Oncle Vania de Tchekhov dans une mise en scène superfétatoire de Galin Stoev.

CRITIQUE. THEATRE. TOULOUSE.THEATREDELACITÉ. VENDREDI 13 janvier 2023. A. TCHEKHOV. ONCLE VANIA. G. STOEV.

Mise en scène superfétatoire de Galin Stoev pour le chef d’œuvre de Tchekhov.

Avec de tels acteurs (dont quelques-uns de la Comédie Française) et un texte si puissant il est dommage que Galin Stoev en créant à Toulouse sa version d’Oncle Vania n’ai pas assez fait confiance aux uns comme à l’autre. Ou autrement dit beaucoup de bruit pour rien.

Que de détails futiles, d’accessoires redondants, de rajouts prétentieux ! Vraiment les acteurs sont excellents et la pièce parle au public aujourd’hui directement sans besoin de souligner quoi que ce soit. Je ne détaillerai pas ce qui a alourdi le propos, dénaturé la beauté mélancolique des personnages. Il est certain que la pièce de Tchekhov est un tel chef d’œuvre qu’elle a parfaitement résisté à cette mise en scène. Approfondir les failles des personnages, rendre plus dérangeants les rapports entre les générations auraient été bien plus forts. Une recherche d’élégance et de légèreté est louable, si toutefois la tristesse de la plupart des personnages avait été d’avantage révélée. Ce partie pris systématique du beau provoque la lassitude de l’œil. Le micro au bord de scène pour « faire entendre les moments clefs » ne s’adresse pas à un public cultivé. Surligner comme au stabilo des moments n’est pas digne de ce chef d’œuvre. Reste la puissance des acteurs qui dépasse tout comme la pièce s’arrange de tout. Ainsi la Nounou de Catherine Ferran est l’incarnation d’une forme de sagesse de Tchekhov, les mélodies de sa belle voix grave sont raffinées. En Sonia Elise Friha est toute de sensibilité refoulée et de pudeur virginale. Sa compréhension de Vania, son cher oncle, est subtilement évidente. C’est peut-être le plus beau rapport entre les personnages, et la fin de pièce est délicieuse. Une sorte d’authenticité entre ces deux personnages me touche. La complexité du beau personnage d’Oncle Vania oscillant entre inhibition et pulsions exacerbées est admirablement vécu par Sébastien Eveno. L’acteur rend très touchante cette lucidité si douloureusement acquise par ce personnage idéaliste, qui évolue vers quelque chose de proche du nihilisme.

La complexité du rôle d’Astrov, le médecin ami de Vania, dangereusement attiré par Elena n’est que partiellement rendue. Le parti pris de mise en scène, avec de la tension et la recherche de maitrise, limite le jeu de Cyril Gueï.

En effet la sensualité lui semble refusée par la mise en scène. Je l’ai beaucoup regretté surtout dans la scène avec Elena. La également ce doit être une demande du metteur en scène : Suliane Brahim en Elena a un jeu déclamé et artificiel. La froideur constante, la raideur, l’absence de toute sensualité renforcent trop l’absence de profondeur du personnage. Il manque à mon avis tout un pan de séduction qui justifie l’élan des personnages vers elle.

Son vieux mari, le professeur hypochondriaque a également un jeu univoque avec de la raideur. Ce n’est pas que le Sérébriakov de Andrzej Seweryn manque de charisme, l’acteur en a à revendre, mais le personnage manque d’épaisseur. Il ne reste rien de l’idéalisation qu’il a provoqué dans sa jeunesse, ni de sa grandeur passée.

Les décors d’Alban Ho Van et les costumes de Bjanka Adžić Ursulov soulignent la dystopie avec une recherche d’élégance comme déclassée. Cela évite surtout à Galin Stoev de choisir entre la radicalité de la modernité et le relatif confort des costumes d’époque. Cet entre-deux est un peu fade. Les lumières de d’Elsa Rebol sont efficaces et sont sans magie. Les choix musicaux ne sont pas très pertinents, avec une recherche de séduction trop facile. Le travail musical de Joan Cambon semble pourtant conséquent. 

Je ne commenterai pas la présence de poules sur scène, la dystopie, le micro, les robots musicaux, les chansons, la came… Tout cela appartient à autre chose qu’à une mise en scène pleine de respect pour un chef d’œuvre, plutôt à une recherche de séduction facile à destination du public.

Hubert Stoecklin

Critique. Théâtre. Toulouse. Théâtredelacité. Le 13 Janvier 2023. Anton Tchekhov (1860-1904) : Oncle Vania. Texte français, Virginie Ferrere et Galin Stoev ; Mise en scène, Galin Stoev ; Spectacle produit par le ThéâtredelaCité ; Distribution : Suliane Brahim – Sociétaire de la Comédie-Française / Elena, Caroline Chaniolleau / Maria Vassilievna, Sébastien Eveno – Comédien permanent associé au projet de direction de la Comédie – CDN de Reims / Vania, Catherine Ferran – Sociétaire honoraire de la Comédie-Française / La Nounou, Cyril Gueï / Astrov, Côme Paillard / Gaufrette, Élise Friha / Sonia, Andrzej Seweryn – Sociétaire honoraire de la Comédie-Française / Sérébriakov ; Collaboration artistique et assistanat à la mise en scène , Virginie Ferrere ; Scénographie , Alban Ho Van ; Lumières , Elsa Revol ; Costumes , Bjanka Adžić Ursulov ; Sons et musiques , Joan Cambon ; avec l’aide pour la création des machines musicales de , Stéphane Dardé ; Dressage , Vincent Desprez ; Réalisation du décor dans les Ateliers de construction du ThéâtredelaCité sous la direction de Michaël Labat ; Régie Générale , Léo Thevenon ; Régie plateau , Simon Clément ; Régie lumière , Didier Barreau et Michel Le Borgne ; Régie son , Loïc Célestin ; Habillage , Sabine Rovère ; Production ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie ; Coproduction Comédie – CDN de Reims.

Crédit Photo : Marie Liebig

La Vie Parisienne dans la ville Rose : Enregistrement en concert !

CRITIQUE, opéra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 12 jan 2023. OFFENBACH : La Vie Parisienne. Orch Nat Cap / R Dumas.

Quelle énergie dans cette Vie Parisienne !

Proposée en concert, il n’était pas évident que cette opérette dans une version de plus de trois heures ravisse le public. Et pourtant le succès a été total. Cette longue version remonte aux sources de la création. Le Palazzetto Bru-Zane a financé ce travail éditorial qui réintègre nombreux airs et moments vocaux plus exigeants voir virtuoses qu’Offenbach avait biffés trouvant une distribution plus théâtrale que lyrique lors de la création. Cette version de 1866 n’a donc jamais été entendue par Offenbach et il ne l’a pas validée. Cela correspond à sa composition musicale « pure » sans les modifications d’homme de théâtre qui l’ont conduit au succès que l’on sait. C’est donc un plaisir de musiciens et effectivement certains rôles deviennent plus importants. Le grand gain est de faire de Gabrielle la prima donna assoluta. Le rôle gagne en airs nouveaux mais surtout il a la responsabilité de lancer de nombreux ensembles dont l’inénarrable couplet de la Bouillabaisse. C’est bien la qualité de jeux des chanteurs, leurs mimiques, leurs fragiles accessoires qui ont conduit le public à l’extase. Vocalement toute la distribution est admirable mais surtout l’inventivité musicale et le panache vocal sont augmentés par un engagement théâtral exceptionnel. Ce concert était enregistré pour illustrer la version éditée par le Palazzetto Bru-Zane ainsi chaque chanteur était cantonné à sa place devant son micro ! Leur mérite de faire vivre leur personnage était donc immense et sera je pense perceptible dans l’enregistrement. Le jeune chef Romain Dumas a beaucoup d’énergie et anime toute cette intrigue tarabiscotée avec du panache et de l’humour. Les tempi sont vifs et les enchaînements très vivants.

L’Orchestre du Capitole mange du pain béni et fait feu de toute sa musicalité, sa virtuosité et son humour. C’est véritablement jubilatoire. Le chœur du Capitole débute avec une entrée spectaculaire qui demande beaucoup de concentration entre les nombreux sous-groupes. Ce n’est que petit à petit que la tension baisse et que leur amusement devient partagé.

La distribution est de haut vol. Les hommes d’abord puisque ce sont eux qui entrent en scène en premier. En Bobinet, Marc Mauillon est absolument irrésistible et c’est dommage que le rôle ne nous permette pas de l’entendre davantage. Ses mimiques sont drolatiques et la voix superbement conduite. Son compère plus favorisé dans la partition est Artavazd Sargsyan en Gardefeu. Tout aussi impliqué que Bobinet , il a un humour plus subtil et vocalement les exigences du rôle lui permettent de belles démonstrations de virtuosité. Jérôme Boutillier est un Baron truculent, ridicule et pourtant touchant avec une voix très spectaculaire. Sa Baronne est très assortie vocalement avec la même splendeur sonore et scéniquement un jeu en demi-teinte permet d’apprécier un personnage plus subtil qu’habituellement. En Baronne Sandrine Buendia a un grand talent scénique.

Véronique Gens en Métella promène son élégance lasse ; très concentrée sur sa partie vocale elle maintient son timbre et maîtrise son vibrato grâce à une concentration sans faille. Plus de théâtre lui aurait permis une meilleure intégration car elle a semblé toujours un peu « lointaine ». La grande diva est donc sans contestation Anne-Catherine Gillet en Gabrielle la gantière, une artiste aussi superbe que virtuose. Une énergie qui semble illimitée, des changements de costumes à vue, des sourires charmeurs : son jeu est sensationnel. D’autant je vous le rappelle que cela se passe sur moins d’un mètre carré ! La voix est d’une beauté délicieuse, ronde, irisée de couleurs fleuries avec des aigus cristallins et une homogénéité de tessiture très agréable. Son aisance avec le texte dans une diction parfaite fait également le charme de son personnage. Et son humour est tout à fait jubilatoire.

Pierre Derhet joue plusieurs rôles. Son Frick est spectaculaire mais son Brésilien ne l’est pas moins, il rend sa voix presque méconnaissable. C’est vraiment bleuffant ! Marie Gautrot est une Madame de Quimper-Karadec de haute tenue. Voix large et prestance scénique imposante. Elle joue son texte avec beaucoup d’aisance. Les autres dames créent une énergie d’ensemble assez remarquable, jeu collectif et rares moments de mise en valeur.  C’est également cet esprit collectif qui conduit aux meilleures réussites chez Offenbach. Donc félicitons Elena Galitskaja en Pauline véritable rouée coquine, Louise Pingeot en Clara, Marie Kalinine en Bertha et Caroline Meng en Dame de Folle-Verdure déjantée. Philippe Estéphe en Urbain et Alfred et Carl Ghazarossian complètent avec humour l’équipe gagnante. Ce concert de trois heures-vingt comportait un court entracte. Il me sembla passer très vite grâce à la présence vivifiante des artistes. 

Ne doutons pas qu’au disque cette version ravira la première place tenue pour l’heure par la version de Michel Plasson chez EMI avec une distribution incroyable dont LA METELLA de Régine Crespin et Mady Mesplé en Gabrielle pyrotechnique. L’art de Michel Plasson demeure irremplaçable dans ce répertoire…

En Choisissant Toulouse pour son enregistrement, le Palazzetto Bru-Zane permet un challenge en toute amitié, non sans un certain humour.

Hubert Stoecklin

Critique. Opéra. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 12 janvier 2023. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie Parisienne opéra bouffe en cinq actes (version de 1866). Version de concert. Avec : Anne-Catherine Gillet, Gabrielle ; Artavazd Sargsyan, Gardefeu ; Marc Mauillon, Bobinet ; Jérôme Boutillier, Le baron ; Sandrine Buendia, la baronne ; Véronique Gens, Métella ; Pierre Derhet, Le Brésilien, Frick, Gontran ; Elena Galitskaja, Pauline ; Marie Gautrot, Mme De Quimper-Karadec ; Louise Pingeot, Clara ; Marie Kalinine, Bertha ; Caroline Meng Mme de Folle-Verdure. Philippe Estèphe, Urbain, Alfred ; Carl Ghazarossian, Joseph, Alphonse, Prosper ; Chœur du Capitole (chef de chœur Gabriel Bourgoin) ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Romain Dumas.

