Nicolas Stavy à Piano Jacobins

CRITIQUE, festival. 47ème Festival « Piano aux Jacobins ». TOULOUSE, Salle capitulaire du cloître, le 25 septembre 2026. Récital de Nicolas Stavy.   

Nicolas Stavy convainc le public de Piano Jacobins.

Il offre un récital d’une grande originalité axé sur la modernité des œuvres. Il existe des pièces de Frantz Liszt très peu connues et très peu jouées. Il en va ainsi de son étonnant « Du berceau jusqu’à la tombe ». Il s’agit d’une de ses toutes dernières œuvres, empreinte d’un dépouillement que l’on n’imagine pas a priori chez ce pianiste qui fut un être de flammes. Tout est doux, en camaïeux de tons pastel et de nuances subtiles. Ce piano épuré, à la limite de la tonalité annonce l’avenir.

Puis la musique d’Alfred Schnittke est à l’inverse d’une modernité toujours renouvelée. Ses 5 aphorismes sont des pièces assez complexes et inhomogènes. Elles présentent des éclats incisifs et des silences subits, c’est une musique avec des angles aigus et des temps comme suspendus qui créent une atmosphère de tension permanente. Les silences semblent faire partie de la musique et sont toujours chargés d’émotion. Le jeu de Nicolas Stavy met en valeur les contrastes saisissants de la partition. Les nuances sont extrêmes avec des fortissimi telluriques et des pianissimi éthérés. L’écoute de ces pièces n’est pas si facile tant l’angoisse qu’elles contiennent est contagieuse.  Nicolas Stavy qui enregistre beaucoup l’œuvre pour piano solo de Schnittke semble particulièrement à l’aise chez ce compositeur. Il semble avoir un projet d’enregistrement intégral qui devrait devenir une référence. Puis une autre partition de Frantz Liszt, plus conforme aux attendus de romantisme du beau pianiste virtuose, nous est proposée.

Ce « Saint François de Paule marchant sur les eaux » est un moment très théâtral que Nicolas Stavy joue avec beaucoup de facilités malgré une grande difficulté technique. Puis le pianiste s’engage dans la deuxième sonate de Schnittke. Œuvre de 1990 elle garde un parfum de grande modernité avec des nuances cataclysmiques, des accords improbables à l’oreille, des violences incroyables et des silences assourdissants d’angoisse. C’est une œuvre très difficile d’accès pour l’auditeur. Nicolas Stavy sait nous en montrer les beautés et les richesses. C’est vraiment un interprète qui se sent fortement concerné par ce compositeur et nous en rapproche. Il faudra au public un peu de temps pour apprécier plus facilement ce compositeur si les pianistes le mettent à l’honneur comme Nicolas Stavy.

Pour terminer ce concert vertigineux Nicolas Stavy a choisi une œuvre emblématique. La Chacone de la deuxième partita pour violon seul de Bach. C’est un véritable un défi pour les violonistes qui doivent donner l’impression de jouer plusieurs instruments. Les difficultés pour les violonistes les plus doués demeurent extrêmes. Bach offre au violon ses lettres de noblesse lui permettant d’atteindre des sommets d’émotion et de perfection. Brahms a su rendre hommage à cette audace incroyable de Bach en adaptant la Chacone au piano. Afin de garder quelque chose des difficultés incroyables demandées au violon, Brahms demande au pianiste de ne jouer que de la main gauche. Après tout la main gauche du violoniste fait toutes les notes avec ses cinq doigts ! Brahms atteint au même sommet d’émotion que Bach. C’est absolument génial.

Nicolas Stavy s’empare de la Chacone avec une énergie intense et dans un tempo assez allant, il trouve des nuances, des couleurs et des phrasés de toute beauté. C’est totalement électrisant et le public exulte.

Afin de remercier son public qui semble conquis, Nicolas Stravy offre un nocturne de Chopin particulièrement lumineux. Nous avons vécu un bien beau concert dans ce merveilleux cloître des Jacobins. Le responsable des lumières a su trouver des colorations variées qui ont illuminé le cloître, ses vitraux, ses colonnes et son plafond avec art. Ainsi la magie du lieu a rencontré la magie de la musique comme rarement.

Hubert Stoecklin

Photos : HS

Piano Jacobins accueille pour la première fois en France, Anna Petrova-Forster

CRITIQUE, festival. 47ème Festival « Piano aux Jacobins ». TOULOUSE, Salle capitulaire du cloître, le 17 septembre 2026. Récital d’Anna PETROVA-FORSTER.   

Schubert l’unique sous les doigts d’Anna Petrova-Forster

Anna Petrova-Forster est une pianiste-musicologue russe dont la spécialité est de défendre tout un répertoire oublié. Ainsi elle construit son programme en deux temps d’abord elle nous fait découvrir un certain Jan Václav Voříšek.

Ce musicien qui a eu beaucoup de succès et a connu Schubert, a le premier nommé Impromptu des pièces pour piano.

Dans un français parfait avec forces détails, Anna Petrova-Forster nous a détaillé les éléments musicaux qui font le lien entre Voříšek et Schubert dont on sait avec quel génie il s’est emparé de ce mot d’Impromptu.

Nous avons ensuite écouté

C’est un piano bien écrit à la manière d’un Haydn tout jeune. Le jeu de question-réponse qui aimablement devient vite ennuyeux. Tout à l’opposé de Schubert qui invente forme et fond, dans les Impromptus  Voříšek est prévisible et rien ne surprend jamais. Le jeu d’Anna Petrova-Forester est toujours très égal. La main gauche est magnifique et tient le tempo avec rigueur. La virtuosité qui peut s’exprimer dans les Rhapsodies est bien agréable. Malgré les qualités indiscutables de la pianiste, la première partie du concert entièrement consacrée à ce compositeur s’étire sans passion. Pour nous il restera celui qui a inventé le mot Impromptu sans en avoir trouvé la transcription musicale. C’est Schubert qui a fait de ses huit Impromptus quelque chose de tout à fait génial, on ne se lasse pas de les réécouter dans de nombreuses versions de qualité.

La deuxième partie consacrée à la sonate en la mineur D845 de Frantz Schubert, passe presque trop vite. Après l’ennui poli de cette première partie viennoise qui se voulait chic, Schubert propose une musique de génie. Cette sonate en la mineur est une merveille. Elle passe pour être la plus aboutie des grandes dernières sonates avec une forme quasi parfaite. Anna Petrova-Forster nous régale de la mise en lumière de la forme avec une majestueuse construction des plans, des nuances très maitrisées et des couleurs changeantes. L’interprétation est sage et confiante. Les guirlandes sont brillantes, les accords profonds et les reprises variées. C’est du très beau piano que rien ne met en difficulté. Anna Petrova-Forster pour son premier récital en France a conquis le public par son sérieux et sa passion pour partager des compositeurs oubliés.

Très applaudie la pianiste propose en bis une courte partition qui ne déparait pas après ce génial Schubert. C’est une rare étude n°15 de Joseph Woelfl compositeur de belle envergure.  Anna Petrova-Forster est autant musicologue que pianiste mais elle n’a pas réussi ce soir à réhabiliter ce pauvre Jan Václav Voříšek. Nous avons été intéressés par la découverte d’un compositeur oublié, toutefois Schubert reste bien un génie unique indétrônable.

Hubert Stoecklin

Photos HS

Vadym Kholodenko à Piano Jacobins

CRITIQUE. Concert. 47em Festival Piano Jacobins. Toulouse. Salle capitulaire du cloître, le 11 septembre 2026. Beethoven. Lyatoshinsky. Liszt. VADYM KHOLODENKO, piano.

