{"id":348,"date":"2021-11-19T22:26:00","date_gmt":"2021-11-19T22:26:00","guid":{"rendered":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/?p=348"},"modified":"2023-01-01T22:32:32","modified_gmt":"2023-01-01T22:32:32","slug":"somptueuse-production-de-wozzeck-a-toulouse","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/somptueuse-production-de-wozzeck-a-toulouse\/","title":{"rendered":"Somptueuse production de Wozzeck \u00e0 Toulouse"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">CRITIQUE. Op\u00e9ra. TOULOUSE. Th\u00e9\u00e2tre du Capitole, le 19 Novembre 2021. A. BERG. WOZZECK. M.FAU. S. DEGOUT. S. KOCH. O. N. CAPITOLE. L. HUSSAIN.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">SPLENDEUR VOCALE, MUSICALE ET SC\u00c9NIQUE !<\/h1>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/stephane-degout-wozzeck-sophie-koch-marie-mirco-magliocca.jpeg\" alt=\"St\u00e9phane Degout (Wozzeck), Sophie Koch (Marie) \u00a9 Mirco Magliocca\" class=\"wp-image-117573\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette nouvelle production capitoline met en valeur toutes les qualit\u00e9s maison. La qualit\u00e9 du travail en amont permet un approfondissement de la production qui acc\u00e8de \u00e0 une coh\u00e9rence et une perfection qui laissent le public sans voix entre les actes pour exploser au final.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Wozzeck en v\u00e9ritable Op\u00e9ra au Capitole<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les maitres d\u2019\u0153uvre, <strong>Michel Fau<\/strong> et<strong> Leo Hussain,<\/strong> main dans la main guident les artistes de la production vers la lumi\u00e8re d\u2019une interpr\u00e9tation particuli\u00e8rement aboutie. Le parti pris de Michel Fau est g\u00e9nial. Il ose saisir le chef d\u2019\u0153uvre de modernit\u00e9 de Berg pour l\u2019ouvrir vers l\u2019onirique. Toute l\u2019histoire tragique du soldat Wozzeck est v\u00e9cue par l\u2019enfant qu\u2019il a eu avec Marie. En insistant ainsi sur les douleurs de l\u2019enfant, le tragique un peu abstrait de cet op\u00e9ra de la noirceur de l\u2019\u00e2me humaine, devient plus proche de nous et la plus grande compassion nous saisit souvent. Le d\u00e9cor magnifique en sa fausse na\u00efvet\u00e9 est d\u2019une intelligence remarquable. La mis\u00e8re de la chambre de l\u2019enfant est terrible, ses peurs d\u2019enfants premi\u00e8res ne sont que bien menues \u00e0 cot\u00e9 de toutes les atrocit\u00e9s auxquelles il va devoir assister de force. En mettant ainsi le focus sur les effets sur un enfant innocent des pers\u00e9cutions dont son p\u00e8re est victime et des douleurs de sa m\u00e8re, tout nous est plus proche et plus insupportable encore. Comme dans les r\u00eaves se sont les images qui prennent tant de place l\u2019utilisation de costumes beaux et color\u00e9s permet des tableaux de grande \u00e9motion. Les personnages sont comme des images d\u2019\u00c9pinal avec des attitudes proches de marionnettes. Le jeu des acteurs est remarquable, tr\u00e8s pr\u00e9cis et maitris\u00e9. Le jeu de l\u2019enfant, est particuli\u00e8rement touchant et entendre enfin sa d\u00e9licate voix \u00e0 la toute fin de l\u2019op\u00e9ra nous rappelle qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 muet tout du long et pourtant si expressif. Dimitri Dor\u00e9 est un jeune acteur remarquable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Wozzeck de <strong>St\u00e9phane Degout<\/strong> est une prise de r\u00f4le tr\u00e8s aboutie.