{"id":334,"date":"2022-01-27T19:13:00","date_gmt":"2022-01-27T19:13:00","guid":{"rendered":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/?p=334"},"modified":"2022-12-19T19:20:03","modified_gmt":"2022-12-19T19:20:03","slug":"anja-rilling-tire-une-enorme-sonnette-dalarme","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/anja-rilling-tire-une-enorme-sonnette-dalarme\/","title":{"rendered":"Anja Rilling tire une \u00e9norme sonnette d&rsquo;alarme"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Critique. Th\u00e9\u00e2tre. Toulouse. Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9, le 27 Janvier 2022. Anja Hilling. NOSTALGIE 2175. Mise en sc\u00e8ne :\u00a0 Anne Monfort.\u00a0 Musique : Nuria Gimenez Comas. Avec Judith Henry : Pagona, Jean-Baptiste Verquin : Posch, Mohand Azzoug : Taschko.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">NOSTALGIE 2175 &nbsp;OU PHILOSOPHIE POLITIQUE EN PO\u00c9SIE.<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Contexte de la pi\u00e8ce d\u2019Anja Hilling :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;En 2175, dans un monde o\u00f9 la temp\u00e9rature avoisine les 60\u00b0C et o\u00f9 l\u2019humain ne cesse de s\u2019adapter \u00e0 un environnement particuli\u00e8rement hostile, <em>Nostalgie 2175 <\/em>nous raconte une histoire d\u2019amour et de vie entre trois protagonistes, Pagona, Taschko et Posch. Pagona tombe enceinte, ce qui n\u2019arrive plus depuis des d\u00e9cennies. Le po\u00e8me que Pagona adresse \u00e0 sa fille est dit face au public. A c\u00f4t\u00e9 s\u2019entrecoupent des sc\u00e8nes de flash-back racontant l\u2019histoire de cette grossesse et des deux hommes qui l\u2019entourent, sur fond de peintures, de d\u00e9sir, de nostalgie. Une plong\u00e9e dans un univers dystopique et po\u00e9tique qui interroge notre rapport \u00e0 la plan\u00e8te, aux autres et au sens \u00e0 donner \u00e0 la vie dans un monde qui para\u00eet vou\u00e9 \u00e0 la disparition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Critique&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Il est des spectacles qui vous laissent KO et qui sont aussi beaux que violents.<\/strong> Le coup de chaud qui m\u2019a saisi ce soir a \u00e9t\u00e9 fort et sera probablement inoubliable. En cet hiver glacial, seul \u00e9l\u00e9ment de notre quotidien qui est \u00e0 sa place, recevoir cette insolation \u00e9touffante marque corps, c\u0153ur, esprit et fait vibrer l\u2019\u00e2me. Merci \u00e0 ces artistes qui dans un travail infiniment pr\u00e9cis ont su rendre compte de la puissance de ce texte incroyable de l\u2019autrice allemande Anja Hilling datant d\u00e9j\u00e0 de 2008 et qui vient d\u2019\u00eatre traduit. <strong>Ce texte gagne une puissance extraordinaire dans cette p\u00e9riode Covid marqu\u00e9e par le repli catastrophique des liens humains r\u00e9els.<\/strong> \u00a0Tout ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 dans ce spectacle complexe va tout droit toucher le spectateur l\u00e0 o\u00f9 il ne s\u2019y attend pas : exactement l\u00e0 o\u00f9 IL FAUT.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"654\" height=\"428\" src=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/nostalgie-2175.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-338\" srcset=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/nostalgie-2175.png 654w, http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/nostalgie-2175-300x196.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 654px) 100vw, 654px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans notre \u00e9poque d\u00e9glingu\u00e9e o\u00f9 il est possible de pr\u00e9voir de piquer les gens tous les 4 mois, o\u00f9 dans des media on peut entendre des pr\u00e9tendus \u00ab responsables \u00bb \u00e9voquer des refus de soins sur une cat\u00e9gorie de personnes, cette pi\u00e8ce semble salutaire. Entendre cette id\u00e9e de refus de soins et cela sans \u00e9motions, et en France, tient de l\u2019ab\u00eeme en \u00e9thique. La question du rapport des g\u00e9n\u00e9rations entre elles est central dans cette pi\u00e8ce et est totalement