TARTUFFE TOUJOURS JEUNE !

CRITIQUE.THEÂTTE. Toulouse, ThéâtredelaCité. Le Cub, le 24 Janvier 2024. MOLIERE : Le Tartuffe. Conception et mise en scène : Guillaume Séverac -Schmitz.

Toute la modernité de Molière dans ce Tartuffe de la jeunesse

Guillaume Séverac-Schmitz à la demande du ThéâtredelaCité a monté une très admirable production du Tartuffe de Molière avec uniquement de très jeunes artistes presque tous dans l’Atelier Cité, dispositif d’insertion du ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie. Cet atout de jeunesse aurait pu, devant des rôles si puissants, et les attendus du public, être un handicap. Par la rigueur d’un jeu d’acteur très maitrisé, et dans un dispositif évidant, Guillaume Séverac-Schmitz dépasse toutes les embuches. Avec une distribution resserrée (un acteur et une actrice jouent chacun deux rôles), un dispositif scénique minimaliste et une quasi absence de décors, des effets musicaux et visuels réjouissants, cet ensemble  nous plonges dans cette famille en crise.  Le public qui doit participer à l’histoire pour en saisir sa puissance est face à face. Chaque gradin regarde l’autre lorsqu’il regarde la scène et se rappelle qu’il est dans le spectacle. Ce dispositif en bi-frontal est très habile. Les acteurs viennent de partout partent de même. L’énergie est généreusement dépensée. La force des personnages s’exprime pleinement. Le texte exulte, les corps participent du discours. Le pari de recentrer la pièce sur une crise familiale que Tartuffe révèle devient limpide. Oui personne de sait exprimer ses sentiments amoureux dans cette famille. En ouverture une sorte de scène de fête dansée avec outrance confond toutes les générations.

La scène d’ouverture si cruciale permet peu à peu de comprendre qui est qui. Cette confusion des générations est renforcée par l’âge des acteurs et actrices. Nos repères dans cette pièce si bien connue tombent et chaque personnage parle donc depuis la jeunesse de son âme. Angie Mercier joue deux rôles et son jeu leur trouve un point commun inattendu. Ainsi Mme Pernelle est plus maladroite qu’autoritaire sur ses talons instables et Damis le fils peu équilibré s’empêtre bien misérablement avant de se faire chasser. Le comique est présent et toujours léger.

 C’est le rôle d’ Orgon (Fabien Rasplus) qui gagne le plus en n’ayant jamais l’âge comme excuse. Car finalement sa passion pour Tartuffe a tout d’un premier amour ou de la force invincible d’un idéal de jeunesse qui se laisse aveugler. Ses colères infantiles en tapant du pied en deviennent tragiques et perdent tout ridicule. Et la fraternité d’âge avec Tartuffe permet cette amitié absolue et aveugle. La critique de cette autorité paternelle absolue change également de visage. Orgon devient moins formidable et la soumission de sa fille Marianne (Christelle Simonin) est plus trouble car plus assumée et moins évidemment liée à l’autorité de l’âge. Cléante (Mathieu Carle) gagne également en ce que sa parole sage lui est plus personnelle et donc est encore plus puissante.

Dorine (Jeanne Godard) ne rentre pas dans la cohorte des servantes impertinente si chères à Molière. Sa parole libre et fine est pleine de séduction. Le jeu plein d’élégance. Las, elle n’influe pas sur Orgon et bien peu sur le jeune couple. Les rapports du couple Mariane-Valère sont très subtilement interprétés. Cette incapacité à s’engager en s’opposant montre clairement l’impossible de ces deux jeunes gens à se dire simplement ses sentiments. C’est un très beau moment que cette incommunicabilité de l’amour alors que  leur corps pourtant nous le fait ressentir. L’Elmire de Fannie Lineros est absolument magnifique. Sa féminité épanouie séduit. Sa grande scène avec Tartuffe est impayable et la séduction sur la table avec Orgon dessous est à la fois très sobre et d’une puissance incroyable : le viol est quasi consommé.

On l’aura compris sans jamais brutaliser vraiment personne cette mise en scène dévoile parfaitement la violence dramatique qui est à l’œuvre partout. Le Tartuffe de Quentin Rivet est particulièrement élégant et homme bien fait. L’allure et le jeu millimétré rendent le personnage odieux avec un petit attrait invincible.

La question de la séduction sur Orgon devient particulièrement trouble. L’emprise est à la fois intellectuelle, psychique, physique et sensuelle. Les mortifications à la ceinture auto affligée rajoutent encore à la dimension perverse du personnage de Tartuffe. Le travail théâtral de Guillaume Séverac-Schmitz est complexe et complet. Son Tartuffe nous réveille l’amour pour ce texte immortel et nous apprend de nouvelles saveurs. C’est un moment délectable.  Et notre société plus qu’aucune autre est concernée par cette question de la famille à l’épreuve des idéaux. Idéaux propres à chaque âgée qui veut rêver. Tous ces rêves éveillés sont alimentés par des influenceurs malveillants des plus dangereux. Gare, gare à nous…. Après les pères à l’autorité abusives, voici les pères narcissiques en quête d’admirateurs.  Si les premiers faisaient peur les autres ne sont pas rassurants et chutent autant….

Hubert Stoecklin

CRITIQUE.THEÂTTE. Toulouse, ThéâtredelaCité. Le Cub, le 24 Janvier 2024. MOLIERE : Le Tartuffe. Conception et mise en scène : Guillaume Séverac -Schmitz. Avec : Mathieu Carle, Cléante et Valère ; Jeanne Godard, Dorine ; Fannie Lineros, Elmire ; Ange Mercier, Damis et Madame Pernelle ; Fabien Rasplus, Orgon ; Quentin Rivet, Tartuffe, Christelle Simonin, Marianne et Monsieur Loyal ; Voix off, Eddy Letexier ; Scénographie, Guillaume Séverac-Schmitz avec la collaboration de D’ Emmanuelle Clolus ; Lumières, Michel Le Borgne ; Son, Géraldine Belin ; Costumes, Nathalie Trouvé et les ateliers duThéâtredelaCité ; Décors, Michaël Labart dans les ateliers du ThéâtredelaCité ; Production ThéâtredelaCité-CND Toulouse Occitanie, Compagnie  (Eudaimonia). Photos : Erik Damiano.

Hommage à Nicholas Angelich

CRITIQUE. Enregistrements. 1 coffret ERATO de 7 CD. Bach, Beethoven, Haydn, Brahms, Bartok, Liszt, Moussorgsky, Rachmaninov, Ravel, etc… NICHOLAS ANGELICH: Piano. Enregistrements live de 1995 à 2019. Coffret ERATO numéro : 5054197676185.

Ce coffret en forme d’hommage permet de compléter la discographie officielle de Nicholas Angelich. Le répertoire en est élargi au-delà de son compositeur de prédilection. Ainsi Brahms dont un magnifique coffret chez Erato permet de déguster la beauté en piano seul et en musique de chambre est-il juste évoqué avec de somptueuses variations sur un thème de Haendel. Bien des œuvres de son répertoire en concert n’ont pas été enregistrées. Il est vrai que l’allure sage et pondérée du grand musicien ne laissait pas deviner une audace aussi incroyable dans ses récitals. La charge émotionnelle de son piano ne se révélait jamais autant qu’en concerts.

Une lumineuse suite anglaise de Bach nous révèle un interprète superbe. Mais ce sont surtout ses variations Goldberg enregistrées au Théâtre des Champs Élysées qui sont remarquables de clarté, d’élégance et d’esprit dansant. Les quelques pages de Liszt qui ouvrent le coffret permettent de confirmer une puissance technique supérieure, un sens du légato royal et une musicalité envoutante.  Son Ravel est d’une grande modernité, sculpté au scalpel et rempli d’une poésie de couleurs et de texture envoutante. La musique de chambre est présente avec des artistes exceptionnels comme le quatuor Ébène pour le quintet de Franck ou Martha Argerich dans la sonate pour deux pianos et percussion de Bartok. De grands chefs et orchestres l’accompagnent dans du Rachmaninov. L’Orchestre de Radio France et Myung-Wung Chung dans le Troisième concerto et Tugan Sokhiev et l’Orchestre National du Capitole dans les variations Paganini.

  Les choix sont intelligents et rendent compte de la fulgurante carrière qu’il a mené. Les amitiés musicales qu’il à crées sont nombreuses et surtout la spontanéité des applaudissements témoigne du lien indéfectible avec son public. Pour ma part j’ai toujours été sensible en concert à la qualité de sa concentration, son absolu respect des compositeurs et l’intelligence fulgurante de ses propositions interprétatives. Je me souviens bien des concerts avec orchestre et Tugan Sokhiev à Toulouse et de ses récitals Beethoven à La Roque d’Anthéron en 2020.  Dans ces divers récitals de ce coffret on retrouve une technique parfaite, un toucher très varié qui peut susurrer un langage perlé comme devenir tonitruant, des couleurs irradiantes et des phrasés subtils. Ce grand musicien, cet ami fidèle, ce professeur admiré,  nous manque.

La présence du public est palpable, les audaces que cette complicité lui permettait sont très belles.  Ce coffret nous console un peu et nous offre des moments captés à l’éternité. Ce coffret est irremplaçable. Les prises de son sont variées car dans des salles très diverses mais toujours de grande qualité.

Hubert Stoecklin

MARIZA Diva du Fado à Toulouse

Critique. Concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 décembre 2023. MARIZA :  Fado et cie…

Les grands interprètes ont invité la diva du Fado pour un récital somptueux.

Belle dans sa robe fourreau de paillettes aux couleurs changeante, se déplaçant avec grâce sur toute la scène, bras orants et offrants Mariza à régner sur un public conquis.  Au fond de scène, à cour et à jardin cinq musiciens l’accompagnaient. Le fond de scène représentait ses initiales au milieu de fleurs stylisées.

Des lumières de face permettaient de jouer sur la profondeur et parfois d’éblouir le public. Les couleurs changeaient, l’intensité lumineuse variait. Un grand cercle lumineux mettait en valeur corps, visages et mains de la diva. Dans la plénitude de magnificence de sa maturité la femme était solaire ou lunaire, mais toujours rayonnante.

Mariza semble implorer le public, lui offrir son cœur c’est simple et d’une beauté foudroyante. Mariza c’est également une Voix, et quelle voix ! Capable de tonner, d’implorer, de pleurer, de rire même un peu. Une fois elle chante sans micro et sans peine sa voix rempli toute le vaste Halle-aux-Grains. Ses infimes variations de couleurs, ses nuances fulgurantes la font passer du murmure aux cris. Toute la palette d’émotions dont elle est capable sidère. Ainsi cette femme si belle, métis d’une mère du Mozambique et d’un père Portugais a dans son corps tous les rythmes de l’Afrique et de l’Amérique du sud. Elle bouge sensuellement en toute simplicité. Comme un oiseau ses deux bras ouvrent des ailes.

Et sa voix vole dans des styles variés. Bien sûr le Fado domine mais les Îles du Cap verts, l’ Afrique et le Brésil l’inspirent. Et sa longue cantilène A Capella avec des percussions et les battements de mains du public fait revivre une Sybille antique. Voyageant dans les styles, les rythmes et le temps, son chant atteint une plénitude incomparable. Les trois guitaristes, l’accordéon et les percussions sont des compagnons de musique très inspirés. Ces grands musiciens dialoguent avec la chanteuse qui en toute confiance peut se lancer dans des variations magiques. La complicité qu’ils partagent est pleine de chaleur.

Emmaillant ses chansons de paroles en français, en anglais et en portugais sur sa carrière, sa vie, le temps qui passe, Mariza se dévoile fragile et pleine de doutes. Sa seule certitude c’est bien la profondeur de l’amour et dans ses amours, la musique et le public sont au sommet. Mariza envoute son public qui lui fait fête. Les adieux se prolongent avec plusieurs bis. Mariza est une grande artiste qui transcende le Fado, chante la beauté du Portugal et sa langue si chantante. Elle chante aussi le monde, l’Afrique, le Cap Vert et le Brésil. Une grande dame nous accueilli dans son mode de musique et de beauté. Merci belle Mariza !  

Critique. Concert.Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 décembre 2023. Fado et musique du monde. MARIZA, voix ; Luis Guerreiro, guitare portugaise ; Phelipe Ferreira, guitare acoustique ; Adriano Alves-Dinga, guitare basse ; Joao Freitas, percussions ; Joao Frade, accordéon.  Photos : Hubert Stoecklin le 4 Décembre 2023

Elle sera à Lyon le 11 décembre après elle sera à Lisbonne le 31 décembre et puis recommencera son tour du monde.