Le piano brillant de Vadym Kholodenko.

Le pianiste ukrainien Vadym Kholodenko a proposé pour son récital à Piano Jacobins un programme construit sur une augmentation de brillance. La sonate Hammerklavier de Beethoven qui a ouvert le récital n’a pas permis de mettre vraiment en valeur les qualités du jeune pianiste. En effet sa lecture puissante en contrastes abruptes de nuances n’était pas très phrasée. Aucune rhétorique n’émaillait le propos. Ce piano riche en couleurs trop saturées et en textures toujours fortement charpentées n’a pas offert tous les trésors de la partition. Car dans cette œuvre Beethoven pousse l’instrument dans ses retranchements et demande à l’interprète d’aller dans le sens de la recherche et de l’expérimentation bien d’avantage que dans la seule puissance sonore. D’autres interprètes y mettent plus de subtilité et de variétés de toucher.

Après cette première partie qui a laissé sur sa faim une partie du public, la suite du récital était très attendue. La bonne surprise est venue des trois préludes de Boris Lyatoshinsky. Ce compositeur ukrainien a eu beaucoup de succès du temps de l’union soviétique. Sans être très avant-gardistes ces compositions de 1942 sont très intéressantes et agréables. Le jeu de Kholodenko gagne en subtilité et le toucher devient très varié. C’est comme si le pianiste était particulièrement intéressé par la musique de son compatriote et trouvait beaucoup de chose à en dire. Les nuances sont superbement conduites, les lignes de chant se tissent et les rythmes se vivifient. Le troisième prélude est carrément sensationnel sous des doigts si inspirés. Ainsi l’ostinato de la main gauche devient particulièrement violent dans son insistance. Le crescendo est savamment construit puis la désinence habilement amenée. C’est un grand moment de musique et une belle surprise.

Puis comme galvanisé Vadym Kholodenko va se lancer avec panache dans les six études d’exécution transcendantes d’après Paganini composées par Frantz Liszt. Les qualités extraordinaires du pianiste sont mises en valeur avec la complexité extrême de ces pages. Voila un répertoire qui avec la virtuosité en hommage au violon de Paganini et avec l’inventivité pianistique de Liszt ouvre grand les cieux. Avec un véritable génie, Vadym Kholodenko nous en propose une interprétation lumineuse et même aveuglante de beauté pianistique. Ce jeu grisant électrise le public et c’est avec beaucoup d’intelligence que le pianiste a proposé un bis tout de calme et de volupté.

Le concert qui avait débuté en fanfare avec un Beethoven insatisfaisant c’est terminé avec un éclat bien plus précieux.

La musique virtuose de Liszt et juste avant celle originale de Lyatoshinsky conviennent admirablement au piano exceptionnel de Vadym Kholodenko. Ce soir la Hammerklavier de Beethoven ne lui a pas permis d’atteindre ce niveau.

Hubert Stoecklin

Photo HS

Elisabeth Brauss à Piano Jacobin

Elisabeth Brauss à Piano Jacobins

écrit par Hubert Stoecklin 17 septembre 2025

CRITIQUE. FESTIVAL. 46ème festival PIANO AUX JACOBINS. Cloître des Jacobins, le 17 septembre 2025. BACH ; MENDELSSOHN ; LISZT ; BRAHMS ; PROKOFIEV ; Elisabeth BRAUSS (piano).

Le solide piano d’Elisabeth Brauss

Elisabeth Brauss, pianiste allemande de 30 ans, a offert un agréable récital à Piano aux Jacobins. Débuté avec le Caprice sur le départ d’un frère bien aimé de Bach, nous avons pu apprécier un jeu délicat, un peu sucré et pas sans une certaine élégance. Puis avec les Variations sérieuses de Mendelssohn le jeu va s’élargir considérablement. De grandioses effets pianistiques imposent la jeune artiste comme une pianiste capable de puissance. Les Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Sagen » de Bach par Liszt gagnent encore en grandeur dans la puissance du geste pianistique. Le thème est discrètement délivré et davantage de legato aurait mieux rendu hommage à la belle mélodie de Bach. Le concert est proposé sans entracte. Après une courte pause la pianiste enchaîne les quatre pièces pour piano op.119 de Brahms. Contrastées au point de vue des nuances sous les doigts de la pianiste allemande, ces quatre pièces sont peu chantées, très rythmées et mettent en lumière la riche harmonie. C’est un Brahms solidement charpenté.

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Le climax du récital sera indéniablement la sonate n°7 de Prokofiev que la pianiste interprète avec vigueur et puissance. Le côté mécanique de certains moments est indéfectiblement joué solidement par Elisabeth Brauss. Voilà une pianiste solide et capable de délicatesse. Le public a apprécié l’assurance de son jeu. Un bis délicat termine le récital dans ce si beau Cloître des Jacobins.

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Hubert Stoecklin

Photos : H.S.

Le piano plein phare de Clayton Stephenson ébloui le public de Piano aux Jacobins

écrit par Hubert Stoecklin 16 septembre 2025

CRITIQUE. FESTIVAL. 46eme festival PIANO AUX JACOBINS. Cloître des Jacobins, le 10 septembre 2025. BACH/HESS ; SCHUBERT ; STRAVINSKI ; GERSHWIN. ARLEN/JARRETT ; Clayton STEPHENSON (piano).

Le piano plein phare de Clayton Stephenson.

Le jeune pianiste américain vient offrir son premier concert en France à Piano aux Jacobins. Sa formation purement américaine lui confère une grande confiance et une énergie généreuse. Il débute son récital par le Choral Jésus que ma joie demeure de Bach arrangé par Myra Hesse.Son jeu est généreux, la clarté des lignes de mélodies est admirablement lisible. L’équilibre entre les deux mains semble parfait.  Le rubato est romantique et les nuances sont marquées. Il ne se dégage pourtant rien de très personnel dans ce jeu assez retenu et lisse. Puis la série des quatre Impromptus Op.90 de Schubert va permettre au pianiste de mettre en valeur un piano athlétique et virtuose. Les nuances sont très marquées, les rythmes très tendus et les couleurs restent toujours très lumineuses. Il n’y a ni ombres ni couleurs variées dans ce piano. Pas de mélancolie non plus. Le bonheur est constant dans le jeu et l’attitude du pianiste. Même le troisième Impromptu qui peut être si habité reste ici très extérieur. Dans les trois mouvements de Petrouchka de Stravinski le piano est encore plus sonore et brillant. Le rythme est sauvage et les nuances extrêmes, parfois les fortissimi sont au bord de la saturation du son dans la salle capitulaire.

Unnamed

Puis l’arrangement de Keith Jarrett de Over the Rainbow apporte un peu de calme. Pour finir c’est dans la Rhapsodie in Blue que le pianiste américain confirme ses qualités rythmiques et sa virtuosité infaillible. Il semble prendre un envol puissant que rien ne pourrait arrêter. Ce récital enchaîné sans véritable pause impressionne le public qui applaudit généreusement. Très souriant et heureux le pianiste américain donne volontiers deux bis de jazz.

Très éclectique, le programme de Clayton Stephenson n’a pas permis de déterminer le répertoire à privilégier. C’est tout le temps le même piano brillant, virtuose et athlétique qui se manifeste dans tous les répertoires abordés. Voilà un jeune pianiste américain âgé de 26 ans aux grands moyens spectaculaires. Il lui reste à affiner une musicalité plus européenne pour le répertoire romantique.

Clayton

Crédit photo : Thierry d’Argoubet.

