Alain Altinoglu débute une intégrale Chostakovitch

CRITIQUE enregistrement CD. 2 CD Alpha Classics. Alpha 1173. Durée : 109’41’’. Dimitri Chostakovitch : Symphonies 4 et 5. Orchestre symphonique de la Radio de Francfort ; Direction : Alain Altinoglu. 

Une intégrale très prometteuse

L’intégrale des symphonies de Chostakovitch est donc promise par Alpha Classics avec ce premier double CD enregistré en février et avril 2024 par le chef français Alain Altinoglu et son orchestre symphonique de la radio de Francfort.

Le choix de ces deux symphonies pour débuter une intégrale est courageux. D’emblée la barre est mise très haute car ces deux symphonies sont particulièrement éloignées sur tous les plans. La quatrième est restée dans les tiroirs de Chostakovitch qui en savait la grande dangerosité pour le pouvoir. En effet en la période de composition entre 1936 et 1937 de ces deux œuvres, jamais Chostakovitch n’avait subi une telle pression et de si grands dangers. Un terrible article le condamnaient à la suite de son opéra Lady Macbeth de Mnensk :  Du fatras en guise de musique. Cette époque voyait également de nombreuses arrestations et maintenaient Chostakovitch dans la terreur la plus absolue. Le formalisme dont il était accusé, le manque de simplicité, et surtout l’audace qui fusaient dans la quatrième symphonie n’ont pas permis sa diffusion avant longtemps. Chostakovitch la gardait secrète. La cinquième est en revanche écrite en réponse aux justes critiques. Elle a connu dès sa création un succès retentissant qui ne s’est jamais démenti. Tout oppose donc ces 2 symphonies. Les choisir est donc pour le premier volume de l’intégrale mieux qu’un test, c’est une mise à l’épreuve grandiose. 

Ne cachons pas notre enthousiasme Alain Altinoglu, son orchestre de Francfort et les techniciens d’Alpha Classics ont réalisé quelque chose de tout à fait grandiose. La prise de son, pour une fois nous commenceront par elle, est absolument magnifique permettant une écoute de chaque instrumentiste, et les soli sont nombreux, et elle magnifie les nuances qui vont du pianissimo le plus impalpable jusqu’ à des fortissimi presque insoutenables. 

La splendeur de sonorité de l’orchestre de Francfort est connue. La chaleur des bois, la rutilance des cuivres et le soyeux des cordes font ici merveille. Les percussions sont impeccables de précision et les instruments rares comme le célesta, les harpes ou le piano apportent une saveur toute particulière à l’orchestration si originale de Chostakovitch. 

La quatrième symphonie est terrifiante et son originalité est magnifiquement mise en valeur. On ne sort pas indemne d’une telle œuvre et la manière dont Alain Altinoglu la dirige est sensationnelle. Le moindre détail est ciselé, les nuances sont extrêmes. L’agencement des morceaux est très dramatique et la construction de l’ensemble est limpide. C’est comme si à présent les messages de cette œuvre si complexe pouvaient arriver à l’auditeur dans une forme parfaite. Il aura peut-être fallu du temps pour digérer le fond si douloureux qui a conduit à son écriture. 

La cinquième symphonie parait bien plus facile et son écoute est moins pesante. Les couleurs diffusent, les phrasés sont larges et magnifiques et chaque instrumentiste fait des merveilles. On pense surtout au violon solo d’une beauté formelle incroyable. Tout au plus devant la splendeur de l’orchestre et la précision de la prise de son peut ont regretter un manque de persifflage ou de dérision. Disons que l’élégance constante de la direction et la beauté sonore qui président à cet enregistrement pourraient nuirent à la dérision et la moquerie dont Chostakovitch n’est pas avare. Il manque un peu de sarcasmes, comme si la mariée était trop élégante… N’allons pas jusque-là et disons le tout net nous tenons probablement là la version la plus splendide orchestralement jamais enregistrée.  Il va sans dire que nous attendons avec impatience la suite de cette intégrale qui démarre si bien. 

Hubert Stoecklin 

Superbe concert sauvé in extremis

superbe concert sauvé de justesse

écrit par Hubert Stoecklin 15 novembre 2025

CRITIQUE. CONCERT. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 6 novembre 2025. S. RACHMANINOV : Cto. Piano n°2 : G. HOLST : Les planètes. Roman Borisnov, piano. Orchestre du Capitole. Ryan Bancroft, direction.

Concert sauvé magnifiquement

Les astres hostiles nous ont privés de Tarmo Peltokoski et de Yuja Wang tous deux souffrants. Heureusement un tout jeune pianiste de 23 ans, Roman Borisnov et un chef bien connu des Toulousains, Ryan Bancroft ont sauvé le concert. Moyennant un petit changement de concerto. Nous avons eu le célébrissime 2 ième concerto de Rachmaninov en place du terriblement révolutionnaire 2 iéme concerto de Prokofiev.

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Le pianiste russe sait doser à la perfection les nuances et débute le concerto sur un crescendo magnifiquement réalisé. Ryan Bancroft répond de la même veine avec une direction souple et ample. Nous aurons donc une version opulente et généreuse de ce concerto. C’est de la si agréable musique jouée ce soir avec grande ampleur et total confort. La virtuosité ne fait pas peur au jeune Borisnov qui a des moyens exceptionnels. La direction à main nue de Ryan Bancroft permet aux instrumentistes de chanter et la largeur des phrasés est très belle. Le deuxième mouvement gagne une dimension plus chambriste et les musiciens de l’orchestre du Capitole font des merveilles, félicitons le cor solo, le hautbois et la flûte sans oublier la clarinette et bien sûr le violoncelle. Le final met en lumière les cuivres graves terriblement beaux.

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Et toujours cette direction ample et chantante qui fait des merveilles. L’ovation du public permet au jeune pianiste d’offrir un bis aussi facétieux que virtuose. Il s’agit d’une belle découverte et d’un artiste à suivre : Roman Borisnov, car il semble avoir déjà à 23 ans une très belle maturité.

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Pour la deuxième partie du concert l’orchestre s’étoffe considérablement pour les Planètes de Gustave Holst. Cette suite orchestrale est une merveille d’originalité et de possibilités orchestrales. Chaque pupitre a son moment de gloire. C’est sous une direction toujours vaste et généreuse de Ryan Bancroft que l’orchestre du Capitole va magnifier la partition. Les cuivres sont superlatifs dans Mars. Puis la magie des flûtes, des harpes et du Célesta fait rêver à cette paix tant désirée. Le scherzo bondissant de Mercure est superbement dirigé par Ryan Bancroft qui trouve une légèreté et un esprit délicat dans sa main. La fête musicale de Jupiter met en valeur les violons, les timbales et le brillant des cuivres. C’est vraiment euphorisant ! Assurément le chef et l’orchestre trouvent une entente parfaite. Dans Saturne c’est l’étrangeté qui s’invite, la direction du chef, comme en apesanteur, fait des merveilles et l’orchestre semble partir vers l’infini du temps et de l’espace. L’effet sur le public est incroyable. Saturne va nous réveiller puis l’humour mis dans la direction par Rayan Bancroft va permettre aux instrumentistes de briller par une virtuosité totalement maîtrisée et dont tous semblent beaucoup s’amuser. Le final avec Neptune va porter le public au sommet de sa ferveur en des applaudissements nourris. Le chœur de femmes Letonien, Latvija, a magnifiquement chanté sa partie sublime de mystère.

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Un vrai beau concert qui a eu un succès retentissant et a fait bien des heureux en deux soirées.

Photos: Romain Alcaraz

Hubert Stoecklin

Adam LALOUM et Franck BEERMAN dans un Brahms très poétique

CRITIQUE. CONCERT. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 30 octobre 2025. J. BRAHMS : Cto. Piano n°1. R. VAUGNAN WILLIAMS : Antartica symphony. Adam Laloum, piano. Orchestre du Capitole. Frank Beermann.  

Le Brahms délicat de Laloum et Beermann enchante le public.

Ce concert est né sous des auspices hostiles. Tarmo Peltokovski souffrant a annulé sa présence toulousaine pour ce concert, les deux suivants la semaine prochaine et la direction de Don Juan au Capitole. Puis ce fût le pianiste Anton Mejias qui a dû rejoindre sa famille pour un deuil.

La chance a souri aux organisateurs lorsqu’Adam Laloum a répondu présent pour le premier concerto de Brahms qu’il aime tant. Frank Beermann de son côté ayant accepté de diriger le concert sans changer le programme taillé sur mesure pour Tarmo Peltokovski. Adam Laloum joue Brahms divinement. Ses enregistrements sont plébiscités. Sauf celui des concertos de Brahms en raison d’un chef pas à sa hauteur.

Ce soir l’accord avec l’orchestre et le chef est idéal. Dès le début Frank Beermann adopte un tempo mesuré, son orchestre gronde et rugit, la puissance plus impressionnante que la force. Ce tempo plutôt lent permet de vivre l’extraordinaire construction orchestrale de l’introduction du concerto. Adam Laloum écoute et déguste cette page orchestrale si splendide. L’entrée du pianiste est toute en élégance et délicatesse. Petit à petit le jeu de Laloum se fait plus puissant et l’équilibre trouvé est une véritable splendeur de poésie, d’écoute et de partage.

Les nuances sont particulièrement délicates tant du côté du pianiste que du chef. Le premier mouvement est très contrasté et permet une écoute merveilleuse de toutes les richesses de la partition. C’est dans le deuxième mouvement qu’un miracle se produit. Le tempo retenu, les nuances pianissimo exquises, les couleurs splendides de l’orchestre, le piano irisé de Laloum, tout se répond en un dialogue de pure poésie. Le temps est comme suspendu, les nuances piano sont à la limite du silence. Le troisième mouvement va exulter et les couleurs vont se magnifier. Le piano de Laloum trouve de nouvelle nuances et des couleurs infinies, l’orchestre participe activement à cette fête d’un Brahms heureux et joueur. Frank Beermann est à l’écoute de son soliste dont il accueille toutes les propositions originales avec complicité. La beauté de cette interprétation scelle une entente musicale au sommet. Le public et l’orchestre applaudissent à tout rompre ce magnifique moment musical de pure grâce. Adam Laloum offre en bis un extrait de Schubert, autre compositeur dont il est le chantre. 

Pour la deuxième partie la symphonie Antartica de Ralph Vaughan Williams va être une découverte pour une grande partie du public. L’effectif exigé est considérable avec deux harpes, de nombreuses percussions, une machine à vent et un chœur de femmes. Le chœur de femme de Lettonie « Latvija » entoure une soliste soprano pour une partie vocale sans parole. Dès les premières notes une impression d’ouverture et de largeur du son se produit.