Bis lors du Concert du 4 Décembre à Toulouse

Tarmor Pelotokoski et l’ ONCT quel destin les réuni ! !

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains le 2 Décembre 2023. SCHOENBERG, STRAUSS ; WAGNER, Orch. Nat. Capitole, R. Capuçon, T. Peltokoski.

Premier concert de Tarmo Peltokoski avec son orchestre du Capitole

Pour ce concert historique des huiles politiques et culturelles étaient dans la salle. Toutes les places avaient été vendues et on a refusé du monde. Tarmo Peltokoski faisait incontestablement l’événement.  Ce jeune chef qui dirigera l’orchestre du Capitole dès septembre 2024 en tant que directeur artistique est effectivement un génie de la baguette. Avant de savoir que le destin allait lier ce jeune chef et l’Orchestre de Toulouse j’avais été ébloui en 2022 dans un concert qui peut toujours se regarder sur Medici TV.  Aujourd’hui c’est un rêve qui se réalise. Renouveler un coup de foudre entre un chef et l’Orchestre de Toulouse, après la magnifique histoire avec Tugan Sokhiev, était bien improbable. Ce concert a été incroyablement enthousiasmant et a tenu ses promesses . En première partie le chef avant choisi le terrifiant concerto pour violon d’Arnold Schoenberg. Il a d’ailleurs remercié le public dans un français exquis d’avoir écouté ce concerto. Œuvre difficile pour les musiciens comme pour le public, étendard du dodécaphonisme elle se veut sans aucune séduction dans son intransigeance. Renaud Capuçon a été concentré et très solide techniquement. Cette virtuosité inouïe il l’a totalement maitrisée. Très engagé son jeu a été très articulé et précis. Le chef a su garder une tension assez terrifiante tout du long. Seul le second mouvement a permis comme une détente. Très applaudi, Renaud Capuçon a donné en bis une étude sur Daphnée de Richard Strauss. Habile choix qui a permis un lyrisme bien venu après tant de sècheresse et a préparé la suite du concert.    

Après l’entracte l’orchestre s’étant élargi, nous avons pu vivre intensément le poème symphonique Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss. Le début est bien connu et sert d’ouverture dans le film culte, 2001 Odyssée de l’espace de Kubrick. Je n’ai jamais eu de tels frissons dans cette page grandiose. Ce soir Tarmo Peltokoski obtient des contrebasses un bruissement tellurique impressionnant puis des cuivres une brillance aveuglante. C’est grandiose et également très précis et rigoureux. Le grand crescendo est conduit de main de maitre et l’accord fortissimo qui se termine sur l’orgue est précis, sans déborder comme c’est parfois le cas. Puis la partie de quatuor à cordes chante avec une subtilité incroyable. Il n’est pas nécessaire ensuite de parler de la perfection instrumentale de l’orchestre, chacun joue comme si sa vie en dépendait. Une urgence absolue se dégage de cette interprétation. Tarmo Peltokoski associe un geste fougueux et fédérateur à une précision parfaite. Les nuances sont exacerbées.

Les crescendi nous clouent sur place. Ce qui pourtant est le plus émouvant est cette construction dramatique, cette capacité à raconter la musique. Ce jeune chef a une forme d’intuition qui fait que les musiciens comme le public adhèrent sans discussion à sa vision. Le public déguste la fin subtile et le long silence sur lequel se termine le poème symphonique, avant d’applaudir à tout rompre : Succès total pour l’orchestre et le chef !

En fin de programme l’ouverture des Maitres Chanteur de Wagner nous est offerte avec une lumière qui permet de déguster la riche construction contrapuntique ; c’est limpide et charpenté. C’est allant sans jamais aucune lourdeur, car le tactus est savamment conduit. Les couleurs rutilent et les nuances sont très creusées. L’enthousiasme communicatif du chef envahi le public qui applaudi avec frénésie. Cela confirme une union que l’on devine très intime entre ce jeune chef visionnaire et l’Orchestre du Capitole et le public. De bien beaux moments sont promis aux toulousains ce soir. Medici TV a filmé et diffusé le concert en directe, nous espérons une rediffusion prochaine.

Les années Peltokoski sont attendues avec impatience à Toulouse après ce concert d’une telle intensité !

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 2 décembre 2023. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Concerto pour violon, op.36 ; Richard Strauss (1846-1949) : Ainsi parlait Zarathoustra, poème symphonique, op. 30 ; Richard Wagner (1813-1883) : les Maîtres chanteurs de Nuremberg, ouverture ; Renaud Capuçon, violon ; Orchestre national du Capitole de Toulouse ; Direction, Tarmo Peltokoski. Photos Romain Alcazar et Peter Rigaud ( dans le bandeau)

Le Beethoven de Nemanja Radulovic ensorcèle

CRITIQUE. CD WARNER CLASSICS. L.V. BEETHOVEN. NEMANJA RADULOVIC.DOUBLE SENS. Cto Violon. Sonate à Kreutzer.

La générosité de Nemanja Radulovic s’épanouit totalement dans son Beethoven  

Il est gonflé Nemanja Radulovic. S’attaquer ainsi au concerto pour violon de Beethoven dont tant de belles versions existent ! N’était-ce-pas un peu vain ? Et de manière iconoclaste réécrire la sonate à Kreutzer pour un orchestre à corde en lieu et place du piano ?

En mettant le CD sur ma platiné j’étais un peu sceptique. J’ai été saisi et conquis.

Son orchestre Double Sens qu’il dirige du violon est simplement magique. D’abord ce qui frappe c’est cet allant, cette énergie indomptable qui s’imposent. Des instrumentistes saisissants de précision et de beauté sonore.  Des phrasés d’une grande subtilité et des nuances incroyables. Et le violon de Nemanja Radulovic est bouleversant. Tant de de plénitude sonore, tant de phrasés amples et généreux.  Ces nuances infimes, et des fins de phrases mourantes. C’est très personnel et si « beethovénien ».

Passion, larmes, joie passent dans le jeu intense du violoniste. Voilà une très belle version de ce concerto roi. Les dialogues chambristes avec les instruments de l’orchestre sont bouleversants d’amitié perceptible. Une version qui compte parmi celle des plus grands.

Et la surprise des cordes dans la sonate à Kreutzer ! L’abandon du piano !!  L’audace repose en fait sur un sens musical absolument génial du jeune violoniste. Cette sonate-combat devient un deuxième concerto avec des moments d’intense douleur et de paix diaphane. Comme si le cadre trop large pour une simple sonate qui avait valu tant de critiques du vivant de Beethoven trouvait le vaste espace nécessaire dans l’adaptation de Nemanja Radulovic. Il y a des choses que je n’avais jamais remarquées, des rythmes que les cordes intensifient, et un coté tzigane quasi délirant.

Ce diable de violoniste poursuit son chemin hors des sentiers battus tout en tutoyant les sommets de la musicalité. Il se range à côté des violonistes historiques les plus extraordinaires dans la discographie pourtant superlative du concerto.  Voilà un très grand disque.

Hubert Stoecklin

Critique CD. Nemanja Radulovic et Ensemble Double Sens.  Ludwig Van Beethoven (1770 -1827) : Concerto pour violon Op 61 ; Sonate pour violon n°9 “ à Kreutzer », arrangement pour orchestre à cordes de Nemanja Radulovic. CD 5 054 197 743399. Warner Classics. Durée 83’41’. Enregistré en 2023.

Le Boris sévère et froid d’ Olivier PY

CRITIQUE. Opéra. TOULOUSE. Capitole, le 24 Nov.2023. Moussorgski, Boris Godounov, Py/Poga, Roslavet, Scandiuzzi.

Olivier Py propose une lecture très analytique de Boris.

Boris est un opéra sombre refusant toute séduction au public surtout dans sa partition originale de 1869. Cette version est aujourd’hui bien connue du public. Pour Toulouse, Boris a été donné dans cette version en juin 1998 dans une mise en scène de Nicolas Joël avec Michel Plasson à la baguette. Puis en février 2014 Tugan Sokhiev avait offert une version de concert absolument bouleversante de théâtralité. Mais jamais une version scénique si puissante n’avait été vue in loco. Olivier Py avec un soin méticuleux et une intelligence redoutable nous délivre sa vision. Il s’agit de prendre le plus de recul possible avec la psychologie et de faire des personnages des archétypes. La situation du tyran choisi par son peuple passif et vil n’est pas originale en elle-même.  Aussi dès le lever du rideau nous sommes dans un lieu neutre où des mercenaires maltraitent une foule infantilisée. Tous les conflits anciens ou contemporains sont ainsi présents. C’est toujours le peuple qui est nié avant d’être décimé. Ainsi l’avènement de Boris, son couronnement, ses abus de pouvoir, sa peur de la chute arrivent sans surprises. Et dans la fin choisie par Olivier Py nous assistons bien à la mort du tyran et ensuite à l’avènement du suivant : c’est comme une machine infernale qui jamais ne s’arrêtera. Cette vision essentiellement mélancolique va teinter toute la mise en scène. Le décor est gris, les lumières blafardes ou froides.

Les décors, en tous cas vus depuis le parterre, sont écrasants avec de grands murs ou des immeubles immenses qui ferment l’espace. Le peuple rangé dans des cases représente un peu des icônes tout en or. Les costumes sont sombres ou en or, mais toujours symboliques.

Cette absence de nuance est également l’apanage des tyrannies d’état. Cette Russie symbolisée est comme hors sol, elle nous interpelle avec brutalité. Et l’analogie avec les manières de Poutine aujourd’hui n’est même pas voilée. Ainsi on retrouve sur scène l’immense table actuelle du Kremlin et son lustre.

Lorsque sa paranoïa se développe, Boris ira s’y réfugier et montera dans ce lustre vers les cintres comme pour échapper au faux Dimitri aperçu dans son délire. On retrouve toutes les habitudes des tyrans et la plus machiavélique consiste à réécrire l’histoire. Cette question centrale dans le conflit russo-ukrainien est clairement mise en lumière. Jusqu’à la disparition et au meurtre du petit Dimitri qui évoque les enlèvements d’enfants contemporains en Ukraine. Cette subtile mise en abyme est d’une tristesse insondable, elle marque durablement les esprits. C’est intelligent, brillant et sinistre à la fois. Le travail, scénique avec les acteurs est d’une précision chirurgicale, cette perfection donne aussi un caractère glacé, glacial et glaçant. Toute sympathie, tout apitoiement, tout rapprochement sont donc interdits , à l’inverse du travail de mises en scène « classiques » comme avait pu proposer Nicolas Joël en 1998.  Dans cette mise en scène si aigue, les chanteurs ne peuvent pas s’épancher, ni nouer de relations entre eux. Chaque stéréotype reste seul. Cette sensation de solitude totale participe au malaise général. Olivier Py a trouvé dans le chef Andris Poga un complice qui va évacuer toute sensibilité dans la partition, tout épanchement, tout lyrisme. La direction d’Andris Poga est froide, tout à fait globale, toujours entière, jamais subtile. La partition est un bloc plein d’aspérités et que rien ne peut entamer.

Les acteurs si précisément corsetés sur le plan scénique et musical ne peuvent exprimer leurs affects. Vocalement Boris ne peut, comme cela est possible aux basses nobles titulaires du rôle, jouer avec son timbre.  Les nuances, les rubatos pour exprimer les affres de cette âme tourmentée, complexe et malade sont trop rares.

La voix d’Alexander Roslavets est puissante, plutôt centrale (plus baryton que basse) et sans riches harmoniques graves. Le Pimène de Roberto Scandiuzi est ainsi bien plus charismatique au niveau vocal et son personnage de moine gagne même quelque truculence. Le Faux Dimitri d’Airam Hernandez a vocalement une belle présence et un coté inquiétant qui donne sens aux terreurs de Boris. Cela rend crédible sa prise de pouvoir juste avant le rideau final.  

Le seul personnage qui garde une sensibilité et qui transmet une émotion forte au public est l’innocent. Il est le premier personnage vu sur scène et cette présence forte par sa fragilité assumée reste dans les mémoires. La voix de Kristofer Lundin est très expressive et son jeu poétique très émouvant. Tous les autres personnages sont très stéréotypés. Ils en deviennent secondaires, malgré des voix intéressantes pour toutes et tous ; le baryton Mikhail Timoschenko se dégageant le plus avantageusement. 

Les chœurs du Capitole chantent fort mais ne touchent pas par manque de nuances et de variété de couleurs. L’assise des basses n’est pas assez solide pour sonner véritablement « russe ».

Au final c’est un sentiment trouble qui gagne. Une sorte d’inéluctable, particulièrement mélancolique, domine la soirée. Si scéniquement c’est un travail saisissant, côté musique nous restons sur notre faim et repensons au Boris en version scénique qui nous avait tant ébloui et touché en 2014 dirigé par Tugan Sokhiev avec la voix d’airain de Feruccio Furnaletto.  La partition de Moussorgski y était autrement magnifiée.