Ce premier  concert du jeune prodige américain a été enregistré par France Musique en direct

Hubert Stoecklin

Nelson Goerner le piano de l ‘élégance

CRITIQUE. FESTIVAL. 46ème festival PIANO AUX JACOBINS. Cloître des Jacobins, le 11 septembre 2025. CHOPIN ; SCHUMANN ; RAVEL ; LISZT ; NELSON GOERNER (piano)

La subtilité de Nelson Goerner est un enchantement

Nelson Goerner propose un concert d’une très belle conception. Il aborde la Fantaisie en fa mineur op. 49 de Chopin dans un tempo retenu. Le poids d’un son plein et riche permet une avancée lente dans cette page complexe et finalement peu interprétée en concert. D’emblée on est frappé par les couleurs multiples et les nuances savantes que le pianiste argentin met dans son jeu. Un certain poids semble habiter le jeu, un sérieux, une douleur sourde. Le contraste avec le chant plus aigu et plus lumineux est très intéressant. Le chant éperdu et étincelant en contraste constant avec le sombre tapis si riche harmoniquement. Le dialogue est savamment entretenu et l’œuvre avance assez douloureusement puis s’éclaire pour le final. Cette interprétation est très construite et complexe. Très éloignée de la version discographique de Bruno Rigutto que je connais bien et qui est plus solaire et équilibrée.  

Avec beaucoup de cohérence le grand pianiste poursuit avec la Fantaisie en do majeur op.17 de Schumann. Il construit une magnifique interprétation en structurant chacun des trois mouvements et la totalité de la Fantaisie. Les humeurs variées, la passion amoureuse, le désir puissant, la désolation, puis le retour de l’espoir tout est magnifiquement coloré et nuancé par ce poète-pianiste. Les phrasés sont absolument superbes sans rien céder à l’extraordinaire richesse harmonique. Cette interprétation semble livrer toutes les beautés et les richesses de l’œuvre. La puissance expressive de ce piano magnifique laisse un sentiment d’avoir rencontré la beauté absolue et une intelligence interprétative superlative.

Après l’entracte Nelson Goerner propose une lecture très analytique et très colorée des Valses nobles et sentimentales de Ravel. Le toucher change et les couleurs sont zénithales sans ombre portée. La précision rythmique et les phrasés élégants font mouche. La spécificité toute française de ces valses, leur capacité à s’encanailler presque donnent un chic fou au jeu de pianiste.  Et il n’est pas avare de moments d’un humour très délicat.

Puis il nous est proposé  trois pièces de Liszt correspondant à des danses de plus en plus virtuoses et rythmiquement complexes. La valse oubliée n°2 a un côté suranné et un quelque chose de décalé absolument savoureux. L’étude « la leggierezza » est vaporeuse à souhait puis la sixième Rhapsodie Hongroise a une puissance tellurique qui culmine sur une virtuosité apocalyptique avec tous ses plans superposés. La grandeur des moyens du pianistes nous submerge mais surtout la richesse musicale de ses interprétations toutes très abouties stylistiquement. C’est vraiment un art du piano suprême.

Nelson Goerner fait partie des plus grands pianistes du moments. Il a offert un somptueux récital à Piano aux Jacobins. Le public lui fait fête et avec un amour partagé de la musique il offre trois bis plus superbes les uns que les autres.  Voilà un très grand récital qui aurait mérité une diffusion radiophonique mais France Musique présente la veille avait déjà plié bagage, dommage vraiment.

Hubert Stoecklin

Photos : DR : H.SLien vers l’étude «  la leggierezza » de Liszt  

Ouverture de Piano Jacobins avec Fazil Say

Ouverture festive avec FAZIL SAY pour le 46 Festival Piano aux jacobins

écrit par Hubert Stoecklin 8 septembre 2025

CRITIQUE, festival. 46eme FESTIVAL PIANO AUX JACOBINS.  Cloître des Jacobins, le 4 septembre 2025.  Jean Sébastien BACH : Variations Golberg.  Fazil SAY: Yeni hayat (nouvelle vie),  4 balades Kara Toprak « terre noire». Variations Jazz; Fazil Say, piano. 

Une ouverture festive pour le 46ème Festival Piano aux Jacobins.

La 46ème édition du prestigieux Festival de piano a été confiée à Fazil Say qui reste un trublion dans le panorama du piano classique. En effet le pianiste turc reste un enfant terrible car il joue de moins en moins le répertoire, compose de plus en plus et joue ce qu’il compose.

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Ce soir il a construit pour Piano Jacobins un concert sans entracte nous faisant passer de l’Alpha à l’Omega du piano. A savoir que les Variations Goldberg de Bach sont l’une des œuvres les plus jouées et les plus enregistrées des œuvres pour clavier de Bach. Les pianistes se sont emparés de ce monument avec bonheur quand les clavecinistes ne le font pas moins. Pour un pianiste ces variations représentent un Himalaya qu’ils gravissent dès qu’ils le peuvent et enregistrent parfois très (trop) ?) tôt.  Fazil Say les a gravées en 2023. Il les a travaillées durant la période covid. Son enregistrement, très sérieusement fait, est très apprécié du public comme de la critique. Ce soir dès l’Aria nous remarquons qu’il a considérablement évolué en enrichissant de trilles et de grupetti la mélodie si pure de l’exposition. C’est très délicat et original. Ce qui frappe également dès cette exposition c’est l’extraordinaire dynamique des nuances qu’il tire de son piano. Le début est pianissimo mais à plusieurs reprises Fazil Say ira vers le fortissimo, réservant toutefois des nuances encore plus puissantes à la polyphonie majestueuse pour certaines variations. Chaque variation a sa personnalité et Fazil Say semble parler à quelqu’un. Ses gestes du bras ou de toute le corps dessinent des arabesques. Ces courbes souples sont dans son jeu. Le chant continu dans cette œuvre si variée est systématiquement magnifié par l’interprète. De même, les éléments dansants sont toujours souplement joués. Tout cela est très personnel et très beau. Par moments il y a comme une manière d’improviser les variations sur le chant. Cette liberté et cette souplesse qui irriguent l’interprétation de Fazil Say permettent de rêver en écoutant son interprétation très fouillée. Après cette œuvre baroque emblématique le compositeur virtuose va nous proposer des œuvres de sa composition. 

Ne prenant que quelques minutes Fazil Say enchaîne avec sa musique dans état de transe.

Fazil Say Sep25 (c)William Wartel

Yeni hayat (nouvelle vie) sonate pour piano op 99, est une pièce intense dans laquelle le pianiste compositeur utilise des effets sur les cordes à main nue comme un piano préparé. Cela évoque la cithare, le cymbalum. La richesse du jeu et la concentration extrême de l’interprète nous entrainent dans un monde musical intense.

Les 4 balades Kara Toprak « terre noire » sont bien plus dramatiques et effectivement par des effets sur les cordes à main nue, le tonnerre et des tremblements de terre s’invitent. Indéniablement le compositeur utilise toutes les possibilités de l’instrument et l’interprète est vraiment virtuose. Nous renouons en quelque sorte avec les virtuoses compositeurs comme Bach, Mozart, Beethoven, Liszt ou Rachmaninov. Et justement c’est le fameux thème de Paganini repris par Rachmaninov dans des subtiles variations qui servira de départ à la partie Jazz. C’est brillant, virtuose et on devine que Fazil Say improvise avec malice. Évidemment le charme de la mélodie de Summertime reste intact, et la Marche Turque de Mozart se déhanche et se contorsionne mais reste reconnaissable. C’est de la très belle musique et du grand piano que nous a proposés ce pianiste inclassable. La standing ovation du public dit bien l’impact de cet artiste.