C’est grand et fort. Frank Beermann habitué à diriger (et comment) les vastes partitions de Wagner et Richard Strauss est tout à son aise ici. Les effets orchestraux sont brillamment offerts au public. La machine à vent est très crédible, mais en fait il ne se passe pas grand-chose une fois que la surprise des effets est passée. Le chœur a une action de mystère très réussie. Les percussions sont terribles, l’orchestre est toute force et puissance.  Le succès est retentissant car la virtuosité orchestrale est tout à fait remarquable et la direction splendide de Franck Beermann galvanise ses troupes.

Toutefois après la splendeur d’écriture et de construction de la partition de Brahms celle de Vaughan Williams a pali un peu. Les aléas nombreux n’ont pas entravé le succès de ce concert devant une Halle-aux-Grains bien pleine. Le public toulousain est bien là, fidèle et attentif. 

Hubert Stoecklin 

Puissance et virtuosité pour l’Orchestre du Capitole et son chef Tarmo Peltokoski pour ouvrir la saison avec la Turangalila de Messian

CRITIQUE. CONCERT. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 27 septembre 2025. OLIVIER MESSIAEN. Turangalîla-symphonie. Orchestre du Capitole. Tarmo Peltokovski. 

Une ouverture de saison avec tambours et trompettes. 

Tarmo Peltokovski prend cette année officiellement la direction artistique de l’Orchestre National du Capitole. Cette saison est sa première même si de nombreux concerts les ont réunis à Toulouse comme en tournées. Il l’ouvre donc SA SAISON avec l’œuvre phare qu’il a souhaitée ardemment : la grandiose Turangalîla-symphonie d’Olivier Messiaen. 

Cette œuvre composée entre 1947 et 1949 pour l’orchestre symphonique de Boston a été dirigée lors de la création par Léonard Bernstein. Depuis les plus grands chefs s’y sont confrontés. En 2007 à La Halle-aux-Grains L’orchetre du Capitole l’avait jouée sous la direction d’Ilan Volkov. Toujours à  Toulouse en 2014 nous avions entendu le Budapest Festival Orchestra dirigé par Ivan Fischer. Puis en 2016 Gustavo Dudamel avec les jeunes de l’Orchestre Simon Bolivar.  Ce soir l’Orchestre du Capitole est en majesté et va offrir une plénitude sonore rare. L’effectif monumental exigé par la partition occupe toute la scène et déborde un peu de côtés. Avec dix contrebasses et treize percussions, un piano à queue, un célesta et les Ondes Martenot rien que la vue d’un tel orchestre est un vrai bonheur. Au piano Bertrand Chamayou sera très à l’aise, ne faisant qu’une bouchée de la virtuosité de sa partie, apportant beaucoup de poésie dans les moments pacifiques. Le choix de cet enfant du pays toulousain est excellent et a ravi le public. Aux Ondes Martenot nous découvrons Cécile Lartigau, qui vient d’enregistrer cette symphonie avec Andris Nelsons pour Deutsche Gramophone. Elle prend la relève de l’extraordinaire Valérie Hartmann-Claverie qui avait travaillé l’œuvre avec Messiaen et la jouait par cœur.  Sans avoir encore toute l’aisance de sa devancière la partie d’onde Martenot par Cécile Lartigau reste la plus belle de la symphonie. Il semble que l’instrument électrique n’a pas été entendu partout.

Notre impression de 2014 reste intacte c’est bien l’effet musical surnaturel des ondes Martenot qui donne toute sa saveur à la partition. Quelque soient les qualités de la direction de Tarmo Peltokovski, les lourdeurs de la partition persistent à certains moments. Certes il trouve des contrastes intéressants et sa science de la direction est éclatante dans les moments rythmiques diaboliques. La concentration exemplaire, la tenue de la structure toujours très lisible et l’attention portée à tous les détails permettent une lecture analytique parfaite. La sensualité et la tendresse sont moins réussies. C’est dans les trois derniers mouvements, en un crescendo fulgurant que l’art de Tarmo Peltokovski envoûte.

La manière exigeante et presque furieuse dont il obtient les déhanchés dans la musique inspirée d’Amérique du Sud est enthousiasmante. Les instrumentistes de l’orchestre sont très impliqués et superbes de sonorités riches et brillantes, de précision également. Les cuivres tout particulièrement sont majestueux et on reste pantois devant la luxuriance des percussions. Le dernier mouvement nous conduit vers un état de joie proche de la transe tout à fait incroyable. Le tout dernier accord en un crescendo presque infini se termine sur un geste du chef enlevé qui semble adresser au ciel toute la joie et la beauté de la musique. Ce final de symphonie est absolument extraordinaire ce soir.

Nous ne pouvons que constater combien l’alchimie entre le jeune chef et l’orchestre fonctionne à merveille et souhaiter, comme Tarmo Peltokovski le dit dans le programme, que ces artistes pourront redonner cette symphonie dans l’avenir. Pas de doute que le chef va maturer son interprétation et atteindre au sublime sur toute la durée de la symphonie déjà parfaitement mise en place et terminée en apothéose. La rentrée de la saison symphonique de Toulouse a été grandiose.

La salle de concert hexagonale était pleine à craquer avec plus 2100 spectateurs. Le succès a été total avec des applaudissements nourris. La saison symphonique toulousaine démarre fort. 

Hubert Stoecklin

Photos : DR . 

Elisabeth Brauss à Piano Jacobin

Elisabeth Brauss à Piano Jacobins

écrit par Hubert Stoecklin 17 septembre 2025

CRITIQUE. FESTIVAL. 46ème festival PIANO AUX JACOBINS. Cloître des Jacobins, le 17 septembre 2025. BACH ; MENDELSSOHN ; LISZT ; BRAHMS ; PROKOFIEV ; Elisabeth BRAUSS (piano).

Le solide piano d’Elisabeth Brauss

Elisabeth Brauss, pianiste allemande de 30 ans, a offert un agréable récital à Piano aux Jacobins. Débuté avec le Caprice sur le départ d’un frère bien aimé de Bach, nous avons pu apprécier un jeu délicat, un peu sucré et pas sans une certaine élégance. Puis avec les Variations sérieuses de Mendelssohn le jeu va s’élargir considérablement. De grandioses effets pianistiques imposent la jeune artiste comme une pianiste capable de puissance. Les Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Sagen » de Bach par Liszt gagnent encore en grandeur dans la puissance du geste pianistique. Le thème est discrètement délivré et davantage de legato aurait mieux rendu hommage à la belle mélodie de Bach. Le concert est proposé sans entracte. Après une courte pause la pianiste enchaîne les quatre pièces pour piano op.119 de Brahms. Contrastées au point de vue des nuances sous les doigts de la pianiste allemande, ces quatre pièces sont peu chantées, très rythmées et mettent en lumière la riche harmonie. C’est un Brahms solidement charpenté.

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Le climax du récital sera indéniablement la sonate n°7 de Prokofiev que la pianiste interprète avec vigueur et puissance. Le côté mécanique de certains moments est indéfectiblement joué solidement par Elisabeth Brauss. Voilà une pianiste solide et capable de délicatesse. Le public a apprécié l’assurance de son jeu. Un bis délicat termine le récital dans ce si beau Cloître des Jacobins.

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Hubert Stoecklin

Photos : H.S.

Le piano plein phare de Clayton Stephenson ébloui le public de Piano aux Jacobins

écrit par Hubert Stoecklin 16 septembre 2025

CRITIQUE. FESTIVAL. 46eme festival PIANO AUX JACOBINS. Cloître des Jacobins, le 10 septembre 2025. BACH/HESS ; SCHUBERT ; STRAVINSKI ; GERSHWIN. ARLEN/JARRETT ; Clayton STEPHENSON (piano).

Le piano plein phare de Clayton Stephenson.

Le jeune pianiste américain vient offrir son premier concert en France à Piano aux Jacobins. Sa formation purement américaine lui confère une grande confiance et une énergie généreuse. Il débute son récital par le Choral Jésus que ma joie demeure de Bach arrangé par Myra Hesse.Son jeu est généreux, la clarté des lignes de mélodies est admirablement lisible. L’équilibre entre les deux mains semble parfait.  Le rubato est romantique et les nuances sont marquées. Il ne se dégage pourtant rien de très personnel dans ce jeu assez retenu et lisse. Puis la série des quatre Impromptus Op.90 de Schubert va permettre au pianiste de mettre en valeur un piano athlétique et virtuose. Les nuances sont très marquées, les rythmes très tendus et les couleurs restent toujours très lumineuses. Il n’y a ni ombres ni couleurs variées dans ce piano. Pas de mélancolie non plus. Le bonheur est constant dans le jeu et l’attitude du pianiste. Même le troisième Impromptu qui peut être si habité reste ici très extérieur. Dans les trois mouvements de Petrouchka de Stravinski le piano est encore plus sonore et brillant. Le rythme est sauvage et les nuances extrêmes, parfois les fortissimi sont au bord de la saturation du son dans la salle capitulaire.

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Puis l’arrangement de Keith Jarrett de Over the Rainbow apporte un peu de calme. Pour finir c’est dans la Rhapsodie in Blue que le pianiste américain confirme ses qualités rythmiques et sa virtuosité infaillible. Il semble prendre un envol puissant que rien ne pourrait arrêter. Ce récital enchaîné sans véritable pause impressionne le public qui applaudit généreusement. Très souriant et heureux le pianiste américain donne volontiers deux bis de jazz.

Très éclectique, le programme de Clayton Stephenson n’a pas permis de déterminer le répertoire à privilégier. C’est tout le temps le même piano brillant, virtuose et athlétique qui se manifeste dans tous les répertoires abordés. Voilà un jeune pianiste américain âgé de 26 ans aux grands moyens spectaculaires. Il lui reste à affiner une musicalité plus européenne pour le répertoire romantique.

Clayton

Crédit photo : Thierry d’Argoubet.

Ce premier  concert du jeune prodige américain a été enregistré par France Musique en direct

Hubert Stoecklin

Nelson Goerner le piano de l ‘élégance

CRITIQUE. FESTIVAL. 46ème festival PIANO AUX JACOBINS. Cloître des Jacobins, le 11 septembre 2025. CHOPIN ; SCHUMANN ; RAVEL ; LISZT ; NELSON GOERNER (piano)

La subtilité de Nelson Goerner est un enchantement

Nelson Goerner propose un concert d’une très belle conception. Il aborde la Fantaisie en fa mineur op. 49 de Chopin dans un tempo retenu. Le poids d’un son plein et riche permet une avancée lente dans cette page complexe et finalement peu interprétée en concert. D’emblée on est frappé par les couleurs multiples et les nuances savantes que le pianiste argentin met dans son jeu. Un certain poids semble habiter le jeu, un sérieux, une douleur sourde. Le contraste avec le chant plus aigu et plus lumineux est très intéressant. Le chant éperdu et étincelant en contraste constant avec le sombre tapis si riche harmoniquement. Le dialogue est savamment entretenu et l’œuvre avance assez douloureusement puis s’éclaire pour le final. Cette interprétation est très construite et complexe. Très éloignée de la version discographique de Bruno Rigutto que je connais bien et qui est plus solaire et équilibrée.  