Hubert Stoecklin

CRITIQUE. Opéra. TOULOUSE. Théâtre du Capitole, Le 24 Novembre 2023. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Boris Godounov, version de 1869. Nouvelle production. Mise en scène, Olivier Py ; Collaboration artistique, Daniel Izzo ; Décors et costumes, Pierre-André Weitz ; Lumières, Bertrand Klilly. Distribution : Boris, Alexander Roslavets ; Fédor, Victoire Brunel ; Xénia, Lila Dufy ; La nourrice Svetlana Lifar ; Prince Chouski, Marius Brenciu ; Chtchelkalov, Mikhael Timoshenko ; Pimène, Roberto Scandiuzi ; Grigori/Le faux Dimitri, Airam Hernandez ; Missail, Fabian Hyon ; L’aubergiste,Sarah Laulan ; l’Innocent, Kristofer Lundin ; Chœurs et maitrise du Capitole ( direction : Gabriel Bourgoin) ; Orchestre national du Capitole de Toulouse. Direction, Andris Poga.

Hubert Stoecklin

Photos : Mirco Magliocca

Raphaël Pichon et Pygmalion et … Bach !

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 21 novembre 2023. BACH, PYGMALION, PICHON.

Le Bach festif de Raphaël Pichon est un véritable enchantement

Quel bonheur de retrouver Raphaël Pichon et son Ensemble Pygmalion. Chaque fois c’est un grand moment de musique et de théâtre. Les Grands Interprètes les invitent presque chaque année avec le même bonheur. Avec Bach c’est comme si Raphaël Pichon renouvelait ses sensationnels premiers concerts qui d’emblée ont eu un succès gigantesque. Les enregistrements des Messes Brèves de Bach ont tout de suite suivi son entré dans la carrière et datent déjà de 2008. La beauté de la fusion chœur et orchestre n’a pas changée. L’énergie jubilatoire reste identique ce qui a grandi c’est la confiance du geste, la largeur du développement des structures qui à présent dépassent l’entendement humain. Son Bach est grandiose, et tutoie le ciel.

Le concert est construit comme un développement dramatique. Après quelques minutes d’intense concentration le chef d’un geste doux et prudent obtient un début A Capella complètement magique. La précision et la douceur de l’attaque de tout le chœur donne le frisson. La conscience que la beauté va nous envelopper nous permet de nous abandonner. Le Motet de Jean Chrétien Bach Mit Weinen het sich’ an, semble à la fois archaïque et regarde vers Mendelssohn. C’est une musique envoutante sans âge. Le chœur est absolument boulversant. Chaque pupitre est d’une homogénéité renversante. Les nuances sont subtiles, les phrasés infinis et les couleurs d’une variété rare. Ce Motet parle des pleurs qui accompagnent l’homme tout au long de sa vie. Puis La cantate de Bach BWV 25 Es ist nichts Gesundes an meinem Leid nous entraine vers la douleur de la contrition. L’impureté de la chaire comme de l’âme de l’homme sont un sujet mis en musique de manière réthorique. Les phrases descendantes, les timbre graves, les trombones et la couleur abyssale du pupitre des basses, tout parle de douleur extrême. Le récitatif du ténor est très dramatique. L’art du ténor Laurence Kilsby est total : Mots percutants, phrasés subtils, voix de lumière. C’est très, très beau. Puis dans son air, la basse de Christian Immler se désole avec un timbre d’une belle profondeur. Le soprano aérien de Maïlys de Villoutreys a une pureté adamantine qui fait merveille dans son air angélique qui porte l’espoir. Le chœur ouvre et ferme la cantate comme un portique gigantesque et terriblement impressionnant. Sans laisser le public applaudir dans un geste d’une implacable continuité Raphaël Pichon entraine toute son équipe dans la si joyeuse cantate BWV 110, Unser Mund sei voll Lachens, le rire propre de l’homme devient celui de la joie de la rédemption promise. La fusion jubilatoire de l’orchestre du chœur et des voix soliste est tout particulièrement réussie. Cette joie communicative gagne tous les musiciens et le public. La grande ouverture à la française avec trompettes et timbales est à la fois grandiose, spectaculaire et souple. C’est le génie de la direction de Raphaël Pichon d’associer ainsi les qualités inattendues que contient la musique de Bach à la fois savante et dansante, profonde et évidente, grande et simple. Le chœur avec des moments solistes enchâssés n’est que jubilation. Les vocalises fusent les nuances sont extrêmes et semblent faciles. Pygmalion est un chœur d’une ductilité totale et d’une souplesse de félins. Chaque entrée permet de déguster des pupitres totalement unis. La beauté du fini vocal est digne de ce qu’a pu obtenir un John Elliot Gardiner avec son Monteverdi Choir, c’est tout dire…. L’air du ténor avec le délicat trio de flutes douces est un pur moment poésie que la voix solaire et tendre de Laurence Kilsby magnifie. Nous découvrons ensuite avec ravissement le timbre de bronze de l’alto Lucille Richardot. Sa voix homogène a un caractère androgyne qui donne beaucoup d’originalité et de grandeur à son chant. La solidité de l’intonation la précision des mots impressionnent grandement ainsi que la souplesse des phrasés. Dans son air à vocalises redoutables Christian Immler fait merveille. La rivalité avec les trompettes est un grand moment festif. La voix d’airain de la basse semble n’avoir aucune limite. C’est un moment grandiose. Enfin après le dernier choral le public peut applaudir et les commentaires vont bon train à l’entracte tant l’impression est favorable et forte.

La deuxième partie sera comme la première construite d’un seul geste dramatique. La cantate BWV 66 Erfreut euch, ihr Herzen n’est qu’une grande jubilation avec éclats de rires. Les violons jouent debout et dans un tempo d’enfer distillent leurs volutes et leurs tourbillons sans efforts apparents. C’est virevoltant et enivrant comme la joie. La présence du pupitre des basses est jouissive et chacun offre sa vision de la joie, instrumentistes comme chanteurs du chœur ou solistes. Raphaël Pichon garde le tempo sans jamais rien lâcher avec toutefois une souplesse remarquable, c’est terriblement efficace.  Qui pourrait douter que le chant choral n’est pas un moment de bonheur absolu en assistant à ce moment de musique magnifique ? 

La grande cantate Ein feste Bourg ist mein Gott atteindra un sommet. La fugue immense magnifiquement lancé par un pupitre de ténors fulgurant est escaladée avec une facilité virtuose inouïe. Tout est magnifique les mots ne peuvent décrire cette jubilation qui envahit toute la Halle-aux – Grains !   Cette puissance gracieuse est simplement incroyable. Les solistes se surpassent et la splendeur des timbres, la solidité des vocalises, les phrasés subtiles et les couleurs irisées sont de grands chanteurs mais surtout d’immenses musiciens. Tous les instrumentistes sont magnifiques. La viole de gambe dans les accompagnements est d’une souplesse admirable, les trompettes naturelles rivalisent de précision et de beauté.  Sans aucune pause après cette presque demi-heure que dure la cantate le chef entraine tout son monde dans le Sanctus de la Messe en si.

Le portique grandiose ouvre le ciel et rien ne semble pouvoir limiter les artistes qui s’abandonnent au geste puissant de Raphaël Pichon lui-même heureux comme un véritable démiurge. La magnificence de cette fusion orchestrale et chorale ne me semble pas avoir d’équivalent aujourd’hui.

  Le concert de ce soir nous fait penser que Raphaël Pichon prolonge le geste dramatique que le chef britannique a offert à la musique de Bach avec son Monteverdi choir en élargissant le propos vers encore d’avantage de contrastes entre jubilation et drame. Offrir tant de bonheur au public méritait bien les ovations sans fin faites aux artistes ce soir

Ce concert est un tout totalement admirable qui justifie pleinement de figurer au firmament des évènements des Grands Interprètes.

Hubert Stoecklin

Pour s’en convaincre un concert de la Messe en Si : Tout simplement magnifique ! le Sanctus est à

1h27’.

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Les Grands Interprètes,Halle-aux-Grains, le 21 novembre 2023.Johann Christoph Bach (1642-1703): Motet, Mit Weinen hebt sich’s an ; Johann-Sebastian Bach (1685-1750) : Cantates BWV 110, BWV 25, BWV 66/1, BWV 80 ; Sanctus BWV 232.  Maylis de Villoutreys, soprano; Lucille Richardot, alto; Laurence Kilsby, tenor; Christian Immler, basse; Pygmalion, choeur et orchestra ; Raphäel Pichon, direction. Photos: DR H.Stoecklin

Idylle par Léa et Thomas : un baume pour l’âme

CRITIQUE CD. Idylle. Lea Dessandre, Thomas Dunford. D’Ambruys, Hahn, Françoise Hardy, Charpentier, Satie, Messager, Lambert, Visée, Le Camus, Debussy, Barbara, Offenbach.Un CD ERATO n° 5054197751462 ; Enregistré en mai 2023.  Durée : 64’23’’.   

Luxe, calme, volupté : si j’étais plus heureux je mourrai de plaisir  

Quel bonheur du début à la fin. La délicate musicalité des deux musiciens fait de ce récital en CD un véritable hommage à la chanson française par-delà les âges et les styles ; Il n’y a là que du beau, du très beau. Bien sur le cœur du répertoire des deux artistes est baroque. De Visée, Lambert, Charpentier, Le Camus. C’est dans ce répertoire que le théorbe de Thomas et le chant subtil de Léa se marient avec une évidence musicale et stylistique toutes deux parfaites. Mais ce pari d’aller vers la mélodie de Reynaldo Hahn ou d’André Messager, vers l’archaïsme reconstruit de Debussy, vers l’opérette d’Offenbach et le charme des chansons de Françoise Hardy et de Barbara est génial. Il n’y vraiment que de la bonne musique défendue avec cette véritable ivresse par nos deux musiciens hyper sensibles. La délicatesse et la puissance du théorbe de Thomas Dunford rencontrent le chant et surtout l’aisance à dire le texte de Léa Dessandre. Car c’est vraiment cette harmonie délicieuse de la musique et du texte qui nous enchante quel que soit le style et l’époque.  A chaque nouvelle écoute c’est un air particulier qui semblera le plus beau. Voilà un CD qui s’écoute avec délectation : au-delà du temps seul compte l’idylle, cet amour léger et heureux. Léa et Thomas, comme ils signent leurs intentions dans la pochette, sont des amoureux de la musique et du texte et cela s’entend. Merci à eux deux qui représentent la quintessence de l’harmonie amoureuse en musique.  La Gnosienne et la gymnopédie de Satie au théorbe sont à tomber et la Mélisande de Léa presque a capella est magique. Que dire de Barbara et Françoise Hardy qui ne déméritent pas à coté de Lambert et Charpentier…. Vraiment de surprises en surprises ce CD s’écoute avec un véritable bonheur toujours renouvelé.Un enregistrement qui sera également donné en récital en une vaste tournée au-delà de l’Atlantique. Parions une tournée triomphale ! La prise de son met en valeur les doigts d’or de Thomas (quelle subtilité) et toutes les inflexions de la voix de Léa, (des voix devrais-je écrire). Voilà une véritable bombe de bonheur, toute en fleurs et d’intelligence musicale, de quoi oublier notre monde en guerre si bêtement répétitif. Hubert Stoecklin

Inoubliable Richard III au Théâtre de la Cité

Critique. Théâtre. ThéâtredelaCité, le 8 Novembre 2023.William Shakespeare : Richard III. Traduction et adaptation : Clément Camar-Mercier ; Conception et mise en scène : Guillaume Séverac-Schmitz / Compagnie [Eudaimonia].

Guillaume Séverac-Schmitz propose sa deuxième mise en scène shakespearienne. Ce qui frappe dans sa mise en scène c’est la qualité du travail avec les acteurs qui leur permet un jeu très puissant.

Certes le personnage central s’impose indiscutablement et nous détaillerons cet incroyable Richard III. Toutefois les autres personnages ont également une présence inoubliable. Scéniquement la pièce commence avec une adresse au public qui évacue le troisième mur. Durant la pièce la connivence avec le public, ce jeu sur la fiction théâtrale sera merveilleusement utilisé. La nouvelle traduction de Clément Camar intensifie l’implication du public. Pour le couronnement du monstre le public sera invité (une partie du moins) à monter sur scène. Chacun participe ainsi plus ou moins à la naissance du monstre. Le décor est d’une sobriété et d’une simplicité dépouillées.

