Oncle Vania de Tchekhov dans une mise en scène superfétatoire de Galin Stoev.

CRITIQUE. THEATRE. TOULOUSE.THEATREDELACITÉ. VENDREDI 13 janvier 2023. A. TCHEKHOV. ONCLE VANIA. G. STOEV.

Mise en scène superfétatoire de Galin Stoev pour le chef d’œuvre de Tchekhov.

Avec de tels acteurs (dont quelques-uns de la Comédie Française) et un texte si puissant il est dommage que Galin Stoev en créant à Toulouse sa version d’Oncle Vania n’ai pas assez fait confiance aux uns comme à l’autre. Ou autrement dit beaucoup de bruit pour rien.

Que de détails futiles, d’accessoires redondants, de rajouts prétentieux ! Vraiment les acteurs sont excellents et la pièce parle au public aujourd’hui directement sans besoin de souligner quoi que ce soit. Je ne détaillerai pas ce qui a alourdi le propos, dénaturé la beauté mélancolique des personnages. Il est certain que la pièce de Tchekhov est un tel chef d’œuvre qu’elle a parfaitement résisté à cette mise en scène. Approfondir les failles des personnages, rendre plus dérangeants les rapports entre les générations auraient été bien plus forts. Une recherche d’élégance et de légèreté est louable, si toutefois la tristesse de la plupart des personnages avait été d’avantage révélée. Ce partie pris systématique du beau provoque la lassitude de l’œil. Le micro au bord de scène pour « faire entendre les moments clefs » ne s’adresse pas à un public cultivé. Surligner comme au stabilo des moments n’est pas digne de ce chef d’œuvre. Reste la puissance des acteurs qui dépasse tout comme la pièce s’arrange de tout. Ainsi la Nounou de Catherine Ferran est l’incarnation d’une forme de sagesse de Tchekhov, les mélodies de sa belle voix grave sont raffinées. En Sonia Elise Friha est toute de sensibilité refoulée et de pudeur virginale. Sa compréhension de Vania, son cher oncle, est subtilement évidente. C’est peut-être le plus beau rapport entre les personnages, et la fin de pièce est délicieuse. Une sorte d’authenticité entre ces deux personnages me touche. La complexité du beau personnage d’Oncle Vania oscillant entre inhibition et pulsions exacerbées est admirablement vécu par Sébastien Eveno. L’acteur rend très touchante cette lucidité si douloureusement acquise par ce personnage idéaliste, qui évolue vers quelque chose de proche du nihilisme.

La complexité du rôle d’Astrov, le médecin ami de Vania, dangereusement attiré par Elena n’est que partiellement rendue. Le parti pris de mise en scène, avec de la tension et la recherche de maitrise, limite le jeu de Cyril Gueï.

En effet la sensualité lui semble refusée par la mise en scène. Je l’ai beaucoup regretté surtout dans la scène avec Elena. La également ce doit être une demande du metteur en scène : Suliane Brahim en Elena a un jeu déclamé et artificiel. La froideur constante, la raideur, l’absence de toute sensualité renforcent trop l’absence de profondeur du personnage. Il manque à mon avis tout un pan de séduction qui justifie l’élan des personnages vers elle.

Son vieux mari, le professeur hypochondriaque a également un jeu univoque avec de la raideur. Ce n’est pas que le Sérébriakov de Andrzej Seweryn manque de charisme, l’acteur en a à revendre, mais le personnage manque d’épaisseur. Il ne reste rien de l’idéalisation qu’il a provoqué dans sa jeunesse, ni de sa grandeur passée.

Les décors d’Alban Ho Van et les costumes de Bjanka Adžić Ursulov soulignent la dystopie avec une recherche d’élégance comme déclassée. Cela évite surtout à Galin Stoev de choisir entre la radicalité de la modernité et le relatif confort des costumes d’époque. Cet entre-deux est un peu fade. Les lumières de d’Elsa Rebol sont efficaces et sont sans magie. Les choix musicaux ne sont pas très pertinents, avec une recherche de séduction trop facile. Le travail musical de Joan Cambon semble pourtant conséquent. 

Je ne commenterai pas la présence de poules sur scène, la dystopie, le micro, les robots musicaux, les chansons, la came… Tout cela appartient à autre chose qu’à une mise en scène pleine de respect pour un chef d’œuvre, plutôt à une recherche de séduction facile à destination du public.

