Hommage à Nicholas Angelich

CRITIQUE. Enregistrements. 1 coffret ERATO de 7 CD. Bach, Beethoven, Haydn, Brahms, Bartok, Liszt, Moussorgsky, Rachmaninov, Ravel, etc… NICHOLAS ANGELICH: Piano. Enregistrements live de 1995 à 2019. Coffret ERATO numéro : 5054197676185.

Ce coffret en forme d’hommage permet de compléter la discographie officielle de Nicholas Angelich. Le répertoire en est élargi au-delà de son compositeur de prédilection. Ainsi Brahms dont un magnifique coffret chez Erato permet de déguster la beauté en piano seul et en musique de chambre est-il juste évoqué avec de somptueuses variations sur un thème de Haendel. Bien des œuvres de son répertoire en concert n’ont pas été enregistrées. Il est vrai que l’allure sage et pondérée du grand musicien ne laissait pas deviner une audace aussi incroyable dans ses récitals. La charge émotionnelle de son piano ne se révélait jamais autant qu’en concerts.

Une lumineuse suite anglaise de Bach nous révèle un interprète superbe. Mais ce sont surtout ses variations Goldberg enregistrées au Théâtre des Champs Élysées qui sont remarquables de clarté, d’élégance et d’esprit dansant. Les quelques pages de Liszt qui ouvrent le coffret permettent de confirmer une puissance technique supérieure, un sens du légato royal et une musicalité envoutante.  Son Ravel est d’une grande modernité, sculpté au scalpel et rempli d’une poésie de couleurs et de texture envoutante. La musique de chambre est présente avec des artistes exceptionnels comme le quatuor Ébène pour le quintet de Franck ou Martha Argerich dans la sonate pour deux pianos et percussion de Bartok. De grands chefs et orchestres l’accompagnent dans du Rachmaninov. L’Orchestre de Radio France et Myung-Wung Chung dans le Troisième concerto et Tugan Sokhiev et l’Orchestre National du Capitole dans les variations Paganini.

  Les choix sont intelligents et rendent compte de la fulgurante carrière qu’il a mené. Les amitiés musicales qu’il à crées sont nombreuses et surtout la spontanéité des applaudissements témoigne du lien indéfectible avec son public. Pour ma part j’ai toujours été sensible en concert à la qualité de sa concentration, son absolu respect des compositeurs et l’intelligence fulgurante de ses propositions interprétatives. Je me souviens bien des concerts avec orchestre et Tugan Sokhiev à Toulouse et de ses récitals Beethoven à La Roque d’Anthéron en 2020.  Dans ces divers récitals de ce coffret on retrouve une technique parfaite, un toucher très varié qui peut susurrer un langage perlé comme devenir tonitruant, des couleurs irradiantes et des phrasés subtils. Ce grand musicien, cet ami fidèle, ce professeur admiré,  nous manque.

La présence du public est palpable, les audaces que cette complicité lui permettait sont très belles.  Ce coffret nous console un peu et nous offre des moments captés à l’éternité. Ce coffret est irremplaçable. Les prises de son sont variées car dans des salles très diverses mais toujours de grande qualité.

Hubert Stoecklin

MARIZA Diva du Fado à Toulouse

Critique. Concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 décembre 2023. MARIZA :  Fado et cie…

Les grands interprètes ont invité la diva du Fado pour un récital somptueux.

Belle dans sa robe fourreau de paillettes aux couleurs changeante, se déplaçant avec grâce sur toute la scène, bras orants et offrants Mariza à régner sur un public conquis.  Au fond de scène, à cour et à jardin cinq musiciens l’accompagnaient. Le fond de scène représentait ses initiales au milieu de fleurs stylisées.

Des lumières de face permettaient de jouer sur la profondeur et parfois d’éblouir le public. Les couleurs changeaient, l’intensité lumineuse variait. Un grand cercle lumineux mettait en valeur corps, visages et mains de la diva. Dans la plénitude de magnificence de sa maturité la femme était solaire ou lunaire, mais toujours rayonnante.

Mariza semble implorer le public, lui offrir son cœur c’est simple et d’une beauté foudroyante. Mariza c’est également une Voix, et quelle voix ! Capable de tonner, d’implorer, de pleurer, de rire même un peu. Une fois elle chante sans micro et sans peine sa voix rempli toute le vaste Halle-aux-Grains. Ses infimes variations de couleurs, ses nuances fulgurantes la font passer du murmure aux cris. Toute la palette d’émotions dont elle est capable sidère. Ainsi cette femme si belle, métis d’une mère du Mozambique et d’un père Portugais a dans son corps tous les rythmes de l’Afrique et de l’Amérique du sud. Elle bouge sensuellement en toute simplicité. Comme un oiseau ses deux bras ouvrent des ailes.

Et sa voix vole dans des styles variés. Bien sûr le Fado domine mais les Îles du Cap verts, l’ Afrique et le Brésil l’inspirent. Et sa longue cantilène A Capella avec des percussions et les battements de mains du public fait revivre une Sybille antique. Voyageant dans les styles, les rythmes et le temps, son chant atteint une plénitude incomparable. Les trois guitaristes, l’accordéon et les percussions sont des compagnons de musique très inspirés. Ces grands musiciens dialoguent avec la chanteuse qui en toute confiance peut se lancer dans des variations magiques. La complicité qu’ils partagent est pleine de chaleur.