Avec beaucoup de cohérence le grand pianiste poursuit avec la Fantaisie en do majeur op.17 de Schumann. Il construit une magnifique interprétation en structurant chacun des trois mouvements et la totalité de la Fantaisie. Les humeurs variées, la passion amoureuse, le désir puissant, la désolation, puis le retour de l’espoir tout est magnifiquement coloré et nuancé par ce poète-pianiste. Les phrasés sont absolument superbes sans rien céder à l’extraordinaire richesse harmonique. Cette interprétation semble livrer toutes les beautés et les richesses de l’œuvre. La puissance expressive de ce piano magnifique laisse un sentiment d’avoir rencontré la beauté absolue et une intelligence interprétative superlative.

Après l’entracte Nelson Goerner propose une lecture très analytique et très colorée des Valses nobles et sentimentales de Ravel. Le toucher change et les couleurs sont zénithales sans ombre portée. La précision rythmique et les phrasés élégants font mouche. La spécificité toute française de ces valses, leur capacité à s’encanailler presque donnent un chic fou au jeu de pianiste.  Et il n’est pas avare de moments d’un humour très délicat.

Puis il nous est proposé  trois pièces de Liszt correspondant à des danses de plus en plus virtuoses et rythmiquement complexes. La valse oubliée n°2 a un côté suranné et un quelque chose de décalé absolument savoureux. L’étude « la leggierezza » est vaporeuse à souhait puis la sixième Rhapsodie Hongroise a une puissance tellurique qui culmine sur une virtuosité apocalyptique avec tous ses plans superposés. La grandeur des moyens du pianistes nous submerge mais surtout la richesse musicale de ses interprétations toutes très abouties stylistiquement. C’est vraiment un art du piano suprême.

Nelson Goerner fait partie des plus grands pianistes du moments. Il a offert un somptueux récital à Piano aux Jacobins. Le public lui fait fête et avec un amour partagé de la musique il offre trois bis plus superbes les uns que les autres.  Voilà un très grand récital qui aurait mérité une diffusion radiophonique mais France Musique présente la veille avait déjà plié bagage, dommage vraiment.

Hubert Stoecklin

Photos : DR : H.SLien vers l’étude «  la leggierezza » de Liszt  

Ouverture de Piano Jacobins avec Fazil Say

Ouverture festive avec FAZIL SAY pour le 46 Festival Piano aux jacobins

écrit par Hubert Stoecklin 8 septembre 2025

CRITIQUE, festival. 46eme FESTIVAL PIANO AUX JACOBINS.  Cloître des Jacobins, le 4 septembre 2025.  Jean Sébastien BACH : Variations Golberg.  Fazil SAY: Yeni hayat (nouvelle vie),  4 balades Kara Toprak « terre noire». Variations Jazz; Fazil Say, piano. 

Une ouverture festive pour le 46ème Festival Piano aux Jacobins.

La 46ème édition du prestigieux Festival de piano a été confiée à Fazil Say qui reste un trublion dans le panorama du piano classique. En effet le pianiste turc reste un enfant terrible car il joue de moins en moins le répertoire, compose de plus en plus et joue ce qu’il compose.

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Ce soir il a construit pour Piano Jacobins un concert sans entracte nous faisant passer de l’Alpha à l’Omega du piano. A savoir que les Variations Goldberg de Bach sont l’une des œuvres les plus jouées et les plus enregistrées des œuvres pour clavier de Bach. Les pianistes se sont emparés de ce monument avec bonheur quand les clavecinistes ne le font pas moins. Pour un pianiste ces variations représentent un Himalaya qu’ils gravissent dès qu’ils le peuvent et enregistrent parfois très (trop) ?) tôt.  Fazil Say les a gravées en 2023. Il les a travaillées durant la période covid. Son enregistrement, très sérieusement fait, est très apprécié du public comme de la critique. Ce soir dès l’Aria nous remarquons qu’il a considérablement évolué en enrichissant de trilles et de grupetti la mélodie si pure de l’exposition. C’est très délicat et original. Ce qui frappe également dès cette exposition c’est l’extraordinaire dynamique des nuances qu’il tire de son piano. Le début est pianissimo mais à plusieurs reprises Fazil Say ira vers le fortissimo, réservant toutefois des nuances encore plus puissantes à la polyphonie majestueuse pour certaines variations. Chaque variation a sa personnalité et Fazil Say semble parler à quelqu’un. Ses gestes du bras ou de toute le corps dessinent des arabesques. Ces courbes souples sont dans son jeu. Le chant continu dans cette œuvre si variée est systématiquement magnifié par l’interprète. De même, les éléments dansants sont toujours souplement joués. Tout cela est très personnel et très beau. Par moments il y a comme une manière d’improviser les variations sur le chant. Cette liberté et cette souplesse qui irriguent l’interprétation de Fazil Say permettent de rêver en écoutant son interprétation très fouillée. Après cette œuvre baroque emblématique le compositeur virtuose va nous proposer des œuvres de sa composition. 

Ne prenant que quelques minutes Fazil Say enchaîne avec sa musique dans état de transe.

Fazil Say Sep25 (c)William Wartel

Yeni hayat (nouvelle vie) sonate pour piano op 99, est une pièce intense dans laquelle le pianiste compositeur utilise des effets sur les cordes à main nue comme un piano préparé. Cela évoque la cithare, le cymbalum. La richesse du jeu et la concentration extrême de l’interprète nous entrainent dans un monde musical intense.

Les 4 balades Kara Toprak « terre noire » sont bien plus dramatiques et effectivement par des effets sur les cordes à main nue, le tonnerre et des tremblements de terre s’invitent. Indéniablement le compositeur utilise toutes les possibilités de l’instrument et l’interprète est vraiment virtuose. Nous renouons en quelque sorte avec les virtuoses compositeurs comme Bach, Mozart, Beethoven, Liszt ou Rachmaninov. Et justement c’est le fameux thème de Paganini repris par Rachmaninov dans des subtiles variations qui servira de départ à la partie Jazz. C’est brillant, virtuose et on devine que Fazil Say improvise avec malice. Évidemment le charme de la mélodie de Summertime reste intact, et la Marche Turque de Mozart se déhanche et se contorsionne mais reste reconnaissable. C’est de la très belle musique et du grand piano que nous a proposés ce pianiste inclassable. La standing ovation du public dit bien l’impact de cet artiste.

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La 46ème saison de Piano aux Jacobins débute de manière festive et intense. Ce récital nous rappelle que le jazz a une belle place dans la programmation de Piano aux Jacobins. Ainsi d’autres belles soirées sont à venir que nous partagerons.

Hubert Stoecklin

Photos : William Wartel

Critique écrite pour Classsiquenews.com 

Fazil Say dans L’aria des variations

Rencontre Musicales de Nimes un final en beauté !

Critique. Concert. 4ème édition des Rencontres Musicales de Nîmes. Nîmes. Jardins de la Fontaine, le 30 août 2025. Philip Glass : Echorus ; Georg Philipp Telemann TWV 52 :G3: double concerto pour 2 altos ; Arvo Pärt : Tabula rasa,  Ludus ; Antonio Vivaldi : Double concerto pour 2 violoncelles, RV 531; Ralph Vaughan Williams : The Lark ascending pour violon et orchestre ; Wolfgang Amadeus Mozart : concerto pour piano n° 13,  K 415, Rondo allegro ; Vittorio Monti : Csardas pour violoncelle et orchestre ; David Popper : Fantaisie pour violoncelle sur des thèmes de la Petite Russie op.43 ; Ludwig Van Beethoven : Concerto pour piano et orchestre n°4, op.58, Andante con moto, Rondo vivace ; Alexandre Kantorow, Aurèle Marthan, piano ; Liya Petrova, Clémence de Forceville, Charlotte Juillard, violon ; Grégoire Vecchioni, Paul Zientara, alto ; Aurélien Pascal, Edgard Moreau, violoncelle ; Orchestre Consuelo.

Final des Rencontres Musicales de Nîmes en forme d’apothéose. 

Tout a été parfait ce soir, depuis la météo, enfin idéale, puis la construction d’un programme très original en forme d’apothéose et surtout par des artistes tous admirablement impliqués, doués et musiciens suprêmes. Le voyage musical concocté par les trois directeurs artistiques Alexandre Kantorow, Liya Petrova et Aurélien Pascal, fait des ricochets temporels entre Antonio Vivaldi à Philip Glass. Les instrumentistes sont tous mis en valeurs par des parties concertantes virtuoses. Le début plein de mystère et d’hypnose est dû à l’écriture répétitive de Philip Glass. Son duo pour 2 violons et cordes Echorus, est plein de charmes. Les deux violonistes Charlotte Juillard et Clémence de Forceville jouent avec délicatesse comme des fées. L’orchestre un peu défavorisé par la sonorisation est un tapis subtil mais un peu lointain. Le grand crescendo est bien amené puis le decrescendo permet un retour en douceur vers le silence. 

Après ce début magique ce sont deux altistes qui se présentent pour un concerto de Telemann. Grégoire Zitoni et Paul Zientara nous avaient enchantés les soirs précédents par leur présence forte dans les œuvres de musique de chambre. Avec une élégance de chaque instant ils peuvent jouer à rivaliser de virtuosité dans ce concerto très agréablement construit. C’est surtout la complicité malicieuse qui les unit qui nous charme, sans oublier la virtuosité tout à fait magnifique. 

La pièce suivante permet d’accueillir le piano. Mais un piano préparé. Aurèle Marthan s’y installe et nos deux fées violonistes reviennent. La partition Tabula rasa d’Arvo Pärt est complexe et offre des couleurs et des sons d’une grande originalité. Les violons doivent aller dans un suraigu incroyable, le piano gronde ou évoque des cloches. Tout les repères instrumentaux habituels sont bouleversés. Ce moment musical interroge plus qu’il ne propose de réponses. Les interprètes jouent avec conviction cette partition complexe. L’orchestre qui joue sans chef est d’une grande souplesse et l’écoute mutuelle totale qui préside à cette interprétation lui donne beaucoup de vie. 

Pour la suite c’est l’apparence facilité des concerti de Vivaldi qui nous permet de retrouver deux violoncellistes superbes. Ce double concerto est magnifique.  Il permet aux violoncelles de démontrer leur virtuosité. Le jeu de nos deux gentilshommes à « archet moucheté » leur permet avec humour de rivaliser de virtuosité et de musicalité tour à tour. Edgard Moreau lance les thèmes avec beaucoup de souplesse et Aurélien Pascal les attrape au vol et les fait tournoyer à sa manière. Cette virtuosité ludique est bien sympathique. Pris dans ce mouvement à travers le temps le public accueille avec enthousiasme chaque interprétation. 