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/stephane-degout-wozzeck-mirco-magliocca.jpeg\" alt=\"St\u00e9phane Degout (Wozzeck) \u00a9 Mirco Magliocca\" class=\"wp-image-117566\" width=\"598\" height=\"398\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La coh\u00e9rence vocale et physique est totale. La beaut\u00e9 de la voix fait irradier l\u2019humanit\u00e9 et la gestuelle si artificielle illustre la douleur interne de sa folie. Le jeu de l\u2019acteur est si accompli qu\u2019il arrive \u00e0 illustrer le fond de la pathologie schizophr\u00e9nique dont souffre notre h\u00e9ros. Il arrive \u00e0 vivre deux \u00e9motions contradictoires en m\u00eame temps&nbsp;; son sourire d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et heureux avant de tuer celle qu\u2019il aime tant est absolument renversant. Le r\u00e9sultat est tout \u00e0 fait bouleversant. Quel artiste&nbsp;complet ! Marie, sa bien-aim\u00e9e qui lui est ravie avec tant de perfidie, est sur le m\u00eame registre de perfection vocale. <strong>Sophie Koch<\/strong> \u00e9galement fait une prise de r\u00f4le tout \u00e0 fait remarquable.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/sophie-koch-marie-mirco-magliocca.jpeg\" alt=\"Sophie Koch (Marie) \u00a9 Mirco Magliocca\" class=\"wp-image-117577\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Poup\u00e9e, femme enfant, m\u00e8re tendre, \u00e2me trop confiante, Marie est vue par les yeux de son enfant&nbsp;: maman est la plus belle. La trag\u00e9die de son destin n\u2019en ressort qu\u2019avec davantage de force. Son jeu met en \u00e9vidence la force de vie qui anime le personnage. Tout en lui demandant ce jeu de marionnette qui la laisse d\u00e9sarticul\u00e9e lorsqu\u2019elle est abandonn\u00e9e sur le lit (de son fils) par la Tambour major apr\u00e8s son trivial exploit sexuel et par Wozzeck qui lui donne la mort dans un sourire. La voix de Sophie Koch est d\u2019une splendeur totale. Les pers\u00e9cuteurs pervers qui d\u00e9molissent ce couple sont trait\u00e9s avec la m\u00eame fausse na\u00efvet\u00e9 d\u2019image d\u2019\u00c9pinal. Le tambour-Major est beau comme un soldat de plomb, ivre de sa puissance virile. <strong>Nikolai Schukoff<\/strong> donne \u00e0 ce r\u00f4le bien court une puissance folle avec sa voix de stentor et son jeu brutal. Le Capitaine de <strong>Wolfgang Ablinger-Sperrhake<\/strong> est beau comme un sou neuf, vain comme une image de papier glac\u00e9 et personnifie la suffisance narcissique d\u00e9vastatrice. Sa voix est admirablement conduite dans cette tessiture impossible. Il est un personnage d\u00e9licatement odieux. Mais la violence et la perversion du m\u00e9decin sont bien plus angoissantes encore avec un jeu qui r\u00e9v\u00e8le sa folie irr\u00e9cup\u00e9rable.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/falk-struckmann-le-mdecin-stephane-degout-wozzeck-mirco-magliocca.jpeg\" alt=\"Falk Struckmann (Le M\u201adecin), St\u00e9phane Degout (Wozzeck) \u00a9 Mirco Magliocca\" class=\"wp-image-117571\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La composition de <strong>Falk Struckmann<\/strong> est un tout, absolument parfait et ce personnage est carr\u00e9ment terrifiant.&nbsp; <strong>Thomas Bettinger&nbsp;<\/strong>en Andres a une belle voix qui convient bien \u00e0 sa v\u00e9ritable sympathie pour Wozzeck. <strong>Ana\u00efk Morel<\/strong> en Margret est un v\u00e9ritable luxe. Belle poup\u00e9e avec une voix qui m\u00e9rite un bien plus grand r\u00f4le pour pouvoir l\u2019appr\u00e9cier vraiment.&nbsp; Les Costumes de <strong>David Belugou<\/strong> sont de toute beaut\u00e9 et prennent bien la lumi\u00e8re, illuminant toute la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/wozzeck-dimitri-dor-lenfant-de-marie-sophie-koch-marie-magliocca.jpeg\" alt=\"Wozzeck Dimitri Dor\u201a (L'Enfant De Marie), Sophie Koch (Marie) \u00a9 Magliocca\" class=\"wp-image-117698\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les lumi\u00e8res et tout particuli\u00e8rement les ombres dans leur dimension cauchemardesque si importante sont magistrales de pr\u00e9cision et d\u2019efficacit\u00e9. <strong>Jo\u00ebl Fabing<\/strong> r\u00e9alise un \u00e9minent travail \u00e0 la pr\u00e9cision parfaite. <strong>Les ch\u0153urs et la maitrise<\/strong> sont impeccables dans leurs courtes mais d\u00e9cisives interventions dans des costumes somptueux.