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La 46ème saison de Piano aux Jacobins débute de manière festive et intense. Ce récital nous rappelle que le jazz a une belle place dans la programmation de Piano aux Jacobins. Ainsi d’autres belles soirées sont à venir que nous partagerons.

Hubert Stoecklin

Photos : William Wartel

Critique écrite pour Classsiquenews.com 

Fazil Say dans L’aria des variations

le jeu subtil de Jan Bertos offre des émotions rares au public de Piano Jacobins

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Couvent des Jacobins, le 26 septembre 2023. KABELAC, JANACEK, SMETANA, J. BARTOS (piano).

Piano Jacobins a fait découvrir en première audition française un pianiste rare et précieux. Jan Bartos vient offrir au public trois pages majeures de la musique de son pays. Originaire de Prague il propose en début de concert les Huit préludes de Miloslav Kabelac. Ce compositeur inconnu en France a porté haut dans son pays un art musical varié. Symphonies, musique de chambre, musique de piano, musique religieuse il a abordé avec grand succès tous les genres. Ces huit préludes demandent au pianiste des moyens techniques considérables et une grande force expressive. Jan Bartos avec une énergie magnifique en offre une interprétation charpentée et très nuancée. Les couleurs sont vives, les nuances très creusées entre pianissimi diaphanes et fortissimi telluriques. C’est un magnifique piano extraverti et puissant.

Puis avec la sonate 1 X 1905 de Janacek c’est le drame, l’angoisse et la mort qui s’invitent. Jan Bartos avec une concentration extrême offre cette musique comme si sa vie en dépendait. Les prémonitions du premier mouvement avec des couleurs subtilement éclairées distillent une angoisse sourde. Puis le drame de la mort explose et nous terrasse. C’est vraiment avec une force dramatique peu commune que Jan Bartos nous interprète cette sonate ; il y met comme une revendication. L’hommage de Janacek a cet ouvrier, Frantisek Pavlik, jeune victime de la tyrannie d’état, semble vivifié par cet interprète si engagé.

La dernière œuvre au programme, toujours de musique Tchèque détend l’ambiance avec des partitions très subtiles de Smetana. Dreams permet au pianiste d’utiliser des touchers plus subtils avec une grande variété de nuances. C’est vraiment très poétique et très beau.

Ce programme concentré sur la musique Tchèque permet à Jan Bartos de démontrer bien des qualités magnifiques. Cet artiste encore inconnu en France et que sa carrière internationale va conduire aux États-Unis a un nom à retenir. Une telle hauteur de vue, un tel engagement sont des qualités aussi rares que précieuse. Le public applaudit généreusement et obtient un beau bis: un extrait du sentier herbeux de Janacek.

lien vers une vidéo de réminiscences

Merci à Catherine d’Argoubet d’avoir fait découvrir Jan Bartos, un artiste considérable, au public de Piano Jacobins.

Hubert Stoecklin

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, 44ème Festival Piano aux Jacobins / Cloître des Jacobins, le 26 septembre 2023. Miloslav Kabelac (1908-1979) : Huits Préludes op.30 ; Leos Janacek (1854-1928) : Sonate 1 X 1905 en mi bémol mineur ; Bedrich Smetana (1824-1884) : Dreams. Jan Bartos, piano. 

Photos (c) Piano Jacobins.

Piano Jacobin invite le grandiose piano américain de Mc Dermott

CRITIQUE, concert, TOULOUSE, Couvent des Jacobins, le 13 septembre 2023. SCHUBERT, A.M. Mc Dermott (piano).

Anne-Marie Mc Dermott la brillante

Et ce concert est déjà le sixième de cette 44e édition de piano Jacobins. L’américaine Anne-Marie Mc Dermott dans un programme tout Schubert avec deux vastes sonates la D 850 et la D960 propose son jeu intense et brillant au public toulousain. Tout dans sa personnalité et son jeu est lumière, ses rythmes sont serrés et les accords répétés prennent un caractère obsédant et parfois violent. Des sortes d’à-coups font avancer d’avantage que des phrasés profonds. C’est un Schubert très « pianistique » qui nous est proposé ce soir. La générosité des sonorités, toujours éclatantes, donne un caractère victorieux aux deux sonates. Les répétitions amplifient le propos. Les nuances sont plutôt forte et les piani rares. Ce jeu très maitrisée et extraverti à la fois donne un coté guindé aux partitions. Point de recherche de caractère populaire aux Ländler, les divines longueurs sont plutôt vivifiées que mélancoliques. 

Anne-Marie Mc Dermott ne s’autorise pas de rubato ou de souplesse, elle met beaucoup de rigueur et de poids dans les phrasés. Ce Schubert est particulièrement solide et sonore. Le public a apprécié la vigueur de ce jeu et l’intensité qui s’en dégage. Les applaudissements sont nourris et deux bis sont obtenus. D’abord un extrait vif et brillant d’une suite anglaise de Bach. C’est dans ce répertoire au disque que la réputation de la pianiste américaine s’est assise en 2005. Puis le Lied Wiedmung de Schumann revu par Liszt dans lequel le chant s’efface devant la virtuosité.

En ambassadrice de la brillante école américaine, Anne-Marie Mc Dermott a séduit le public de Piano Jacobins ce soir.

Hubert Stoecklin

Lien video vers Bach

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, 44ème Festival Piano aux Jacobins / Cloître des Jacobins, le 13 septembre 2023. Frantz Schubert (1797-1828) Sonates en ré majeur D850 et en si bémol D960. Anne-Marie Mc Dermott, piano.  Photos (c) Hubert Stoecklin

SPLENDIDE OUVERTURE DE PIANO AUX JACOBINS

CRITIQUE, concert, TOULOUSE, le 6 septembre 2023. Schumann, Liszt, Brahms, Scriabine, G. Gigashvili.

Une ouverture en fanfare !

Pari gagné et c’est un public très nombreux qui est venu fêter l’ouverture des 44 ans de Piano Jacobins. Cette ouverture se fait avec le choix de la grande jeunesse. Car le pianiste géorgien Giorgi Gigashvili n’a que 22ans. Auréolé de nombreux prix il est venu se présenter au public toulousain avec une partie du programme du Concours Géza Anda ou il a été primé ( lien vers Liszt et Brahms) . Le concert a débuté avec Kreisleriana de Schumann, et dès les premières notes se remarquent des contrastes puissamment mis en lumières.

Les moyens pianistiques sont considérables autorisant des nuances très impressionnantes. Les contrastes parfois abrupts donnent beaucoup de vigueur à son Schumann. Puis le mystérieux début de la sonate en si mineur de Liszt est bien rendu et c’est ensuite un piano athlétique et puissant qui se déploie. Les nuances toujours extrêmes sont impressionnantes. La virtuosité est assumée avec panache. Ce piano conquérant est vivifiant et souvent on devine le plaisir qu’a l’interprète dans la modernité de la partition qu’il souligne et met en valeur dès qu’il le peut. C’est très athlétique assurément ! Dans les intermezzi de Brahms, pris dans un tempo allant, le pianiste géorgien ne nous convainc pas vraiment, il manque tout un pan de poésie et de délicatesse de phrasé à ces pages délicates. Le jeu est élégant mais l’interprétation est trop discrète. Pour finir ce programme généreux le jeune musicien choisi une partition spectaculaire de Scriabine. Cette 9ème sonate est assez courte. Elle nous permet de retrouver une virtuosité éclatante qui convient bien aux doigts agiles de Giorgi Gigashvili. A nouveau cette puissance digitale impressionne.