Après l’entracte Liya Petrova nous offre son incomparable Alouette. The Lark ascending de Ralph Vaughan William est un concerto en un mouvement d’une grande liberté. Nous l’avions entendu le mois dernier à La Roque d’Anthéron . Le jeu aérien, suspendu, souple et subtilement nuancé de Liya Petrova est un véritable enchantement. Depuis La Roque Liya semble avoir écouté les oiseaux et beaucoup appris d’eux. Avec son violon elle construit un son plus pur, plus riche et arrive à des nuances plus ensorcelantes encore. Comme si une nouvelle liberté l’habitait, elle vole très haut. Les aigus sont de plus en plus délicats et plus riches en harmoniques. Elle gagne en liberté et en souplesse. Ce soir l’orchestre joue sans chef. Tout est écoute et partage, la souplesse de l’orchestre rencontre celle de la violoniste qui peut planer plus librement. Et le jardin de la fontaine est également un cadre magnifique à ciel découvert qui magnifie la poésie de l’interprétation.

Un Grand moment de pure grâce. 

Mozart ne pouvait pas être absent de ce palmarès. Le choix du rondo final du 13eme concerto est habile car avec peu de temps toute la palette expressive du piano mozartien est présente dans ce mouvement. La fraicheur, la rondeur du son, la grâce mais également une pointe de mélancolie dans la partie centrale.  Aurèle Marthan est très à son aise et nous entraine dans cette ronde de beauté avec élégance et précision. 

Pour les deux œuvres suivantes ce sont des pièces de genre par des compositeurs moins connu qui permettent à nos talentueux violoncelliste de s’engager dans un défi alternatif. Que ce soit la Csardas de Vottorio Monti interprétée par Edgard Moreau ou la Fantaisie sur un thème russe de David Popper interprétée par Aurélien Pascal nos deux artistes rivalisent de talents. Edgard Moreau plus mordant, plus taquin gagne la première manche mais Aurélien Pascal avec un son d’une beauté somptueuses joue avec l’hédonisme en grand seigneur et taquine également l’orchestre. Les deux sont des artistes incroyables lorsqu’ils jouent en nuançant sur les harmoniques avec une facilité déconcertante. C’est vraiment deux pièces qui permettent au violoncelle la plus grande virtuosité connue. Le public fait une aussi grande ovation à l’un comme à l’autre, impossible d’avoir un vainqueur avec ces qualités-là.

Pour le final Alexandre Kantorow rentre en scène et va interpréter de manière magistrale les deux derniers mouvements du 4ème concerto de Beethoven. L’Andante débute sur une phrase puissante de l’orchestre que le pianiste lance d’un geste puis c’est l’extraordinaire dialogue entre le piano orant et l’orchestre péremptoire : Orphée face aux portes de l’Enfer.  Le chant orphique du pianiste va convaincre l’orchestre et la douceur va se partager entre les deux pour un chant uni.

C’est d’une beauté sublime et le dialogue, le partage sont totalement vécus. Le final joyeux va gagner en puissance. Le mariage des timbres, les nuances accordées, les phrasés délicieux, tout fait de cette interprétation une splendeur.  Le public fait une standing ovation au génial pianiste et à l’orchestre si fabuleux. 

Puis les trois directeurs artistiques reviennent pour un bis : le mouvement lent du trio de Mendelssohn qu’ils avaient interprété en ouverture des Rencontres Musicales de Nîmes. Cette boucle de musique referme la très belle année 2025. Tous les musiciens viennent saluer dans des applaudissements euphoriques d’un public absolument conquis. Longue vie aux Rencontres Musicales de Nîmes. 

Hubert Stoecklin

Tarmo Peltokoski et Sol Gabetta en osmose

CRITIQUE, concert, TOULOUSE. Halle-aux-grains, le 27 février 2025.DEBUSSY/BLOCH/MAHLER. Sol Gabetta (violoncelle), ONCT, Tarmo Peltokovski (direction). 

Une tournée triomphale annoncée 

Tarmo Peltokovski et son Orchestre national du Capitole de Toulouse ont présenté ce soir au public le programme qu’ils vont bientôt jouer en tournée à Paris et en Allemagne. 

Le Prélude à l’après-midi d’un Faune de Claude Debussy est une courte pièce magique que l’orchestre du Capitole pourrait jouer les yeux fermés. Tant de belles baguettes l’ont dirigé dans cette salle, Michel Plasson et Tugan Sokhiev tout particulièrement. Ce soir Tarmo Peltokovski impose sa marque. Il donne beaucoup de liberté à l’orchestre tout en lui demandant des nuances très piano. Cette version est aérienne, subtilement rêveuse. Tarmo Peltokovski évite toute force et toute idée de bacchanale. La beauté orchestrale, la tendresse des nuances, la souplesse de la texture donnent un coté vaporeux qui fait penser à certaines toiles impressionnistes. 

Sol Gabetta entre en scène pour la deuxième œuvre au programme. La Rhapsodie Schelomo d’Ernest Bloch permet à la violoncelliste originaire d’Argentine un jeu d’une subtile émotion. Tout particulièrement dans les moments de grande mélancolie évoquant les pensées profondes du Roi Salomon. Les sonorités chaleureuses du violoncelle entretiennent avec l ‘orchestre un dialogue d’une parfaite osmose. Tarmo Peltokovski soigne les ambiances, fait éclater les couleurs, il est toujours très attentif à la soliste. Les instrumentistes de l’orchestre sont tous magnifiques. Le final grandiose sonne comme une apothéose rappelant le Grand Roi que fut Salomon avant de reprendre les pensées très sombres du monarque portées par le violoncelle très émouvant de Sol Gabetta. 

Devant le succès l’orchestre et la soliste offrent un bis douloureusement mélancolique : une prière d’ Ernest Bloch dans sa version pour violoncelle et orchestre. Sol Gabetta trouve un vibrato large et une profondeur de ton admirable. La fine musicalité de la soliste, du chef et des musiciens de l’orchestre permet une fusion parfaite. Assurément un beau lien existe déjà que la tournée va encore renforcer. 

En deuxième partie de programme l’orchestre s’étoffe pour interpréter la symphonie Titan de Mahler. Tarmo Peltokovski et son Orchestre du Capitole ont déjà joué cette œuvre au Concertgebouw d’Amsterdam avec grand succès, ils semblaient ravis de la présenter à leur public toulousain. Là également les choix de Tarmo Peltokovski sont assumés et sa manière est très personnelle. Loin de chercher à révéler l’hétérogénéité de la partition il cherche partout la beauté, l’élégance et le bonheur qu’elle contient.

Sa direction très engagée entretient un dialogue constamment renouvelé avec les musiciens. Que ce soient les cuivres, les bois, les cordes ou les percussions chaque musicien donne le meilleur possible et le résultat est renversant. Les mouvements les plus réussis sont le premier et le dernier. Ceux qui correspondent exactement à la direction de Tarmo Peltokovski. La beauté du réveil de la nature est somptueuse. L‘ énergie du final est d’une puissance vertigineuse. L‘humour du deuxième mouvement aurait pu être davantage joué.

C’est avec une énergie toujours renouvelée que Tarmo Peltokovski donne une grande puissance à ce mouvement. Pour le troisième mouvement l’absence de grotesque laisse de coté une part de l’art mahlérien certes encore balbutiante dans sa première symphonie mais bien présente. La beauté de chaque intervention instrumentale est appréciable, de même que les phrasés élégants et les nuances subtiles. Cela donne un caractère particulièrement juvénile à ce mouvement, d’autant que de très nombreux jeunes musiciens sont présents ce soir sur scène.

La grandeur du final fait exulter le public. Une Halle-aux-grains pleine à craquer qui applaudit à tout rompre signe toujours un grand moment. 

Ce concert évènement annonce une belle aventure entre ce chef si charismatique et l’excellent Orchestre du Capitole de Toulouse. 

Hubert Stoecklin 

Photos : Alcaraz

Le dernier CD d’Alexandre KANTOROW: Passionnant evidemment

Critique.CD. J. BRAHMS. F. SCHUBERT. Alexandre KANTOROROW. 

Alexandre Kantorow est un artiste qui compose avec grand soin le programme de ses concerts et de ses enregistrements.

Après la troisième et la deuxième sonate de Brahms il aborde celle qui porte le numéro 1. Brahms a composé ses trois uniques sonates en deux ans. La première n’est pas la plus précoce. Il frappe un grand coup, semble mener le genre à son extrême et n’y reviendra plus.

Alexandre Kantorow marie cette première sonate avec la Wanderer fantaisie de Schubert. Même virtuosité, même fougue dans le premier mouvement. Certes bien des grands pianistes rapprochent d’avantage cette sonate de la Hammeklavier de Beethoven. Ainsi Richter fait de la première sonate de Brahms une sonate virtuose, orchestrale et d’une grandeur athlétique. Kantorow en cherchant du coté de Schubert trouve des trésors de mélodie et de déclamation. Il propose donc une interprétation narrative. C’est passionnant et tout à fait probant. Cela change notre écoute de cette sonate souvent tournée vers la pure virtuosité. Le vainqueur du concours Tchaïkovski de 2019 n’a rien à envier du côté de la virtuosité ! Avec évidence il la met au service de la musicalité la plus délicate. 

Les cinq Lieder de Schubert revisités par Frantz Liszt qui suivent la sonate avec un legato magique accentuent la beauté du chant que Kantorow nous offre avec son piano.  Les arabesques de Liszt sont réalisées avec une élégance souveraine.

Dans la Wanderer fantaisie l’interprétation d’Alexandre Kantorow est tournée vers la recherche de chant et de déclamation. La même narrativité nous enchante, les nuances sont subtiles, les couleurs variées et les phrasés larges. 

Avec ce parti pris passionnant Alexandre Kantorow renouvelle l’écoute de ces œuvres immenses et mises en miroir dans ce programme.

La prise de son est confortable et permet de déguster la variété de ce très beau piano. Le grand Steinway D joué par Alexandre Kantorow est merveilleusement présent. Sa fidélité au Label suédois Bis se comprend facilement devant ce beau travail de prise de son en SACD. 

CRITIQUE. Enregistrement CD. Durée 72’44’’. 1 CD Bis-2660. Code barre : 7 318599926605. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour piano n° 1 en do majeur Op.1 ; Frantz Schubert (1797-1828) /Frantz Liszt (1811-1886) : Der Wanderer, Der Müller an der Bach, Frühlingsglaube, Die Stadt, Am Meer ; Frantz Schubert : Fantaisie en do majeur ‘ « Wanderer » D.760. Alexandre KANTOROW, Piano. 

Sonya Yoncheva et William Christie une belle fidelité

Yoncheva / Marie Antoinette et Christie :  le parfait accord.

Ce concert proposé par les Grands Interprètes permet au public toulousain ce soir de se pencher sur un pan de l’histoire assez fascinant. La grande histoire d’abord où une Reine de France au destin tragique a toujours voulu être une musicienne voire une artiste. Le théâtre de la Reine à Versailles, construit pour Marie Antoinette en est la preuve. L’histoire de la musique ensuite car la querelle des bouffons opposant les partisans de l’opéra italien et français fait rage à cette époque. Ce soir c’est la musique française qui gagne.