Tout est symbolique, beau, souvent élégant et peut aussi suggérer l’horreur avec des moyens aussi modestes que puissants. Les lumières sont subtiles et d’une efficacité redoutable. Les costumes sont simples et semblent confortables pour les acteurs sauf pour le triste héros, nous y reviendrons. La modernité de cette pièce saute aux yeux bien souvent. L’utilisation des mensonges et des fausses nouvelles n’a rien à envier aux modernes fake-news. La soif de pouvoir détruit éternellement toute relation humaine normale.  Le conflit des générations explose, la misogynie exsude, la terreur de penser gagne, la séduction par la menace fascine, toutes les violences du monde sont là sous nos yeux. Notre monde contemporain ressemble bien à celui mise en scène par Shakespeare dans cette pièce terrible.

Thibault Perrenoud est un Richard III d’une puissance incroyable.

L’acteur très impliqué va façonner son personnage et nous rend complice de sa métamorphose en un monstre repoussant. Avec une justesse déroutante la difformité s’installe au fur et à mesure que la malfaisance de Richard se développe et agit sur la réalité qu’il manipule.

De la manière dont les attributs du handicap l’habillent, Richard met en scène plus qu’il ne la dévoile la noirceur abyssale de son âme. Il annonce son choix de la méchanceté et de faire le mal et pour cela obtient la complicité du public en voyeurs. Corsets, attelles, fauteuil roulant, rien ne manque à sa panoplie.

Sa fin de vie quasi larvaire, coulé au sol, fascine quand on se rappelle le superbe jeune homme qui avait ouvert la pièce. Ce qui frappe est cette incroyable énergie à la fois jubilatoire et totalement destructrice qui habite le jeu de Thibault Perrenoud.

Pourtant il serait injuste de ne pas décrire les interactions très subtiles entre tous les personnages. Le jeu hyper-construit entre eux et avec Richard est remarquable. Ainsi les Reines de toutes les générations et si maltraitées sortent dignes, majestueuses et au final très belles de cette machinerie mortifère.

La puissance de certaines courtes interventions subjugue et prouve qu’il n’y pas de « petits rôles » . Les images des corps qui s’entrechoquent jusque sur des escaliers-chariots, comme supports des marches du pouvoir sont très puissantes. C’est véritablement un travail de troupe totalement convainquant. Même les machinistes peuvent avoir une présence tragique.

 On sort de cette pièce comme lessivé. Sa modernité est magnifiée avec une intelligence aussi tragique que jouissive par le travail de troupe de Guillaume Séverac-Schmitz.

Le comique de ce « méchant par choix » ne fait que rajouter à la modernité de cette tragédie. Voici un Grand spectacle total et superbement shakespearien ! Grand succès à la première ce soir. Courrez-y ! Il reste deux soirs à Toulouse puis en tournée.

https://theatre-cite.com/programmation/a-venir/spectacle/richard-iii/

Hubert Stoecklin

Critique. Théâtre. Théâtre de la Cité, le 8 Novembre 2023.William Shakespeare : Richard III, tragédie. Traduction et adaptation : Clément Camar-Mercier ; Conception et mise en scène : Guillaume Séverac-Schmitz / Compagnie [Eudaimonia] ; Spectacle accompagné par le ThéâtredelaCité ; Avec : Louis Atlan, Martin Campestre, Sébastien Mignard, Guillaume Motte, Aurore Paris, Thibault Perrenoud, Nicolas Pirson, Julie Recoing, Anne-Laure Tondu et Gonzague Van Bervesselès ; Scénographie : Emmanuel Clolus ; Conseillère artistique : Hortense Girard ; Création son : Géraldine Belin ; Création lumières : Philippe Berthomé ; Création costumes : Emmanuelle Thomas ; Régie générale : Pierre-Yves Chouin ; Régie lumière : Léo Grosperrin ; Cheffe électricienne : Rachel Dufly ; Régie son : Eric Andrieu et Géraldine Belin ; Régie plateau et percussions : Sébastien Mignard ; Construction du décor dans les : Ateliers du ThéâtredelaCité ; Production : [Eudaimonia]. Photo : Erik Damiano.

Ton Koopman à Toulouse pour son dramatique Requiem de Mozart

CRITIQUE, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 27 octobre 2023. Bach, Hummel, Mozart. Orch et Chœurs du Capitole. J. Martineau, T. Koopman.

Un concert jubilatoire

Ce concert évènement à Toulouse a été auréolé de deux soirs successifs. Ton Koopman est un véritable monument musical à lui seul. Claveciniste et chef célébrissime, il a une carrière époustouflante et sa discographie est pléthorique.  Il n’avait pas encore dirigé l’orchestre du Capitole ni son chœur.

La joie mutuelle semblait diffuser de part et d‘autre. Disposant des forces musicales comme il le souhaitait Ton Koopman a associé un orchestre de dimension réduite et un chœur au grand complet. Ce choix au départ un peu surprenant a été payant par une montée en puissance émotionnelle assez exceptionnelle. La troisième suite pour orchestre de Bach en ré majeur est brillante et puissamment articulée. Trompettes et timbales donnent toute la majesté attendue dans l’ouverture à la française. La direction de Ton Koopman obtient des musiciens de l’orchestre un jeu souverain, plein de lumières, de couleurs éclatantes et de nuances subtiles. Car ce qui importe avec un chef aussi charismatique c’est bien ce qui se passe dans l’orchestre. Galvanisé par un chef véritablement aux anges, leur interprétation n‘a rien à envier aux ensembles baroques. Tout est magnifiquement réalisé dans une légèreté aérienne. Puis les sublimes suites de danse défilent avec beaucoup de grâce. Les phrasés subtils des cordes apportent beaucoup de mélancolie ou de joie. Voilà un très beau travail d’orchestre.

La venue du mandoliniste Julien Martineau a ravi le public toulousain qui connaît bien cet enfant du pays à la carrière internationale. Le concerto de Hummel est une œuvre pleine de charmes, le chef qui ne la connaissait pas semble la déguster. Le jeu de Julien Martineau est d’une musicalité consommée.  Sa virtuosité décoiffe. La capacité du mandoliniste à chanter sur ses cordes pincées est absolument incroyable. Ce délicat concerto est un moment de charme absolument délicieux. Le public ovationne le divin mandoliniste qui donne un bis subtilement nuancé.

Après cette belle lumière de Bach et cette sensualité du concerto l’entracte permet au chœur du Capitole de s’installer pour la pièce maîtresse du concert : le Requiem de Mozart. L’orchestre s’étoffe avec les clarinettes et les cors, les quatre solistes s’installent derrière l’orchestre et devant le chœur.  Le chœur du Capitole semble être au complet. L’équilibre est donc en sa faveur. Ton Koopman de sa direction acérée offre une version très contrastée et très dramatique de ce chef d’œuvre si émouvant. Il tire le chœur vers le plus de légèreté et de virtuosité possible. Les tempi vifs ne les mettent pas en difficulté. Le chef obtient de très belles nuances et des phrasés bien découpés. Tous les pupitres sont homogènes, les couleurs des ténors et des altos touchent au sublime. Les basses sont plutôt claires tout en étant bien présentes. Ce sont les soprano (de chœur d’opéra) qui avec une couleur assez corsée n’atteignent pas le chant diaphane et céleste du Voca me du Confutatis. Les quatre solistes ont été parfaits. Ce qui est attendu d’une rencontre entre un orchestre et un chœur symphonique avec un chef baroque si doué, c’est bien qu’il insuffle à tous son esthétique et son style. Cela a parfaitement fonctionné ce soir et le public a semblé enchanté. Une Halle-aux-Grains pleine à craquer deux soirs de suite leur a fait à chaque fois un véritable triomphe.

Hubert Stoecklin

CRITIQUE, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains le 27 octobre 2023. Jean- Sébastien Bach ( 1685-1750) : Suite pour orchestre n°3 en ré majeur, BWV 1068 ; Johann Nepomuk Hummel ( 1778-1837) : concert pour mandoline en sol majeur, S 28 ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Requiem en ré mineur, KV 626 ; Julien Martineau, mandoline ;  Elisabeth Breuer, soprano ; Lara Morger, Mezzo-soprano ; Kieran White, ténor ; Benjamin Appl, baryton ; Chœur de l’opéra national du Capitole , chef de chœur Gabriel Bourgoin ; Orchestre national du Capitole de Toulouse ; Direction , Ton Koopman. Photos : Romain Alcazar.

 SUITE 3 de Bach

Julien Martineau Hummel

Confutatis Ton Koopman

Splendides Perles pour l’ouverture du Capitole

CRITIQUE.OPÉRA. TOULOUSE. 5 octobre 2023. GEORGE BIZET : LES PECHEUR DE PERLES. Nouvelle production. Victorien VANOOSTEN. Thomas LEBRUN. Anne-Catherine GILLET. Mathias VIDAL. Alexandre DUHAMEL. Orchestre ballet et chœur du Capitole. 

OUVERTURE DE SAISON GRANDIOSE À TOULOUSE

Nous les attendions depuis 2020 ces Pêcheurs de Perles de Bizet. Les interdits puis les restrictions sanitaires avaient conduit Christophe Ghristi à monter avec la même distribution un bien agréable Cosi Fan Tutte.

En trois ans les voix des trois chanteurs principaux ont évolué, ainsi le soprano d’Anne-Catherine Gillet est plus corsé ce qui lui permet un troisième acte très dramatique. Elle garde l’aisance suprême dans les vocalises et les suraigus à l’acte un, le lyrisme romantique de l’acte deux lui permet dans des phrasés amples un beau portrait d’amoureuse. Le personnage de Leïla à l’instar de Violetta dans la Traviata de Verdi demande une évolution vocale que peu de cantatrices maitrisent à ce point. Voilà une belle incarnation vocale et scénique pour Anne-Catherine Gillet.

Le baryton Alexandre Duhamel avec une voix sonore et bien timbrée trouve des accents très dramatiques dans l’acte trois. Son air cornélien est absolument superbe et le duo violent qui l’oppose à Leïla trouve avec ces deux interprètes engagés une très belle évolution dramatique. La puissance de la musique de Bizet en est magnifiée.

En Nadir Mathias Vidal n’est pas indigne mais n’est pas à la hauteur de ses collègues. Le chant est soigné, c’est le timbre si clair et qui manque de chaleur qui ne permet pas un bon équilibre avec le Zurga d’Alexandre Duhamel et la chaleur amoureuse ne fonctionne pas suffisamment avec la Leïla si vibrante d’Anne-Catherine Gillet. Ce n’est pas la puissance de la voix qui est en cause car dans les ensembles il est bien présent mais de couleur trop blanche.

Jean-Fernand Seti en Nourabad est parfait d’autorité tant vocale que scénique. Les chœurs très sollicités sont superbes tout du long. Nuance subtiles, couleurs changeantes, le travail avec leur nouveau chef de chœur, Gabriel Bourgoin, est magnifique. Les petits décalages dans le lointain sont de peu d’importance dans une prestation si excellente de bout en bout. L’orchestre du Capitole semble fait pour cette musique tant leur bonheur semble total. Les bois ont des couleurs subtiles, les cordes diaphanes ou puissante sont impeccables, les cuivres colorent sans excès de puissance. La direction de Victorien Vanoosten est souple et puissante. Les tempi allants permettent à l’action dramatique d’avancer. Il sait demander à l’orchestre de belles nuances et obtient des couleurs absolument magiques. Cette belle partition de Bizet prouve, avec ces interprètes si inspirés, toute sa valeur.

Coté visuel les décors d’Antoine Fontaine sont agréables sans véritable originalité ; le bambou est de rigueur, il n’y a pas d’orientalisme pesant non plus. Les lumières de Patrick Meuus transforment agréablement les ambiances mais la lumière sur les héros n’est pas suffisamment précise, ils leur arrivent d’avoir le visage dans le noir pendant qu’ils chantent.

Les costumes de David Belugou sont très lumineux évoquant les soieries aux couleurs éclatantes qui sont celles attendues en Inde ou Ceylan. La mise en scène de Thomas Lebrun est d’un chorégraphe avant tout. Ses danseurs trop présents encombrent la vue des chanteurs et surtout du chœur. Pour sa première grande mise en scène d’opéra il n’a pas su diriger les chanteurs ou créer de scène de foule. Il a préféré la prudence de beaux tableaux statiques hormis les danseurs parfois peu élégants.

Nous avons longuement commenté la mise en scène dans l’émission Un Cactus à L’entracte.