Crédit photo : Romain Alcaraz

Amandine Beyer et les Incogniti sont renversants dans Vivaldi !

Critique enregistrement. Antonio Vivaldi : Il Mondo al Rovescio. Amandine Beyer. Les Incogniti. 1 CD Harmonia Mundi. HMM 902688. Durée 76’34’’. Enregistré en 2022.

Amandine Beyer et les Incogniti depuis leur entrée fracassante dans le monde de Vivaldi, avec un enregistrement des Quatre Saisons qui toujours rééditées est aimé du public comme de la critique. Ses musiciens ne cessent de revenir vers la musique du prêtre Roux avec bonheur. Leur dernier enregistrement est une véritable fête. L’équipe de fins musiciens s’étoffe. Non pas pour alourdir les pupitres mais pour ajouter d’autres timbres, découvrir d’autres œuvres, jouer avec d’autre forme de virtuosité. Le parti pris de jouer à un par partie reste identique. Cette responsabilité de soliste pour chaque musicien est un peu ce qui rend si magique leurs interprétations. Personne ne s’ennuie jamais et chacun assume sa partie avec le plus grand soin et parfois l’humour le plus ravageur. 

Ainsi le jeu garde sa précision et sa vivacité, la virtuosité est toujours superlative sans ostentation.

Les nouveaux venus sont nombreux et plusieurs concertos sont des raretés. Les violons restent les rois, toutefois nous avons aussi deux hautbois : Neven Lesage et Gabriel Pidoux, deux flûtes, traverso et ridorder : Eleonora Biscevic et Manuel Granatiero, deux clarinettes : Roberta Christini et Renaud Guy-Rousseau, deux cors truculents: Teo Suchanek et Ciryl Vittecoq et un basson : Lajandro Perez-Marine. Je ne résiste pas à citer Clément Losco aux timbales qui a un chic fou. Les cors naturels offrent la même fougue dévergondée que Bach leur confie dans son premier concerto Brandebourgeois. Cela donne une impression de grand air et de partie de campagne.

Tout ce petit monde alterne et parfois les musiciens jouent tous ensemble ; c’est un festival de beauté, d’humour et surtout de joie. Les phrasés sont toujours exquis, les nuances pleines de surprises, la virtuosité naturelle et nous devinons que le partage entre les musiciens est d’une totale générosité. Cet enregistrement fait mentir Stravinski qui aurait dit que Vivaldi composait toujours la même chose ; chaque concerto a sa propre personnalité avec de tels interprètes. Ce disque va donner le moral à qui l’écoute et ce n’est pas une petite chose dans notre monde anxieux. Cette musique jouée ainsi apporte de la joie.

Un Grand Merci à Amandine Beyer, ses Incogniti et leurs invités. Bravo pour cette superbe série de concerti chacun est plus vivant que l’autre. L’écoute de ce CD est comme un soleil radieux. Il se termine sur cet étonnant concerto « Il proteo ossia il mondo al rovescio » violon et violoncelle s’échangent les thèmes, jouent la même chose à la suite ou en même temps, se répondent, se coupent la parole : le jeu d’écriture et la virtuosité exigée accueillent un troisième ami : c’est cet humour inénarrable. Quelle joie cette musique de Vivaldi, quelle fête cet enregistrement !

Auditorium, Gli Incogniti, Neven Lesage, Gabriel Pidoux, hautbois Roberta Cristini, Renaud Guy-Rousseau, clarinettes Eleonora Biscevic, Manuel Granatiero, flûtes 
Théo Suchanek, Cyril Vittecoq, cors Natalie Carducci, Yoko Kawakubo, Flavio Losco, Vadym Makarenko, Corinne Raymond-Jarczyk, Alba Roca, violons Marta Paramo, Ottavia Rausa, altos Marco Ceccato, Rebeca Ferri, violoncelles Alejandro Perez-Marin, basson Francesco Romano, théorbe Baldomero Barciela, violone Anna Fontana, clavecin et orgue Noé Ferro, timbales

Hubert Stoecklin

1 CD Harmonia Mundi : Il Mondo al rovescio. Antonio Vivaldi (1671-1751) : Concerti per la Solennita di S. Lorenzo en do majeur RV 562 et en sol majeur RV 556 ; Concerto pour flûte en mi mineur RV 432 ; Concerto pour violon en fa majeur RV 571 et en la majeur RV 344 ; Concerto pour violon et hautbois en sol mineur RV 576 ; Concerto pour violon en mi mineur RV 278 ; Concerto pour 2 hautbois en la mineur RV 536 ; Concerto pour violon et violoncelle en fa majeur RV 572 « Il proteo ossia il mondo rovescio ». Les Incogniti.  Amandine Beyer, violon et direction. 1 CD Harmonia Mundi. HMM 902688. Durée 76’34’’. Enregistré en 2022. Code barre : 3 149020 944714.

Superbe sérénade d’Hiver par les Eléments

CRITIQUE. Enregistrement. Sérénade d’hiver. LES ELEMENTS. Joël Suhubiette. 1 CD Mirare. Mir 650.

Une sérénade de grande élégance.

Joël Suhubiette et ses Éléments nous invitent à un bien beau voyage musical en hiver. Alors que les températures sont bien hautes cela nous raconte combien cette saison, mal aimée le plus souvent, a été illustrée par de nombreux compositeurs au cours des ans. Les Éléments excellent dans absolument tous les répertoires nous le savons. Une nouvelle fois l’aisance avec laquelle ils parcourent le vaste répertoire vocal a capella, certains dans des arrangements magnifiques de Pierre Jeannot, est sensationnelle. Du moyen âge à la créations contemporaine tous est absolument superbe. J’ai pour ma part beaucoup de plaisir dans leurs Poulenc. Je trouve qu’ils en sont actuellement encore plus convainquant qu’Accentus.

 Les compositeurs contemporains fétiches de l’ensemble sont présents Patrick Burgan avec 5 chants de neige spectaculaires et Zad Moultaka avec Flamma. Le naturel, l’élégance et la précision sont une alliance gagnante et cet enregistrement à la thématique astucieuse est également un véritable catalogue de leur magnificence. Les Éléments renouvellent depuis 1997 tout particulièrement une véritable excellence du chant a capella. Leur dernier enregistrement est un très beau disque à déguster même si les températures ne sont pas exactement de saison et si la neige est trop rare. Peut-être que cela deviendra-t-il un témoignage d’un passé proche… et sera un nouvel atout pour cet enregistrement, qui sait ? La prise de son est très précise et très naturelle. Tout s’entend et les équilibres sont parfaits. Vraiment tout invite à une écoute renouvelée de cet enregistrement aux styles variés et si bien interprété.

Hubert Stoecklin

Critique. Enregistrement. Sérénade d’hiver. Claude Debussy (1862-1918) : Yver, vous n’estes qu’un villain. Antoine Busnois (1430-1492) : Noël Noël Noël. Antoine Brumel (1460-1512) : Noe noe noe. Claude Goudimel (1510-1572) : Esprits Divins, chantons dans la nuit sainte. Eustache du Caurroy (1549-1609) : Ave Virgo Gloriosa. Zad Moultaka (né en 1967) : Flamma. Patrick Burgan (né en 1960) : Chants de neige. Traditionnels français : Or nous dites Marie ; Noël Nouvelet. Traditionnel basque : Birjina gaztetto bat zegoen. Francis Poulenc (1899-1963) : Quatre motets pour le temps de Noël ; La blanche neige, Un soir de neige. Claire Mélanie Sinnhuber – (née en 1973) : Temps de Neige. Léo Delibes (1836-1891) : Chœur des frileuses. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Sérénade d’hiver. Claudin de Sermisy (1490-1562) : Disons Nau a pleine teste. Chœur de chambre Les Éléments, direction : Joël Suhubiette. 1 CD. Mirare. Durée 64’04’’. Enregistré du 28 février au 5 mars 2022. Code : 3760127226512.

Photo © Passerini – Les Eléments

7 ° Livre de Madrigaux de Monteverdi par Alessandrini

Critique. Enregistrement. MONTEVERDI. Septième livre de madrigaux. Concerto Italiano. Rinaldo Alessandrini. 2 CD Naïve. Enregistrement d’octobre 2020.

Monteverdi en majesté avec la nouvelle lecture de Rinaldo Alessandrini 

 La couverture du CD annonce les partis pris de l’enregistrement. Nous voyons un Rinaldo Alessandrini sévère assis à la table, un livre dans les mains, un verre d’eau à ses côtés. Il enregistre la musique de Monteverdi avec grand succès depuis les années 1990. Toute nouvelle lecture proposée par ce grand spécialiste montéverdien transalpin est un évènement. Sa lecture de ce Septième Livre de Madrigaux semble plus austère, plus stricte, plus intellectuelle. Position charnière pour Rinaldo Alessandrini qui dans ses interprétations précédentes des madrigaux de Monteverdi attachait plus de prix à un coté comme improvisé, à des contrastes surprenants et des couleurs plus saturées. Ainsi je pense au livre-disque du huitième livre édité en 2010 avec un texte passionnant et de reproduction de tableaux somptueux dans lesquels les madrigaux sont plus colorés.

Cette version ci serait plutôt gravée à la pointe, comme dans une fine gravure qui fait ressortir les structures, cisèle le texte et offre un accompagnement instrumental richement varié aux voix.  Les chanteurs sont tous excellents, les voix sont très homogènes, sans oppositions marquées ou personnalité fortes. Cela crée dans les nombreux duos un effet de symétrie, d’imitation absolument idéal. Je ne connais pas d’enregistrements ou cette perfection d’appariement vocal est atteinte si constamment. D’un autre coté les deux grand soli de soprano la « Lettera amorosa » et « Con che soavita », s’ils sont dits impeccablement et chantés à la perfection, le sont par une voix trop simple. Des voix plus originales et des interprètes plus théâtralement actives nous touchent ailleurs autrement (les plus magiques étant Cathy Berberian et Guillemette Laurens dans des gravures illustres). Ainsi le parti pris de Rinaldo Alessandrini est de ne pas s’abandonner au théâtre si séduisant qui se devine partout dans cet opus si original de Monteverdi. Car l’audace de Monteverdi qui abandonne ici le Madrigal à Cinq Voix revendique le pouvoir de séduction de la voix soliste avec accompagnement. Il est symptomatique que dans le titre de Monteverdi lui-même il est question de madrigaux à 1,2,3,4 et 6 voix ! Il renonce au madrigal à cinq voix jusque-là la seule référence ! En ne cédant pas à cette théâtralité évidente, qu’il a déjà exploré au théâtre et qui pourtant est contenue dans tout ce septième livre, Rinaldo Alessandrini et ses interprètes renforcent la puissance de la composition, sa solidité structurale, la beauté de l’instrumentation et la précision des poèmes et surtout l’originalité de l’écriture. Les textes sont soigneusement ordonnés par auteurs ce qui change l’ordre des madrigaux, mais là aussi le tact avec lequel les choses sont faites permet une écoute fluide. Les instruments sont choisis avec finesse, évitant le clavecin trop systématique. Ainsi le théorbe et la harpe étant bien mis en valeur avec leur effet d’enveloppement moelleux. Le rajout d’une courte introduction de Biago Marini pour ouvrir le deuxième CD est idéale.

La prise de son est sur la même ligne, précise, sans réverbération. Je pense vraiment à la grande précision et la clarté qui nait lorsque l’on regarde de belles gravures.

Cette interprétation majeure ne peut être la seule dans une discothèque, La Venexiana, les anglais la complètent par un théâtre plus assumé dans sa séduction et ses outrances et demeurent indispensables. Ces multiples versions permettent de comprendre et de déguster l’absolue modernité de Claudio Monteverdi dans son « Concerto Settimo libro de madrigali a 1,2,3,4 et 6 voci, con altri generi di Canti ».  Il prend ouvertement le total pari sur l’opéra dont nous savons le succès en train d’advenir… Un tel courage, une telle vision assumée sont choses magnifiques et appellent la diversité.

Hubert Stoecklin

Critique. Enregistrement. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Septième Livre de Madrigaux (1619). Concerto Italiano. Rinaldo Alessandrini. 2 CD Naïve OP 7365. Enregistrement d’octobre 2020.  Code Barre : 3 700 187 673659.