Les Arts Florissants

William Christie honore la musique française depuis plus de 40 ans. Il est le plus à même de guider Sonya Yoncheva dans ce répertoire péri révolutionnaire.  Le résultat est fascinant car cette musique est difficile vocalement et stylistiquement. L’association de leurs talents en donne une interprétation à la fois informée et vocalement parfaite.

Si Sonya Yoncheva n’a pas un tempérament de tragédienne, elle arrive à rendre ses accents touchants et l’émotion nait de la plastique vocale et de sa diction. La soprano qui aborde actuellement les rôles spinto les plus lourds a encore la possibilité d’alléger sa voix pour ce répertoire. La beauté des phrasés qui répondent à ceux de l’orchestre, la subtilité des nuances, la grande beauté des graves et du medium offrent un panorama vocal fascinant.  La seule petite scorie vocale concerne un vibrato un peu large dans les aigus. Une grande part de la séduction de La Yoncheva est sa superbe diction française langue qu’elle parle parfaitement.

Sonya Yoncheva
 Sonya Yoncheva

Les pages orchestrales sont également somptueuses. Avec une grande fougue, William Christie impulse une belle énergie à ses Arts Florissants, tout en gardant une élégance aristocratique. Les musiciens sont tous de superbes virtuoses, la harpe remplace le clavecin ce qui apporte un supplément d’élégance au continuo. Les cors naturels sont magiques, les cordes ont un son plein et des phrasés de rêve. La flute dans le solo des ombres heureuses apporte sa part de magie.  Les Arts Florissants sont un des plus beaux orchestres de musique ancienne. La danse des furies est même encore plus impressionnante que lors du ballet Gluck présenté au Capitole il y a peu, dirigé par Jordi Savall et son Concert des Nations. Il faut dire que l’acoustique de la Halle au Grain permet au son de mieux se développer que dans la fosse du Capitole. C’est une chance sur une pièce si emblématique à quelques jours d’intervalle d’entendre ces deux versions superlatives.

Les Grands Interprètes ont offert une belle soirée dans laquelle l’entente entre le chef et la soliste semble parfaite. Le jeu de séduction dans la deuxième partie entre Yoncheva/Marie Antoinette et le Maestro dépasse la simple convenance théâtrale, une profonde estime teintée de tendresse existe entre la diva et le vieux Maestro.  Ils se connaissent depuis leur rencontre pour le Jardin des Voix en 2006.

Le public a obtenu trois bis tant il a applaudi les artistes, les musiciens de l’orchestre y compris.

Hubert Stoecklin

Critique. Concert, Toulouse, le 5 novembre 2024. Wolfgang Amadeus MOZART : Ouverture de la Finta giardiniera ; Extrait du Ballet d’Idomeneo – Larghetto pour Madame Hartig ; Extrait du Ballet d’Idomeneo – Passacaille pour Monsieur Antoine ; Extrait de La Clemenza di Tito « Ecco il punto, o Vitellia ! … Non più di fiori ». Christoph Willibald GLUCK : Alceste : Air d’Alceste « Divinités du Styx » ; Orfeo ed Euridice, Ballet des Ombres heureuses et Danse des Furies ; Iphigenie en Aulide « Oh malheureuse Iphigénie » ; Armide, Chaconne ; Air d’Armide « Ah! Si la liberté me doit être ravie » ; Luigi CHERUBINI : Medée « Vous voyez de vos fils la mère infortunée » ; Demophoon « Ah ! Peut-être mes dieux ! ». Nicolo PICCINI : Didon (Acte III, scène 1) « Non, ce n’est plus pour moi. Louis Claude Armand CHARDIN ; « C’est mon ami » (accompagnement à la harpe) ; Johan Paul Aegidius MARTINI : Plaisir d’amour, romance (orchestration d’Hector Berlioz). Sonya Yoncheva, soprano ; Les Arts Florissants ; Direction : William Christie.

Critique écrite pour classiquenews.com

Sonya Yoncheva

La rencontre de Sonya Yoncheva et William Christie dans son Jardin des voix ou elle a fait grande impression déjà!

Tugan Sokhiev dirige enfin la septième de Chostakovitch à Toulouse

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 12 mars 2024. CHOSTAKOVITCH. Orchestre National du Capitole. Tugan Sokhiev.

La revanche de Tugan Sokhiev

Ce concert a permis à la Halle-aux-Grains, vraiment pleine à craquer, de retrouver comme au bon vieux temps l’orchestre du Capitole en majesté avec Tugan Sokhiev.

Sans polémiquer rappelons que le chef Ossète avait démissionné de son mandat en 2022 et que cela l’avait empêché de diriger cette partition au tout début de la Guerre en Ukraine. C’est un retour triomphal, sa réponse implacable de musicien aux politiques. Comment mieux dire sa haine de la guerre qu‘en donnant vie à la vaste partition de Chostakovitch. Aujourd’hui cette symphonie qui a été écrite sous les bombardements nazis en 1942 en Russie, dit la haine de toute guerre et condamne de fait toute guerre, quelle qu’elle soit.

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L’amour entre Tugan Sokhiev et son orchestre de Toulouse (dirigé durant 16  ans) n’a pas été terni par les évènements. C’est simplement le public qui n’a eu cette année qu’un seul concert pour le constater (en décembre 2023, malade, Tugan Sokhiev avait annulé ses engagements et sa venue à Toulouse) mais quel concert. Celui qui en vaut peut-être vingt !

Jamais l’orchestre n’avait débordé ainsi de la scène envahissant les marches vers les spectateurs ; rarement la salle aura été si pleine. Tugan Sokhiev arrive avec énergie et se fraye un passage pour gagner l’estrade. Les applaudissements crépitent, il salue puis Il se concentre. Il dirige sans baguette et à mains nues, signe de grande confiance en lui et en l’orchestre.

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Le début de « l’allegretto » est une sorte de portique fait de puissance et d’arrogance : les hommes sont certains de maîtriser leur vie en paix. Le son est compact et riche. Puis les bois apportent des éléments bucoliques et tendres, la vie en paix est bien agréable ainsi décrite. La texture de l’orchestre s’allège comme par magie, la lumière devient douce, cela chante et danse. Puis insensiblement la caisse claire presque inaudible arrive. A partir de là un mouvement digne du Boléro de Ravel se construit.  Tout l’orchestre va amplifier le thème simple et la caisse claire solo va embarquer avec elle deux puis trois collègues pour se faire entendre quand l’orchestre fait retentir des cuivres si dramatiquement. Ce passage d’un implacable tragique est un mélange de terreur et de jouissance. Le trouble est déstabilisant. Cette splendeur de son, cette direction magnifique, cet engagement des musiciens, tout est merveilleux et décrit pourtant la folie guerrière qui monte et ne s’arrête que sur la désolation de la destruction quasi totale.

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A ce moment la plainte désolée de la flûte est si déchirante qu’elle rappelle que les premières flutes ont été fabriquées dans des os creusés et percés. Sandrine Tilly est merveilleuse et sera poignante à chaque intervention. La description précise des autres mouvements serait fort longue. Je vais donc insister sur la forte affinité qui existe entre Tugan Sokhiev et cette partition. Dans sa direction, à main nue et quasi chorégraphique, Il en met en valeur les audacieuses beautés orchestrales, la riche harmonie, les couleurs saturées ou diaphanes ; les phrasés sont creusés, les nuances sont extrêmes, la structure également est mise en valeur et la construction d’ensemble est lumineuse. La maturité est belle chez ce musicien d’exception ! Les musiciens de l’orchestre sont des solistes magnifiques quand cela est demandé et le jeu collectif, l’écoute mutuelle sont d’un très, très grand orchestre.

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La fin si savamment construite si étourdissante laisse une partie du public comme hébétée. Les applaudissements finissent par devenir tonitruants. Tugan Sokhiev radieux fait saluer ses amis de l’orchestre un à un pour les solistes rudement mis à l’épreuve et qui nous ont tout donné. Les cordes ont été hallucinantes de souplesse, les violons larges et poignants, les altos ont trouvé des couleurs dramatiques, les violoncelles ont su être tragiques et les contrebasses (10) d’une rigueur implacable.

Le message pour la paix a été partagé par tous.

Le lendemain à la Philharmonie de Paris, dans une acoustique bien plus adaptée, parions que le succès aura également été colossal. Espérons que la Warner qui avait envisagé une intégrale des symphonies de Chostakovitch avec ce chef et cet orchestre aura posé ses micros pour éterniser cette merveilleuse interprétation en ce moment historique.

Hubert Stoecklin

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 12 mars 2024. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) :Symphonie N° 7 en ut majeur « Leningrad », Op.60. Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction.

Photos : Romain Alcazar.

Mozart Jeune homme et heureux

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 6 mars 2024.Mozart. A.Tharaud. Orch. Nat. Capitole. F.Biondi.

La joie du jeune Mozart

Ce concert, particulièrement festif, entre dans une programmation généreuse de la Maison Capitole qui cette saison fête Mozart avec opéra, récitals, concerts et conférences.

L’orchestre du Capitole, avec régularité invite des chefs « baroques » pour faire miel de leurs propositions. Le Requiem de Mozart dirigé par Ton Koopman en octobre 23 avait été une belle réussite. Ce concert dirigé par Fabio Biondi l’est tout autant. Ce concert comporte des œuvres d’un Mozart âgé de 14 à 21ans. On ne peut pas parler d’œuvres de jeunesse tant leur forme est accomplie, la musique belle et élégante avec une vitalité et un bonheur de vivre rarissime.

L’ouverture de Lucio Silla est en trois partie comme une véritable mini symphonie pleine d’élan et de finesses. La direction de Fabio Biondi est fougueuse et généreuse. On devine l’orchestre aux anges. Puis Alexandre Tharaud rentre en scène, souriant et bondissant pour le concerto « Jeunehomme » de Mozart. Concerto festif, très aimé des musiciens comme du public. C’est déjà un très grand concerto avec un mouvement lent dramatique qui annonce le Sturm und Drang. Mozart a déjà 21 ans lorsqu’il compose cette partition dans le laquelle le piano est fougueux et bavard. Alexandre Tharaud a un toucher d’une grande délicatesse, il nuance subtilement et phrase élégamment. Il ne cache pas son bonheur. Les musiciens également. Fabio Biondi est précis et semble également déguster la ductilité des instrumentistes qui avec un naturel consommé semblent avoir une vraie prédilection pour cette musique si belle qu’ils jouent sans effort.

Ce concerto es un grand succès pour le pianiste français. Son actualité toujours en marge du classique est cinématographique. Ce soir sortait en salle le film Boléro d’Anne Fontaine dans lequel il joue un rôle (un critique) et offre ses doigts à Ravel dans certaines prises de vue.  Cet artiste inclassable est ce soir un parfait mozartien.

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En deuxième partie de programme Fabio Biondi range sa baguette et dirige du violon. C’est vraiment très beau de voir cette simplicité, ce partage entre musiciens qui permet à la musique de couler, de danser et toujours avec cette énergie et cette joie du jeune Mozart. Les trois symphonies avancent avec une évidence comme une facilité réconfortantes. La salle de la Halle-aux-Grains pleine à craquer exulte et fait un joli triomphe aux musiciens.