Hubert Stoecklin

Toutes les photos sont de Mirco Magliocca

CRITIQUE. OPÉRA.TOULOUSE.  Théâtre du Capitole, Le 5 octobre 2023. GEORGES BIZET (1838-1875) : les Pêcheurs de Perles. Mise en Scène et Chorégraphie, THOMAS LEBRUN ; Décors, ANTOINE FONTAINE ; Costumes, DAVID BELUGOU ; Lumières, PATRICK MEEUS ; Distribution : ANNE-CATHERINE GILLET, Leïla ; MATHIAS VIDAL, Nadir ; ALEXANDRE DUHAMEL, Zurga ; JEAN-FERNAND SETI, Nourabad ; ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE ; Chœur du Capitole (Chef de chœur, GABRIEL BOURGOUIN) ; BALLET DU CAPITOLE (BEATE VOLLACK ; directrice de la danse) ; Direction : VICTORIEN VANOOSTEN.

le jeu subtil de Jan Bertos offre des émotions rares au public de Piano Jacobins

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Couvent des Jacobins, le 26 septembre 2023. KABELAC, JANACEK, SMETANA, J. BARTOS (piano).

Piano Jacobins a fait découvrir en première audition française un pianiste rare et précieux. Jan Bartos vient offrir au public trois pages majeures de la musique de son pays. Originaire de Prague il propose en début de concert les Huit préludes de Miloslav Kabelac. Ce compositeur inconnu en France a porté haut dans son pays un art musical varié. Symphonies, musique de chambre, musique de piano, musique religieuse il a abordé avec grand succès tous les genres. Ces huit préludes demandent au pianiste des moyens techniques considérables et une grande force expressive. Jan Bartos avec une énergie magnifique en offre une interprétation charpentée et très nuancée. Les couleurs sont vives, les nuances très creusées entre pianissimi diaphanes et fortissimi telluriques. C’est un magnifique piano extraverti et puissant.

Puis avec la sonate 1 X 1905 de Janacek c’est le drame, l’angoisse et la mort qui s’invitent. Jan Bartos avec une concentration extrême offre cette musique comme si sa vie en dépendait. Les prémonitions du premier mouvement avec des couleurs subtilement éclairées distillent une angoisse sourde. Puis le drame de la mort explose et nous terrasse. C’est vraiment avec une force dramatique peu commune que Jan Bartos nous interprète cette sonate ; il y met comme une revendication. L’hommage de Janacek a cet ouvrier, Frantisek Pavlik, jeune victime de la tyrannie d’état, semble vivifié par cet interprète si engagé.

La dernière œuvre au programme, toujours de musique Tchèque détend l’ambiance avec des partitions très subtiles de Smetana. Dreams permet au pianiste d’utiliser des touchers plus subtils avec une grande variété de nuances. C’est vraiment très poétique et très beau.

Ce programme concentré sur la musique Tchèque permet à Jan Bartos de démontrer bien des qualités magnifiques. Cet artiste encore inconnu en France et que sa carrière internationale va conduire aux États-Unis a un nom à retenir. Une telle hauteur de vue, un tel engagement sont des qualités aussi rares que précieuse. Le public applaudit généreusement et obtient un beau bis: un extrait du sentier herbeux de Janacek.

lien vers une vidéo de réminiscences

Merci à Catherine d’Argoubet d’avoir fait découvrir Jan Bartos, un artiste considérable, au public de Piano Jacobins.

Hubert Stoecklin

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, 44ème Festival Piano aux Jacobins / Cloître des Jacobins, le 26 septembre 2023. Miloslav Kabelac (1908-1979) : Huits Préludes op.30 ; Leos Janacek (1854-1928) : Sonate 1 X 1905 en mi bémol mineur ; Bedrich Smetana (1824-1884) : Dreams. Jan Bartos, piano. 

Photos (c) Piano Jacobins.

Piano Jacobin invite le grandiose piano américain de Mc Dermott

CRITIQUE, concert, TOULOUSE, Couvent des Jacobins, le 13 septembre 2023. SCHUBERT, A.M. Mc Dermott (piano).

Anne-Marie Mc Dermott la brillante

Et ce concert est déjà le sixième de cette 44e édition de piano Jacobins. L’américaine Anne-Marie Mc Dermott dans un programme tout Schubert avec deux vastes sonates la D 850 et la D960 propose son jeu intense et brillant au public toulousain. Tout dans sa personnalité et son jeu est lumière, ses rythmes sont serrés et les accords répétés prennent un caractère obsédant et parfois violent. Des sortes d’à-coups font avancer d’avantage que des phrasés profonds. C’est un Schubert très « pianistique » qui nous est proposé ce soir. La générosité des sonorités, toujours éclatantes, donne un caractère victorieux aux deux sonates. Les répétitions amplifient le propos. Les nuances sont plutôt forte et les piani rares. Ce jeu très maitrisée et extraverti à la fois donne un coté guindé aux partitions. Point de recherche de caractère populaire aux Ländler, les divines longueurs sont plutôt vivifiées que mélancoliques. 

Anne-Marie Mc Dermott ne s’autorise pas de rubato ou de souplesse, elle met beaucoup de rigueur et de poids dans les phrasés. Ce Schubert est particulièrement solide et sonore. Le public a apprécié la vigueur de ce jeu et l’intensité qui s’en dégage. Les applaudissements sont nourris et deux bis sont obtenus. D’abord un extrait vif et brillant d’une suite anglaise de Bach. C’est dans ce répertoire au disque que la réputation de la pianiste américaine s’est assise en 2005. Puis le Lied Wiedmung de Schumann revu par Liszt dans lequel le chant s’efface devant la virtuosité.

En ambassadrice de la brillante école américaine, Anne-Marie Mc Dermott a séduit le public de Piano Jacobins ce soir.

Hubert Stoecklin

Lien video vers Bach

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, 44ème Festival Piano aux Jacobins / Cloître des Jacobins, le 13 septembre 2023. Frantz Schubert (1797-1828) Sonates en ré majeur D850 et en si bémol D960. Anne-Marie Mc Dermott, piano.  Photos (c) Hubert Stoecklin

SPLENDIDE OUVERTURE DE PIANO AUX JACOBINS

CRITIQUE, concert, TOULOUSE, le 6 septembre 2023. Schumann, Liszt, Brahms, Scriabine, G. Gigashvili.

Une ouverture en fanfare !

Pari gagné et c’est un public très nombreux qui est venu fêter l’ouverture des 44 ans de Piano Jacobins. Cette ouverture se fait avec le choix de la grande jeunesse. Car le pianiste géorgien Giorgi Gigashvili n’a que 22ans. Auréolé de nombreux prix il est venu se présenter au public toulousain avec une partie du programme du Concours Géza Anda ou il a été primé ( lien vers Liszt et Brahms) . Le concert a débuté avec Kreisleriana de Schumann, et dès les premières notes se remarquent des contrastes puissamment mis en lumières.

Les moyens pianistiques sont considérables autorisant des nuances très impressionnantes. Les contrastes parfois abrupts donnent beaucoup de vigueur à son Schumann. Puis le mystérieux début de la sonate en si mineur de Liszt est bien rendu et c’est ensuite un piano athlétique et puissant qui se déploie. Les nuances toujours extrêmes sont impressionnantes. La virtuosité est assumée avec panache. Ce piano conquérant est vivifiant et souvent on devine le plaisir qu’a l’interprète dans la modernité de la partition qu’il souligne et met en valeur dès qu’il le peut. C’est très athlétique assurément ! Dans les intermezzi de Brahms, pris dans un tempo allant, le pianiste géorgien ne nous convainc pas vraiment, il manque tout un pan de poésie et de délicatesse de phrasé à ces pages délicates. Le jeu est élégant mais l’interprétation est trop discrète. Pour finir ce programme généreux le jeune musicien choisi une partition spectaculaire de Scriabine. Cette 9ème sonate est assez courte. Elle nous permet de retrouver une virtuosité éclatante qui convient bien aux doigts agiles de Giorgi Gigashvili. A nouveau cette puissance digitale impressionne.

Le public conquis acclame le jeune pianiste et obtient un bis de sa composition sur un thème populaire. Voilà une belle ouverture pour cette 44ème édition de Piano Jacobins. Ce concert évenement a été retransmis par France Musique

Hubert Stoecklin

CRITIQUE,concert.44ème FESTIVAL PIANO JACOBINS. Cloître des Jacobins, le 6 septembre 2023. Robert Schumann (1810-1856) : Kreisleriana op. 16 ; Frantz Liszt (1811-1886) : Sonate pour piano en si mineur S 178 ; Johannes Brahms (1833-1897) : 3 intermezzi op.117 ; Alexandre Scriabine (1871-1915) : Sonate n°9, messe noire op.68 ; Giorgi Gigashvili, piano.

Photos : DR

Intégrale des concertos de Rachmaninov à La Roque : Fulgurant !

CRITIQUE, concerts, LA ROQUE D‘ANTHERON, les 7 et 8 Août 2023, Intégrale Cto. Piano Rachmaninov, KANTOROW, GOUIN, MALOFEEV, SINFONIA VARSOVIA, SCHOKHAKIMOV.

Une intégrale des concertos de Rachmaninov contrastée et

toujours virtuose !

Nous avons pu assister aux deux premiers concerts de l’intégrale des concertos de piano composés par Rachmaninov. Il est passionnant d’entendre trois concertos ou équivalent par trois pianistes aux styles si différents. Alexandre Kantorow tout auréolé du succès de sa carte blanche fait salle comble une nouvelle fois. Le premier concerto lui va comme un gant. Avec une assurance confondante il en assume toute la virtuosité en rajoutant continuellement une dimension musicale qui rend son interprétation absolument passionnante. Car Rachmaninov a souffert un temps d’une image de pur technicien aux effets faciles pour le public. Si les thèmes sont toujours immédiatement repérables et sembler faciles il n’en est rien ; ce concerto est très habilement construit. Dès le début le thème très romantique donne beaucoup de profondeur au propos. Alexandre Kantorow s’en empare et avance vers toujours plus de finesse interprétative. Son piano est extrêmement nuancé, toujours plein de couleurs variées et la puissance se mêle à la poésie de la plus belle manière. Le Sinfonia Varsovia dans les divers solos est très impliqué et offre de beaux moments chambristes au pianiste. Le chef ouzbèke Aziz Shokhakimov a une conception de l’orchestre particulière basée sur la puissance et même une certaine violence dans sa manière de diriger. Les effets orchestraux sont toujours tirés vers le spectaculaire. Il n’est pas du tout certain que c’est le partenaire le plus à même de dialoguer avec le piano si sensible de Kantorow. Dans les forte orchestraux un peu brutaux Alexandre Kantorow tient le choc sans siller mais finalement pourquoi tant de bruit ? La musique de Rachmaninov en sort-t-elle grandie ?

A Kantorow 23 © Valentine Chauvin 2023 Copie

La cadence du premier mouvement permet au tempérament romantique et poétique de Kantorow de s’épanouir enfin. Le deuxième mouvement est le plus réussi, l’orchestre plus subtil dialogue amicalement avec le pianiste rasséréné. C’est très beau de sentir le pianiste heureux et autorisé à nuancer finement, de phraser délicatement et de colorer subtilement son piano. Il chante à cœur ouvert et l’orchestre lui répond.  Le final reprend un ton martial du côté de l’orchestre et le pianiste se raidit un peu.  La virtuosité explose de toute part. C’est très brillant.  Puis la partie centrale s’apaise et la course poursuite finale est jubilatoire. Le public exulte et fête Alexandre Kantorow en prince du piano. Un public aussi enthousiaste dans une salle archi pleine en est le signe. Deux bis vont enchanter le public une valse triste de Vecsey arrangée par Cziffra, pour un moment très romantiquement échevelé et de Mompou la chanson et danse n°6 d’une délicate mélancolie.

Le lendemain c’est Nathanaël Gouin qui s’empare des variations rhapsodiques sur un thème de Paganini. On peut dire que c’est le dernier concerto de Rachmaninov. Le pianiste français progresse régulièrement et sa carrière internationale s’intensifie. Ses derniers enregistrements sont plébiscités. De Rachmaninov il a enregistré le premier concerto et les variations Paganini.  Il propose donc au public une version murie par des recherches approfondies. Son jeu est analytique, très pur et sa lecture éclaire d’un jour intéressant la vaste partition. La virtuosité ne le met pas en difficulté et une poésie distanciée va bien à cette musique. Le hiatus vient de la direction du chef qui reste dans sa vision de recherche de puissance dès qu’il le peut. Le soliste et le chef restent chacun sur leur planète et ne se rencontrent pas. Les solistes de l’orchestre eux arrivent dans les moments solos à partager la musique avec Nathanaël Gouin. Le beau piano pur et analytique de Nathanaël Gouin trouvera avec un chef plus délicat à approfondir son propos particulièrement intéressant. Dans deux bis intelligents il ravit le public par ce même jeu très élégant. D’abord une paraphrase virtuose de sa main de l’air de Nadir des Pécheurs de Perles de Bizet. Puis un prélude de Rachmaninov très lyrique.