Le public conquis acclame le jeune pianiste et obtient un bis de sa composition sur un thème populaire. Voilà une belle ouverture pour cette 44ème édition de Piano Jacobins. Ce concert évenement a été retransmis par France Musique. 

Hubert Stoecklin

CRITIQUE,concert.44ème FESTIVAL PIANO JACOBINS. Cloître des Jacobins, le 6 septembre 2023. Robert Schumann (1810-1856) : Kreisleriana op. 16 ; Frantz Liszt (1811-1886) : Sonate pour piano en si mineur S 178 ; Johannes Brahms (1833-1897) : 3 intermezzi op.117 ; Alexandre Scriabine (1871-1915) : Sonate n°9, messe noire op.68 ; Giorgi Gigashvili, piano.

Photos : DR

Nelson Goerner à Piano Jacobins

CRITIQUE, concert. TOULOUSE. 43 ième FESTIVAL PIANO JACOBINS.

30 sept. 2022. Récital Nelson GOERNER, piano. I.ALBENIZ. F. CHOPIN.

Nelson Goerner éblouissant à Piano Jacobins

Nelson Goerner a fermé avec un éclat particulier la 43° édition de Piano Jacobins. Le pianiste argentin a atteint un statut de démiurge qui se confirme à chaque apparition. Cet été à La Roque d’Anthéron déjà nous avions été éblouis. Ce soir dans la magnifique et chatoyante acoustique de la salle capitulaire du Cloitre des Jacobins il ne se perdait pas la plus petite nuance, l’inflexion du phrasé la plus subtile, comme les couleurs les plus chatoyantes. Le jeu de Nelson Goerner dans les ballades de Chopin est comme improvisé avec une puissance créatrice inouïe. Il s’approprie ces pages si personnelles de Chopin, tellement différentes et totalement surprenantes avec une évidence quasi surnaturelle. Aucune séduction facile, un jeu exigeant obtenant une écoute concentrée. Chopin est sous ses doigts un compositeur innovant requérant des moyens considérables. Nelson Goerner interprète ces quatre ballades avec une apparente facilité. Il est étourdissant ! Après un court entracte il choisit les derniers cahiers d’Ibéria d’Albeniz. La peut-être encore d’avantage que chez Chopin, il semble chez lui. L’ampleur des sonorités qu’il trouve font exploser les timbres et s’iriser les couleurs d’une Espagne plus idéalisée que folklorique. Quel beau piano, quelle belle musique ! Nelson Goerner est animé d’une sorte de gourmandise et communique au public son amour pour cette musique aux harmonies si surprenantes, aux rythmes si inventifs et à la virtuosité si grisante. Il domine si superbement ces partitions et nous fait oublier leur incroyable difficulté. Il peut tout jouer, il a la puissance et la grâce du dieu Apollon. Il fait un lien direct entre les compositeurs et le public comme si son jeu était juste celui plein d’humilité d’un passeur.  Le voir si souriant et rayonnant en fin de concert est si agréable que le public lui fait une ovation et obtient évidemment avec des bis de prolonger l’harmonie de la musique partagée sur ces sommets. Nelson Goerner est un musicien géant, son jeu au piano est aussi humble que magnifique !

Hubert Stoecklin

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 30 septembre 2022. Cloître des Jacobins. Concert. Frédéric Chopin (1810-1849) : Quatre Ballades. Isaac Albeniz (1860-1909) : Iberia, Cahiers III et IV. Nelson Goerner, piano.

Lien vers Chopin Nocturne par N.Goerner :

Piano féminin à Piano Jacobins

CRITIQUE, concert. TOULOUSE. FESTIVAL PIANO JACOBINS, le 21 sept. 2022. Récital Marie VERMEULIN, piano. V. MOREL. Ch. SOPHY. M.BONIS. 

La délicatesse et la charme pour le récital de Marie Vermeulin

Piano aux Jacobins en partenariat avec le Palazetto Bru-Zane reçoit ce soir une artiste délicate dans un programme particulièrement original. Marie Vermeulin a choisi trois compositrices françaises du XIXe siècle. Le patient travail de redécouverte, édition et enregistrements fait par cette fondation basée à Venise au Palazetto Bru-Zane est remarquable et comble un manque cruel. La saison du Palazetto Bru-Zane est internationale et depuis peu une radio en ligne permet de découvrir des œuvres aussi belles que rares. Ce magnifique récital va donc certainement être enregistré et chacun pourra découvrir combien ces compositrices sont talentueuses. Avec un naturel et une amabilité très remarquables Marie Vermeulin donne quelques informations sur l’œuvre qu’elle va interpréter. Ainsi la première compositrice, élève au conservatoire de Louise Farenc, a écrit ces études mélodiques avec une intelligence sidérante. Le terme mélodique est investi totalement par Marie Vermeulin et son interprétation est lyrique et pure à la fois. La mélodie est toujours au premier plan et les éléments virtuoses au second. Cela produit un effet de pureté et de modestie qui met la poésie de la musique à l’honneur. Un jeu nuancé et fluide nous permet de déguster des œuvres toutes agréables, surprenantes et passionnantes. Il est impensable que ces études ne trouvent pas leur place dans les récitals habituels. La génération 1810, ne rougirait pas de la compagnie des études de Virginie Morel. La deuxième compositrice est tout aussi peu connue. Charlotte Sophy a pu être jouée de son vivant et a bénéficié d’un début de reconnaissance même si trop souvent elle ne disait pas que le Ch. de son prénom n’était pas Charles mais Charlotte. Sa sonate est remarquable par sa concision et sa richesse harmonique. Les thèmes sont charpentés et vibrent, les rythmes peuvent être d’une complexité redoutable. Le jeu de Marie Vermeulin gagne en largeur et en puissance. Le final sur une danse bretonne endiablée est enthousiasmant. Le public ravi fait une ovation à l’interprète et semble conquis par cette œuvre. Comment a-t-on pu l’ignorer si longtemps ?

Mel Bonis est mieux connue et bénéficie d’une notoriété enviable pour ses consœurs. Les pièces réunies de manière posthume sous le titre « femmes de légendes » commence à prendre part dans les récitals. Marie Vermeulin distille chaque portrait avec une délicatesse extrême. Son jeu varié et virtuose arrive à nous éblouir, nous émouvoir et nous faire rêver. Il serait tout à fait injuste de cantonner le piano de Mel Bonis à du piano de salon. Cette œuvre remarquable a un pouvoir d’évocation tout à fait troublant lorsque la force de l’interprétation est si belle.

Compositrice grande amie de Debussy, Mel Bonis a une musicalité délicieuse. Le côté impressionniste et symbolique de certains moments musicaux, par exemple dans le portrait de Mélisande, sont de grandes qualités. Marie Vermeulin trouve dans ce répertoire à mettre en lumière toutes ses qualités lumineuses de virtuosité et de poésie. Voilà une très belle artiste dans un répertoire passionnant enfin redécouvert.

Hubert Stoecklin

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 21 septembre 2022. Cloître des Jacobins. Concert.  Virginie Morel (1799-1869) : Huit études mélodiques :  Introduction, La calma, La disprezata, La berceuse, L’intercezza, Barcarolle, Romanza, Le papillon ; Charlotte Sophy (1887-1955) : Sonate ; Mel Bonis (1858-1937) : Femmes de légendes : Ophélie, Viviane, Phoebe, Salomé, Omphale, Mélisande, Desdemone. Marie Vermeulin, piano.