En petit effectif et sans une direction trop appuyée les musiciens de l’orchestre du Capitole ont trouvé avec Fabio Biondi un partenariat fécond.

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Un concert plein de bonheur partagé a enchanté chacune et chacun !

Hubert Stoecklin pour Classsiquenews.com

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 6 mars 2024. Wolfgang-Amadeus-Mozart (1756-1791) : Ouverture de de Lucio Silla K.135 ; Concerto pour piano n°9 « Jeunehomme » en mi bémol majeur K.271 ; Symphonies : n°11 en ré majeur K.84, N°30 en ré majeur K.202, N°13 en fa majeur K.112. Alexandre Tharaud, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Fabio Biondi, direction. Photos : HS

A. Kantorow le Rhapsodique divin

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 28 février 2024. Ting-cheung, Rachmaninov. A.Kantorov. Hong Kong Phil. J.V Sweden.

Alexandre le Magnifique et Hong Kong.

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Dans une tournée de l’orchestre de Hong-Kong qui donne le vertige Alexandre Kantorow fait le tour du monde en soliste magnifique. Ce soir à Toulouse le pianiste français revenait un peu à la maison. Que dire de son allure un peu plus pesante, de son sourire devenu sérieux si ce n’est que quelque chose change, la maturité et un brin de lassitude peut être ?

Une fois au piano nous retrouvons la fougue et la passion, la délicatesse de son toucher aérien, la force tellurique d’accords tonitruants. Cet été nous l’avions entendu dans le premier concerto de Rachmaninov à La Roque d’Anthéron et je crois pouvoir dire que je trouve qu’il est encore plus extraordinaire ce soir. La forme plus libre et inventive de cette Rhapsodie sur un thème de Paganini lui convient absolument. C’est incroyablement varié comme piano, c’est planant, dansant, révolté, rêveur, amoureux. Tout y est d’une vie pleine de sens. Le Hong-Kong Philharmonic très bien dirigé par Jaap Van Zweden sont des partenaires inventifs, nuancés et brillants. Cette pièce centrale dans le programme en est le point d’orgue, le sommet.

Alexandre Kantorow

Le pianiste flamboyant est tout sourire et très détendu offre un bis chantant, paraphrase de l’air Mon Cœur s’ouvre à ta voix de l’opéra Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns. Ce long légato associé aux ribambelles de notes perlées est un moment magique. Le public lui rend un vibrant hommage. Les applaudissements sont enthousiastes. Les marques de respect pour cet artiste à la carrière si considérable en dépit de son âge sont générales. Il vient d’être distingué une nouvelle fois aux Victoires de la Musique Classique. C’est en tout cas son rapport simple et directe au public comme à la musique qui fait la qualité la plus rare de ce musicien de l’absolu que nous avons tant de plaisir à écouter.  Cette année semble consacrée à sa carrière de concertiste, il y excelle…

C’est probablement en concertiste que nous le retrouverons ici même à Toulouse en mai… toujours avec les Grands Interprètes. N’oublions pas le chambriste généreux qu’il est également et la qualité si envoutante de ses récitals de piano…

En introduction le concert avait débuté par une courte pièce du compositeur Hong-Kongais Daniel Lo Ting-cheung. Pièce dans un style plaisant, sorte d’hommage à Prokofiev et Stravinski peut être. C’est brillant, agréable, presque facile. L’orchestre sous la direction avisée de Jaap Van Zweden brille de tous ces ors.

En deuxième partie de programme la première symphonie de Mahler a été offerte en toute magnificence par les interprètes du soleil levant. C’est un Mahler encore retenu dans l’expression des névroses du compositeur. Cette interprétation est presque entièrement solaire. L’orchestre avec vaillance s’engage dans cette symphonie exigeante et relève tous les défis. Tous sont impeccable de beauté sonore et de ductilité. Le chef reste hédoniste, soignant les équilibres, les nuances et livrant milles couleurs. A d’autres les vertiges d’humour noirs, les sarcasmes naissants et les troubles sous nageant. Ce beau concert a ravi le public. Si l’orchestre a brillé, c’est bien Alexandre Kantorow qui nous a fait chavirer le public.

Hubert Stoecklin

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 28 février 2024. Daniel Lo Ting-cheung (né en 1986) : Asterismal Dance ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Rhapsodie sur un thème de Paganini, Op. 43 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°1 « Titan » ; Alexandre Kantorow, piano ; Hong-Kong Philharmonic Orchestra ; Jaap Van Zweden, direction.

MARIZA Diva du Fado à Toulouse

Critique. Concert. Toulouse, Halle-aux-grains, le 4 décembre 2023. MARIZA :  Fado et cie…

Les grands interprètes ont invité la diva du Fado pour un récital somptueux.

Belle dans sa robe fourreau de paillettes aux couleurs changeante, se déplaçant avec grâce sur toute la scène, bras orants et offrants Mariza à régner sur un public conquis.  Au fond de scène, à cour et à jardin cinq musiciens l’accompagnaient. Le fond de scène représentait ses initiales au milieu de fleurs stylisées.

Des lumières de face permettaient de jouer sur la profondeur et parfois d’éblouir le public. Les couleurs changeaient, l’intensité lumineuse variait. Un grand cercle lumineux mettait en valeur corps, visages et mains de la diva. Dans la plénitude de magnificence de sa maturité la femme était solaire ou lunaire, mais toujours rayonnante.

Mariza semble implorer le public, lui offrir son cœur c’est simple et d’une beauté foudroyante. Mariza c’est également une Voix, et quelle voix ! Capable de tonner, d’implorer, de pleurer, de rire même un peu. Une fois elle chante sans micro et sans peine sa voix rempli toute le vaste Halle-aux-Grains. Ses infimes variations de couleurs, ses nuances fulgurantes la font passer du murmure aux cris. Toute la palette d’émotions dont elle est capable sidère. Ainsi cette femme si belle, métis d’une mère du Mozambique et d’un père Portugais a dans son corps tous les rythmes de l’Afrique et de l’Amérique du sud. Elle bouge sensuellement en toute simplicité. Comme un oiseau ses deux bras ouvrent des ailes.

Et sa voix vole dans des styles variés. Bien sûr le Fado domine mais les Îles du Cap verts, l’ Afrique et le Brésil l’inspirent. Et sa longue cantilène A Capella avec des percussions et les battements de mains du public fait revivre une Sybille antique. Voyageant dans les styles, les rythmes et le temps, son chant atteint une plénitude incomparable. Les trois guitaristes, l’accordéon et les percussions sont des compagnons de musique très inspirés. Ces grands musiciens dialoguent avec la chanteuse qui en toute confiance peut se lancer dans des variations magiques. La complicité qu’ils partagent est pleine de chaleur.

Emmaillant ses chansons de paroles en français, en anglais et en portugais sur sa carrière, sa vie, le temps qui passe, Mariza se dévoile fragile et pleine de doutes. Sa seule certitude c’est bien la profondeur de l’amour et dans ses amours, la musique et le public sont au sommet. Mariza envoute son public qui lui fait fête. Les adieux se prolongent avec plusieurs bis. Mariza est une grande artiste qui transcende le Fado, chante la beauté du Portugal et sa langue si chantante. Elle chante aussi le monde, l’Afrique, le Cap Vert et le Brésil. Une grande dame nous accueilli dans son mode de musique et de beauté. Merci belle Mariza !  

Critique. Concert.Toulouse. Halle-aux-Grains, le 4 décembre 2023. Fado et musique du monde. MARIZA, voix ; Luis Guerreiro, guitare portugaise ; Phelipe Ferreira, guitare acoustique ; Adriano Alves-Dinga, guitare basse ; Joao Freitas, percussions ; Joao Frade, accordéon.  Photos : Hubert Stoecklin le 4 Décembre 2023

Elle sera à Lyon le 11 décembre après elle sera à Lisbonne le 31 décembre et puis recommencera son tour du monde.

Bis lors du Concert du 4 Décembre à Toulouse

Tarmor Pelotokoski et l’ ONCT quel destin les réuni ! !

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains le 2 Décembre 2023. SCHOENBERG, STRAUSS ; WAGNER, Orch. Nat. Capitole, R. Capuçon, T. Peltokoski.

Premier concert de Tarmo Peltokoski avec son orchestre du Capitole

Pour ce concert historique des huiles politiques et culturelles étaient dans la salle. Toutes les places avaient été vendues et on a refusé du monde. Tarmo Peltokoski faisait incontestablement l’événement.  Ce jeune chef qui dirigera l’orchestre du Capitole dès septembre 2024 en tant que directeur artistique est effectivement un génie de la baguette. Avant de savoir que le destin allait lier ce jeune chef et l’Orchestre de Toulouse j’avais été ébloui en 2022 dans un concert qui peut toujours se regarder sur Medici TV.  Aujourd’hui c’est un rêve qui se réalise. Renouveler un coup de foudre entre un chef et l’Orchestre de Toulouse, après la magnifique histoire avec Tugan Sokhiev, était bien improbable. Ce concert a été incroyablement enthousiasmant et a tenu ses promesses . En première partie le chef avant choisi le terrifiant concerto pour violon d’Arnold Schoenberg. Il a d’ailleurs remercié le public dans un français exquis d’avoir écouté ce concerto. Œuvre difficile pour les musiciens comme pour le public, étendard du dodécaphonisme elle se veut sans aucune séduction dans son intransigeance. Renaud Capuçon a été concentré et très solide techniquement. Cette virtuosité inouïe il l’a totalement maitrisée. Très engagé son jeu a été très articulé et précis. Le chef a su garder une tension assez terrifiante tout du long. Seul le second mouvement a permis comme une détente. Très applaudi, Renaud Capuçon a donné en bis une étude sur Daphnée de Richard Strauss. Habile choix qui a permis un lyrisme bien venu après tant de sècheresse et a préparé la suite du concert.    

Après l’entracte l’orchestre s’étant élargi, nous avons pu vivre intensément le poème symphonique Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss. Le début est bien connu et sert d’ouverture dans le film culte, 2001 Odyssée de l’espace de Kubrick. Je n’ai jamais eu de tels frissons dans cette page grandiose. Ce soir Tarmo Peltokoski obtient des contrebasses un bruissement tellurique impressionnant puis des cuivres une brillance aveuglante. C’est grandiose et également très précis et rigoureux. Le grand crescendo est conduit de main de maitre et l’accord fortissimo qui se termine sur l’orgue est précis, sans déborder comme c’est parfois le cas. Puis la partie de quatuor à cordes chante avec une subtilité incroyable. Il n’est pas nécessaire ensuite de parler de la perfection instrumentale de l’orchestre, chacun joue comme si sa vie en dépendait. Une urgence absolue se dégage de cette interprétation. Tarmo Peltokoski associe un geste fougueux et fédérateur à une précision parfaite. Les nuances sont exacerbées.