Sinfonia Varsovia Nathanaël Gouin 13 © Valentine Chauvin 2023

Le deuxième concerto de Rachmaninov est un tube qui se retrouve partout au cinéma et dans les publicités. Cela n’enlève rien à sa beauté intrinsèque toujours révélée dans chaque nouvelle interprétation. Ce soir le jeune Alexander Malofeev du haut de ses 22 ans va affronter le monument pianistique !

Aziz Shokhakimov Sinfonia Varsovia Alexander Malofeev 15 © Valentine Chauvin 2023

Ce jeune pianiste russe est en fait un colosse dès qu’il touche un piano. Le début mythique du concerto repose sur un savant crescendo des accords du pianiste. Ce jeune homme semble pouvoir faire un crescendo infini et l’orchestre n’arrivera pas à le faire disparaitre dans son fortissimo, même si Aziz Shokhakimov s’y emploie avec application !  Le reste du concerto sera grandiose, le pianiste russe a des moyens colossaux et au jeu du plus fort le chef perd sans jamais arriver à le couvrir, le combat bon enfant est tout de même assez terrifiant par instants. Heureusement le mouvement lent magique permettra un rêve de paix et de pure beauté. Le piano de Malofeev est incroyablement large et le son est plein y compris dans les pianissimi, c’est un piano de première grandeur. Les longues phrases se déplient lyriques et pleines, les nuances sont incroyablement creusées.  La virtuosité est sidérante, la solidité rythmique quasi surhumaine. Avec l’expérience de rencontres musicales au sommet, qu’il mérite de faire, ce jeune artiste va devenir un des plus grands pianistes de sa génération.

Lors des bis et c’est un signe les musiciens du Varsovia restent sans bouger comme ils l’avaient fait pour Kantorow. Ces deux bis sont aussi spectaculaires que la prestation dans le concerto. Une main gauche d’acier exulte dans le prélude pour la main gauche de Scriabine puis dans une toccata absolument diabolique de Prokofiev le jeu staccato et roboratif d’Alexander Malofeev fait merveille.

En deux soirs nous avons bénéficié de trois concertos avec des pianistes aux personnalités très différents, la Roque propose des moments pianistiques vraiment très stimulants ! Coté chef c’est autre chose …

Hubert Stoecklin

Critique. Concerts. La Roque d’Anthéron. Parc du Château Florans les 7 et 8 Aout 2023. Intégrale des concertos pour piano de Rachmaninov soirées 1 et 2. Sergeï Rachmaninov (1873-1943) ; Concerto pour piano n°1 en fa dièse mineur op.1 ; Concerto pour piano n°2 en ut mineur op.18 ; Rhapsodie sur un thème de Paganini op. 42 ; Grazyna Bacewicz (1909-1969) : Ouverture pour orchestre symphonique ; Nicola Rimski-Korsakov (1844-1908) : Shéhérazade suite symphonique op.35 ; Alexandre Kantorow, Nathanaël Gouin et Alexander Malofeev : piano ; Sinfonia Vasovia ; Aziz Shokhakimov, direction.

Photos : Valentine Chauvin

Lien vers Kantorow cto n°1

Lien Kantorow cto n° 2

Nathanaël Gouin dans la romance de Nadir

Alexander Malofeev dans le deuxième concerto

Concert final à Salon

CRITIQUE, concert, Salon, le 5 Aout 2023, Granados, Farrenc, Debussy, Spohr, Pahud, Mayer, Braley, Lomeiko, Leleux, Tourret.

Un Final en fête pour la trentième édition du Festival

Pas de doute pour terminer en beauté la trentième édition c’est le nombre qui a été le mot d’ordre. Le plus de musiciens amis possible sur scène dans des œuvres originales et rares. Quelle fête du beau son, de l’émotion et du style ! Le quintette de Granados avec piano et cordes est une œuvre solaire, et heureuse. Elle ouvre le concert avec audace.

Franck Braley au piano est certes masqué (quelque méchant virus ?) mais en pleine forme et son piano sera généreux, vif et ingénieux. Le violon de Natalia Lomeiko est une force qui avance toujours avec panache. Lilli Maijala à l’alto est souveraine du beau son. Marie Viard au violoncelle a le regard partout pour soutenir un collège, chanter à tue-tête, ou dialoguer avec exactitude. En deuxième violon Yuri Zhislin ne s’en laisse pas conter et est très présent.    Le premier mouvement d’une énergie débordante avance avec une force commune épatante, le mouvement lent avec le violon en sourdine pour commencer a toute la magie requise en ce moment de lumière qui descend. C’est un moment très beau sous le ciel provençal. Le final avec ses variations qui mettent en valeur chaque musicien a une allure de galop dansant endiablé. Les cinq musiciens sont applaudis de belle manière.

Une autre équipe de corde set tous les vents se retrouvent pour le Nonette de Louise Farrenc. Œuvre absolument géniale qui est une sorte de petite symphonie pleine d’esprit. Pour mémoire c’est cette composition qui a décidé la direction du Conservatoire de Paris de lui donner le même salaire que ses collègues hommes, comme professeur de piano ! Le charme de cette œuvre est sans égal, c’est élégant, bien charpenté et plein de délicieuses trouvailles. Chaque musicien a son moment de gloire et l’ensemble est plein de force. Le charme des bois français est élégant. Emmanuel Pahud, François Leleux et Paul Meyer sont des complices qui savent trouver une harmonie parfaite. Lisa Batiashivili a un violon lumineux qui survole aisément les phrases.

L’alto de Gareth Lubbe met une chaleur bienvenue dans l’ensemble et le violoncelle de Claude Bohorquez semble plein de bonheur. Gilbert Audin au basson soutient les autres bois ou les cordes avec le même bonheur et dans ses solos nous livre une qualité de son peu commune. La contrebasse d’Olivier Thiery donne toute sa solidité à l’ensemble avec un vrai bonheur.

Le plaisir des musiciens se lit dans leurs attitudes et le public charmé fait une ovation aux 9 musiciens. Voilà assurément une œuvre qui mérite de prendre plus de places dans les concerts.

En deuxième partie l’installation de la harpe, à la nuit tombée, apporte un peu de magie et suscite les interrogations du public. Entendre de la harpe à Salon c’est inhabituel. Les Danse sacrée et profane pour harpe de Debussy peuvent être accompagnée par plusieurs formations. Le quatuor à cordes est choisi ce soir. L’effet est magique, hors du temps et de l’espace. La harpe subtile d’Ananëlle Tourret a un charme indéfinissable et le soutient des cordes est à la fois chaleureux, discret et réconfortant. C’est un très bel équilibre qui est construit devant nous et le public complètement sous le charme applaudit avec joie à cette partition si originale et si agréablement présentée.

En final du final le Nonette de Spohr est un moment de partage de bonheur irrésistible. On peut compter sur la fine équipe du festival pour nous faire exulter. Cette musique charmante, entrainante et si bien écrite est une bénédiction et nos musiciens sont si heureux de la jouer ensemble qu’ils se dépassent et nous enchantent. Un vrai bonheur en musique ! Belle fin pour cette belle édition du Festival du Salon de Provence , oui les meilleurs solistes du monde étaient là ! Bravo aux artistes et à un public nombreux ce soir !

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. 30 ième Festival de Salon de Provence, Château de l’Empéri, le 5 Aout 2023 ; Enrique Granados (1867-1916) : Quintette en sol mineur op.59 ; Louise Farrenc (1804-1875) : Nonette en mi bémol majeur, op.38 ; Claude Debussy (1862-1918) : Deux danses. Danse sacrée et dans et danse profane ; Louis Spohr (1784-1859) : Nonette en fa majeur ; Natalia Lomeiko, Yuri Zhilslin et Lisa Batiashvili, violon ; Lilli Maijala et Gareth Lubbe, alto ; marie Viard et Claude Bohorquez, violoncelle ; Olivier Thiery, contrebasse ; Emmanuel Pahud, flûte ; François Leleux, hautbois ; Paul Meyer, clarinette ; Gilbert Audin, basson ; Benoit de Barsony, cor ; Anaëlle Tourret, harpe ; Franck Braley, piano.

Photos : Aurelien Gaillard

Liya Petrova au Festival de Salon de Provence

CRITIQUE, concert, Salon de Pce, le 5 Août 2023, Schumann, Prokofiev, Debussy, PETROVA, LE SAGE.

Liya Petrova est une violoniste flamboyante

Le Festival de Salon de Provence propose des concerts toute la journée cela permet de proposer jusqu’à 23 concerts sur cette 30 ième édition. Le concert de Midi dans la petite église de Ste Croix au sein d’une superbe Abbaye convertie en hôtel de charme, est toujours un moment rare.  Si le public est certes peu nombreux, il bénéficie toutefois d’une grande proximité avec les artistes et d’une acoustique idéale qui permet une écoute extrêmement précise. Le duo en sonate violon et piano semble bénéficier ici du lieu idéal avec cette acoustique généreuse et précise à la fois.

Le duo formé par Liya Petrova et Éric Lesage fonctionne bien. Les deux artistes étaient la veille avec le même programme au Festival de Menton.

Dès le début de la sonate de Schumann, l’énergie de la violoniste galvanise le pianiste. Cette interprétation sera très engagée, virtuose et romantique. La colère du début se transforme petit à petit en de belles nuances du violon. Les sonorités chaudes de Liya Petrova sur les cordes graves sont absolument superbes, le geste est large et la plainte devient celle d’une souveraine.  Puis le caractère plus populaire du deuxième mouvement, allège le ton avec de belles envolées dans l’aigu nourri de la violoniste. Le final caracole et sous les doigts de Liya Petrova les envolées du violon deviennent grâcieuses en leur alacrité. Les changements d’humeur rapides, les nuances creusées et l’énergie toujours renouvelée sont d’un Schumann bien rendu par des artistes fins connaisseurs. Cette vibrante interprétation est applaudie vigoureusement.

La sonate de Prokofiev débute de manière très dramatique sur un mouvement lent. Liya Petrova met beaucoup de poids sur son archet pour donner le caractère dramatique à ce début très inhabituel. A nouveau nous pouvons admirer l’opulence de sonorités graves qu’elle obtient de son violon.  L’allegro allège l’ambiance et la violoniste éclaire son jeu. Cela devient brillant et dans le final la virtuosité assumée permet d’admirer un art du violon complet. C’est vraiment très beau. Éric Le Sage est un partenaire réactif qui amplifie les intentions de la violoniste, il semble vraiment tirer le meilleur de la généreuse énergie de Liya Petrova. La sonate de Prokofiev scelle un duo qui fonctionne admirablement.

En fin de concert la Sonate de Debussy devait offrir un contraste qui n’a pas été au rendez-vous. Si Liya Petrova joue plus clair et dans des phrasés plus subtiles, le piano d’Éric Le Sage reste droit et forte sans chercher les subtilités debussystes. Le violon reste un peu seul pour cette sonate et l’accord avec le pianiste ne se trouve pas. Je reste un peu sur ma faim quand d’habitue cette sonate m’apporte plus d’originalité avec des éléments très diaphanes, des rythmes surprenants. Certes la beauté du violon de Liya Petrova, la grande subtilité des notes suraiguës pianissimo, les longues phrases sinueuses nous enchantent mais à elle seule elle ne peut porter toute la sonate, le poids constant du piano de Le sage restera un mystère, comment a-t-il pu rester insensible aux propositions de la violoniste ?

Le concert a permis de déguster le jeu vibrant de Liya Petrova, son engagement généreux et la beauté de sonorités sur toute la tessiture. Le romantisme partagé avec Éric Le Sage dans Schumann restera le moment le plus abouti du concert.

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. 30 iéme Festival de Salon de Provence. Abbaye de Ste Croix, chapelle, le 5 aout 2023. Robert Schumann (1810-1856) : Sonate n°1 pour violon et piano en la mineur, op.105 ; Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Sonate pour violon et piano n°1 en fa mineur, op.80 ; Claude Debussy (1862-1918) : Sonate pour violon et piano. Liya Petrova, violon ; Éric Le Sage, piano.

Photo : DR

Photos : DR

Les somptueuse soirées de Salon de Provence

CRITIQUE, concert, SALON DE PROVENCE, le 3 Août 2023, Prokofiev, Flament, Verdi, Dohnanyi, MEYER, PAHUD, LE SAGE, LOMEIKO.