Emmaillant ses chansons de paroles en français, en anglais et en portugais sur sa carrière, sa vie, le temps qui passe, Mariza se dévoile fragile et pleine de doutes. Sa seule certitude c’est bien la profondeur de l’amour et dans ses amours, la musique et le public sont au sommet. Mariza envoute son public qui lui fait fête. Les adieux se prolongent avec plusieurs bis. Mariza est une grande artiste qui transcende le Fado, chante la beauté du Portugal et sa langue si chantante. Elle chante aussi le monde, l’Afrique, le Cap Vert et le Brésil. Une grande dame nous accueilli dans son mode de musique et de beauté. Merci belle Mariza !  

Critique. Concert.Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 décembre 2023. Fado et musique du monde. MARIZA, voix ; Luis Guerreiro, guitare portugaise ; Phelipe Ferreira, guitare acoustique ; Adriano Alves-Dinga, guitare basse ; Joao Freitas, percussions ; Joao Frade, accordéon.  Photos : Hubert Stoecklin le 4 Décembre 2023

Elle sera à Lyon le 11 décembre après elle sera à Lisbonne le 31 décembre et puis recommencera son tour du monde.

Bis lors du Concert du 4 Décembre à Toulouse

Tarmor Pelotokoski et l’ ONCT quel destin les réuni ! !

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains le 2 Décembre 2023. SCHOENBERG, STRAUSS ; WAGNER, Orch. Nat. Capitole, R. Capuçon, T. Peltokoski.

Premier concert de Tarmo Peltokoski avec son orchestre du Capitole

Pour ce concert historique des huiles politiques et culturelles étaient dans la salle. Toutes les places avaient été vendues et on a refusé du monde. Tarmo Peltokoski faisait incontestablement l’événement.  Ce jeune chef qui dirigera l’orchestre du Capitole dès septembre 2024 en tant que directeur artistique est effectivement un génie de la baguette. Avant de savoir que le destin allait lier ce jeune chef et l’Orchestre de Toulouse j’avais été ébloui en 2022 dans un concert qui peut toujours se regarder sur Medici TV.  Aujourd’hui c’est un rêve qui se réalise. Renouveler un coup de foudre entre un chef et l’Orchestre de Toulouse, après la magnifique histoire avec Tugan Sokhiev, était bien improbable. Ce concert a été incroyablement enthousiasmant et a tenu ses promesses . En première partie le chef avant choisi le terrifiant concerto pour violon d’Arnold Schoenberg. Il a d’ailleurs remercié le public dans un français exquis d’avoir écouté ce concerto. Œuvre difficile pour les musiciens comme pour le public, étendard du dodécaphonisme elle se veut sans aucune séduction dans son intransigeance. Renaud Capuçon a été concentré et très solide techniquement. Cette virtuosité inouïe il l’a totalement maitrisée. Très engagé son jeu a été très articulé et précis. Le chef a su garder une tension assez terrifiante tout du long. Seul le second mouvement a permis comme une détente. Très applaudi, Renaud Capuçon a donné en bis une étude sur Daphnée de Richard Strauss. Habile choix qui a permis un lyrisme bien venu après tant de sècheresse et a préparé la suite du concert.    

Après l’entracte l’orchestre s’étant élargi, nous avons pu vivre intensément le poème symphonique Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss. Le début est bien connu et sert d’ouverture dans le film culte, 2001 Odyssée de l’espace de Kubrick. Je n’ai jamais eu de tels frissons dans cette page grandiose. Ce soir Tarmo Peltokoski obtient des contrebasses un bruissement tellurique impressionnant puis des cuivres une brillance aveuglante. C’est grandiose et également très précis et rigoureux. Le grand crescendo est conduit de main de maitre et l’accord fortissimo qui se termine sur l’orgue est précis, sans déborder comme c’est parfois le cas. Puis la partie de quatuor à cordes chante avec une subtilité incroyable. Il n’est pas nécessaire ensuite de parler de la perfection instrumentale de l’orchestre, chacun joue comme si sa vie en dépendait. Une urgence absolue se dégage de cette interprétation. Tarmo Peltokoski associe un geste fougueux et fédérateur à une précision parfaite. Les nuances sont exacerbées.

Les crescendi nous clouent sur place. Ce qui pourtant est le plus émouvant est cette construction dramatique, cette capacité à raconter la musique. Ce jeune chef a une forme d’intuition qui fait que les musiciens comme le public adhèrent sans discussion à sa vision. Le public déguste la fin subtile et le long silence sur lequel se termine le poème symphonique, avant d’applaudir à tout rompre : Succès total pour l’orchestre et le chef !

En fin de programme l’ouverture des Maitres Chanteur de Wagner nous est offerte avec une lumière qui permet de déguster la riche construction contrapuntique ; c’est limpide et charpenté. C’est allant sans jamais aucune lourdeur, car le tactus est savamment conduit. Les couleurs rutilent et les nuances sont très creusées. L’enthousiasme communicatif du chef envahi le public qui applaudi avec frénésie. Cela confirme une union que l’on devine très intime entre ce jeune chef visionnaire et l’Orchestre du Capitole et le public. De bien beaux moments sont promis aux toulousains ce soir. Medici TV a filmé et diffusé le concert en directe, nous espérons une rediffusion prochaine.

Les années Peltokoski sont attendues avec impatience à Toulouse après ce concert d’une telle intensité !

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 2 décembre 2023. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Concerto pour violon, op.36 ; Richard Strauss (1846-1949) : Ainsi parlait Zarathoustra, poème symphonique, op. 30 ; Richard Wagner (1813-1883) : les Maîtres chanteurs de Nuremberg, ouverture ; Renaud Capuçon, violon ; Orchestre national du Capitole de Toulouse ; Direction, Tarmo Peltokoski. Photos Romain Alcazar et Peter Rigaud ( dans le bandeau)