Les crescendi nous clouent sur place. Ce qui pourtant est le plus émouvant est cette construction dramatique, cette capacité à raconter la musique. Ce jeune chef a une forme d’intuition qui fait que les musiciens comme le public adhèrent sans discussion à sa vision. Le public déguste la fin subtile et le long silence sur lequel se termine le poème symphonique, avant d’applaudir à tout rompre : Succès total pour l’orchestre et le chef !

En fin de programme l’ouverture des Maitres Chanteur de Wagner nous est offerte avec une lumière qui permet de déguster la riche construction contrapuntique ; c’est limpide et charpenté. C’est allant sans jamais aucune lourdeur, car le tactus est savamment conduit. Les couleurs rutilent et les nuances sont très creusées. L’enthousiasme communicatif du chef envahi le public qui applaudi avec frénésie. Cela confirme une union que l’on devine très intime entre ce jeune chef visionnaire et l’Orchestre du Capitole et le public. De bien beaux moments sont promis aux toulousains ce soir. Medici TV a filmé et diffusé le concert en directe, nous espérons une rediffusion prochaine.

Les années Peltokoski sont attendues avec impatience à Toulouse après ce concert d’une telle intensité !

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 2 décembre 2023. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Concerto pour violon, op.36 ; Richard Strauss (1846-1949) : Ainsi parlait Zarathoustra, poème symphonique, op. 30 ; Richard Wagner (1813-1883) : les Maîtres chanteurs de Nuremberg, ouverture ; Renaud Capuçon, violon ; Orchestre national du Capitole de Toulouse ; Direction, Tarmo Peltokoski. Photos Romain Alcazar et Peter Rigaud ( dans le bandeau)

Le Beethoven de Nemanja Radulovic ensorcèle

CRITIQUE. CD WARNER CLASSICS. L.V. BEETHOVEN. NEMANJA RADULOVIC.DOUBLE SENS. Cto Violon. Sonate à Kreutzer.

La générosité de Nemanja Radulovic s’épanouit totalement dans son Beethoven  

Il est gonflé Nemanja Radulovic. S’attaquer ainsi au concerto pour violon de Beethoven dont tant de belles versions existent ! N’était-ce-pas un peu vain ? Et de manière iconoclaste réécrire la sonate à Kreutzer pour un orchestre à corde en lieu et place du piano ?

En mettant le CD sur ma platiné j’étais un peu sceptique. J’ai été saisi et conquis.

Son orchestre Double Sens qu’il dirige du violon est simplement magique. D’abord ce qui frappe c’est cet allant, cette énergie indomptable qui s’imposent. Des instrumentistes saisissants de précision et de beauté sonore.  Des phrasés d’une grande subtilité et des nuances incroyables. Et le violon de Nemanja Radulovic est bouleversant. Tant de de plénitude sonore, tant de phrasés amples et généreux.  Ces nuances infimes, et des fins de phrases mourantes. C’est très personnel et si « beethovénien ».

Passion, larmes, joie passent dans le jeu intense du violoniste. Voilà une très belle version de ce concerto roi. Les dialogues chambristes avec les instruments de l’orchestre sont bouleversants d’amitié perceptible. Une version qui compte parmi celle des plus grands.

Et la surprise des cordes dans la sonate à Kreutzer ! L’abandon du piano !!  L’audace repose en fait sur un sens musical absolument génial du jeune violoniste. Cette sonate-combat devient un deuxième concerto avec des moments d’intense douleur et de paix diaphane. Comme si le cadre trop large pour une simple sonate qui avait valu tant de critiques du vivant de Beethoven trouvait le vaste espace nécessaire dans l’adaptation de Nemanja Radulovic. Il y a des choses que je n’avais jamais remarquées, des rythmes que les cordes intensifient, et un coté tzigane quasi délirant.

Ce diable de violoniste poursuit son chemin hors des sentiers battus tout en tutoyant les sommets de la musicalité. Il se range à côté des violonistes historiques les plus extraordinaires dans la discographie pourtant superlative du concerto.  Voilà un très grand disque.

Hubert Stoecklin

Critique CD. Nemanja Radulovic et Ensemble Double Sens.  Ludwig Van Beethoven (1770 -1827) : Concerto pour violon Op 61 ; Sonate pour violon n°9 “ à Kreutzer », arrangement pour orchestre à cordes de Nemanja Radulovic. CD 5 054 197 743399. Warner Classics. Durée 83’41’. Enregistré en 2023.

Raphaël Pichon et Pygmalion et … Bach !

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 21 novembre 2023. BACH, PYGMALION, PICHON.

Le Bach festif de Raphaël Pichon est un véritable enchantement

Quel bonheur de retrouver Raphaël Pichon et son Ensemble Pygmalion. Chaque fois c’est un grand moment de musique et de théâtre. Les Grands Interprètes les invitent presque chaque année avec le même bonheur. Avec Bach c’est comme si Raphaël Pichon renouvelait ses sensationnels premiers concerts qui d’emblée ont eu un succès gigantesque. Les enregistrements des Messes Brèves de Bach ont tout de suite suivi son entré dans la carrière et datent déjà de 2008. La beauté de la fusion chœur et orchestre n’a pas changée. L’énergie jubilatoire reste identique ce qui a grandi c’est la confiance du geste, la largeur du développement des structures qui à présent dépassent l’entendement humain. Son Bach est grandiose, et tutoie le ciel.

Le concert est construit comme un développement dramatique. Après quelques minutes d’intense concentration le chef d’un geste doux et prudent obtient un début A Capella complètement magique. La précision et la douceur de l’attaque de tout le chœur donne le frisson. La conscience que la beauté va nous envelopper nous permet de nous abandonner. Le Motet de Jean Chrétien Bach Mit Weinen het sich’ an, semble à la fois archaïque et regarde vers Mendelssohn. C’est une musique envoutante sans âge. Le chœur est absolument boulversant. Chaque pupitre est d’une homogénéité renversante. Les nuances sont subtiles, les phrasés infinis et les couleurs d’une variété rare. Ce Motet parle des pleurs qui accompagnent l’homme tout au long de sa vie. Puis La cantate de Bach BWV 25 Es ist nichts Gesundes an meinem Leid nous entraine vers la douleur de la contrition. L’impureté de la chaire comme de l’âme de l’homme sont un sujet mis en musique de manière réthorique. Les phrases descendantes, les timbre graves, les trombones et la couleur abyssale du pupitre des basses, tout parle de douleur extrême. Le récitatif du ténor est très dramatique. L’art du ténor Laurence Kilsby est total : Mots percutants, phrasés subtils, voix de lumière. C’est très, très beau. Puis dans son air, la basse de Christian Immler se désole avec un timbre d’une belle profondeur. Le soprano aérien de Maïlys de Villoutreys a une pureté adamantine qui fait merveille dans son air angélique qui porte l’espoir. Le chœur ouvre et ferme la cantate comme un portique gigantesque et terriblement impressionnant. Sans laisser le public applaudir dans un geste d’une implacable continuité Raphaël Pichon entraine toute son équipe dans la si joyeuse cantate BWV 110, Unser Mund sei voll Lachens, le rire propre de l’homme devient celui de la joie de la rédemption promise. La fusion jubilatoire de l’orchestre du chœur et des voix soliste est tout particulièrement réussie. Cette joie communicative gagne tous les musiciens et le public. La grande ouverture à la française avec trompettes et timbales est à la fois grandiose, spectaculaire et souple. C’est le génie de la direction de Raphaël Pichon d’associer ainsi les qualités inattendues que contient la musique de Bach à la fois savante et dansante, profonde et évidente, grande et simple. Le chœur avec des moments solistes enchâssés n’est que jubilation. Les vocalises fusent les nuances sont extrêmes et semblent faciles. Pygmalion est un chœur d’une ductilité totale et d’une souplesse de félins. Chaque entrée permet de déguster des pupitres totalement unis. La beauté du fini vocal est digne de ce qu’a pu obtenir un John Elliot Gardiner avec son Monteverdi Choir, c’est tout dire…. L’air du ténor avec le délicat trio de flutes douces est un pur moment poésie que la voix solaire et tendre de Laurence Kilsby magnifie. Nous découvrons ensuite avec ravissement le timbre de bronze de l’alto Lucille Richardot. Sa voix homogène a un caractère androgyne qui donne beaucoup d’originalité et de grandeur à son chant. La solidité de l’intonation la précision des mots impressionnent grandement ainsi que la souplesse des phrasés. Dans son air à vocalises redoutables Christian Immler fait merveille. La rivalité avec les trompettes est un grand moment festif. La voix d’airain de la basse semble n’avoir aucune limite. C’est un moment grandiose. Enfin après le dernier choral le public peut applaudir et les commentaires vont bon train à l’entracte tant l’impression est favorable et forte.

La deuxième partie sera comme la première construite d’un seul geste dramatique. La cantate BWV 66 Erfreut euch, ihr Herzen n’est qu’une grande jubilation avec éclats de rires. Les violons jouent debout et dans un tempo d’enfer distillent leurs volutes et leurs tourbillons sans efforts apparents. C’est virevoltant et enivrant comme la joie. La présence du pupitre des basses est jouissive et chacun offre sa vision de la joie, instrumentistes comme chanteurs du chœur ou solistes. Raphaël Pichon garde le tempo sans jamais rien lâcher avec toutefois une souplesse remarquable, c’est terriblement efficace.  Qui pourrait douter que le chant choral n’est pas un moment de bonheur absolu en assistant à ce moment de musique magnifique ? 

La grande cantate Ein feste Bourg ist mein Gott atteindra un sommet. La fugue immense magnifiquement lancé par un pupitre de ténors fulgurant est escaladée avec une facilité virtuose inouïe. Tout est magnifique les mots ne peuvent décrire cette jubilation qui envahit toute la Halle-aux – Grains !   Cette puissance gracieuse est simplement incroyable. Les solistes se surpassent et la splendeur des timbres, la solidité des vocalises, les phrasés subtiles et les couleurs irisées sont de grands chanteurs mais surtout d’immenses musiciens. Tous les instrumentistes sont magnifiques. La viole de gambe dans les accompagnements est d’une souplesse admirable, les trompettes naturelles rivalisent de précision et de beauté.  Sans aucune pause après cette presque demi-heure que dure la cantate le chef entraine tout son monde dans le Sanctus de la Messe en si.

Le portique grandiose ouvre le ciel et rien ne semble pouvoir limiter les artistes qui s’abandonnent au geste puissant de Raphaël Pichon lui-même heureux comme un véritable démiurge. La magnificence de cette fusion orchestrale et chorale ne me semble pas avoir d’équivalent aujourd’hui.

  Le concert de ce soir nous fait penser que Raphaël Pichon prolonge le geste dramatique que le chef britannique a offert à la musique de Bach avec son Monteverdi choir en élargissant le propos vers encore d’avantage de contrastes entre jubilation et drame. Offrir tant de bonheur au public méritait bien les ovations sans fin faites aux artistes ce soir

Ce concert est un tout totalement admirable qui justifie pleinement de figurer au firmament des évènements des Grands Interprètes.