Radio Radio Toulouse : Un Cactus à L’entracte

Écrire s’est bien et indispensable. Il se trouve que mon ami Jérôme Gac m’invite régulièrement depuis le confinement dans son émission : Un cactus à L’entracte

Tous les spectacles scéniques importants sont passé au crible. Théâtre, Ballet, Opéra…

A trois ou quatre les avis sont plus tranchés, les échanges peuvent être vifs et les désaccords vus comme des compléments de points de vue. Parfois ça pique un peu mais personne n’est jamais méchant . Il m’ arrive de détailler des points que j’ai juste suggérés dans mes chroniques. Souvent je parle de pièces de théâtre sur lesquelles je n’ai pas écrit. Et un podcast c’est toujours sympa à un moment ou un autre…

Voici donc l’édition Mimi et Catarina un grand écart entre une forme de conformisme et une modernité dérangeante

9 iéme Symphonie de Mahler superlative

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 8 dec 2022. MAHLER.  Symphonie 9. Orch. Phil. de Radio France. M.W. Chung.

Une neuvième de Mahler idéale

Les Grands Interprètes ont invité le chef coréen Myung-Whun Chung à la tête d’un orchestre qu’il connaît bien pour l’avoir dirigé longtemps (de 2000 à 2015), le Philharmonique de Radio-France.

Ces retrouvailles dans la musique de Mahler semblent être un moment apprécié du chef comme de l’orchestre. L’osmose a été totale. Dirigeant sans baguette entièrement absorbé par cette vaste symphonie testamentaire, le contact avec l’orchestre a été profond. Le public a vécu un moment d’une rare intensité. Péché véniel que ces applaudissements après les mouvements. Le dernier long silence après les dernières notes de la symphonie imposé par le chef a signé le charisme intense du chef en ses grands soirs. 

Le premier mouvement a débuté dans un grand mystère et s’est développé avec un art des phrasés surnaturel. La beauté des soli instrumentaux bien souvent dans de périlleuses nuances piano a semblé sortie de rêves. La moquerie, l’impertinence dans le deuxième mouvement ont vraiment marqué un contraste absolu avec l’élégance de l’andante. Typiquement mahlerien ce choc a apporté une vie incroyable. Le rondo avec ses traits rapides a été dirigé avec une grande précision et quelque chose de jubilatoire. Là aussi le contraste a été très réussi. Les instrumentistes se distinguent par une facilité incroyable. Les plans parfaitement organisés et d’une lisibilité totale ont permis de véritablement déguster un grand orchestre auquel rien n’est impossible. Le final débute avec une plainte des violons fortissimo dont la puissance a véritablement enveloppé l’auditeur provoquant une émotion très particulière à la fois d’une profonde tristesse et pleine d’espoir. La manière dont Myung-Whun Chung phrase tout ce mouvement tient du miracle, c’est à la fois large, puissant et bienveillant. Cette humanité transfigurée est d’une telle beauté que l’auditeur se sent transporté ailleurs, loin, très loin… passant d’une musique à la dimension cosmique au plus intime  solo de violon, puis au silence. Nathan Mierdl en violon solo est angélique. Myung-Whun Chung fait du silence final le point d’orgue de la symphonie et retient dans un souffle, musiciens et public pour un moment mystique. Les nuances infimes, les silences habités, les couleurs infinies, la puissance cosmique de tout l’orchestre, tout a été d’une incroyable perfection orchestrale et se rappellent à nous dans ce silence bienheureux. Mahler dans sa dimension si humaine est ici comme réincarné et devient très proche.

Myung-Whun Chung est un très, très grand chef et le Philharmonique de Radio France un orchestre absolument somptueux. Ce soir nous avons vécu un très grand concert et Mahler a été exaucé en ses contrastes les plus inouïs.

Photo DR

La satisfaction du chef a semblé totale et le public a exulté. De longs applaudissements ont salué cette interprétation exceptionnelle.

Hubert Stoecklin

Critique.  Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 8 décembre 2022. Gustave Mahler (1860-1911) : Symphonie N°9. Orchestre Philharmonique de Radio-France. Myung-Whun Chung, direction.

crédits photos : © Jean-Francois Leclercq

Lien vers Mahler 9 : https://youtu.be/7NKvBNliyN8

Tiago Rodrigues réveille fortement son public : Catarina et la beauté de tuer des fascistes est une bombe à retardement !

Critique. Théâtre. Toulouse. Théâtre de la Cité, le 7 décembre 2022. Tiago Rodrigues : Catarina et la beauté de tuer des fascistes.

Une pièce particulièrement puissante qui bouscule le public.

Tout commence avec les lumières de salle allumées et finira de même. Tout le reste de la pièce sera frontal avec la salle sombre. Tiago Rodrigues construit sa pièce avec rigueur. Il déploie toutes les manipulations théâtrales avec notre accord en ce qui concerne les deux premières heures du spectacle, mais la dernière demi-heure fera polémique. Dans la première partie nous regardons vivre une famille de manière classique avec des moments drôles, lourds, pénibles, des crises et des embrassades. Le choc des générations, les jalousies, les amours, les haines. Pourtant cette famille a deux particularités très importantes.

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La photo de famille

Le plus immédiat pour le spectateur est cette manière de tous et toutes se nommer Catarina et de porter une robe. Tout ceci afin de rendre hommage, de faire disparaître toute dimension personnelle face à l’acte fondateur de cette terrible tradition familiale qui va être questionnée par la pièce avec beaucoup d’intelligence et de profondeur. Est-ce un traumatisme rejoué, une vengeance assumée de manière transgénérationelle, un acte politique, un secret partagé, une obligation qui scelle l’amour familial ? Un peu de tout cela au final. La Catarina dont il est question a existé et le village de l’action était le sien, un certain jeu avec la vraisemblance existe donc pour les portugais. Les faits nous seront lus durant la pièce comme un catéchisme. Il s’agit d’une lettre dictée par l’aïeule. Elle a tué devant ses enfants son mari. Car ce dernier n’a pas réagi lorsque Catarina a été tuée de trois balles dans le dos. Et elle somme sa descendance de se réunir dans la maison familiale chaque année pour exécuter un fasciste.  Le Tabou du Parricide n’est pas nommé, il est rejoué chaque année, à date fixe : un fasciste est enlevé et tué lors des retrouvailles dans la maison de famille. Freud a bien expliqué combien c’est le groupe qui permet de réaliser un crime en partageant la responsabilité. Par ce partage le crime n’est plus ignoble et l’interdit est levé. Ce jour nous attendons avec la famille une « Catarina » meurtrière dont c’est l’accès à la « majorité ».  La petite fille ainée va accéder au stade supérieur par son premier meurtre de fasciste.  Cet homme est présent sur scène et va constamment en position soumise, être déplacé sans jamais prendre la parole, répondant aux questions par des hochements de tête. Cette présence muette et embarrassante va peser de plus en plus au public.

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Le fasciste réduit au silence

 Il y a dans cette famille des moments succulents : la recette des pieds de porc, les jalousies entre les frères et sœurs, la querelle mère-fille sous prétexte d’un pull donné-repris, l’argent entre frères et sœurs avec l’éternel fauché, le véganisme adolescent face aux vieux mangeurs de viande, le vol des hirondelles, la photo de famille, l’ado qui a rivé ses écouteurs sur ses oreilles …

Les très beaux décors de paravents en bois et d’estrades sont déplacés à vue par les comédiens. Tout du long une vraie complicité théâtrale se crée entre le public et les comédiens. Le texte est brillant, le jeu subtil.

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la noirceur

Un moment fort advient lorsque la jeune femme désignée ne peut tuer. Elle lâche l’arme qu’elle a dans la main et admet de pas pouvoir, ni vouloir tuer. En se désolidarisant du groupe elle le fait éclater.

la préparation au rite de passage

Les disputes sont terribles et chaque membre de la famille va finir par être abattu sans que nous sachions clairement qui tire. Serait-ce la symbolique de la destruction du groupe familial par la conscience réveillée de l’une d’elle ? Peut-être un drone qui viendrait sauver l’homme politique ? Tout est possible, chacun aura son hypothèse. Tous les membres de la famille sont à terre. Et c’est alors que le coup de théâtre au sens propre et figuré advient. La salle est illuminée, le comédien silencieux se dresse et harangue la foule. Les membres de la famille se relèvent un à un et se groupent en silence, écoutant l’orateur, puis également la salle avec des regards inquiets. Dans un premier temps l’orateur parle de liberté de fort belle manière, un certain accord se crée, ça semble bien commencer … mais au bout de quelques minutes il n’y a plus de doutes c’est un discours fasciste très bien organisé, huilé et intelligent, tout à fait abominable qui avance comme un rouleau compresseur. La salle se cabre, des insultes fusent. Le comédien avec un panache rare résiste dans des conditions d’hostilité grandissante (le soir de la première). Il termine les 30 minutes de son terrifiant discours et quitte la scène « droit dans ses bottes » en criant Vive le Portugal ! Entre bronca et applaudissements les saluts se font dans un vacarme épouvantable !

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il y a de l’amour

Une partie du public a tout simplement, sous les coups du discours insupportable, oublié que ce n’est « que du théâtre » et non un meeting politique. Oubliant que le comédien joue un rôle et n’adhère pas à ce qu’il dit. Public tu t’es fait avoir en beauté !

Et à mon sens nous avons tous été manipulés.  Il y a clairement la naissance d’une horde de fascistes sur toute l’Europe. Et cela ne vient probablement pas de nulle part. Tiago Rodrigues nous permet d’y regarder de plus prêt. Il nous propose une hypothèse très dérangeante : n’y a-t-il pas du totalitarisme dans la « famille des Catarina » ? Les individus ne pensent plus mais se soumettent au nom de l’amour à des idées toutes faites. N’est-ce pas cette absence de pensée, de dialogues, d’argumentations, de controverses amicales, de respect des avis différents qui participe à la création d’esprits soumis. Individus qui ne réagissent plus à l’injustice, se rangent derrière un chef comme ils ont suivi les directives des parents, ici une matriarche. A croire qu’il n’y a point de salut hors de la famille, le danger vient toujours de l’extérieur. Ainsi cette pièce en forme de fable des Catarina questionne ce qui se passe dans les familles qui ne pensent plus, même si le point de départ était une pensée audacieuse avec sa part de noblesse, comme chez l’aïeule.

Tiago Rodrigues tente de réveiller la pensée de son public, certains le souhaiteraient plus radical, pour ma part je trouve que cette manière élégante de monter sa pièce, l’intelligence du texte, la beauté des décors, la puissance de la musique permet de nous séduire, de nous manipuler afin de nous faire vivre des choses dérangeantes. Cela permet également d’aiguiser nos pensées, comme cette question sur la famille qui tue la pensée personnelle ou cette adhésion même de quelques minutes à un discours fasciste ; et surtout de prendre ce temps imposé pour écouter à défaut d’entendre 30 minutes durant ce que jamais nous n’irions écouter alors que nous nous croyons ouvert d‘esprit… Tout ce paradoxe est douloureux.

Quelle soirée ! Quelle pièce !!  Ce théâtre qui amène à penser si fort est une bénédiction !!!

Hubert Stoecklin

Critique. Théâtre. Tiago Rodrigues : Catarina et la beauté de tuer des fascistes. Pièce présentée au Théâtre de la Cité avec le Théâtre Garonne. Pièce en portugais, traduction de Thomas Resendes ; Surtitres de Patricia Pimentel. Théâtre de la Cité, le 7 Décembre 2022. Mise en scène et texte : Tiago Rodrigues ; Scénographie : F.Ribeiro ; Lumières : Nuno Meira ; Chef de chœur, arrangement vocal : Joao Henriques.  Avec : Isabel Abreu, Antonio Afonso Parra, Romeu Costa, Antonio Fonseca, Beatriz Maia, Marco Mendoça, Carolina Passos Sousa, Rui M. Silva. Durée 2h 30mn.

PHOTOS : Filipe Feirreira

Lien vers la production

Amandine Beyer et les Incogniti : une bulle de bonheur

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Église Saint Gérôme, le 6 dec 2022.  VIVALDI. ALBINONI : Il mondo roverso. Gli incogniti. A.Beyer.

La bulle de bonheur créée par Amandine Beyer et les Incogniti.