Christian Zacharias offre un magnifique récital à Piano Jacobins 2022.

CRITIQUE, concert. TOULOUSE. FESTIVAL PIANO JACOBINS, le 14 sept. 2022. Récital Christian ZACHARIAS, piano TCHAIKOVSKI. SCHUBERT

C’est un vrai bonheur de retrouver le Cloitre des Jacobins avec un récital d’un musicien si merveilleux. Christian Zacharias nous a offert une soirée de rêve comme il en a le secret. 

Nous avions été subjugués le mois dernier à La Roque d’Anthéron, il jouait et dirigeait avec tant d’élégance le concerto Jeunehomme de Mozart. Ce soir son récital frôle la perfection. Je ne sais quoi préférer. Le programme si bien construit, le jeu naturel et évidant du pianiste, l’ambiance magique du lieu ? Quoi qu’il en soit le public a été unanime qui a fait une ovation tonitruante au musicien. Le concert était annoncé complet et le silence du public qui retenait son souffle a été souvent remarquable par une qualité d’écoute très spéciale. L’alchimie entre le musicien, le public et le lieu a été parfaite.

Les saisons de Tchaïkovski est une œuvre qui renoue avec le succès public et le mérite. Sous les doigts de Christian Zacharias l’œuvre déploie un charme plein de naturel, de surprises avec des nuances très riches, des couleurs variées et des phrasés subtiles. Tout cela avec une facilité déconcertante. Christian Zacharias est un pianiste aux moyens phénoménaux toujours offerts avec naturel et élégance. Jamais aucun effet démonstratif, aucun soulignement des efforts, tout coule sous les doigts de la Musique. L’impression que cet homme EST La Musique se confirme. Il nous offre une courte pièce, probablement de Tchaïkovski, en bis de la première partie.  

Après une courte pose l’artiste se lance dans une interprétation inoubliable de la sonate de Schubert en ré majeur D. 850. Je connais bien sa manière si exquise d’aborder les sonates de Schubert car j’ai écouté tant de fois son intégrale gravée en 1985. Ce soir il a un tempo légèrement plus retenu que dans son enregistrement. Cela lui permet surtout d’être d’une souplesse admirable tout en gardant un rythme implacable. Cette sonate est comme un ruisseau qui coule avec son thème qui la parcourt et revient sans cesse. L’élément liquide que contient le jeu du pianiste convient admirablement à cette sonate du bonheur. Le ré majeur exulte et le chant est celui de la joie. Le dialogue contenu dans le deuxième mouvement est absolument délicieux, plein de tendresse et de délicatesse d’âme. Bien sûr cette musique contient des parts d’ombres mais si infimes et si vite rendues à la lumière solaire que l’impression finale est une joie humaine communicative irrépressible. L’humour du dernier mouvement si proche de l’enfance avec ses toutes dernières notes comme évanouies laisse le public sans voix. Quel chic, quelle classe, quelle perfection ! Le merci à Christian Zacharias prend l’allure d’une cataracte d’applaudissements nourris. Le musicien dans un français exquis offre deux bis en expliquant combien il est quasi impossible du jouer quelque chose après cette sonate, même du Schubert…. Il va toutefois offrir des variations élégantes et légères de Beethoven, puis un extrait de Scarlatti.

Comme rajeuni après ce récital si généreux le musicien de 72 ans quitte le Cloître avec son allure de jeune homme espiègle.  

Un vrai bonheur a irradié ce soir dans le Cloître des Jacobins pour fêter la 43 ième édition de ce si beau festival. Juste débutée le 9 septembre dernier il promet d’autres merveilles !

Hubert Stoecklin

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 14 septembre 2022. Cloitre des Jacobins. Concert.  Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Les saisons Op. 37b ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°17 en ré majeur Op. 53D, D.850. Christian Zacharias, piano.

Piano Jacobins la magie contre le virus

Compte rendu concert. 41 ième festival Piano aux Jacobins. Cloître des Jacobins, le 9 septembre 2020. C. DEBUSSY. M. RAVEL. F. LISZT. B. CHAMAYOU.

Bertrand  CHAMAYOU ami fidèle de Piano aux Jacobins.

Catherine d’Argoubet est une femme opiniâtre et très courageuse qui avec sa vaillante équipe a maintenu le Festival Piano Aux Jacobins contre vents et marées virales et administratives. Sa passion pour la musique reste intacte et ses capacités d’organisation sont exemplaires.  Et il en faut du courage en ces temps incertains pour prendre les risques  nécessaires afin d’organiser un festival aussi complexe que Piano Aux Jacobins.

Nous y étions ce soir, le résultat est là : la magie du lieu a fonctionné parfaitement. C’est cela aussi : une étape importante d’un retour à la vie normale que bien du monde attendait à Toulouse. Je dis Toulouse mais pas seulement Toulouse car Piano aux Jacobins a une aura internationale. N’oublions pas que ce festival s’exporte en Chine.

Piano Jacobins 41 Ans

Émotion forte donc que de pénétrer dans la vaste église des Jacobins, avec toujours un coup d’œil vers cet incroyable Palmier. Puis aller vers la partie des places qui vous sont destinées. Impeccable organisation, gentillesse des placeurs, public très respectueux des modalités de distanciation, tout est là pour que le plaisir musical soit intact sans risques inutiles. Pour ma part je m’installe dans le Cloître, juste après la pluie, face au piano et mon bonheur est extrême.

La veille, soir d’ouverture le grand Kovacevich n’avait pu venir de l’étranger. C’est là le seul hic pour ce festival international, tout comme la Roque d’Anthéron cet été : il a fallu compter sur les pianistes géographiquement proches, indépendamment de leur fidélité et renoncer au plus lointains.  Il n’y a pas de soucis, la qualité des musiciens est là. Nicholas Angelich, ami fidèle a offert hier un concert splendide consacré à Beethoven. Nous n’en doutons pas un instant après avoir eu la chance d’écouter cet été ses incroyables interprétations de Beethoven à La Roque !

Ce soir c’était un grand ami du Festival, un grand fidèle, presque le fils prodigue du festival. En effet il a fait des débuts très remarqués à ce festival tout jeune, il y a déjà presque une vingtaine d’années. Bertrand Chamayou est chez lui et à Toulouse ne l’oublions pas. Il y avait donc tout un public acquis d’avance et il était réconfortant de voir la salle capitulaire et le porche du Cloître et même quelques personnes dans le Cloître, tous se concentrer vers le jeu du jeune Chamayou. Impassible il se lance dans son programme avec calme impressionant.  Il ne fait qu’une bouchée de la Cathédrale engloutie, puis de la terrasse des audiences. Du beau piano, sonore et sans oublier une note. La maitrise du jeu ne permet pas d’expression superflue. C’est dans Feu d’Artifice, toujours de Debussy, que son jeu est le plus mis en valeur. Fusées, explosions, fulgurances, sureté absolue des doigts, son Feu d’Artifice est époustouflant. Dans Miroirs de Ravel le parti pris ne change pas, les sonorités non plus. Le jeu est lisse, sonore et parfaitement maitrisé. Certains n’entendent pas Debussy et Ravel en frères siamois comme Chamayou le propose ce soir.