invers\u00e9e \u00e0 ce qui se passe \u00e0 notre \u00e9poque o\u00f9 des enfants sont pris en otages par les g\u00e9n\u00e9rations d\u2019au-dessus incons\u00e9quentes. Alors que dans la pi\u00e8ce il est question de sacrifice maternel non religieux, nous sommes loin de notre \u00e9poque qui sacrifie sans vergogne les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir pour ne pas d\u00e9ranger les g\u00e9n\u00e9rations actuelles irresponsables. <strong>La seule question politique contemporaine et de la plus grande importance : r\u00e9duire la destruction de la biodiversit\u00e9, est \u00e9vacu\u00e9e du d\u00e9bat politique actuel.\u00a0 Anja Hilling (n\u00e9e en 1975), non sans humour noir, nous \u00e9voque le dernier moustique et la derni\u00e8re mort par malaria.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette pi\u00e8ce de 2008 nous parle de tout ce que notre \u00e9poque devenue autiste et perverse \u00e0 la fois, refuse de comprendre. <strong>Il est question de l\u2019AMOUR qui peut s\u2019adapter \u00e0 toute situation et qui reste notre seule raison de vivre.<\/strong> Il est question du TOUCHER qui devenu impossible, fabrique une soci\u00e9t\u00e9 de morts-vivants. Il est question d\u2019AIR qui en simple T-shirt caresse la peau comme fantasme impossible. Rilling nous parle de d\u00e9r\u00e8glement climatique, de catastrophe totale et de vie impossible \u00e0 donner \u00ab naturellement \u00bb. Le texte est virtuose entre soliloque de l\u2019h\u00e9ro\u00efne et sc\u00e8nes jou\u00e9es \u00e0 trois. La musique participe en quatri\u00e8me personnage avec une force \u00e0 la limite du supportable. Le travail entrem\u00eal\u00e9 de la compositrice Nuria Gimenez Comas sur une commande de l\u2019IRCAM avec la r\u00e9gie-son hyper sensible de Guillaume Blanc est aussi efficace que signifiante de la chaleur torride qui submerge les personnages. Les lumi\u00e8res sont subtilement organis\u00e9es et le d\u00e9cor extr\u00eamement simple d\u2019aspect est d\u2019une grande richesse. Les partis pris de la metteuse en sc\u00e8ne Anne Monfort sont aussi s\u00e9rieux qu\u2019inventifs. Les \u00e9l\u00e9ments de la dystopie futuriste sont sugg\u00e9r\u00e9s et non illustr\u00e9s ou montr\u00e9s. Le texte est tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement coup\u00e9 certes, toutefois le respect du sens profond est complet. Les acteurs sont \u00e9patants. Chacun trouve un jeu sans contact physique et pourtant \u00ab tr\u00e8s physique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le r\u00f4le principal est donn\u00e9 \u00e0 Judith Henry, actrice sensible qui a \u00e9t\u00e9 pour les cin\u00e9philes la r\u00e9v\u00e9lation du film \u00ab la discr\u00e8te \u00bb irradiante face \u00e0 Fabrice Luchini<\/strong>. Ses tonalit\u00e9s douces et m\u00e9lancoliques lorsqu\u2019elle s\u2019adresse \u00e0 son futur b\u00e9b\u00e9 (quand elle sera adulte) et \u00e0 nous, contrastent avec sa violence des sc\u00e8nes jou\u00e9es \u00e0 trois.<strong> De m\u00eame les hommes, Jean-Baptiste Verquin, Mohand Azzoug passent d\u2019une pr\u00e9sence muette parfois tr\u00e8s forte \u00e0 un jeu puissant dans des sc\u00e8nes vari\u00e9es allant jusqu\u2019\u00e0 une grande violence.<\/strong> Cette grande subtilit\u00e9 du jeu est d\u2019autant plus remarquable qu\u2019aucun contact n\u2019a jamais lieu entre eux. La place de l\u2019artiste Taschko, est \u00e9galement centrale avec en dimension politique cette main mise sur le travailleur traumatis\u00e9 physique et psychique, handicap\u00e9 du corps comme de l\u2019esprit. \u00a0 Il a \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo; une attaque-viol avec\u00a0 mise en danger de mort par contact de sa peau avec l\u2019air ambiant mortel. Cela ne suffit pas , de plus il y a la transformation de cet \u00eatre souffrant et toxicomane en artiste de g\u00e9nie reconnu mondialement sous la f\u00e9rule du \u00abpatron\u00bb, Posch,\u00a0 qui empoche tous les b\u00e9n\u00e9fices,\u00a0 exemple de maitrise perverse magistrale. M\u00eame le traitement m\u00e9dicamenteux de Taschko\u00a0 c\u2019est