La saison des Arts Renaissants offre depuis 40 ans aux Toulousains des concerts d’artistes rares, toujours fins musiciens, parfois un peu atypiques et que le public est ravi de découvrir. Cette saison des 40 ans est marquée par un lustre particulier. L’invitation faite par Jean-Marc Andrieu, le directeur artistique, à Amandine Beyer qu’il connaît bien, permet au public d’entendre tout simplement le plus beau Vivaldi du moment. Amandine Beyer a créé les Incogniti avec ses amis en 2006 et leur premier enregistrement en 2008 a été dédié à Vivaldi.  Ce CD a fait l’effet d’une bombe. La scie musicale représentée par les Quatre saisons de Vivaldi est redevenue une œuvre magique que nous n’avions jamais entendue ainsi. Sous leurs doigts, le succès a été total, public et critique. C’est cette magie qui perdure dans tout ce qu’ils font et tout particulièrement dans la musique de Vivaldi. Ils en sont à leur troisième enregistrement qui vient de paraître et dont le concert est une version ramassée.

Ce concert ouvre la joie, la lumière du soleil, la générosité et la beauté de chaque instant sous les voûtes froides de l’église Saint Gérôme. L’entente musicale entre les artistes illumine leur jeu souverain. Tout est élégance, légèreté, souplesse et danse dans ces concertos. Chaque musicien est un soliste de haut vol. Amandine Beyer règne par sa grâce et son sourire, son archer est un papillon, un oiseau libre dont le vol est magique.

Ce florilège de concertos propose des associations originales qui chaque fois sont merveilleusement interprétées. Le hautbois de Neven Lesage, est délicat et sensuel, ses longues phrases sont superbes et il semble planer dans les mouvements lents et s’envoler dans les notes virtuoses, rien ne le maintient au sol. Le violoncelle de Marco Ceccato est bonhomme et sensible. Quel étonnant dialogue avec Amandine Beyer dans le RV 544 « Il mondo rovescio » qui donne son nom à ce programme.  

C’est la fête de la joie, une bulle de bonheur dans laquelle le public venu nombreux s’est plongé avec délice et reconnaissance en ces temps troublés, oui ce soir c’est bien là le bonheur !

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. Toulouse. Eglise Saint Gérôme, le 6 décembre 2022. Tomaso Albinoni ( 1671-1751) : Concerto a cinque con oboe en ré mineur op.9 n°2 ; Antonio Vivaldi (1671-1751 : Concerto en do majeur RV 114 ; Concerto pour violon et violoncelle en fa majeur RV 544 «  Il proteo ossia il mondo rovescio » ; Concerto pour violon en la majeur RV 344 ; Concerto pour violon et hautbois à l’unisson RV 543 ; Concerto pour violon en mi mineur RV 278 ; Concerto pour violon, hautbois et orgue en do majeur RV 554 ; Gli Incogniti : Neven Lesage, hautbois ; Vadym Makarenko, Alba Roca, violons ; Marta Paramo, alto ; Marco Ceccato, violoncelle ; Elias Conrad, théorbe ; Baldomero Barciela, violone ; Anna Fontana, clavecin et orgue ; Amandine Beyer, violon et direction.

Photos © : Honorato

Elisabeth Leonskaja maitrise le temps schubertien

Critique. Coffret de 8 CD. Intégrales des Sonates de Frantz SCHUBERT. Élisabeth LEONSKAJA, piano. Warner Classics.

Le Schubert de Leonskaja maitre du temps.

Voici un beau coffret qui ravira autant les amoureux du jeu sensible d’Élisabeth Leonskaja que ceux qui aiment le piano de Schubert. Pour ma part je fais partie des deux et ce coffret de l’intégrale de ses sonates me ravit.

Une écoute attentive de ce coffret m’a conduite à réécouter la compilation Schubert enregistrée de 1986 à 1997 qui regroupe les sonates tardives, les Impromptus et le Quintet la Truite. Cette écoute minutieuse m’a   fait faire une découverte intéressante. Certes le jeu de Leonskaja est égal en termes de perfection technique dans les deux coffrets. Il est d’ailleurs remarquable de constater le soin donné à ces derniers enregistrements : une restitution absolument impeccable et dans une belle prise de son. Car c’est un péché véniel de la grande artiste que de parfois, au concert, ne pas tenir cette technique avec autant de précision. Mais ce qui compte avec cette merveilleuse musicienne c’est la direction qu’elle imprime à la partition et le voyage dans lequel elle nous entraine. Dans ce tout nouveau coffret les dernières sonates de la D. 784 à la D. 960 ont été enregistrées en 2015 et les plus récentes en 2017. L’unité de la prise de son est parfaite, le piano sonne lumineux, précis et nuancé.

Il est paradoxal de parler de sonates de jeunesse pour les premières, Schubert est mort à 31ans ! Ses premières sonates sont certes un peu « beethoveniennes » mais déjà sonnent comme le Schubert des divines longueurs qui va advenir. Élisabeth Leonskaja avec beaucoup de délicatesse et une vision puissante les aborde comme des chefs d’œuvre à part entière. Voilà de bien beaux voyages que la pianiste d’origine russe nous offre. Comment ne pas céder au charme de l’adagio de la troisième sonate D.459. Le legato souverain, la tendresse et la simplicité évidente du jeu de la grande Leonskaja y font merveille.

Pour les sonates tardives, il n’y a pas de doute Élisabeth Leonskaja est un passeur hors pair qui aime Schubert et comprend l’infinie poésie contenue dans son piano. Depuis ces enregistrements des années 1990, en 30 ans, Élisabeth Leonskaja a assoupli considérablement son jeu sans abandonner sa parfaite technique. Le rebondi de certaines notes, la souplesse des phrasés, le coulé des nuances tout est plus souple, plus sensible. Et avec encore davantage d’évidence je ressens à l’écoute de ces très belles interprétations combien la grande dame du piano a percé un mystère particulier de la musique de Schubert. Il y a dans la musique de Schubert un rapport au temps particulier qui est merveilleusement offert au public dans ce coffret. La musique de Schubert joue avec le temps, les répétitions, les reprises, les développements sont nombreux, les moments de danse avancent autrement que les promenades, les accords martelés, les longues cantilènes ont chacun leur temps diversifié. Il y a un temps extérieur car l’espace, et la nature sont présents dans certaines sonates et un temps intime, des états d’âme douloureux ou heureux, des émotions pudiques comme de la joie extravertie de retrouvent dans d’autres mouvements. Les réminiscences et une certaine nostalgie jouent également beaucoup avec la notion de temps. Toujours le présent est fui et pourtant la musique est art du présent.

Ce paradoxe est admirablement résolu par le jeu subtil d’Élisabeth Leonskaja. Elle donne à chaque moment son rapport au temps exact et pourtant nous offre un temps suspendu dans le présent de son jeu. C’est subtilement troublant. Et je ne me lasse pas d’écouter ces sonates dans ces interprétations avec cette sensation du temps toujours différent et invariablement présent et cette musique qui avance vers la vie.  Un exemple fort me semble être l’Andantino sublime de la D. 959. Ce n’est pas une question de rubato ou de ralenti ou d’accélération. C’est autre chose, il me semble que c’est là l’un des secrets de la poésie infinie de la musique de Schubert qui sait si bien narrer et chanter la vie. Élisabeth Leonskaja nous fait partager sa belle découverte et nous rapproche de Schubert, si pressé de vivre intensément, comme conscient de sa mort proche.

CRITIQUE.ENREGISTREMENT. INTEGRALE DES SONATES DE FRANTZ SCHUBERT (1797-1828). WARNER CLASSICS. Enregistrements de 2015 et 2017. 8 CD. Code : 0 190296 287855.

Hubert Stoecklin

La Bohème à Toulouse

CRITIQUE.OPERA. Toulouse, le 30 Nov. 2022. G. PUCCINI. LA BOHEME. BARBE et DOUCET. A. CONSTANS. A. ZADA. ORCHESTRE NAT DU CAPITOLE. L. PASSERINI.

Une Bohème solide à Toulouse

Les 4 Compères et Benoit

Cet opéra fait toujours salle comble au point d’être probablement celui qui est le plus souvent représenté à Toulouse. Il a même été possible de proposer deux distributions d’égales valeurs. Comme attendu le succès a été au rendez-vous avec cette nouvelle production solide confiée au tandem Barbe et Doucet. En cette très légère adaptation avec beaucoup de références culturelles et des décors très envahissants, l’exiguïté de la scène a été perceptible. Le parti pris de montrer l’opéra dans une carte postale sépia aurait bénéficié de toiles peintes pour donner de l’air dans l’acte deux et trois. Il n’y a donc pas eu de vrai contraste entre les actes intimistes et en plein air. Ceci est véniel car le public a été conquis. Décors complexes, costumes somptueux et lumières subtiles, tout fonctionne à merveille et le drame se développe sans mal. Le rajout d’accordéon et de chant de rue sont élégants mais assez vains. Voilà donc un travail sérieux mais lourd. Comme l’orchestre d’ailleurs. Le chef italien donne préférence au son, le solide son compact, à la subtilité de la partition de Puccini entre subtils pianissimi et forte brutaux.

Lorenzo Passerini ne recherche pas de contrastes, pas plus que d’atmosphères. C’est le ténor qui fera les frais de ce son plein et envahissant car le Rodolfo d’Azer Zada semble être privé d’harmoniques et sonne bien peu à côté de cet orchestre rutilant. Dommage car son chant est sensible. C’est la Mimi d’Anaïs Constans qui éclaire tout le spectacle. Voix solaire et conduite avec sensibilité, sa Mimi est émouvante et vocalement parfaite.

Le Marcello de Jérôme Boutillier a beaucoup de charisme. Avec une belle voix, très bien conduite, un jeu sincère et émouvant, son Marcello est merveilleux. Le duo à la Barrière d’Enfer avec Mimi est un des moments clés de la soirée. Les autres compères sont bien chantants et acteurs subtils. Guilhem Worms en Colline, Edwin Fardini en Schaunard et Matteo Peirone, ce dernier créant des personnages douteux et drôles en Benoît et Alcindoro.

La Musetta d’Andreea Soare, est presque surdimensionnée tant elle pourrait être une Mimi passionnante. Cela équilibre parfaitement les sopranos dans les ensembles. Il est après tout possible de voir en Musetta un personnage aussi intéressant que Mimi lorsqu’une telle artiste complète s’en empare.  Quelle actrice et quelle belle voix chaude et timbrée !

Bravo à toute la troupe car les petits rôles sont parfaitement tenus et le chœur est plein de vie et bien chantant faisant même le poids vocalement face à l’orchestre extraverti de Lorenzo Passerini.  

Beau succès pour cette nouvelle Bohème capitoline qui a obtenu les applaudissements mérités. En particulier la somptueuse Mimi d’Anaïs Constans.

Hubert Stoecklin

Critique. Opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 30 Novembre 2022. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, scènes lyriques en quatre tableaux sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa d’après Henri Mürger. Mise en scène, décors et costumes : Barbe & Doucet. Lumières : Guy Simard. Avec : Anaïs Constans, Mimi ; Azer Zada, Rodolfo ; Andreea Soare, Musetta ; Jérôme Boutillier, Marcello ; Guilhem Worms, Colline ; Edwin Fardini, Schaunard ; Matteo Peirone, Benoît / Alcindoro ; Alfredo Poesina, Parpignol ; Bruno Vincent, un sergent des douanes ; Thierry Vincent, un douanier ; Claude Minich, le Vendeur de prines ; Michel Glasko, accordéon. Chœur de l’Opéra national du Capitole (chef de chœur : Gabriel Bourgoin). Orchestre National du Capitole, direction : Lorenzo Passerini.

PHOTOS : Mirco Magliocca

Tugan Sokhiev retrouve Toulouse pour un concert mémorable

CRITIQUE.CONCERT. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 17 Nov. 2022. A. BRUCKNER. Symph.8. Orchestre National du Capitole de Toulouse. T. SOKHIEV.

Pour un concert Tugan Sokhiev est de retour, musiciens et public exultent !

Lors de la répétition le sourire scelle l’amitié avec l’ orchestre du Capitole malgré tout ….