Le Festival de Salon de Provence offre des découvertes sensationnelles

Le Festival de Salon de Provence fête cette année ses 30 ans ! Les trois amis qui l’ont créé n’ont rien perdu de leur complicité bien au contraire Emmanuel Pahud à la flûte, Éric Le Sage au piano et Paul Meyer à la clarinette se renouvellent sans cesse. Les amis qu’ils invitent sont tout aussi fidèles et chaque année de jeunes talents les rejoignent. Sur une semaine environ les concerts s’enchainent et ne se ressemblent pas. Le rituel du soir permet de commencer le concert avec la lumière du jour pour se terminer en pleine nuit. C’est absolument magique sous le ciel provençal cette lente descente du soleil et ce lever de lune durant un concert.

Ce soir concert surprise ! Aucune œuvre proposée ne m’était connue ou du moins dans la forme proposée.

Le Quintette de Prokofiev est une véritable farce musicale, une pocharde. De cette commande purement alimentaire pour un ballet Prokofiev a décidé de tirer une partie purement musicale. Il n’y a donc aucune dramaturgie, aucune direction à cette composition. Si elle n’était si peu harmonieuse on pourrait parler de musique pure. En fait c’est tout à fait désopilant tant la difficulté technique de la partition est fulgurante afin que chacun joue exactement faux et tienne un rythme complètement instable et surtout donne l’impression de jouer que pour lui alors que la connexion aux autres est vitale. Avec les mimiques d’Olivier Thiery à la contrebasse ou de Gareth Lubbe à l’alto le spectacle dans le spectacle construit une mise en abyme hilarante. Bravo à tous ces musiciens qui tiennent bon dans cette cacophonie savante.

Le Quatuor de Verdi est une œuvre de désœuvré. En panne avant la création d’Aïda  Verdi en dilettante écrit ce quatuor qui restera sa seule œuvre de musique de chambre. L’adaptation pour quintette de vents est d’un grand bassoniste et arrangeur : Mordechai Rechtman. Je dois dire que la métamorphose du quatuor le rend plus verdien ! En effet je dois reconnaitre y avoir d’avantage entendu des éléments verdiens appartenant à des ensembles, des couleurs connues dans ses opéras car il a toujours su utiliser les bois avec art. Et je dois dire combien la séduction de ce Verdi décalé a fonctionné avec des moments me rappelant souvent le Bal Masqué. Nos musiciens ont su avec art donner toute une dramaturgie à ces pages musicales très richement colorées.

Après l’entracte deux compositeurs inconnus sont proposés. Le talentueux Édouard Flamant a écrit un Septet extrêmement riche et beau. Le seul regret est qu’il soit si court et que les véritables trouvailles de thèmes ou d’associations d’instruments, les rythmes originaux ne donnent pas lieu à des développements. D’autres compositeurs auraient su en tirer près d’une heure de musique tant il y a de richesse qui passent sans revenir dans cette pièce fulgurante (moins de 10 minutes).

En final c’est le septuor pour piano, cordes clarinette et cor qui est une découverte inouïe. Comment une si belel écriture a pu tomber dans l’oubli ? Une si belle construction, des mélodies si fines, des utilisations de timbre si surprenantes ? Cette œuvre tient du chef d’œuvre inconnu et Ernö Dohnanyi est un compositeur hongrois à découvrir d’urgence.

Merci aux artistes généreux et si doués chacun pour leur instrument d’avoir su nous offrir avec cette amitié évidente ces œuvres si belles et variées. Je voudrais tous les citer ils sont tous impeccables et souverains, la liste est en bas ci-dessous.

Hubert Stoecklin  

Photos : © Aurélien Gaillard

Critique. Concert. Festival de Salon. Château de l’Empéri, le 3 Aout 2023. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Quintette op.39 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : Quatuor en mi, arrangement pour quintette à vent de Mordechai Rechtman ( 1926-2023) ; Édouard Flament (1880-1958) : Septet fantasia con fuga op28 ; Ernö Dohnanyi ( 1877-1960) : Sextuor en ut majeur op.37 ;   François Meyer, hautbois, cor anglais ; Paul Meyer, clarinette ; Maja Avramovic et Natalia Lomeiko, violon ; Gareth Lubbe et Lilli Maijala , alto ; Olivier Thiery , contrebasse ; Emmanuel Pahud, flûte ; François Laleux, hautbois ; Gilbert Audin, basson ; Benoit de Barsony, cor ; Astrid Siranossian, violoncelle ; Éric Le sage, piano.

Alexandre KANTOROW offre une Schubertiade à La Roque d’ Anthéron

CRITIQUE, Concert, La Roque d’Anthéron, Parc du château, le 2 août 2023, Beethoven, Schubert, Kantorow, Petrova, Pascal, Despeyroux, Dobost, Sinfonia Varsovia, Nikolitch.

Carte Blanche à Alexandre Kantorow = Maxi Schubertiade.

Le Trio Kantorow Petrova Pascal en sa complicité 
Photo : Valentive Chauvin La Roque 2023

Ce soir ce n’est pas la réincarnation de Liszt qui est là mais Schubert le compositeur qui avait deux passions : l’amitié autant que la musique. C’est exactement ce qui vient à l’esprit en regardant le programme concocté par Alexandre Kantorow, d’une rare générosité et ne comprenant qu’un morceau en solo.

D’abord Beethoven pour rendre hommage au père bien aimé pour la première partie de la nuit. Le compositeur de la musique du bonheur dans le choix de deux œuvres solaires, heureuses et enthousiasmantes. 

Le trio en mi bémol majeur porte le numéro 1 mais n’est pas le premier… partition accomplie qui permet aux trois interprètes d’offrir le meilleur d’eux même aux collègues comme au public. Cette osmose entre les trois amis est un régal des yeux et des oreilles. En effet Alexandre Kantorow, Liya Petrova et Aurélien Pascal se connaissent depuis longtemps et assurent ensemble la direction artistique des Journées Musicale de Nîmes. Nous les y retrouverons avec plaisir.

Ce trio encore très mozartien est déjà bien rythmé et avec ses quatre mouvements se dégage du modèle classique. Grâce de cette musique, la complicité entre les musiciens et le silence des cigales semblent faire de ces instants un exemple de bonheur sur terre, c’est la preuve que l’amitié et la musique se donnent la main. Le piano d’Alexandre Kantorow cherche constamment l’équilibre parfait avec les cordes. Ses regards attentifs sont éloquents. Aurélien Pascal que nous avions entendu à Salon de Provence il y a quelques années, a beaucoup changé et en affirmant une personnalité musicale plus sure d’elle il donne à son jeu tout en finesse un peu plus d’éloquence. Liya Petrova que nous découvrons a une assurance qui donne à son jeu, lumière et brillant mais sans ostentation. De ce fait l’équilibre entre les trois est constamment parfait. C’est la violoniste qui a la position du centre qui fait avancer les choses. La beauté de chaque instrument, les nuances communes, les phrasés complices, la fusion, tout est pur bonheur. Le public est charmé totalement.

Photo Valentine Chauvin La roque 2023

Puis avec l’entrée du Sinfonia Varsovia dirigé par le premier violon, Gordan Nikolitch, fait sensation. Le violoncelle monte sur une estrade, la violoniste reste debout. D’évidence nous montons d’un cran. Les sonorités se développent afin de créer un bien bel équilibre face à l’orchestre.

Liya Petrova avec un jeu plus extraverti offre des sonorités riches et des nuances subtiles. La beauté des sonorités est un enchantement.

Aurélien Pascal qui dans la composition a un rôle plus moteur s’engage avec panache. La beauté des sonorités, la largeur des phrasés et la variété des nuances sont idéales. Ce n’est pas un violoncelle conquérant, au contraire c’est la voix de l’amitié.

Et Alexandre Kantorow de couver les deux autres solistes du regard et d’ajuster les équilibres sonores amoureusement.  Sourires aux lèvres, il semble vivre un grand moment de bonheur. Il faut dire que cet orchestre est celui avec lequel il a fait ses débuts à 16 ans ! Il est ce soir entouré de vrais amis.

Le public exulte et fait un triomphe à tous les musiciens, solistes comme ceux de l’orchestre. Le Sinfonia Varsovia a été d’une précision admirable.  La grande phrase d’entrée si éloquente a donné le frisson a plus d’un, tant le rythme était souple dans une beauté sonore parfaite.

Pour la deuxième partie entièrement consacrée à Schubert, Alexandre Kantorow a choisi de se présenter seul avec la Wanderer-Fantaisie. Il en offre une version brillante et il obtient des sons orchestraux de son piano. Les rythmes peuvent être d’une précision terrible, les couleurs sont d’une beauté renversante et l’énergie est totalement romantique. Alexandre Kantorow se jette dans cette ballade avec audace osant des nuances extrêmes.

Les plans sonores sont brillamment mis en valeur à chaque instant. C’est limpide, exaltant et enthousiasmant. Le chant éperdu entrecoupé des moments très rythmés sont opposés de manière sensationnelle. C’est vraiment un piano élégant et audacieux à la fois.

L’adagio permet à une émotion délicate de diffuser dans un récitatif éloquent et un chant émouvant. Les coulées perlées sont de la magie pure avec Alexandre le bien heureux. On sent combien il aime cette partition et s’en délecte. Le Presto et le Final sont des moments de pur bonheur sous des doigts si inspirés et virtuoses. La fugue est construite avec puissance et rigueur. Les moyens phénoménaux d’Alexandre Kantorow donnent une dimension démiurgique à ce final. Le public exulte, un piano si riche avec une puissance quasi orchestrale c’est beau et rare. Le public fin connaisseur de La Roque le fait savoir avec reconnaissance.

La Truite de Schubert c’est le bonheur sur terre !

Après ce moment d’émotions l’installation des musiciens du Quintette apportent de la diversion. L’altiste et la contrebasse trouvent leur place au sein du trio et la magie de « La Truite » peut se dérouler. Cette œuvre, la plus jubilatoire de Schubert, apporte toujours une joie particulière partagée par les musiciens et le public.

Les amis d’Alexandre ce soir sont partout sur scène et dans le parc. Le pianiste épatant est aux anges et semble particulièrement apprécier les interventions de ses collègues, le violoncelle heureux d’Aurelien Pascal, le violon si beau de Liya Petrova, l’alto moelleux de Violaine Despeyroux , la contrebasse goguenarde de Yann Dubost. 

On ne peut plus parler simplement de complicité entre eux ou d’admiration réciproque, ce sont l’amitié et la joie de faire de la si belle musique ensemble qui s’incarnent sous les yeux du public réellement aux anges. Que de joie partagée sous le ciel provençal et les arbres augustes. Cette magie de la Roque prend une dimension universelle avec de tels musiciens en fête. Bien évidemment le temps passe trop vite alors que le concert a duré près de trois heures !

Photo DR

Le thème de La Truite si jubilatoire est bissé par les artistes, puis c’est la remise des fleurs et afin de ne pas se quitter tout de suite il se passe un moment de pure magie. L’amitié s’invite avec évidence lorsque Liya et Violaine s’asseyent serrées l’une contre l’autre sur un tabouret, qu’Aurélien s’alanguit sur un autre tabouret et que Yann prend le troisième tout proche du piano. Et Alexandre de chercher dans sa tablette une pièce à jouer à la demande de ses amis qui veulent l’écouter !

Photo : DR

Le vrai amitié pour le bis offert par Alexandre Kantorow

Il choisit l’Intermezzo à la mélancolie si douce de la troisième sonate de Brahms. Cela diffuse un grand moment d’émotion que chacun déguste et les musiciens sur scène ne le cachent pas. Oui de vrais amis ont fait de la musique ensemble et pour nous. Le bonheur est total je vous l’assure !

Ce concert enregistré par France Musique sera diffusé ne le ratez pas, il est certain que cet amour passera les ondes ! Et cette musique est si belle !!

Merci à René Martin qui dans une confiance visionnaire a reconnu en Alexandre le Grand qu’il est et de lui donner Carte Blanche qu’il a si bien employée ce soir.

Hubert Stoecklin

Toutes les Photos : Valentine Chauvin La Roque 2023

sauf les deux avant-dernières : DR

Critique. Concert. 43 ième Festival de la Roque d’Anthéron ; Parc du Château de Florans, le 2 Aout 2023.  Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Trio pour piano et cordes n°1 en mi bémol majeur, op.1 n°1 ; Triple concerto pour piano, violon et violoncelle en ut majeur, op.56 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Wanderer-Fantaisie, op. 15 D. 760 ; Quintette pour piano et cordes en la majeur, op.114 D.667 « La Truite » ; Alexandre Kantorow, piano ; Liya Petrova, violon ; Violanie Despeyroux, alto ; Aurélien Pascal, violoncelle ; Yann Dubost, contrebasse ; Sinfonia Varsovia ; Direction, Gordan Nikolich.

