{"id":473,"date":"2020-01-30T22:04:00","date_gmt":"2020-01-30T22:04:00","guid":{"rendered":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/?p=473"},"modified":"2023-01-31T22:11:16","modified_gmt":"2023-01-31T22:11:16","slug":"la-musique-seule-illumine-la-sombre-periode","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/stoeck.fr\/WP1\/la-musique-seule-illumine-la-sombre-periode\/","title":{"rendered":"La musique seule illumine la sombre p\u00e9riode"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Chronique concert sans public. Toulouse. Halle-aux-Grains, le samedi 30 Janvier 2021. Felix Mendelssohn (1809-1847)\u00a0: Concerto pour violon et orchestre n\u00b02\u00a0en mi mineur, op.64 ; Gustav Mahler (1860-1911)\u00a0: Symphonie n\u00b05 en do diese mineur. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Lozakovich, violon\u00a0; Kahchun Wong, direction.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Un concert lumineux dans le noir sinistre du quotidien<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Happy few sont les journalistes qui peuvent assister dans la Halle-aux-Grains aux concerts donn\u00e9s en huis clos\u00a0! \u00a0Un peu comme dans une maison close, un lieu confisqu\u00e9 au public juste entrouvert\u00a0pour un soir de temps en temps \u2026. Savourer ce qui est perdu mais reviendra \u2026.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Car le malaise sous la joie n\u2019est pas loin. Surtout au moment des applaudissements. Quels tristes claps quand une ovation tonitruante ne serait pas d\u00e9m\u00e9rit\u00e9e. <\/strong>Et juste quelques coll\u00e8gues pour \u00e9changer son bonheur. C\u2019est pingre, cela fait retomber de haut, quitter une si belle lumi\u00e8re en rentrant dans l\u2019inhumain vide de Toulouse la nuit. Qu\u2019elle est \u00e9trange notre vie\u00a0de l\u2019Ann\u00e9e 01 du Covid ! Il nous appartient de ne pas oublier, de t\u00e9moigner que la vie culturelle continue en sous-marin. Les artistes de l\u2019Orchestre du Capitole ont une chance, celle de travailler et de jouer gardant leur passion intacte. A un rythme bien moins \u00e9lev\u00e9 mais tout de m\u00eame ce soir le concert est grandiose. Le programme les met en vedette. La puissance de ces musiciens est consid\u00e9rable car les deux \u0153uvres sont tr\u00e8s exigeantes \u00e0 des degr\u00e9s divers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le deuxi\u00e8me concerto pour violon de Mendelssohn est un bijou de finesse, d\u2019\u00e9l\u00e9gance et de beaut\u00e9 hi\u00e9ratique.<\/strong> Jamais aucune brutalit\u00e9 ne vient g\u00e2cher la joie du jeu musical. Le violon plane haut et touche au c\u0153ur. L\u2019orchestre doit \u00eatre pr\u00e9sent sans \u00e9craser jamais la voix du soliste, sans brutalit\u00e9 jamais. Ce chant planant sur le c\u0153ur battant des cordes de l\u2019orchestre est un d\u00e9but magique inoubliable. Le public est toujours tr\u00e8s sensible \u00e0 cette douce m\u00e9lancolie et les violonistes se r\u00e9galent des volutes et courbes envo\u00fbtantes que Mendelssohn a \u00e9crit pour leur instrument. Il y a quelque chose d\u2019une gr\u00e2ce c\u00e9leste dans ce chef d\u2019\u0153uvre. <strong>Daniel Lozakovich est \u00e0 20 ans l\u2019incarnation id\u00e9ale de cette gr\u00e2ce. La derni\u00e8re fois que nous l\u2019avions vu \u00e0 Toulouse il avait encore quelque chose de la beaut\u00e9 de l\u2019enfant prodige, ce soir c\u2019est la puissance naissante du jeune homme qui s\u00e9duit.<\/strong> Avec cette d\u00e9licatesse de phras\u00e9, cette \u00e9l\u00e9gance du geste souverain et cet engagement de tout son \u00eatre dans son jeu. Son interpr\u00e9tation est toute faite de lumi\u00e8re, de facilit\u00e9 apparente et de musicalit\u00e9 d\u00e9licieuse. La puissance du jeu est parfaitement assum\u00e9e et maitris\u00e9e. Il a une sonorit\u00e9 riche et pleine mais la texture reste l\u00e9g\u00e8re et jamais la moindre duret\u00e9 ne se devine.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/daniel-lozakovich.jpg\" alt=\"Daniel Lozakovich\" class=\"wp-image-109968\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce violon comme a\u00e9rien est pourtant charnellement habit\u00e9. Une sorte d\u2019impossible alliage. L\u2019or de ce violon comme adouci par la texture d\u2019un velours profond. Le jeu est lumineux mais \u00e9galement contrast\u00e9 et nuanc\u00e9. L\u2019orchestre le soutient magnifiquement dans des couleurs d\u2019une rare intensit\u00e9. Les instruments dialoguent avec art. Le chef laisse jouer et cherche un soutien franc pour permettre au soliste de planer haut. J\u2019aurais aim\u00e9 qu\u2019il aille plus loin et r\u00e9ponde aux propositions du soliste si enclin \u00e0 nuancer en profondeur, en demandant encore plus de douceur \u00e0 l\u2019orchestre. Les musiciens de l\u2019orchestre le peuvent. C\u2019est un peu dommage cette sage mise en place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du feu ardent du soliste, au jeu si inspir\u00e9<strong>. <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=yWUqftWyBgE\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">La beaut\u00e9 de Daniel Lozakovich est bien film\u00e9e<\/a> et vous&nbsp; pourrez succomber au charme de ce jeune homme qui joue si admirablement de son violon. Il offre une interpr\u00e9tation id\u00e9ale de ce concerto de Mendelssohn.