D’abord les mesures drastiques durant la pandémie ont privé le public d’une grande partie des concerts mais c’est surtout la maladresse impardonnable de la politique locale qui a privé les Toulousains de plusieurs magnifiques concerts avec le Maestro Sokhiev. 

photo de Romain Alcazar

L’ovation publique à l’entrée sur scène de Tugan Sokhiev libérait la fin de la rage (d’en avoir été privé) et la joie (de le retrouver) comme rarement lors d’un concert. Tugan Sokhiev sombre et concentré ouvre le concert avec une certaine tension qu’expliquent certes les difficultés de la partition, cette symphonie de Bruckner est un monument dangereux pour les chefs les plus avertis, et surtout la victoire sur lui-même qui lui a permis de revenir là où il avait été insulté. Il a pardonné semble-t-il et revient pour son amour de la musique partagé avec ses amis musiciens et ce public qui l’adore. L’ambiance est changée. Une certaine légèreté un enthousiasme joyeux ne se retrouvera plus, certes Tugan Sokhiev a 45 ans mais ce sont plus les évènements recents qui sont responsables de ce changement, plus que l’âge. Les concerts qu’il donnera avec son « ancien orchestre » sont comptés, il y en aura trois dont celui-là. Et il viendra à Toulouse en Mars comme une revanche avec l’un de orchestres les plus merveilleux du monde : La Philharmonie de Vienne.

Photo Romain Alcaraz

Ce soir c’est un magnifique retour avec Bruckner. Le premier mouvement de la 8° symphonie est marqué par une grandeur assumée et une tension ménagée avec art. Un grand chef et un grand orchestre rendent cette partition plus compréhensible, plus clairement charpentée dans une splendeur sonore de chaque instant. Loin des interprétations grandiloquentes qui sont parfois confuses. Avec Tugan Sokhiev tout est clair, limpide et grand. C’est le deuxième mouvement qui permet de retrouver la complicité souriante du chef et des musiciens, la gourmandise aussi. Voir son sourire en lançant les péroraisons des gros cuivres, la malice partagée, la souplesse rythmique sont un vrai bonheur. Ainsi ce Scherzo trouve le caractère que peu de chefs savent lui donner.  Le trio central prépare à la mélancolie de l’Andante. Le retour des thèmes vivants et dansants avec ces cuivres farceurs n’en est que d’avantage savoureux. Et les moments de mystères sont savamment amenés par un Tugan Sokhiev qui retrouve sa totale complicité avec les musiciens et le public. Que de félicité partagée !

Photo Romain Alcazar

Le troisième mouvement un Andante immensément long permet au chef une direction d’un raffinement particulier. Ainsi des phrasés enveloppants, des nuances contrastées, un tempo étiré puis raffermit subtilement donnent beaucoup d’émotions à ce mouvement. Tout cela touche au sublime et le ciel s’ouvre avec les violons et les trois harpes célestes. Ce mouvement est bien le centre vital de la symphonie, le moment ou les chefs lourds s’enlisent. La grâce dégagée par l’interprétation de ce soir restera dans les annales :  quelle magie infinie, quelle suspension du temps et quel apaisement  des peines de l’âme !

Photo Romain Alcazar

Mais tout l’art de Sokhiev ne serait pas complet sans sa gestion incroyable des crescendi. Le final jubilatoire, permettra cela. Les solistes se régalent et jouent leurs plus belles notes. La puissance sans lourdeur trouve l’équilibre parfait entre splendeur des couleurs, irisation des timbres, pleine lumière sur l’empilement des thèmes dont l’enchevêtrement demeure analysable. Tugan Sokhiev connaît par cœur l’acoustique de la salle et ce qu’il peut demander à l’orchestre, la tension est savamment organisée et le crescendo final sera le plus spectaculaire ! C’est carrément euphorisant et le public ne peut attendre la fin de la dernière note pour exploser de joie. Les ovations pour les instrumentistes (il faudrait tous, absolument tous, les citer) et pour le chef enfin retrouvé sembleront sans fin. La soirée se termine par une standing ovation bien méritée. Il faut également dire combien enfin la Halle-aux-Grains a de nouveau été pleine à craquer. Cela aussi n’était plus arrivé depuis longtemps…

Photo Romain Alcazar

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. Toulouse. La Halle-aux-Grains, le 17 Novembre 2022. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8 en ut mineur, A.117 ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction, TUGAN SOKHIEV.

Pour ceux qui veulent en savoir d’avantage sur le départ précipité de Tugan Sokhiev

Cecilia Bartoli- Vivaldi-Les Musiciens du Prince-Monaco ça décoiffe !

CRITIQUE. CONCERT. TOULOUSE, LE 7 Nov. 2022. A. VIVALDI. G.F. HAENDEL. C. BARTOLI. LES MUSICIENS DU PRINCE-MONACO. G. CAPUANO.

Cecilia Bartoli et les Musiciens du Prince : un soleil au firmament

Cecilia Bartoli avec un art souverain semble faire ce qu’elle veut de sa voix. Avec sa technique très particulière elle poursuit une carrière au sommet semblant se jouer du temps. Vivaldi et Haendel ne sont certainement pas les compositeurs baroques les plus faciles. Leurs exigences vocales restent les plus hautes et La Bartoli règne sans grandes rivales parmi leurs œuvres les plus exigeantes. Alternant airs de charme, de tendresse ou de haute virtuosité avec des intervalles de musique orchestrale, le concert donné sans entracte se déroule avec une facilité incroyable.  Dès le premier air, elle joue à l’oiseau et avec une exactitude diabolique elle chante des vocalises d’une précision parfaite. Puis ce sera la délicatesse des phrasés qui enchante, la longueur du souffle qui subjugue et la langueur de la plainte qui émeut. Cet art vocal total, tel un bel canto idéal, appartient à Cecilia Bartoli depuis bientôt 40 ans avec la même splendeur sans que la magie ne soit ternie par les ans. Les couleurs de la voix sont davantage harmonieuses, la puissance vocale s’affine, le tempérament dramatique s’assagit mais le chant ne perd pas en intensité. Ainsi l’artifice convainc toujours autant. Vivaldi coule dans sa voix sans aspérités.

L’orchestre du Prince rassemblé sur les conseils de Cecilia et financé par le Prince de Monaco rassemble la fine fleur des instrumentistes baroques. Instruments baroques et jeux informés, l’accord avec la cantatrice romaine insatiable chercheuse de perfection stylistique est total. La complicité développée avec eux est grande et le chef Gianluca Capuano n’est pas en reste. A n’en pas douter, le partage de la musique, le plaisir de l’offrir au public en sa vérité dramatique est bien le projet commun qu’ils construisent. Il me semble que cette collaboration amicale au sommet apaise la cantatrice qui arrive à mieux canaliser son énergie débordante. Même la robe portée tout le concert, d’un splendide vert Véronèse, n’est pas troquée comme c’était le cas dans le spectacle précédent dans une orgie de changements à vue spectaculaires mais un peu superficiels. La théâtralité de Vivaldi n’en est que davantage émouvante avec ces purs moyens musicaux. Tout au plus signalons le jeux expressif et manquant de pureté des cordes jouant le contraste systématiquement de la rugosité face au legato souple et enveloppant de Cecilia Bartoli.  Le Vivaldi des Musiciens du Prince a une énergie débordante. On pourra avec subtilité les comparer aux Incogniti d’Amandine Beyer qui eux également renouvellent l’interprétation de la musique de Vivaldi. Ils viendront à Saint-Pierre des Cuisines dans les concerts du Musée le 6 Décembre.

Ce soir un son âpre et parfois fruste du plus bel effet mais qui implique un manque de précision et de « propreté » du son est un peu trop systématique. Ce parti pris s’effacera avec la musique du grand Haendel.

La deuxième partie du concert, donné sans véritable entracte, juste un réajustement de l’accord, ouvre le monde plus large et plus noble de Haendel. L’orchestre s’étoffe et le son gagne en profondeur et en largeur. Cecilia Bartoli débute avec la même joie partagée ce jeu de miroir avec un oiseau babillard comme en ouverture de concert chez Vivaldi. Haendel a les mêmes qualités de variété dans les exigences vocales. Cecilia Bartoli a la même aisance dans un art vocal total. Virtuosité diabolique, souffle immense, phrases portées à leur apogée, mélancolie à la noble tristesse, humour taquin, toutes les émotions habitent la cantatrice si bien entourée. Les musiciens solistes rivalisent de complicité : violon solo, flûte, hautbois, trompette. La rivalité jouée entre la cantatrice, le hautbois et la trompette apporte beaucoup de plaisir tant aux musiciens qu’au public. Deux bis, une chanson du XX e siècle et un duel à fleuret moucheté entre la voix et la trompette concluent cette soirée de joie et de beauté. Avec un humour incroyable Cecilia ira dans son duel chercher l’appui de la mélodie sublime Summertime de Gershwin :  elle peut tout chanter la Bartoli !

A l’invitation des Grands Interprètes Cecilia Bartoli et ses Musiciens du Prince-Monaco nous ont offert un concert tout simplement royal !

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 7 Novembre 2022. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Airs et pièces instrumentales ; George Frédéric Haendel (1685-1759) : Ouverture, airs, pièces instrumentales ; Les Musiciens du Prince – Monaco ; Cecilia Bartoli, mezzo-soprano ; Direction : Gianluca Capuano.

Une THEODORA de référence

Critique .CD. G.F. HAENDEL. THEODORA. L. OROPESA. J. DI DONATO. P.A. BENOS-DJIAN. M. SPYRES. J. CHEST.  IL POMO D ORO. M. EMELYANYCHEV. 3.CD ERATO. 2022.

THEODORA Oratorio mal connu mais superbe dans la meilleure version diponible !

Étrange carrière pour cet Oratorio qui ne trouve jamais vraiment son public. Haendel y tenait et pensait que c’était l’un de ses meilleurs Oratorio même si à chaque reprise le succès n’a pas été au rendez-vous de son vivant. Chaque fois que le public l’entend aujourd’hui il est ému par la simplicité et la beauté des airs et des chœurs. Moi-même en 2012 à la Chaise-Dieu.

Cet enregistrement fait lors de plusieurs concerts en 2021 garde une intensité que seuls les concerts offrent : car tout est vie dans cette version.

Maxime Emelyanychev semble galvaniser chacun, orchestre, chœur et solistes. Sa complicité avec Il Pomo d’Oro, son orchestre, est totale. Avec le chœur également sans contestation mais ce qui se passe avec les solistes est tout simplement fascinant. Chacun dans ses airs développe ses qualités les plus belles sans renoncer à une dimension dramatique soutenue par le chef. Ce sont les humbles qui ont les airs les plus émouvants. Voilà peut-être une explication du manque de succès de l’Oratorio : l’humilité des héros n’est pas assez brillante. Des héros de la modestie en quelque sorte. En tous cas quelles voix dans ce Cast !

Lisette Oropesa a un soprano noble et des phrasés de toute beauté. Le timbre est ombré de belles couleurs et fait merveille dans ce rôle de Noble patricienne devenue chrétienne et qui accepte la mort avec calme, la réclame même et a une hauteur de vue troublante. Sa Théodora est aussi émouvante qu’impressionnante avec une aisance totale dans les exigences vocales que Haendel lui confie. Sa grande scène du début de la partie deux avec plusieurs airs et récitatifs est très impressionnante. Et Haendel lui réserve deux très beaux duos avec Didymus et un autre avec Irène.

Joyce Di Donato au timbre de bronze et aux accents sincères donne beaucoup de puissance au rôle second de l’amie chrétienne, Irène. À elle également Haendel offre des airs absolument magnifiques. L’engagement de Joyce Di Donato ne fait pas mystère, c’est une actrice hors pair et ici la complicité avec le chef est brûlante. Ces airs subtilement nuancés, phrasés avec art sont portés par un orchestre de feu.

Le contre-ténor Paul-Antoine Bénos-Djian au timbre si riche a un rôle dramatique semblant modeste mais les airs et les récitatifs sont si intenses que la magie vocale et dramatique se renforcent mutuellement. Phrasés subtiles, nuances délicates, mélancolie noble ou puissance dans les vocalises, cet artiste a tout d’un haendelien de haut vol. Son Didymus sensible et généreux est idéal.

Si un exemple peut suffire à prouver la valeur de la partition et la suprématie de cet enregistrement, je propose l’écoute du premier duo Didymus-Théodora fin de la scène trois de la deuxième partie avec l’orchestre profond et terrifiant de Maxime Emelyanychev. C’est somptueux en tout, absolument en tout !

Le ténor Michael Spyres est admirable de timbre et de style mais Septimius ne fait pas partie des personnages les plus passionnants.

John Chest a le rôle du méchant personnage, Valens, plus par obéissance à un pouvoir aveugle que par perfidie. Il est tout à fait bien chantant et incarne de manière satisfaisante ce personnage plutôt  fade.

