00a0Muse, \u00a0Alix\u00a0Riemer, \u00c9milien\u00a0Tessier, Maxime\u00a0Thebault et \u00c9tienne\u00a0Toqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Photos : Simon Gosselin <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/theatre-cite.com\/programmation\/2021-2022\/spectacle\/kliniken\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>Th\u00e9\u00e2tredelaCit\u00e9<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/theatre-cite.com\/programmation\/2021-2022\/spectacle\/kliniken\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/theatre-de-la-cite-kliniken.jpg\" alt=\"Th\u00e9atre De La Cit\u00e9 Kliniken\" class=\"wp-image-120475\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.mixcloud.com\/RadioRadioToulouse\/playlists\/un-cactus-a-lentracte\/\">Lien vers l&rsquo;Emission \u00ab\u00a0Un Cactus \u00e0 l&rsquo;entracte \u00ab\u00a0ou je suis l&rsquo;invit\u00e9 de J\u00e9r\u00f4me Gac. J&rsquo;y parle de Kliniken et d&rsquo;autres pi\u00e8ces avec mes complices.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CRITIQUE. THEATRE. TOULOUSE. THEATRE DE LA CITE.2\/2\/22. KLINIKEN.&nbsp; L. NOREN. J. DUCLOS. Synopsis : Kliniken&nbsp;se passe dans un h\u00f4pital psychiatrique. Les patients se c\u00f4toient et tentent de cohabiter, de coexister. Ils et elles sont d\u2019\u00e2ges et d\u2019horizons tr\u00e8s diff\u00e9rents, et n\u2019auraient pas d\u00fb, a priori, se rencontrer. 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