Posch\u00a0 qui le d\u00e9tient afin de maintenir le jeune homme\u00a0 en d\u00e9pendance absolue. Taschko est donc pris en \u00e9taux entre son \u00ab ma\u00eetre \u00bb et la femme qu\u2019il a rencontr\u00e9e fortuitement, qu\u2019il aime et qui l\u2019aime \u00e9perdument et qui pourtant ne deviendra jamais sa ma\u00eetresse charnelle. Si besoin \u00e9tait de mesurer leur amour c\u2019est leurs changements \u00e0 chacun qui t\u00e9moigneraient. Pagona donne sa vie et donne La Vie et Taschko se r\u00e9volte, se lib\u00e8re de la toxicomanie. Ils se retrouvent tous les deux dans la mort, comme un couple tragique. Posch, la figure du pouvoir,\u00a0 va prendre encore une dimension sup\u00e9rieure lorsque l\u2019on apprend que c\u2019est lui le p\u00e8re de l\u2019enfant con\u00e7u dans un viol plus ou moins \u00ab consenti \u00bb. <strong>L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des d\u00e9sirs est compl\u00e8te dans un trouble savamment entretenu tant par la violence du texte que le jeu subtil des acteurs. Finalement le monde post apocalyptique reste le m\u00eame sous le joug du puissant qui d\u00e9tient la richesse financi\u00e8re, lui donnant acc\u00e8s \u00e0 la jouissance sur le corps de l\u2019autre. <\/strong>L\u2019acceptation de Pagona et sa compr\u00e9hension du \u00ab syst\u00e8me \u00bb, sa mani\u00e8re de le d\u00e9passer en \u00ab tombant enceinte naturellement \u00bb (le 9i\u00e8me cas depuis 100 ans), est la gageure de cette pi\u00e8ce : le Sacrifice Profane d\u2019Amour Total au prix de sa vie. Pagona trouve le moyen unique de donner \u00e0 l\u2019homme qu\u2019elle aime le b\u00e9b\u00e9 qu\u2019il ne peut lui faire, et mettant \u00e9galement un terme \u00e0 la frustration que lui inflige malgr\u00e9 lui Taschko qui ne peut s\u2019offrir \u00e0 elle charnellement ;\u00a0 elle accepte la mort.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/nostalgie-2175-1.png\" alt=\"Nostalgie 2175\" class=\"wp-image-120124\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Nostalgie 2175 ouvre la porte \u00e0 la plus grande po\u00e9sie sans rien c\u00e9der \u00e0 une vision politique d\u2019une grande pertinence dans une atmosph\u00e8re m\u00e9lancolique aux charmes infernaux.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/blog.culture31.com\/author\/hubert\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>Hubert Stoecklin<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Lien vers le dossier du spectacle&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/theatre-cite.com\/programmation\/2021-2022\/spectacle\/nostalgie-2175\/\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Photos&nbsp;: Christophe Raynaud de Lage<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique. Th\u00e9\u00e2tre. Toulouse. Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9, le 27 Janvier 2022. Anja Hilling. NOSTALGIE 2175. Mise en sc\u00e8ne :\u00a0 Anne Monfort.\u00a0 Musique : Nuria Gimenez Comas. Avec Judith Henry : Pagona, Jean-Baptiste Verquin : Posch, Mohand Azzoug : Taschko. NOSTALGIE 2175 &nbsp;OU PHILOSOPHIE POLITIQUE EN PO\u00c9SIE. Contexte de la pi\u00e8ce d\u2019Anja Hilling : &nbsp;En 2175, &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/anja-rilling-tire-une-enorme-sonnette-dalarme\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Anja Rilling tire une \u00e9norme sonnette d&rsquo;alarme&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":335,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[],"class_list":["post-334","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/334","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=334"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/334\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":339,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/334\/revisions\/339"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/media\/335"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=334"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=334"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=334"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}