Le Chœur incarne les deux peuples : les païens vifs et joyeux et les chrétiens plus tourmentés et idéalistes avec le même bonheur. Maxime Emelyanychev accentue les contrastes d’écritures pour chaque chœur et l’effet en est saisissant.

Voici un enregistrement qui sans difficulté prend la tête des versions de la discographie en raison de la qualité des voix et de la direction dramatique et contrastée du chef. Maxime Emelyanychev demeure un chef baroque des plus merveilleux.

L’enregistrement est très précis, les bruits du public sont très atténués. Rien ne vient limiter le plaisir de l’écoute. L’orchestre et le chœur sont généreux et les voix toutes superlatives. Une grande version discographique qui est le reflet fidèle de grands concerts à la Philharmonie d’Essen en novembre 2021.

Hubert Stoecklin

Critique. CD. Georg Frédéric Haendel (1685-1759): Théodora, Oratorio HWV 68.  John Chest, Valens ; Paul-Antoine Bénos-Djian, Didymus ; Michael Spyres, Septimius ; Lisette Oropesa, Théodora ; Joyce Di Donato, Irène ; Massimo Lombardi, un messager ; Chœur Il Pomo d’Or. Directeur du chœur, Giuseppe Maletto ; Orchestre Il Pomo d’Or. Direction, Maxim Emelyanychev. 3 CD ERATO. Enregistrement à la Philharmonie d’Essen du 26 au 29 XI 2021. Code 5 054197 177910.

Tarmo Petolkovski réveille le public toulousain

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 21 octobre 2022. Concert symphonique. R. VAUGAN-WILLIAMS. E. W. KORNGOLD. D. CHOSTAKOVITCH. ONCT. C. HOOPES, violon. T. PELTOKOSKI. 

Tarmo Peltokovski le génie à l’état pur et il n’a que 22 ans !

Quels contrastes ! A une semaine d’intervalle la Halle-Aux-Grains a été réveillée tant coté orchestre que public par un jeune chef de 22 ans. Parcourue par un frisson la salle a été subjuguée par le contraste entre les deux parties de concert. D’abord avec le violoniste Chad Hoopes le jeune chef a créé un duo de rêve, de songe doux, de musique pure dans des nuances sublimissimes de délicatesse. Le jeu de Chad Hoopes est d’une subtilité inimaginable. Tout est ligne de chant de bel canto, les nuances sont incroyablement creusées avec des pianissimi célestes. Dans la courte pièce de Vaughan-Williams, l’envol de l’alouette, il semble sur un fil d’or pouvoir créer le son d’un songe. C’est si délicat et si beau que l’émotion monte en nous. La beauté peut faire pleurer ! Dans le Concerto de Korngold il assume la dimension post romantique allant jusqu’à du pré hollywoodien. C’est incroyablement large, un chant plus verdien voir vériste. Car toujours avec son violon il chante, chante, chante. Le chef finlandais obtient de l’orchestre avec une autorité sidérante un jeu de nuances incroyable et une osmose sans pareil avec le soliste. C’est absolument merveilleux cet accord musical presque fusionnel entre les deux artistes et l’orchestre. Le public conquis fait un triomphe au violoniste si subtil et s’abstient après tant de grâce de demander un bis qui n’aurait pu qu’être vulgairement obtenu.

Pour la deuxième partie du concert l’orchestre s’étoffe comme la partition le réclame. La cinquième symphonie de Chostakovitch nous est bien connue à Toulouse. Tugan Sokhiev a fait aimer Chostakovitch au public comme à l’orchestre et il a joué plusieurs fois cette symphonie dans cette salle. La manière dont Tarmo Peltokoski s’empare de cette vaste partition laisse sans voix. Dirigeant par cœur, il donne une puissance incommensurable à la charge que contient cette partition subtile de Chostakovitch. Sous une facilité formelle apparente, avec des thèmes simples, des harmonies prévisibles, des nuances très marquées et une richesse d’orchestration diabolique Chostakovitch se moque de la censure qui l’avait si terriblement traumatisé avec les remarques acerbes sur sa Lady Macbeth de Mnensk.

Tarmo Peltokoski est effrayant de rigueur, d’audace et d’efficacité. Si son allure a quelque chose d’un premier de classe lorsqu’il entre en scène, il se transforme en un démiurge lorsqu’il dirige. Il est bien rare d’être saisi ainsi au collet par un chef de cette trempe à Toulouse. Ce concert en rattrape bien de trop calmes. Car ce soir tout est bourrasque, tempête, tonnerre et fin du monde. Au dernier accord le public hurle des bravos et une bonne partie de la salle se lève. Le public a vécu un moment rare et l’orchestre tout autant. Tous font un véritable triomphe à ce génie de la baguette de 22 ans !

Le concert est annoncé sur Medici TV et prévu sur Mezzo-Live le 28 octobre 2022, c’est à voir absolument ! Vous n’en croirez pas vos yeux ni vos oreilles, même derrière un écran !

Hubert Stoecklin

CRITIQUE, concert. Toulouse. La Halle-aux-Grains, le 21 oct. 2022. Concert symphonique. Ralph Vaughan-Williams (1872-1958): The Lark ascending ; Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op.45 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975): Symphonie n°5 en ré mineur op.47 ; Chad Hoopes, violon. Orchestre National du Capitole ;  Tarmo Peltokoski, direction. Photo : © Romain Alcaraz.

CINEMA par Alexandre THARAUD : Lumière !

CRITIQUE. CD. CINEMA par ALEXANDRE THARAUD, Piano. 2 CD ERATO.

Quel voyage avec Alexandre Tharaud au cinéma !

A n’en pas douter Alexandre Tharaud est le plus versatile des pianistes. Je me souviens comme il était bien plus qu’un accompagnateur de Juliette Binoche dans un spectacle dédié à Barbara que j’avais vu à Avignon en 2017. Une présence forte en plus d’un piano merveilleusement souple créait une entente exquise avec la belle Juliette Binoche.

Coté enregistrements cet artiste sort régulièrement du carcan classique ou il aurait pu s’enfermer. Ces deux CD sont la preuve et de son amour pour le cinéma, de sa vaste culture et de son gout exquis. Le premier CD piano orchestre trouve en Antonio Pappano mieux qu’un accompagnateur un véritable complice. L’Orchestre de l’Académie Sainte Cécile de Rome brille de mille feux. Quel son enveloppant et brillant au besoin, doux, mélancolique ou drôle ! Le cinéma français a la part belle et les compositeurs français bien évidemment : Michel Legrand, Claude Bolling, Vladimir Cosma, George Delerue, Philippe Sarde, Françis Lay ou Yann Tiersen. Les compositeurs plus internationaux sont représentés par le sublime John Williams et les immenses Ennio Morricone et Nino Rota. Toutes ces belles musiques nous invitent à nous laisser aller, à deviner le film, à se régaler du thème avant de souffrir un peu de le voir se terminer, heureusement le suivant nous console bien vite. C’est le seul petit reproche que je ferai : pour arriver à proposer une cinquantaine de titre ils sont sans développement une fois le thème exposé. Alors que nous pourrions imaginer Alexandre Tharaud développer des digressions délicieuses.

L’orchestre et le piano dans le premier CD s’entendent donc à ravir pour nous faire chavirer. Mais les surprises du deuxième CD ne sont pas moins merveilleuses. En solo ou avec des invités chanteurs ou instrumentistes le voyage se poursuit avec la même générosité.

La complicité est totale que ce soit avec les instrumentistes classiques ou de variété. Retrouver les tous dans le bas de l’article. Une constellation de stars !

La prise de son avec l’orchestre est somptueuse, aérée et large. En musique de chambre la même précision spatiale est un régal.

Critique. Enregistrement. 2 CD. ERATO. CINEMA. Alexandre Tharaud, piano.  Les frivolités parisiennes ; Les trilles du diable ; Cornelia Jordana ; Vanessa Paradis ; singer ; Sabine Devielhe, soprano ; Nemanja Radulović, violon ; Michel Portal, clarinette ; Baptiste Dolt, share drum ; Orchestra dell’ Accademia Nazionale di Santa Cecilia ; Direction Antonio Pappano. Code : 190296130922.

https://www.rts.ch/info/culture/musiques/8975457-le-triple-hommage-du-pianiste-alexandre-tharaud-a-barbara-.html

RUSALKA ressuscitée au Capitole de Toulouse

CRITIQUE. Opéra. TOULOUSE. THEATRE DU CAPITOLE, le 14 octobre 2022.  ANTONIN DVORAK. RUSALKA. S. PODA. A. HARTING. P. BUSZEWSKI. ONCT. F. BEERMANN.

SUBLIME RUSALKA au Capitole !

Aussi incroyable qu’injuste, il a fallu attendre 2022 pour voir à Toulouse cette Rusalka de Dvorak. La partition de 1901 est d’une beauté farouche, la dramaturgie est efficace et cinq rôles sont absolument majeurs et permettent aux chanteurs de s’exprimer pleinement vocalement. Rajoutons combien l’orchestre également est sollicité par le compositeur de la symphonie du Nouveau Monde. Afin de rendre hommage comme il convient à ce chef d’œuvre, Christophe Ghristi, directeur du Capitole, a donné tous les moyens nécessaires, y compris une ouverture de saison, afin d’enchanter le public. Théâtres pleins, applaudissements passionnés, le succès est total car le résultat est je dois dire sidérant. Il est difficile de rendre compte de la magie d’une production réussie sans l’affadir, je vais toutefois détailler les éléments de cette réussite totale. Je commencerai par l’Orchestre, cela sera la porte d’entrée pour beaucoup car Dvorak est très connu comme compositeur de la Symphonie du Nouveau Monde. Comme dans la musique symphonique l’orchestre de Rusalka est complet, puissant, subtil, très émouvant. La direction de Frank Beermann est idéale. Il connaît bien l’orchestre du Capitole, sa direction est très belle, elle laisse les musiciens s’épanouir en particulier les bois tout en maintenant une ligne de direction déterminée qui nous entraine dans le voyage et le drame. L’Orchestre du Capitole est conscient de la beauté de la partition et s’engage avec une ardeur magnifique. La beauté sonore de l’orchestre, sa délicatesse et les émotions qu’il porte laissent sans voix. Tous les musiciens sont superbes. Avec une mise en valeur particulière des bois et de la harpe. Coté distribution la même perfection se retrouve. Chacun est magnifique y compris les plus petits rôles comme par exemple les Nymphes. Valentina Fedeneva est une première Nymphe puissante avec une voix riche et nuancée. Citons-les tous : Valentina Fedeneva, Première Nymphe ; Louise Foor, Deuxième Nymphe ; Svetlana Lifar, Troisième Nymphe ; Fabrice Alibert, Le garde forestier, le chasseur ; Séraphine Cortez, Le marmiton. Aucune faiblesse ce sont de beaux artistes avec de très belles voix, arrivant chacun à créer une belle présence scénique. Les rôles principaux sont d’un niveau international avec une puissance expressive totale.

Aleksei Isaev est un Ondin parfait avec une prestance de dieu et une tristesse de père très troublante. La voix puissante sait se fragiliser pour exprimer sa peine.

En sorcière Jézibaba, Claire Barnet-Jones joue avec intensité et chante admirablement. La voix est sombre et inquiétante et la cantatrice est aidée par un costume spectaculaire.

Béatrice Uria-Monzon dans un rôle assez court arrive avec une voix très timbrée et puissante, un jeu subtil et un port de reine, à donner beaucoup de présence à son personnage de Princesse Étrangère.

Le couple maudit est particulièrement bine distribué en therme de scène et de voix. Piotr Buszewski est un prince idéal à la fois physiquement et vocalement. Timbre clair, voix dardée comme une fusée et un engagement total tant sur le plan vocal que dramatique. Pour une fois que le ténor a un vrai physique de jeune premier et une voix magnifique, nous avons un vrai Prince charmant ! 

Anita Hartig est une Rusalka désarmante et troublante. Le jeu modeste au début s’anime et la voix est somptueuse, riche en harmonique, ductile, nuancée à souhait. Les aigus sont purs et sonores, le medium est riche et gourmand et les graves pulpeux et onctueux.

Sur toute la vaste tessiture elle chante avec un bonheur total. La puissance qu’elle garde pour le duo final est bouleversante. Ce duo final avec le prince est un grand moment. Lui aussi oscille entre puissance et fragilité sur toute la tessiture. Elle tient une terrible ligne vocale sans siller.