Quleques video disponibles sur le net :

Petrova Kantorow C. Franck

Trio Brahms Trio Kantorow Petrova Pascal

Le Quatuor Ébène à Prades

CRITIQUE, concert, PRADES, le 31 juillet 2023, Purcell, Ligeti, Schumann, QUATUOR EBENE.

Les Ébènes :  Un quatuor d’une puissance rare    

En trois soirs la diversité des genres musicaux est un enchantement au Festival de Prades. Un grand soir de quatuor est toujours passionnant.  Le Quatuor Ébène gravit toutes les marches de l’excellence à la vitesse de l’éclair et sa réputation est grande. Une intégrale discographique des quatuors de Beethoven est parue chez Érato, elle a été enregistrée en concerts durant une tournée mondiale ! Leur année de résidence à Radio France montre l’admiration dont ils bénéficient. Tout auréolés de cette excellence ils se sont présentés ce soir au public du festival de Prades avec un programme à la fois exigeant et difficile d‘accès.

L’adaptation de pièces de violes d’Henry Purcell est très surprenante. Avec cet équilibre parfait entre les quatre instruments, il est possible de déguster la beauté de jeu de chaque musicien dans des phrasés évanescents et des nuances très subtiles. Il n’y a pas de mélodie dominante ni d’instrumentiste accompagnant, cette égalité des voix demande une écoute différente qui livre une pulsation interne paisible, des moments dansants, une harmonie délicieuse de tous les instants. C’est très, très beau. La deuxième œuvre au programme crée un contraste absolument saisissant.

Le quatuor de Ligeti est certes une œuvre de jeunesse encore prudente mais tout de même elle demande à l’auditeur beaucoup d’attention. Et l’interprétation demeure une gageure. Les musiciens du Quatuor Ébène montrent une cohésion de chaque instant, une réactivité sidérante qui permet une interprétation d’une précision diabolique avec des nuances extrêmes, des ruptures saisissantes et des couleurs instrumentales passant d’une sorte de saturation aveuglante à une texture diaphane. La violence de certains moments saisit tandis que la délicatesse d’autres adoucit notre écoute. La manière dont le Quatuor Ébène saisit notre intérêt est très exigeante et l’écoute d’une telle œuvre ainsi offerte est une expérience particulière ; l’engagement vertigineux et la concentration extrême des interprètes étant eux-mêmes particulièrement saisissants.  L’entracte est bienvenu afin qu’interprètes et public se rassérénèrent.

La deuxième partie est consacrée au premier quatuor de Robert Schumann. Œuvre solaire et généreuse que les musiciens du Quatuor Ébène vont magnifier. La beauté du son de ce quatuor est superlative, leur puissance étonne. Chaque instrumentiste a une aura particulière qui culmine dans la construction du son commun qui envahit toute l’abbaye avec facilité. C’est vraiment une puissance inouïe pour un quatuor. Leur Schumann est généreux, beau, élégant et émouvant. Le mouvement lent touche au sublime et le final est brillantissime. Le public est grisé et applaudit avec enthousiasme. C’est alors que l’annonce est faite par un membre du quatuor : la nécessaire recomposition du Quatuor Ébène suite au départ de son violoncelle leur a demandé beaucoup de répétitions et cela ne leur permet pas de jouer un bis. La nouvelle nous surprend car la connexion entre les musiciens a été absolument parfaite. Dans un programme aussi exigeant nous ne pouvons qu’admirer ce violoncelliste qui a su ainsi s’intégrer si admirablement.

Longue vie et belle route au Quatuor Ébène, nul doute que leur avenir sera radieux après cette période de difficulté qui n‘a en tout cas aucune incidence sur l’excellence de leurs interprétations.

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. Festival de Prades. Abbaye saint Michel de Cuxa, le 31 juillet 2023. Henry Purcell (1659-1695) : Cinq fantatsias ; György Ligeti (1923-2006) : Quatuor à cordes n°1 « Métamorphoses nocturnes » ; Robert Schumann (1810-1856) : Quatuor à cordes en la mineur op.41 n°1 ; Quatuor Ébène : Pierre Colombet et Gabriel Le Magadure, violons, Marie Chilem, Alto ; Aleksey Shadrin, violoncelle.

Photos : DR

Photos : DR

Julien Martineau séduit avec sa mandoline le public du festival de Prades.

 CRITIQUE, concert, FESTIVAL DE PRADES, Église de Collioure, le 30 juillet 2023, Piazzolla, Paganini, Beethoven, Calace, Munier, MOURATOGLOU/MARTINEAU.

La fine musicalité de la Mandoline de Julien Martineau enchante

La petite église de Collioure qui nécessite de vastes travaux de restauration est partenaire du Festival de Prades et cette collaboration rappelle combien Pablo Casals a œuvré dans toute la Catalogne non seulement comme musicien mais également comme homme bon et généreux.

Le concert de ce soir est placé sous le sceau du charme et de la musicalité la plus délicate qui soit. Julien Martineau sur sa mandoline est un véritable magicien nous le savons, chaque concert, chaque enregistrement le prouve

Avec un complice particulièrement accordé ce soir, le guitariste Philippe Mouratoglou il forme un accord parfait.  Les deux amis offrent un véritable festival de beauté musicale dans une véritable recherche commune. Avec une grande simplicité et une écoute mutuelle totale la guitare et la mandoline en véritables sœurs d’âmes mêlent leurs sonorités fraiches ou mélancoliques afin de créer un univers musical des plus subtils.

La pièce maîtresse du concert est cette inénarrable « histoire du Tango » d’Astor Piazzola. Les deux musiciens en offrent une version absolument virtuose et pleine de rythmes fous comme d’envolées lyriques. C’est véritablement grisant cette alliance de virtuosité la plus assumée, de chaloupé subtil et de musicalité chantante. De manière élégante et sympathique le virtuose de la mandoline nous offre des moments absolument incroyables dans des pièces de Paganini et Calace. Ces deux compositeurs étaient de fins mandolinistes et ont écrit des pages virtuoses et pleines de charme.

Julien Martineau chante avec le charme d’un ténor italien et ce légato avec un instrument si peu capable de garder un son tient du miracle. La beauté du son est également incroyable.

A la guitare Philippe Mouratoglou est un musicien sensible et virtuose qui toujours avec beaucoup de talent dialogue avec son partenaire. Ses sonorités très épurées sont claires, lumineuses et il est capable d’ombres quand il le faut.

Sa vivacité rythmique dans Piazzolla est remarquable. Dans l’église il règne une chaleur éprouvante, toutefois la beauté sonore, la fraicheur de l’interprétation, tout semblant toujours facile, restent un enchantement pour le public. Une très discrète sonorisation aidait les spectateurs du fond de l’église car ce concert a affiché complet.

La finesse de la musicalité des deux artistes, l’intelligence de leur programme, tout a été un enchantement. Les applaudissements ont été généreux et deux bis ont prolongé ce bonheur partagé. D’abord un pot-pourri de musique de Nino Rota dont un air du Parrain délicieusement mélancolique et en hommage à Pablo Casals le chant des oiseaux dans la version peut être la plus aérienne du répertoire ; la délicatesse des deux musiciens évoquant clairement la gente ailée. Voilà du grand art et la preuve que la belle mélodie immortelle de Casals peut toujours nous mettre la larme à l’œil du moment que les musiciens l’interprètent avec leur cœur.

Il est incroyable d’entendre ainsi comme la mandoline et la guitare sont amies et peuvent offrir sous des doigts si habiles tant de musique et de chant.

Hubert Stoecklin

Critique concert. Festival de Prades. Église de Collioure le 30 juillet 2023. Astor Piazzolla (1921-1992) : Histoire du Tango en quatre parties ; Nicolo Paganini (1782-1840) : Cantabile MS 109, Sonata per Rovene, Romanza, Serenata ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Adagio ma non troppo ; Raffaele Calace (1863-1934) : Mazurka VI op. 141, Saltarello op.79 ; Carlo Munier (1859-1911) : Capriccio spagnolo ; Philippe Mouratoglou, guitare ; Julien Martineau, mandoline.

Photos : DR

Plein succès pour Pierre Bleuse à Prades

CRITIQUE, concert, PRADES, Abbaye St. Michel de Cuxa, le 29 juillet 2023, Brahms, Orchestre du Festival, Renaud Capuçon, Juila Hagen, Pierre Bleuse.

Grandiose concert d’ouverture du festival de Prades avec Brahms

Pierre Bleuse nouveau directeur artistique du Festival Pablo Casals a non seulement un profond respect pour l’un des plus vieux festivals de France et son créateur et une audace indéniable qui fait évoluer les choses. Ainsi la création de l’orchestre du Festival qui ne cesse de progresser. Pour sa troisième programmation Pierre Bleuse propose pour le concert d’ouverture de diriger deux œuvres emblématiques de Johannes Brahms. L’orchestre du Festival est constitué de très jeunes musiciens et de quelques anciens.

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Ce savant mélange intergénérationnel donne une fougue et une solidité à cet orchestre qui laissent très admiratif et ne va pas sans rappeler le feu qu’obtenait Pablo Casals en dirigeant l ‘orchestre. L’audace paye et Pierre Bleuse a gagné son pari. L’orchestre sonne admirablement dans la belle acoustique de L’abbaye. Seules deux contrebasses assurent avec toute la puissance requise cette sensationnelle pulsation grave de la musique symphonique de Brahms sur laquelle tout l’édifice repose. Les deux contrebasses face à face sur la droite semblent ne vouloir ne faire qu’une et cela sonne admirablement. L’autre exigence de la musique symphonique de Brahms et qui met en difficulté bien de bons orchestres est le besoin de violons à la fois puissants et délicats. Dès les premières mesures nous savons que nous allons entendre un Brahms symphonique de haut vol. Le son est généreux, rond et profond. Les bois sont clairs et les cuivres puissants. La direction de Pierre Bleuse est très charpentée, rendant évidentes toutes les belles structures tout en phrasant éperdument. Dans cet écrin romantique confortable les deux solistes du double concerto n’ont plus qu’à participer à cette fête musicale.

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Avec un tempérament généreux la toute jeune violoncelliste Julia Hagen donne le frisson par son jeu si beau. C’est rond, chaud, puissant et subtilement phrasé. Voilà une soliste qui va enchanter tous les publics. L’énergie et cette pointe de sensualité qui émanent de son jeu sont des qualités rares. Renaud Capuçon fidèle à lui-même participe poliment sans trouver la même énergie que le chef et la violoncelliste. Tout auréolé de ses succès, le violoniste hyper présent partout, repart vite vers là où il est attendu. C’est bien le souvenir du violoncelle vibrant et émouvant (le début du deuxième mouvement a été renversant !) de la superbe Julia Hagen qui restera la plus belle découverte de la soirée.

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Pour la deuxième partie du concert Pierre Bleuse a osé proposer la quatrième symphonie de Brahms, celle en mi mine »ér si pleine de mélancolie et très exigeante.

Dès les premières mesures à la fois dansantes et tristes le charme brahmsien opère. Les musiciens de cet orchestre du festival ont su trouver une cohésion incroyable et Pierre Bleuse a sous sa main un vrai orchestre capable de jouer un Brahms généreux et réconfortant. Et le travail de l’orchestre et du chef n’a duré que 2 jours ! Le résultat obtenu par Pierre Bleuse en si peu de temps est renversant.

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Toute la symphonie verra des solistes de haut vol régaler le public de leurs interventions parfaites. Les cors, la trompette, le hautbois et la flûte seront les plus inouïs.  Les applaudissements entre les mouvements révèlent l’admiration et l’enthousiasme éprouvés par le public ému. Tout est là dans cette interprétation :  structure contrapuntique assumée, larges phrasés, nuances très creusées, silences habités et moments de mystère envoûtants. Les violons sont hallucinants d’homogénéité pour un orchestre si jeune. Et les violoncelles offrent des moments de grand bonheur.  C’est vraiment une très belle quatrième de Brahms qui nous a été offerte ce soir. L’engagement de tous les musiciens, la générosité de la battue du chef ont créé une osmose particulière. Que de sourires partagés !

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La chaconne finale est flamboyante. Les applaudissements fusent et un bis emblématique est offert, le Chant des oiseaux, composé par Pablo Casals et arrangé de manière hollywoodienne savante fait merveille et donnera la larme à l’œil à plus d’un.

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. Festival Pablo Casals de Prades. Abbaye Saint Michel de Cuxa, le 29 juillet 2023. Johannes Brahms (1833-1897) : Double concerto pour violon et violoncelle op.102 ; Symphonie n°4 en mi mineur op.98 ; Renaud Capuçon, violon, Julia Hagen, violoncelle, Orchestre du Festival ; Pierre Bleuse, direction.

Photos © Hugues Argence

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