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/stephane-degout-wozzeck-dimitri-dor-lenfant-de-marie-wolfgang-ablinger-sperrhacke-le-capitaine-mirco-magliocca.jpeg\" alt=\"St\u00e9phane Degout (Wozzeck), Dimitri Dor (L'Enfant De Marie), Wolfgang Ablinger Sperrhacke (Le Capitaine) \u00a9 Mirco Magliocca\" class=\"wp-image-117567\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le reste de la distribution tient bien ses parties on ne peut que f\u00e9liciter l\u2019engagement g\u00e9n\u00e9reux de <strong>Mathieu Toulouse&nbsp;<\/strong>et <strong>Guillaume Andrieux&nbsp;<\/strong>en ouvriers et <strong>Kristofer Lundin<\/strong> en idiot.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019autre personnage principal de cet Op\u00e9ra est l\u2019orchestre, <strong>un orchestre du Capitole en forme somptueuse.<\/strong> On sait que Berg demande beaucoup de concentration, la grande complexit\u00e9 de la partition est bien connue. Avec les musiciens de Toulouse la beaut\u00e9 sonore de chaque instant illumine la partition. La direction de <strong>Leo Hussain<\/strong> semble \u00e0 la fois obtenir la plus grande pr\u00e9cision, toute en agr\u00e9geant les \u00e9l\u00e9ments si composites de la partition dans une avanc\u00e9e terrible. Le drame avance inexorable, et chaque \u00e9l\u00e9ment est d\u2019une pr\u00e9cision parfaite. Il est bien rare d\u2019entendre Berg si clairement sur tous les plans.&nbsp; Voil\u00e0 un chef majeur dans un r\u00e9pertoire difficile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Au total cette production est d\u2019une coh\u00e9rence parfaite et permet d\u2019ouvrir ce chef d\u2019\u0153uvre noir \u00e0 une lumi\u00e8re tragique avec une audace enrichissante et une vocalit\u00e9 plus d\u00e9velopp\u00e9e que l\u2019habitude qui privil\u00e9gie le sprechgesang.&nbsp; Le parti pris de Michel Fau est magistral, il a su f\u00e9d\u00e9rer tout son plateau (de premier plan) et la fosse (musiciens supr\u00eames). Si une partie du public a pu sembler inqui\u00e8te par la difficult\u00e9 de l\u2019ouvrage, cette production d\u00e9montre que Wozzeck est un vrai op\u00e9ra.&nbsp;&nbsp; Un Grand Bravo&nbsp;\u00e0 toutes et tous !<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/dimitri-dor-lenfant-de-marie-stephane-degout-wozzeck-thomas-bettinger-andres-mirco-magliocca.jpeg\" alt=\"Dimitri Dor\u201a (L'Enfant De Marie), St\u00e9phane Degout (Wozzeck), Thomas Bettinger (Andres) \u00a9 Mirco Magliocca\" class=\"wp-image-117569\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/blog.culture31.com\/author\/hubert\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>Hubert Stoecklin<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">CRITIQUE. Op\u00e9ra. Th\u00e9\u00e2tre du Capitole, le 19 Novembre 2021. Alban Berg (1885-1935)&nbsp;: Wozzeck. Op\u00e9ra en trois actes sur un livret du compositeur d\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce de Georg B\u00fcchner. Mise en sc\u00e8ne&nbsp;: Michel Fau&nbsp;; D\u00e9cors&nbsp;: Emmanuel Charles&nbsp;; Costumes&nbsp;: David Belugou&nbsp;; Lumi\u00e8re&nbsp;: Jo\u00ebl Fabing&nbsp;; Distribution&nbsp;: Wozzeck, St\u00e9phane Degout&nbsp;; Marie, Sophie Koch&nbsp;; Le Tambour-Major, Nikolai Schukoff&nbsp;; Andres, Thomas Bettinger&nbsp;; Le Capitaine, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke&nbsp;; Le M\u00e9decin, Falk Struckmann&nbsp;; Premier Ouvrier, Mathieu Toulouse&nbsp;; Deuxi\u00e8me Ouvrier, Guillaume Andrieux&nbsp;; Un idiot, Kristofer Lundin&nbsp;; Margret, Ana\u00efk Morel&nbsp;; L\u2019Enfant de Marie, Dimitri Dor\u00e9&nbsp;; Orchestre national du Capitole&nbsp;; Ch\u0153ur et Maitrise du Capitole (chef de ch\u0153ur, Gabriel Bourgoin)&nbsp;; Direction musicale&nbsp;: Leo Hussain.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/nicolai-schukoff-le-tambour-major-stephane-degout-wozzeck-mirco-magliocca.jpeg\" alt=\"Nicolai Schukoff (Le Tambour Major), St\u00e9phane Degout (Wozzeck) \u00a9 Mirco Magliocca\" class=\"wp-image-117568\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Photos de Mirco Magliocca <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CRITIQUE. 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