L’opéra se termine en apothéose. Les chœurs ont de belles parties. Hors de scène le plus souvent, chacune de leurs interventions est remarquable. 

Les danseurs, tous cités dans la distribution sont des artistes époustouflants semblant encore plus à l’aise dans l’eau que dans le salon de Prince c’est dire le travail extraordinaire réalisé. Leurs mouvements dans la grande mare sur scène apportent beaucoup à la magie du spectacle. Des conditions probablement très complexes ont été dépassées pour arriver à ce résultat sidérant de beauté. Bravo, bravissimo !

Pour tout le coté visuel il faut reconnaître que la cohérence du propos est admirable. C’est l’autodidacte Stefano Poda qui a tout conçu et a fait un travail absolument remarquable. En, ce qui concerne la scène tout est organisé autour d’un décor complexe. Une scène gorgée d’eau, offre une vaste étendue sur et dans laquelle des danseurs représentent les créatures élémentaires marines qui entourent Ondin et sa fille Rusalka. La magie du théâtre est complète et chacun peut croire que la mare est posée sur la scène et que les créatures peuvent y plonger et ressortir pour chanter. Trois murs transparents et liquides ferment l’espace. Ondin et Rusalka se déchirent à projos du désir de Rusalka. Celle-ci tombée est amoureuse d’un mortel veut changer d’état et en devenant humaine veut acquérir une âme.  Le dialogue avec la sorcière Jézibaba est terrible mais la nymphe obtient gain de cause, elle va quitter le calme de son immortalité pour découvrir la passion du corps et la mort. La symbolique de Poda est assez simple et efficace. Le premier décor est celui de la nature belle et immaculée. Le deuxième acte nous plonge dans l’envers du monde, celui de la fabrication humaine, des jeux pervers entre les gens, de la pollution. Le décor mural sera comme une carte mère géante, le sol est fait de promontoires. Les danseurs forment des couples violents, ce ne sont plus les corps qui parlent mais les costumes. La violence de la chorégraphie ne cache pas la perversion des relations sexuelles. Le prince et Rusalka se conforment visuellement à ce modèle et petit à petit sur l’intervention de la violence de la Princesse étrangère la relation du prince avec sa bien-aimée qui reste muette se dégrade. La souffrance du prince qui veut mais ne peut supporter le silence de sa belle est très perceptible. L’incommunicabilité est fatale.

Sa fuite dans le badinage avec la Princesse Étrangère n’est pas légère mais désespérée. Rusalka retrouve la voix et un chant désespéré pour terminer l’acte. Le drame est scellé. Le troisième acte nous fait retrouver l’eau magique. Rusalka y entrainera dans une étreinte mortelle son bien aimé qui lui offre sa vie. A défaut de se comprendre les amants se lient dans la mort. La nature comme abimée retrouve l’espoir de la croissance. Des nymphes déplacent de petits pots bien modestes mais qui formeront de grands arbres. Cette opposition, cette incompréhension entre le mode des simples de nature et les créateurs de la civilisation de labeurs est symbolisée par le couple impossible Rusalka la nymphe et le Prince. Des mains gigantesques embarrassent le ciel ou l’eau. L’effet est redondant, la symbolique des mains comme pire et meilleures amies de l’homme est trop encombrante. A vouloir trop montrer Poda s’enlise sur ce point. Ce reste hérité de sa rencontre avec Beni Montresor dont des décors et costumes très riches et des images belles mais toujours lourdes est dommageable. Car Beni Montresor travaillait avec des metteurs en scène. Je me souviens très bien de son Nabucco en 1979 à Paris à la beauté écrasante. Certes les personnages peuvent être réduits à des abstractions dans ce conte symboliste mais à trop penser aux décors, costumes et effets scéniques, le jeu des corps humains a été délaissé. La mise en scène de ce point de vue est déficiente. En tout cas même à ce prix la magie a ravi le public car c’était un décor vraiment spectaculaire. Musicalement l’émotion était bien présente par la partition, brillamment défendue par la qualité des voix et un orchestre parfaitement dirigé par Frank Beermann.  

Les photos illustrant la critique ne rendent compte que d’une partie de la magie car la beauté des mouvements des corps des danseurs, surtout dans l’eau ne peut qu’être imaginée.

Hubert Stoecklin

Critique. Opéra.  TOULOUSE, le 16 octobre 2022. Théâtre du Capitole. Antonin Dvorak (1841-1904) : Rusalka. Conte lyrique en trois actes. Crée le 31 mars 1901 au Théâtre National de Prague.

Stefano Poda : Mise en scène, décors, costumes, lumières et chorégraphie ; Paolo Giani cei, collaboration artistique ; Distribution : Anita Hartig, Rusalka ; Piotr Buszewski, Le Prince ; Aleksei Isaev, Ondin ; Béatrice Uria-Monzon, La Princesse étrangère ; Claire Barnet-Jones, Jézibaba ; Valentina Fedeneva, Première Nymphe ; Louise Foor, Deuxième Nymphe ; Svetlana Lifar, Troisième Nymphe ; Fabrice Alibert, Le garde forestier, le chasseur ; Séraphine Cortez, Le marmiton ; Danseurs : Jorge Calderon, Maud Boissière, Juliette César, Arthur Delorme, Xavier-Gabriel Gocel, Elise Griffon, Izaskun Insausti Lorente, Marine Jardin, Antoine Lecouteux, Grégoire Lugué-Thébaud, Steven Nacolis, Léa Pérat, Florian Perez, Marion Pincemaille, Sophie Planté, Cyril Vera-Coussieu. Orchestre National du Capitole ; Chœur de l’Opéra National du Capitole, Gabriel Bourgoin, chef de chœur. Direction : Franck Beermann.  Photos Mirco Magliocca.

Sur un Cactus à l’entracte ça discute ferme de cette mise en scène

Le Requiem de Brahms sans frissons hélas…

Critique. Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 octobre 2022. Johannes Brahms (1833-1897) : Ein Deutsches Requiem, Op.45. Sunhae Im, soprano ; Johann Kristinsson, baryton ; Chœur de l’Opéra National du Capitole, chef de chœur :  Gabriel Bourgoin ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. David Reiland, direction.

Un petit Requiem en concert

Ein Deutsches Requiem de Brahms est une œuvre singulière qui n’a rien de comparable avec d’autres Messe des Morts. L’émotion qu’il dispense repose sur la sincérité avec laquelle il a été écrit et demande la même qualité chez les interprètes. Rien de démonstratif mais rien de retenu non plus.

David Reiland
David Reiland

Ce soir cet équilibre émotionnel n’a pas été trouvé. David Reiland dirige avec précaution et semble très soucieux du chœur. Il construit un équilibre sonore parfait évitant toute difficulté aux solistes comme au chœur. Chaque partie sera entendue comme il convient. Il y un vrai sens de l’équilibre des plans sonores chez le chef Belge. L’orchestre du Capitole est ductile sans engagement véritable ce soir. Le Chœur du Capitole est sonore, peu enclin aux nuances. Les sopranos n’ont pas la qualité angélique attendue avec des aigu forte assez durs et les basses trop discrètes n’apportent pas le réconfort habituel par manque de rondeur. Les solistes sont inégaux. Le jeune baryton Johann Kristinssohn a une fraicheur et une simplicité qui convient bien à son texte et sa ligne de chant est élégante. La soprano Sunhae Im a une voix élimée qui peine à rester stable. La difficulté de son chant, l’acidité du timbre, ne permettent pas d’atteindre la consolation attendue dans cet air sublime de simplicité.

Ce concert a été une simple exécution musicale, sans chaleur, ni tension. Cela produit l’impression d’un concert de jolie musique non pas d’une Messe des Morts.

On peut me rétorquer que la Halle-Aux-Grains convient mal à une œuvre sacrée. Certes mais je fais partie de ceux qui ont eu la chance d’entendre cette œuvre deux fois en 2011 et 2016 dirigée par Tugan Sokhiev avec le chœur Orfeo Donostiarra et des chanteurs adéquats et à chaque fois toutes les émotions ont été au rendez-vous. Cela n’a donc rien d’impossible… Cela ne semble pas avoir été l’option choisie ce soir. Je fais partie de ceux qui ont regretté d’avoir assisté à un simple concert. Les temps changent assurément !

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 octobre 2022. Johannes Brahms (1833-1897) : Ein Deutsches Requiem, Op.45. Sunhae Im, soprano ; Johann Kristinsson, baryton ; Chœur de l’Opéra National du Capitole, chef de chœur :  Gabriel Bourgoin ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. David Reiland, direction.

La Kabylie rêvée d’Amel Brahim-Djelloul

La Kabylie rêvée d’Amel Brahim-Djelloul et ses amis est un enchantement !

Cantatrice franco-algérienne, soprano lumineuse baroque et mozartienne, Amel Brahim-Djelloul a bien des cordes à son arc et fait une très belle carrière. Le confinement lui a donné le temps de construire son projet alliant ses racines algériennes et lyriques françaises pour un projet très personnel dédié à la Kabylie. S’entourant de musiciens de grands talents, dont son frère Rachid, d’un véritable arrangeur compositeur, Thomas Keck, et d’une poète kabyle Rezki Rabia, elle a enregistré une heure de musique entièrement dédiée à cette montagne aux magnifiques paysages, un peu magiques avec un coté parfois inquiétant au nord de l’Algérie. C’est ainsi que se succèdent dans une harmonie parfaite des musiques, de variété, des musiques anciennes et des compositions modernes. L’instrumentarium est des plus variés, des instruments modernes : cordes, guitare, clarinette, mandoline, harpe ; plus anciens :  viole de gambe, ney, oud, cithare, mandole ; ou plus traditionnels encore : derbouka, daf, bendir, tar … Le mariage est très heureux et le disque s’écoute comme un voyage très agréable.  La langue kabyle travaillée avec le poète Rezki Rabia coule dans la voix d’Amel avec facilité. Son amour pour la poésie de cette langue se devine à chaque instant, les émotions variées contenues dans les textes sont facilement reconnues, c’est la fête, les retrouvailles, le temps qui passe, la vie qui va, les départs, les séparations, la peur, la joie. La délicatesse du texte dans les A Capella est un enchantement. Savoir ainsi créer une osmose de cette qualité avec tous ces artistes amis est vraiment remarquable. Le résultat passe évidemment par la belle voix d’Amel Brahim Djelloul mais chacun, musicien ou poète est un acteur fondamental. Les racines rêvées de leur Kabylie de paix et de mystère permettent un voyage musical délassant.

Le dialogue orient- occident de la musique ancienne m’est bien connu avec les remarquables concerts construits par Jordi Savall et régulièrement enregistrés : le oud, le ney et la viole de gambe sont des instruments souvent rencontrés. Le travail dans cet enregistrement est tout autre : c’est une recréation de pure poésie ouvrant sur les époques et les genres musicaux divers.

Ainsi les chansons d’Idir sont magiques dans cette voix si pure. Des sonorités qu’Oum Kalthoum ou Fayruz, deux divas chantant en arabe, n’auraient pas désavouées inscrivent certains moments dans un vrai langage musical populaire. Celles écrites pour l’enregistrement par Thomas Keck sur des poèmes de Rezki Rabbia ont un charme intemporel et complètent admirablement le programme. Le confinement a été prolifique car ce projet a pu se fortifier et s’enregistrer en suivant.

Les photos du très beau livret des musiciens masqués rappellent cette époque si étrange. Le résultat est un Chemin qui monte vers des lieux de paix et de bonheur. La qualité précise de l’enregistrement ajoute au charme de l’écoute et les traductions du livret permettent de comprendre la poésie subtile des textes. Une série de concerts est programmée, nous savons que le succès sera au rendez-vous !

Un lien vers une vidéo de l’enregistrement

Le site de la cantatrice

Critique. CD. Amel Brahim -Djelloul, soprano. Les Chemins qui montent. Thomas Keck, arrangements, composition, guitare. Rezki Rabia, textes, et traductions kabyles. Instrumentistes divers.  Klarthe Records. Avril 2021. 15 pistes. Durée 60’. Numéro : 3 760330 961 1682.

Claudio Arreau en 24 CD magnifiques chez Warner Classics

CRITIQUE. COFFRET CD. CLAUDIO ARREAU (1903-1991). The Complete WARNER CLASSICS recordings. 24 CD. Enregistrements de 1920 à 1962.