Hubert Stoecklin

Critique. Théâtre. Toulouse. Théâtredelacité. Le 13 Janvier 2023. Anton Tchekhov (1860-1904) : Oncle Vania. Texte français, Virginie Ferrere et Galin Stoev ; Mise en scène, Galin Stoev ; Spectacle produit par le ThéâtredelaCité ; Distribution : Suliane Brahim – Sociétaire de la Comédie-Française / Elena, Caroline Chaniolleau / Maria Vassilievna, Sébastien Eveno – Comédien permanent associé au projet de direction de la Comédie – CDN de Reims / Vania, Catherine Ferran – Sociétaire honoraire de la Comédie-Française / La Nounou, Cyril Gueï / Astrov, Côme Paillard / Gaufrette, Élise Friha / Sonia, Andrzej Seweryn – Sociétaire honoraire de la Comédie-Française / Sérébriakov ; Collaboration artistique et assistanat à la mise en scène , Virginie Ferrere ; Scénographie , Alban Ho Van ; Lumières , Elsa Revol ; Costumes , Bjanka Adžić Ursulov ; Sons et musiques , Joan Cambon ; avec l’aide pour la création des machines musicales de , Stéphane Dardé ; Dressage , Vincent Desprez ; Réalisation du décor dans les Ateliers de construction du ThéâtredelaCité sous la direction de Michaël Labat ; Régie Générale , Léo Thevenon ; Régie plateau , Simon Clément ; Régie lumière , Didier Barreau et Michel Le Borgne ; Régie son , Loïc Célestin ; Habillage , Sabine Rovère ; Production ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie ; Coproduction Comédie – CDN de Reims.

Crédit Photo : Marie Liebig

La Vie Parisienne dans la ville Rose : Enregistrement en concert !

CRITIQUE, opéra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 12 jan 2023. OFFENBACH : La Vie Parisienne. Orch Nat Cap / R Dumas.

Quelle énergie dans cette Vie Parisienne !

Proposée en concert, il n’était pas évident que cette opérette dans une version de plus de trois heures ravisse le public. Et pourtant le succès a été total. Cette longue version remonte aux sources de la création. Le Palazzetto Bru-Zane a financé ce travail éditorial qui réintègre nombreux airs et moments vocaux plus exigeants voir virtuoses qu’Offenbach avait biffés trouvant une distribution plus théâtrale que lyrique lors de la création. Cette version de 1866 n’a donc jamais été entendue par Offenbach et il ne l’a pas validée. Cela correspond à sa composition musicale « pure » sans les modifications d’homme de théâtre qui l’ont conduit au succès que l’on sait. C’est donc un plaisir de musiciens et effectivement certains rôles deviennent plus importants. Le grand gain est de faire de Gabrielle la prima donna assoluta. Le rôle gagne en airs nouveaux mais surtout il a la responsabilité de lancer de nombreux ensembles dont l’inénarrable couplet de la Bouillabaisse. C’est bien la qualité de jeux des chanteurs, leurs mimiques, leurs fragiles accessoires qui ont conduit le public à l’extase. Vocalement toute la distribution est admirable mais surtout l’inventivité musicale et le panache vocal sont augmentés par un engagement théâtral exceptionnel. Ce concert était enregistré pour illustrer la version éditée par le Palazzetto Bru-Zane ainsi chaque chanteur était cantonné à sa place devant son micro ! Leur mérite de faire vivre leur personnage était donc immense et sera je pense perceptible dans l’enregistrement. Le jeune chef Romain Dumas a beaucoup d’énergie et anime toute cette intrigue tarabiscotée avec du panache et de l’humour. Les tempi sont vifs et les enchaînements très vivants.

L’Orchestre du Capitole mange du pain béni et fait feu de toute sa musicalité, sa virtuosité et son humour. C’est véritablement jubilatoire. Le chœur du Capitole débute avec une entrée spectaculaire qui demande beaucoup de concentration entre les nombreux sous-groupes. Ce n’est que petit à petit que la tension baisse et que leur amusement devient partagé.

La distribution est de haut vol. Les hommes d’abord puisque ce sont eux qui entrent en scène en premier. En Bobinet, Marc Mauillon est absolument irrésistible et c’est dommage que le rôle ne nous permette pas de l’entendre davantage. Ses mimiques sont drolatiques et la voix superbement conduite. Son compère plus favorisé dans la partition est Artavazd Sargsyan en Gardefeu. Tout aussi impliqué que Bobinet , il a un humour plus subtil et vocalement les exigences du rôle lui permettent de belles démonstrations de virtuosité. Jérôme Boutillier est un Baron truculent, ridicule et pourtant touchant avec une voix très spectaculaire. Sa Baronne est très assortie vocalement avec la même splendeur sonore et scéniquement un jeu en demi-teinte permet d’apprécier un personnage plus subtil qu’habituellement. En Baronne Sandrine Buendia a un grand talent scénique.