<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/concert-onct-2-1024x683.jpg\" alt=\"Concert ONCT 2\" class=\"wp-image-110009\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La 5\u00e8me symphonie de Mahler est un chef d\u2019\u0153uvre de grande modernit\u00e9 toute en exp\u00e9rimentations audacieuses.<\/strong>. Elle offre \u00e0 un bel orchestre symphonique \u00a0l\u2019occasion de briller en terme de nombreux soli mais \u00e9galement une virtuosit\u00e9 d\u2019ensemble \u00e0 la difficult\u00e9 incroyable. Le scherzo est si compliqu\u00e9 \u00e0 mettre en place dans le tempo exact !<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-110010\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.culture31.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/concert-onct-261-1024x740.jpg\" alt=\"Concert ONCT 26(1)\" class=\"wp-image-110010\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo : P. Nin<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s le d\u00e9but le solo de trompette est absolument envo\u00fbtant. Hugo Blacher est magnifique et tout au long du concert reste d\u2019une solidit\u00e9 et d\u2019une &nbsp;\u00e9l\u00e9gance rares. La direction de Kahchun Wong qui nous avait parue trop pr\u00e9cautionneuse dans le concerto se d\u00e9tend un peu. La gestuelle du chef est tr\u00e8s appuy\u00e9e, il y a pr\u00e9pond\u00e9rance de sa main droite qui tient la baguette. La main gauche est moins investie. Cette attitude donne un cot\u00e9 prudent comme pour privil\u00e9gier la mise en place. Le risque n\u2019est pas autoris\u00e9 et l\u2019interpr\u00e9tation garde de cette maitrise constante une certaine rigidit\u00e9. La qualit\u00e9 du chef est la grande clart\u00e9 du discours jusque dans les moments les plus complexes. La brillance des sonorit\u00e9s est magnifiquement rendue. Mais dans la marche fun\u00e8bre cette lumi\u00e8re et cette puissance manquent de contrastes. Les nuances si fondamentales dans cette musique sont pr\u00e9sentes, comme&nbsp; a minima, elles auraient pu \u00eatre plus approfondies. Le premier tutti est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s fort, la marge de man\u0153uvre s\u2019en trouve r\u00e9duite. La lumi\u00e8re crue dans le premier mouvement pourtant si complexe a tendance \u00e0 le compacter dans le fort et le brillant. C\u2019est tr\u00e8s efficace mais un peu monolithique. Le scherzo est r\u00e9ussi \u00e0 la perfection. Les qualit\u00e9s de la direction de Kahchun Wong sont pr\u00e9cieuses, un tel mouvement virtuose. La pr\u00e9cision, le parfait ordonnancement des plans, les couleurs si complexes de ce mouvement comme un kal\u00e9idoscope enivrant, tout est parfaitement rendu. &nbsp;La virtuosit\u00e9 des musiciens de l\u2019orchestre est un r\u00e9gal. Le cor &nbsp;de Jacques Delelancque, qui se tient debout comme un soliste, est majestueux et noble. Cette v\u00e9ritable horlogerie infernale est parfaitement organis\u00e9e et l\u2019effet est saisissant, la virtuosit\u00e9 individuelle, comme celle de l\u2019ensemble est confondante. Quel mouvement incroyablement inventif&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le sensuel Adagietto est de toute beaut\u00e9 mais trop sage \u00e0 notre go\u00fbt et pas assez nuanc\u00e9. Ce clair de pleine lune \u00e9blouit mais ne touche pas l\u2019\u00e2me comme il est possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le final qui reprend tant de th\u00e8mes et fuse vers le bonheur est men\u00e9 d\u2019une main de ma\u00eetre par Kahchun Wong. Sa direction est enthousiasmante, il laisse sonner l\u2019orchestre dans sa \u00a0majest\u00e9 et toute sa puissance (quels cuivres\u00a0!). Il offre une interpr\u00e9tation brillante et joyeuse sans arri\u00e8res pens\u00e9es. Le bonheur d\u2019\u00eatre l\u00e0 et de partager la joie de cette musique est total. <\/strong>C\u2019est \u00e0 la fin que les applaudissements ont terriblement manqu\u00e9\u00a0; devant tant de splendeur sonore comment ne pas exulter\u00a0? C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que le sous-texte anxieux et d\u00e9pressif de Mahler, absent de l\u2019interpr\u00e9tation ce soir, sur le chemin du retour nous rattrape. Toulouse transform\u00e9e en ville fantomatique et triste \u00e0 la nuit tomb\u00e9e\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le nombre de spectateurs devant leur \u00e9cran peut consoler un peu de l\u2019absence de public et les progr\u00e8s de la diffusion sont notables. Le film est vraiment agr\u00e9able, surtout dans les gros plans des musiciens. N\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 le regarder, notre orchestre est en pleine forme et quand nous le retrouverons tous, il sera encore plus resplendissant car la chaleur du public lui manque. Elle lui permettra de reluire encore davantage.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/blog.culture31.com\/author\/hubert\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>Hubert Stoecklin<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/www.toulouse-metropole.fr\/missions\/culture\/onct\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Orchestre National du Cap\u00eetole<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique concert sans public. Toulouse. Halle-aux-Grains, le samedi 30 Janvier 2021. Felix Mendelssohn (1809-1847)\u00a0: Concerto pour violon et orchestre n\u00b02\u00a0en mi mineur, op.64 ; Gustav Mahler (1860-1911)\u00a0: Symphonie n\u00b05 en do diese mineur. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Lozakovich, violon\u00a0; Kahchun Wong, direction. 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