Le programme remanié pour les raisons sanitaires ne permet pas d’entractes et nous passons à la deuxième partie consacrée à Liszt. Jeux d’eau de la Villa d’Este est perlé et jaillissant à souhait. La Berceuse est adorable. Mais c’est dans le trio Gondoliera, Canzone et Tarantella que l’énergie italienne fait trouver à Bertand Chamayou des accents plus chaleureux. La fabuleuse virtuosité impressionne toujours autant le public. Dans notre souvenir il était plus inventif lors de son intégrale des Années de Pèlerinage en 2011.  Avec générosité, adulé par les Toulousains, Bertrand Chamayou offre une série de bis toujours avec une virtuosité très pure, de Ravel, Liszt et Saint-Saëns. C’est un grand plaisir d’entendre le piano ainsi enchanter la nuit toulousaine en ce cloître si beau. Longue vie à Piano Jacobins.

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Hubert Stoecklin

La Lionne Skaja et Beethoven à Piano Jacobins

COMPTE-RENDU, concert. Festival Piano aux Jacobins. Cloître, le 25 septembre 2019. BEETHOVEN. E. LEONSKAJA.

LA LIONNE-SKAJA FACE À BEETHOVEN EN SON HIMALAYA

Nous avons eu la chance cette année de pouvoir écouter plusieurs grands pianistes capables de se lancer dans une intégrale des sonates de Beethoven au concert, en plus d’admirables versions isolées bien entendu. Mais ce soir ce qui vient à l’esprit de plus d’un, est de savoir comment la grande Elisabeth Leonskaja va s’y prendre  pour jouer en un concert les trois dernières sonates de Beethoven. Les banalités fusent dans le milieu du piano classique comme celle de dire qu’à cet Himalaya du piano est dû un respect admiratif qui frise la dévotion.

Disons le tout de go : la Leonskaja se transforme en Lionne-Sakja et ne fait qu’une bouchée de cet Himalaya. Daniel Barenboim a une tout autre attitude lui qui, à la Philharmonie de Paris, nous a régalés dans d’autres sonates par un patient travail sur le style, les couleurs et le toucher exact entre classicisme et romantisme. François Frédéric Guy à La Roque d’Anthéron est tout entier au service du message beethovenien, si humain et émouvant par la lutte qu’il a mené pour vivre en sa dignité de génie mutilé. Elisabeth Leonskaja arrive en majesté sur la scène du Cloitre des Jacobins. Elle demandera au public une concentration extrême en jouant d’affilée les trois dernières sonates sans entracte. Le choc a été atomique. En Lionne affamée elle se jette sur les sonates et avec voracité ose les malmener pour en extraire une musique cosmique. Comme une lionne qui le soir après la chasse, après s’être repue et s’être désaltérée au fleuve, regarde le ciel et tutoie les étoiles dans un geste de défi inouï. La grandeur de la vie avec sa finitude qui exulte face à l’immanence ! De ce combat il n’est pas possible de dire grand chose comme d’habitude ; décrire des mouvements, des thèmes, des détails d’interprétation en terme de nuances, couleurs, touchers, phrasés.… Si une intégrale en disques se fait dans cette condition d’urgence il sera possible d’analyser à loisir. Pour moi ce soir est un défit lancé par la Grande Musicienne au public et à la critique : osez seulement dire quelque chose après ça ! Oui Madame j’ose dire que votre grande carrière est couronnée par cette audace interprétative. Nous avons beaucoup aimé vos concertos de Beethoven avec Tugan Sokhiev les années précédentes et attendons l’intégrale promise en CD. Nous savons que vous enregistrez beaucoup et en même temps pas assez pour vos nombreux admirateurs. Nous avions eu la chance de nous entretenir avec vous et vous nous aviez dit que pour vous la plus grande qualité de l’interprète est de savoir donner sans compter tout au long de sa carrière.

Ce soir vous avez donné sans retenue, sans prudence, sans le garde-fou de la recherche d’exactitude stylistique. Ce concert a été hors normes. Vous avez prouvé une nouvelle fois  que Sviatoslav Richter, qui vous a admirée dès vos débuts, avait vu juste. Il savait que vous aviez cette indomptabilité totale tout comme lui.

Le tempo, les nuances, la pâte sonore, la texture harmonique, vous avez tout bousculé, tout agrandi, tout magnifié et Beethoven en sort titanesque et non plus simplement humain. Une musique des sphères, d’au-delà de notre système d’entendement et pourtant jouée par deux mains de femme et composée par les deux mains d’un simple mortel. Ce fût un choc pour le public, un choc salvateur pour sortir d’une écoute élégante, polie et qui endort les angoisses de l’âme. Ce soir, de cette salvatrice bousculade émotionnelle vous pouvez être fière. Vous avez tutoyé le cosmos et nous avons essayé de vous suivre. Bravo Sacrée LIONNE-SKAJA.

Hubert Stoecklin

Compte-rendu concert. Toulouse. 40 ème Festival Piano aux Jacobins. Cloître des Jacobins, le 25 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 30 en mi majeur, Op.109 ; Sonate pour piano n° 31 en la bémol majeur, Op.110 ; Sonate pour piano n° 32 en ut mineur Op.111 ; Elisabeth Leonskaja, piano.

Adam Laloum en poète du piano

Compte-rendu concert. Toulouse. 40iéme Festival Piano aux Jacobins. Cloître des Jacobins, le 19 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°28 en la bémol majeur,Op.101 ; Robert Schumann (1810-1856) : Grande Humoresque en si bémol majeur ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°22 en la majeur, D.959 ; Adam Laloum, piano.

Adam Laloum en poète sensible habité par la musique.

Adam Laloum © Harald Hoffmann
Adam Laloum © Harald Hoffmann

Pour ce Quarantième festival de Piano aux Jacobins les grands pianistes se succèdent à un rythme soutenu et même en choisissant avec soin, la splendeur continuellement renouvelée, ( cf. nos quatre chroniques précédentes), semble un miracle de stabilité dans notre monde en folie : une différente sorte d’excellence chaque soir ! De telles soirées aident à supporter les journées ….

Adam Laloum est peut-être parmi ces immenses artistes celui qui se tient à une place à part, celle du cœur. Du moins pour moi ce concert l’aura été. Je connais bien la musicalité fine de ce pianiste depuis bientôt dix ans et je sais comment chaque fois j’en suis émerveillé. Que ce soit en soliste, en chambriste, en concertiste. Le récent festival de Lagrasse le montre en délicat chambriste, son récent concert de concertos de Mozart à la Roque d’Anthéron en a ébloui plus d’un par sa musicalité mozartienne épanouie, (concert à la réécoute sur France Musique). Ce soir dans l’auguste Cloître des Jacobins après tant de somptueux artistes, Adam Laloum a offert un concert parfaitement construit, dans un répertoire qui lui convient à la perfection. Ce concert est frère de celui de Silvacane en 2017, (voir notre compte rendu) entre Beethoven et Schubert. La sonate n° 28 de Beethoven est une grande sonate, une œuvre de la maturité de toute beauté. Le grand final en forme de fugue est une véritable apothéose. Adam Laloum en domine parfaitement toutes les fulgurances en rajoutant une qualité de nuances et de couleurs d’une infinie variété. Le Beethoven de Laloum a toujours la primauté du sens sans rien lâcher sur la forme. Il cisèle chaque phrase et l’enchâsse dans le mouvement puis dans la sonate entière. Cette conscience de la structure sur tous ces niveaux, la lisibilité qu’il apporte au public, sont des qualités bien rares. À présent la pâte sonore d’Adam Laloum a gagné en richesse. La beauté des sons sur tout l’ambitus est proprement incroyable. La rondeur des graves, leur puissance sans aucune violence fait penser à l’orgue. Après cet hommage au véritable père de la Sonate pour piano, la Grande Humoresque de Schumann ouvre un pan entier au romantisme le plus sublime. Le début dans une nuance piano aérienne nous fait entrer dans la magnifique vie imaginaire de Schumann. Le bonheur, la paix puis la fougue, la passion malheureuse.