Hubert Stoecklin

Pour s’en convaincre un concert de la Messe en Si : Tout simplement magnifique ! le Sanctus est à

1h27’.

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Les Grands Interprètes,Halle-aux-Grains, le 21 novembre 2023.Johann Christoph Bach (1642-1703): Motet, Mit Weinen hebt sich’s an ; Johann-Sebastian Bach (1685-1750) : Cantates BWV 110, BWV 25, BWV 66/1, BWV 80 ; Sanctus BWV 232.  Maylis de Villoutreys, soprano; Lucille Richardot, alto; Laurence Kilsby, tenor; Christian Immler, basse; Pygmalion, choeur et orchestra ; Raphäel Pichon, direction. Photos: DR H.Stoecklin

Idylle par Léa et Thomas : un baume pour l’âme

CRITIQUE CD. Idylle. Lea Dessandre, Thomas Dunford. D’Ambruys, Hahn, Françoise Hardy, Charpentier, Satie, Messager, Lambert, Visée, Le Camus, Debussy, Barbara, Offenbach.Un CD ERATO n° 5054197751462 ; Enregistré en mai 2023.  Durée : 64’23’’.   

Luxe, calme, volupté : si j’étais plus heureux je mourrai de plaisir  

Quel bonheur du début à la fin. La délicate musicalité des deux musiciens fait de ce récital en CD un véritable hommage à la chanson française par-delà les âges et les styles ; Il n’y a là que du beau, du très beau. Bien sur le cœur du répertoire des deux artistes est baroque. De Visée, Lambert, Charpentier, Le Camus. C’est dans ce répertoire que le théorbe de Thomas et le chant subtil de Léa se marient avec une évidence musicale et stylistique toutes deux parfaites. Mais ce pari d’aller vers la mélodie de Reynaldo Hahn ou d’André Messager, vers l’archaïsme reconstruit de Debussy, vers l’opérette d’Offenbach et le charme des chansons de Françoise Hardy et de Barbara est génial. Il n’y vraiment que de la bonne musique défendue avec cette véritable ivresse par nos deux musiciens hyper sensibles. La délicatesse et la puissance du théorbe de Thomas Dunford rencontrent le chant et surtout l’aisance à dire le texte de Léa Dessandre. Car c’est vraiment cette harmonie délicieuse de la musique et du texte qui nous enchante quel que soit le style et l’époque.  A chaque nouvelle écoute c’est un air particulier qui semblera le plus beau. Voilà un CD qui s’écoute avec délectation : au-delà du temps seul compte l’idylle, cet amour léger et heureux. Léa et Thomas, comme ils signent leurs intentions dans la pochette, sont des amoureux de la musique et du texte et cela s’entend. Merci à eux deux qui représentent la quintessence de l’harmonie amoureuse en musique.  La Gnosienne et la gymnopédie de Satie au théorbe sont à tomber et la Mélisande de Léa presque a capella est magique. Que dire de Barbara et Françoise Hardy qui ne déméritent pas à coté de Lambert et Charpentier…. Vraiment de surprises en surprises ce CD s’écoute avec un véritable bonheur toujours renouvelé.Un enregistrement qui sera également donné en récital en une vaste tournée au-delà de l’Atlantique. Parions une tournée triomphale ! La prise de son met en valeur les doigts d’or de Thomas (quelle subtilité) et toutes les inflexions de la voix de Léa, (des voix devrais-je écrire). Voilà une véritable bombe de bonheur, toute en fleurs et d’intelligence musicale, de quoi oublier notre monde en guerre si bêtement répétitif. Hubert Stoecklin

Ton Koopman à Toulouse pour son dramatique Requiem de Mozart

CRITIQUE, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 27 octobre 2023. Bach, Hummel, Mozart. Orch et Chœurs du Capitole. J. Martineau, T. Koopman.

Un concert jubilatoire

Ce concert évènement à Toulouse a été auréolé de deux soirs successifs. Ton Koopman est un véritable monument musical à lui seul. Claveciniste et chef célébrissime, il a une carrière époustouflante et sa discographie est pléthorique.  Il n’avait pas encore dirigé l’orchestre du Capitole ni son chœur.

La joie mutuelle semblait diffuser de part et d‘autre. Disposant des forces musicales comme il le souhaitait Ton Koopman a associé un orchestre de dimension réduite et un chœur au grand complet. Ce choix au départ un peu surprenant a été payant par une montée en puissance émotionnelle assez exceptionnelle. La troisième suite pour orchestre de Bach en ré majeur est brillante et puissamment articulée. Trompettes et timbales donnent toute la majesté attendue dans l’ouverture à la française. La direction de Ton Koopman obtient des musiciens de l’orchestre un jeu souverain, plein de lumières, de couleurs éclatantes et de nuances subtiles. Car ce qui importe avec un chef aussi charismatique c’est bien ce qui se passe dans l’orchestre. Galvanisé par un chef véritablement aux anges, leur interprétation n‘a rien à envier aux ensembles baroques. Tout est magnifiquement réalisé dans une légèreté aérienne. Puis les sublimes suites de danse défilent avec beaucoup de grâce. Les phrasés subtils des cordes apportent beaucoup de mélancolie ou de joie. Voilà un très beau travail d’orchestre.

La venue du mandoliniste Julien Martineau a ravi le public toulousain qui connaît bien cet enfant du pays à la carrière internationale. Le concerto de Hummel est une œuvre pleine de charmes, le chef qui ne la connaissait pas semble la déguster. Le jeu de Julien Martineau est d’une musicalité consommée.  Sa virtuosité décoiffe. La capacité du mandoliniste à chanter sur ses cordes pincées est absolument incroyable. Ce délicat concerto est un moment de charme absolument délicieux. Le public ovationne le divin mandoliniste qui donne un bis subtilement nuancé.

Après cette belle lumière de Bach et cette sensualité du concerto l’entracte permet au chœur du Capitole de s’installer pour la pièce maîtresse du concert : le Requiem de Mozart. L’orchestre s’étoffe avec les clarinettes et les cors, les quatre solistes s’installent derrière l’orchestre et devant le chœur.  Le chœur du Capitole semble être au complet. L’équilibre est donc en sa faveur. Ton Koopman de sa direction acérée offre une version très contrastée et très dramatique de ce chef d’œuvre si émouvant. Il tire le chœur vers le plus de légèreté et de virtuosité possible. Les tempi vifs ne les mettent pas en difficulté. Le chef obtient de très belles nuances et des phrasés bien découpés. Tous les pupitres sont homogènes, les couleurs des ténors et des altos touchent au sublime. Les basses sont plutôt claires tout en étant bien présentes. Ce sont les soprano (de chœur d’opéra) qui avec une couleur assez corsée n’atteignent pas le chant diaphane et céleste du Voca me du Confutatis. Les quatre solistes ont été parfaits. Ce qui est attendu d’une rencontre entre un orchestre et un chœur symphonique avec un chef baroque si doué, c’est bien qu’il insuffle à tous son esthétique et son style. Cela a parfaitement fonctionné ce soir et le public a semblé enchanté. Une Halle-aux-Grains pleine à craquer deux soirs de suite leur a fait à chaque fois un véritable triomphe.

Hubert Stoecklin

CRITIQUE, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains le 27 octobre 2023. Jean- Sébastien Bach ( 1685-1750) : Suite pour orchestre n°3 en ré majeur, BWV 1068 ; Johann Nepomuk Hummel ( 1778-1837) : concert pour mandoline en sol majeur, S 28 ; Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791) : Requiem en ré mineur, KV 626 ; Julien Martineau, mandoline ;  Elisabeth Breuer, soprano ; Lara Morger, Mezzo-soprano ; Kieran White, ténor ; Benjamin Appl, baryton ; Chœur de l’opéra national du Capitole , chef de chœur Gabriel Bourgoin ; Orchestre national du Capitole de Toulouse ; Direction , Ton Koopman. Photos : Romain Alcazar.

 SUITE 3 de Bach

Julien Martineau Hummel

Confutatis Ton Koopman

le jeu subtil de Jan Bertos offre des émotions rares au public de Piano Jacobins

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Couvent des Jacobins, le 26 septembre 2023. KABELAC, JANACEK, SMETANA, J. BARTOS (piano).

Piano Jacobins a fait découvrir en première audition française un pianiste rare et précieux. Jan Bartos vient offrir au public trois pages majeures de la musique de son pays. Originaire de Prague il propose en début de concert les Huit préludes de Miloslav Kabelac. Ce compositeur inconnu en France a porté haut dans son pays un art musical varié. Symphonies, musique de chambre, musique de piano, musique religieuse il a abordé avec grand succès tous les genres. Ces huit préludes demandent au pianiste des moyens techniques considérables et une grande force expressive. Jan Bartos avec une énergie magnifique en offre une interprétation charpentée et très nuancée. Les couleurs sont vives, les nuances très creusées entre pianissimi diaphanes et fortissimi telluriques. C’est un magnifique piano extraverti et puissant.

Puis avec la sonate 1 X 1905 de Janacek c’est le drame, l’angoisse et la mort qui s’invitent. Jan Bartos avec une concentration extrême offre cette musique comme si sa vie en dépendait. Les prémonitions du premier mouvement avec des couleurs subtilement éclairées distillent une angoisse sourde. Puis le drame de la mort explose et nous terrasse. C’est vraiment avec une force dramatique peu commune que Jan Bartos nous interprète cette sonate ; il y met comme une revendication. L’hommage de Janacek a cet ouvrier, Frantisek Pavlik, jeune victime de la tyrannie d’état, semble vivifié par cet interprète si engagé.

La dernière œuvre au programme, toujours de musique Tchèque détend l’ambiance avec des partitions très subtiles de Smetana. Dreams permet au pianiste d’utiliser des touchers plus subtils avec une grande variété de nuances. C’est vraiment très poétique et très beau.

Ce programme concentré sur la musique Tchèque permet à Jan Bartos de démontrer bien des qualités magnifiques. Cet artiste encore inconnu en France et que sa carrière internationale va conduire aux États-Unis a un nom à retenir. Une telle hauteur de vue, un tel engagement sont des qualités aussi rares que précieuse. Le public applaudit généreusement et obtient un beau bis: un extrait du sentier herbeux de Janacek.

lien vers une vidéo de réminiscences

Merci à Catherine d’Argoubet d’avoir fait découvrir Jan Bartos, un artiste considérable, au public de Piano Jacobins.

Hubert Stoecklin

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, 44ème Festival Piano aux Jacobins / Cloître des Jacobins, le 26 septembre 2023. Miloslav Kabelac (1908-1979) : Huits Préludes op.30 ; Leos Janacek (1854-1928) : Sonate 1 X 1905 en mi bémol mineur ; Bedrich Smetana (1824-1884) : Dreams. Jan Bartos, piano. 

Photos (c) Piano Jacobins.