CLAUDIO ARREAU : Le Maître de la pondération et de l’élégance.

Né au tout début du XXème siècle ce pianiste légendaire fait partie du Brelan d’As du piano occidental avec Wladimir Horowitz son quasi jumeau, lui aussi né en 1903 et Arthur Rubinstein plus âgé né en 1887. A eux trois ils ont dominé le piano du XXème siècle en occident. Carrières fantastiques, enregistrements pléthoriques : ils ont offert leur art pour la postérité étant eux-même des héritiers du XIXème siècle. Il n’est pas question de comparer vainement trois artistes si immenses mais je crois pouvoir dire que l’art de Claudio Arreau est celui de la pondération et de l’élégance. Qualités rares et surtout qui n’ont rien à voir avec de la tiédeur mais relèvent du plus grand respect. Respect du compositeur d’abord avec une précision et une rigueur stylistique dans l’exécution absolument sidérantes ; son jeu est toujours impeccable. Il y a également le respect du public auquel l’interprète offre sa sensibilité, son jeu n’est jamais distant, sa proposition interprétative est complexe mais sans jamais l’encombrer de la moindre trace d’histrionisme. Les moyens techniques de Claudio Arreau sont inouïs. Il a eu comme seul enseignement celui de Martin Krause (1853-1918) détenteur d’une technique sensationnelle qu’il avait lui-même hérité directement de Frantz Liszt. Cette technique Arreau l’a appliquée à toute nouvelle œuvre travaillée et lui a permis de tout jouer avec le même bonheur. Songeons qu’il a joué l’intégrale de l’œuvre pour clavier de Bach, l’intégrale des sonates de Beethoven et de Mozart en concerts dès les années 50 ! Jamais, même dans sa jeunesse, Claudio Arreau n’a joué au virtuose, au grand jamais ; il a toujours été avant tout un musicien. C’est d’ailleurs ce qui semble lui avoir déplu aux USA où la recherche du sensationnel était une qualité. Le legs discographique de Claudio Arreau est considérable, il a changé de maison d’enregistrement avec le temps. Cet artiste avait certainement le répertoire le plus vaste possible. Les enregistrements dont il sera question ici sont ceux réalisés entre 1920 (il avait 17 ans) et 1962 au sommet de son art. Warner Classics a regroupé tout ce qui n’était pas dans le coffret Decca-Phillips (qui lui comprend 80 CD de ses enregistrements plus tardifs). Ce sont donc avec Warner ces premiers 24 CD, tous magnifiques et dont l’écoute est passionnante. On peut faire un parallèle entre le développement de la carrière du pianiste Chilien et les progrès de l’enregistrement.  En 1920 Arreau est un jeune pianiste, ex-enfant prodige. Il est plein de doutes mais joue dans la cour des grands. Vocalion avec prudence lui fait enregistrer pour un disque 78 tours des courtes pièces. Une valse de Chopin et un moment musical de Schubert. C’est beau, sensible, élégant mais le son est embrumé. Après avoir gagné le concours de Genève il enregistre en Allemagne pour Electrola dans la fin des années 20 encore du Chopin (études), du Liszt. Pour avoir son Debussy si subtil et la première œuvre conséquente, Le Carnaval de Robert Schumann, il faudra attendre la fin des années 30 dans la qualité d’enregistrement pour le microsillon. C’est véritablement à partir de cette période que l’accord entre la qualité du jeu du pianiste et la fidélité de la restitution des enregistrements va vers la perfection. Les enregistrements des années 50 sont faits chez EMI à Londres avec la belle qualité que nous leur connaissons. Le grand Walter Legge en a produit plusieurs. C’est Beethoven qui va devenir le compositeur fétiche de Claudio Arreau au disque. Les sonates et tous les concertos de piano sont des grands moments de musique. Les enregistrements plus tardifs en stéréo sont peut-être plus extraordinaires mais le charme des premiers enregistrements mono est inestimable. Le jeu lumineux, charpenté et s’écoulant naturellement de Claudio Arreau est magnifique. Les qualités de l’interprète sont majeures il joue Beethoven comme s’il comprenait chaque note et toute la construction de chaque partition. Ce qui me frappe c’est la capacité à rendre dans une musicalité très pure la dimension spirituelle, voire surnaturelle qui affleure à certains moments dans la musique de Beethoven. Je songe aux dernières sonates, au quatrième concerto de piano. Il y a une magie propre à la qualité de son jeu qui me fascine. L’accord également avec certains chefs est hallucinant ; ainsi Alceo Galliera, le compagnon le plus sensible est le plus présent, avec Otto Klemperer dans un Concerto l’Empereur ils atteignent une puissance rare et l’entente avec Carlo Maria Giulini pour la version Stéréo des concertos de Brahms reste inoubliable, avec une qualité métaphysique de la musique faite ensemble en harmonie qui est bouleversante.  Le Philharmonia Orchestra est toujours ductile et particulièrement phonogénique. Ailleurs la fluidité de son Schubert, sa franche lumière, ombrée juste ce qu’il faut, tout cela est incroyable : des Moments musicaux de rêve, une Wanderer Fantaisie magique. Dans Chopin il restitue une musicalité pure qui fait de sa version de la sonate n°3 une référence et avec lui les Études qui peuvent être si austères gagnent en beauté et inventivité. Les perles rares d’autres Debussy, d’un peu de Granados rappellent combien cet artiste savait trouver des couleurs inouïes dans ce répertoire plus contemporain. Le Concerto n°1 de Tchaïkovski est impérial, le ConcertStuck de Carl Maria Von Weber est d’une poésie rare. Les concertos de Grieg et Schumann ne cèdent rien à d’autres versions discographiques au sommet. Arreau peut tout jouer, à chaque fois il suscite l’intérêt et gagne l’approbation du musicophile. Ce coffret Warner Classics est sensationnel, il accompagne dans des œuvres toutes sublimes l’émergence d’un artiste inoubliable avec une qualité de prise de son qui frôle la perfection. Il convient de signaler que la remasterisation d’après les enregistrements originaux est très remarquable, elle permet de déguster la qualité du jeu du pianiste qui est d’une pureté cristalline. Les nuances sont très creusées et la précision digitale limpide.

Un beau coffret qui permet de passer de très beaux moments musicaux avec un Artiste irremplaçable.

Hubert Stoecklin

CRITIQUE. Enregistrements. Coffret Warner Classics. CLAUDIO ARREAU (1903-1991), piano. Enregistrements de 1920 à 1962. 24 CD. Beethoven. Mozart. Chopin. Schubert. Schumann. Brahms. Tchaïkovski. Grieg etc… Philharmonia Orchestra ; Alceo Galliera, Otto Klemperer, Caro Maria Giulini : chefs. Parution 14 Octobre 2022.

NEMANJA RADULOVIC : SON DERNIER CD, ROOTS NOUS ENCHANTE

CRITIQUE. CD. ROOTS. NEMANJA RADULOVIC, violon. ENSEMBLE CONTRE SENS. WARNER CLASSICS. 

Nemanja Radulović chausse les bottes de sept lieux et nous entraine…

Quels beaux moments et qui passent comme un songe lors de l’écoute de cet enregistrement : La magie de la musique sans frontières, comme nous en avons tant besoin, est toujours exceptionnelle ! Nemanja Radulović l’explique très bien. Durant la pandémie il n’a pu jouer en public et a pris le temps d’écouter des tas de choses en famille. L’envie de faire de la musique avec les amis de son ensemble Double Sens ne pouvait se faire uniquement avec de la musique classique. Il voulait faire davantage pour son retour à l’enregistrement. En effet le violon est un instrument universel et le violoniste a cherché sans tabous ce qui lui plaisait. L’Europe des Balkans, bien sûr a la part belle. Nemanja est originaire de Serbie, sa sensibilité le pousse vers cette Europe Centrale avec des influences de l’Est, puis il nous entraine également en Chine, en Amérique du Sud, en Europe du Sud en Irlande et vers les musiques de film. Chacun aura son morceau préféré à un moment ou l’autre tant la pure beauté émeut, je ne sais quel moment je préfère. Les émotions sont si variées que la rencontre avec sa propre sensibilité peut varier à chaque nouvelle écoute. Car tout est beau, entrainant et en un mot irrésistible. La voix étrangement mature de Ksenija Milosević, premier violon de l’orchestre, semble intemporelle. Le violon de Nemanja Radulović est à l’aise dans toute musique, il semble pouvoir tout faire avec son violon, doubles cordes, harmoniques, pizzicati et même jouer avec un plectre… 

Pour son premier enregistrement chez Warner Classics un nouveau monde semble s’ouvrir au-delà de ce que la musique classique peut représenter de fermé.

C’est LA MUSIQUE du violon et sans frontières. Les musiciens de Double Sens sont partie prenante de ce projet et leur joie de la découverte sans limites est communicative.  Quel beau voyage ! Il n’y a que de la bonne musique et des musiciens d’exception. Les racines de la musique sont faites de joie, de liberté et de partage. Merci à Nemanja Radulović et ses amis de nous les offrir de manière si limpide !

Hubert Stoecklin

Critique CD. ROOTS. Compositeurs divers dont : Manuel de Falla, Aleksandar Sedlar, Jonče Hristovski, Žarko Jovanović, Chen Gang, He Zhanhao, Eliyahu Gamliel, Matityahu Shelem, Luiz Bonfá, Tony Muréna, Joseph Colombo, Dámaso Pérez Prado…  Nemanja Radulović, violon. Double Sens.

Warner Classics. Enregistré en 2022, sortie le 7 octobre.

Durée 60’08’’. 17 pistes . Code : 0109296198397.

Ici Nemanja explique avec délicatesse son projet de CD ROOTS

Nelson Goerner à Piano Jacobins

CRITIQUE, concert. TOULOUSE. 43 ième FESTIVAL PIANO JACOBINS.

30 sept. 2022. Récital Nelson GOERNER, piano. I.ALBENIZ. F. CHOPIN.

Nelson Goerner éblouissant à Piano Jacobins

Nelson Goerner a fermé avec un éclat particulier la 43° édition de Piano Jacobins. Le pianiste argentin a atteint un statut de démiurge qui se confirme à chaque apparition. Cet été à La Roque d’Anthéron déjà nous avions été éblouis. Ce soir dans la magnifique et chatoyante acoustique de la salle capitulaire du Cloitre des Jacobins il ne se perdait pas la plus petite nuance, l’inflexion du phrasé la plus subtile, comme les couleurs les plus chatoyantes. Le jeu de Nelson Goerner dans les ballades de Chopin est comme improvisé avec une puissance créatrice inouïe. Il s’approprie ces pages si personnelles de Chopin, tellement différentes et totalement surprenantes avec une évidence quasi surnaturelle. Aucune séduction facile, un jeu exigeant obtenant une écoute concentrée. Chopin est sous ses doigts un compositeur innovant requérant des moyens considérables. Nelson Goerner interprète ces quatre ballades avec une apparente facilité. Il est étourdissant ! Après un court entracte il choisit les derniers cahiers d’Ibéria d’Albeniz. La peut-être encore d’avantage que chez Chopin, il semble chez lui. L’ampleur des sonorités qu’il trouve font exploser les timbres et s’iriser les couleurs d’une Espagne plus idéalisée que folklorique. Quel beau piano, quelle belle musique ! Nelson Goerner est animé d’une sorte de gourmandise et communique au public son amour pour cette musique aux harmonies si surprenantes, aux rythmes si inventifs et à la virtuosité si grisante. Il domine si superbement ces partitions et nous fait oublier leur incroyable difficulté. Il peut tout jouer, il a la puissance et la grâce du dieu Apollon. Il fait un lien direct entre les compositeurs et le public comme si son jeu était juste celui plein d’humilité d’un passeur.  Le voir si souriant et rayonnant en fin de concert est si agréable que le public lui fait une ovation et obtient évidemment avec des bis de prolonger l’harmonie de la musique partagée sur ces sommets. Nelson Goerner est un musicien géant, son jeu au piano est aussi humble que magnifique !

Hubert Stoecklin

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 30 septembre 2022. Cloître des Jacobins. Concert. Frédéric Chopin (1810-1849) : Quatre Ballades. Isaac Albeniz (1860-1909) : Iberia, Cahiers III et IV. Nelson Goerner, piano.

Lien vers Chopin Nocturne par N.Goerner :