Adam Laloum

Pièce rarement jouée en concert, elle met en valeur les extraordinaires qualités d’Adam Laloum. Il en avait déjà offert une belle version au disque mais ce soir l’évolution de l’interprétation est majeure. Capable de nous livrer et la structure quadripartite de l’œuvre et sa fantaisie débridée nécessitant beaucoup d’invention dans le jeu pianistique. Les partis pris du jeune musicien tombent chaque fois à propos avec une beauté à couper le souffle. Un vrai engagement d’interprète et une virtuosité totalement maitrisée rendent l’instant sublime. Mais ce qui va véritablement faire chavirer le public est son interprétation unique de l’avant dernière sonate de Schubert. La D.959 est jouée avec une fougue et une tendresse incroyables. Schubert, qui dans le deuxième mouvement chante le bonheur à porté de main mais qui s’enfuit, trouve dans le jeu d’Adam Laloum une deuxième vie. Les nuances sont subtilement dosées et le cantabile se déploie comme le faisait Montserrat Caballe avec ses phrases de pianissimi sublimes dans Bellini et Donizetti. Car les pianissimi sont d’une couleur suave certes mais surtout d’une plénitude incroyable. Jamais de dureté ou d’acidité. Toujours une onctuosité belcantiste. Ce deuxième mouvement Andantino, l’un des plus beaux de Schubert, avec sa terrible tempête centrale, est un pur moment de magie sous les mains si expertes d’Adam Laloum. Le Scherzo nous entraine dans quelques danses qui deviennent véritablement fougueuses et heureuses à force de tournoyer sur elles même dans des variations que l’on aimerait perpétuelles tant elles sont belles. Le long rondo final n’est que tourbillon de gaieté et d’envie de vivre. Tout coule, avance et les nuances pleinement assumées, les phrasés variés à l’envie en font une vraie musique du bonheur que quelques modulations assombrissent un court instant. Le bonheur de Schubert est aussi vaste que sa mélancolie. Adam Laloum est probablement le plus émouvant interprète de Schubert contemporain. Un vrai compagnon d’âme du Frantz Schubert que ses amis aimaient tant lors des shubertiades.

Dans les rappels du public qui se terminent en standing ovation il revient à Schubert. Un vrai bonheur partagé !

Hubert Stoecklin


Compte-rendu concert. Toulouse. 40iéme Festival Piano aux Jacobins. Cloître des Jacobins, le 19 septembre 2019. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°28 en la bémol majeur,Op.101 ; Robert Schumann (1810-1856) : Grande Humoresque en si bémol majeur ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate n°22 en la majeur, D.959 ; Adam Laloum, piano.

Hubert Stoecklin pour Classiquenews.com

Tugan Sokhiev Star Star

Le Sacre de Tugan Sokhiev, en Tsar star !

écrit par Hubert Stoecklin 20 septembre 2011

Le Sacre de Tugan Sokhiev

Salle comble pour ce concert de rentrée de l’orchestre du Capitole en partenariat avec Piano aux Jacobins. Quel moment ! Un programme tout russe par des interprètes survoltés.

Une rareté que ce concerto de Khatchaturian ! Certes la partition est par moments  emphatique, et risquerait de tomber dans une certaine caricature, mais les talents conjugués du chef, du pianiste et de l’orchestre en font un moment stimulant et énergisant. Les mélodies vigoureuses ou tendres basées sur le folklore  caucasien ouvrent vers un orientalisme original. Les rythmes vigoureux et les empilements d‘instruments évoquent l’époque brutale de la fin des années 30 en Russie. La direction ludique et précise de Tugan Sokhiev, sa complicité avec les musiciens d’orchestre autant que le pianiste confère beaucoup d’aération à une partition un peu compacte. Le jeu délicat mais assumant une part de violence, en cas de nécessité, de Boris Beresovsky est en parfaite osmose avec cette direction si pleine de vie. Les instrumentistes rivalisent de finesse et de beauté sonore. Rien que dans le mouvement lent violoncelle, flûte et clarinette basse méritent un tendre hommage à leur musicalité rare en raison de nuances piano timbrées, d’un admirable effet. L’émotion est considérable et les regards entre musiciens, chef et soliste sont le gage de ce partage amical. La solidité technique de Boris Berezovsky est toujours intégrée à la plus rare musicalité. Jamais la moindre hégémonie virtuose ne tente ce pianiste inouï. En bis, il offre deux partitions très opposées de Khatchaturian, une berceuse legato mais assez vigoureuse pour nos oreilles sensibles, et une Toccata diabolique. Les dons de Boris Berezovsky explosent en ces deux extrêmes : il semble pouvoir faire tout ce qu’il veut d’un piano.

Orchestralement si le concerto réserve de beaux moments à l’orchestre ce sont les deux suites de ballet de Stravinski qui mettent les projecteurs sur absolument toutes les familles de musiciens. Nous aimerions parler de chacun tant à chaque instant des pépites ont brillé. Osant des nuances sur un fil le basson, ouvre le Sacre du Printemps avec une émotion rarement retrouvée dans cette pièce brillante. Si ce n’est pas la première fois que l’Orchestre toulousain interprète cette pièce jamais le public ne l’avait entendue si parfaitement. Gageons que l’enregistrement réalisé les jours précédents leur a permis d’en peaufiner les moindres strates, car vraiment il est bien rare d’entendre si clairement tout ce que cette partition diabolique contient. La qualité première du son de l’orchestre est la jeunesse et la lumière. La précision rythmique force ensuite l’admiration ainsi que l’énergie bouillonnante de chacun. De même que chaque pupitre mériterait une longue analyse de ses qualités, la direction de Tugan Sokhiev est d’une inventivité qui subjugue. Il semble avoirs mille yeux et mains, tant il est présent partout. La narrativité dramatique dont sa direction est gorgée irrigue ce ballet de moments théâtraux aveuglants que ce soit de l’éveil de la nature végétale comme animale, l’arrivée du patriarche ou  l‘envol de l’âme de l’élue sacrifiée. La souplesse des moments les plus archaïques leur donne une dimension mythique par des éléments de danse païenne omniprésente. Pièce hymnique, poème d’amour et de mort, ballet fulgurant, argument théâtral sans âge, toute se mêle jusqu’au vertige pour l’auditeur qui ressort abasourdi, vieilli de milliers d’années et rajeuni de bien plus encore, les oreilles et l’âme transportées par un moment rare. L’incandescence de cette interprétation passera-t-elle au disque ? Si c’est le cas préparons-nous à ce qu’il fasse le tour de la planète avec succès.

Ce n’est pas mésestimer la suite de l’Oiseau de feu que d’en parler en dernier alors que cette suite ouvrait le concert. Un seul mot peut résumer cette interprétation. La flamboyance est partout et si une seule pièce résume cet adjectif, c’est la berceuse tendre gonflant vers l’incendie du grandiose final. On reste sans voix devant une telle perfection. Le feu fait musique, on vous dit ! On ne peut d’avantage s’expliquer. Les mots sont trop pauvres…

Un concert de rentrée qui Sacre Tugan Sokhiev Tsar star à Toulouse. Longue vie à cette collaboration brûlante avec l’Orchestre du Capitole qui lui a tout donné avec générosité au point qu’aucun bis n’a pu être proposé. Tout avait été offert lors du concert !

Hubert Stoecklin

Toulouse. Halle aux Grains. 17 septembre 2011.