Véronique Gens en Métella promène son élégance lasse ; très concentrée sur sa partie vocale elle maintient son timbre et maîtrise son vibrato grâce à une concentration sans faille. Plus de théâtre lui aurait permis une meilleure intégration car elle a semblé toujours un peu « lointaine ». La grande diva est donc sans contestation Anne-Catherine Gillet en Gabrielle la gantière, une artiste aussi superbe que virtuose. Une énergie qui semble illimitée, des changements de costumes à vue, des sourires charmeurs : son jeu est sensationnel. D’autant je vous le rappelle que cela se passe sur moins d’un mètre carré ! La voix est d’une beauté délicieuse, ronde, irisée de couleurs fleuries avec des aigus cristallins et une homogénéité de tessiture très agréable. Son aisance avec le texte dans une diction parfaite fait également le charme de son personnage. Et son humour est tout à fait jubilatoire.

Pierre Derhet joue plusieurs rôles. Son Frick est spectaculaire mais son Brésilien ne l’est pas moins, il rend sa voix presque méconnaissable. C’est vraiment bleuffant ! Marie Gautrot est une Madame de Quimper-Karadec de haute tenue. Voix large et prestance scénique imposante. Elle joue son texte avec beaucoup d’aisance. Les autres dames créent une énergie d’ensemble assez remarquable, jeu collectif et rares moments de mise en valeur.  C’est également cet esprit collectif qui conduit aux meilleures réussites chez Offenbach. Donc félicitons Elena Galitskaja en Pauline véritable rouée coquine, Louise Pingeot en Clara, Marie Kalinine en Bertha et Caroline Meng en Dame de Folle-Verdure déjantée. Philippe Estéphe en Urbain et Alfred et Carl Ghazarossian complètent avec humour l’équipe gagnante. Ce concert de trois heures-vingt comportait un court entracte. Il me sembla passer très vite grâce à la présence vivifiante des artistes. 

Ne doutons pas qu’au disque cette version ravira la première place tenue pour l’heure par la version de Michel Plasson chez EMI avec une distribution incroyable dont LA METELLA de Régine Crespin et Mady Mesplé en Gabrielle pyrotechnique. L’art de Michel Plasson demeure irremplaçable dans ce répertoire…

En Choisissant Toulouse pour son enregistrement, le Palazzetto Bru-Zane permet un challenge en toute amitié, non sans un certain humour.

Hubert Stoecklin

Critique. Opéra. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 12 janvier 2023. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie Parisienne opéra bouffe en cinq actes (version de 1866). Version de concert. Avec : Anne-Catherine Gillet, Gabrielle ; Artavazd Sargsyan, Gardefeu ; Marc Mauillon, Bobinet ; Jérôme Boutillier, Le baron ; Sandrine Buendia, la baronne ; Véronique Gens, Métella ; Pierre Derhet, Le Brésilien, Frick, Gontran ; Elena Galitskaja, Pauline ; Marie Gautrot, Mme De Quimper-Karadec ; Louise Pingeot, Clara ; Marie Kalinine, Bertha ; Caroline Meng Mme de Folle-Verdure. Philippe Estèphe, Urbain, Alfred ; Carl Ghazarossian, Joseph, Alphonse, Prosper ; Chœur du Capitole (chef de chœur Gabriel Bourgoin) ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Romain Dumas.

Crédit photo : Romain Alcaraz

Amandine Beyer et les Incogniti sont renversants dans Vivaldi !

Critique enregistrement. Antonio Vivaldi : Il Mondo al Rovescio. Amandine Beyer. Les Incogniti. 1 CD Harmonia Mundi. HMM 902688. Durée 76’34’’. Enregistré en 2022.

Amandine Beyer et les Incogniti depuis leur entrée fracassante dans le monde de Vivaldi, avec un enregistrement des Quatre Saisons qui toujours rééditées est aimé du public comme de la critique. Ses musiciens ne cessent de revenir vers la musique du prêtre Roux avec bonheur. Leur dernier enregistrement est une véritable fête. L’équipe de fins musiciens s’étoffe. Non pas pour alourdir les pupitres mais pour ajouter d’autres timbres, découvrir d’autres œuvres, jouer avec d’autre forme de virtuosité. Le parti pris de jouer à un par partie reste identique. Cette responsabilité de soliste pour chaque musicien est un peu ce qui rend si magique leurs interprétations. Personne ne s’ennuie jamais et chacun assume sa partie avec le plus grand soin et parfois l’humour le plus ravageur. 

Ainsi le jeu garde sa précision et sa vivacité, la virtuosité est toujours superlative sans ostentation.

Les nouveaux venus sont nombreux et plusieurs concertos sont des raretés. Les violons restent les rois, toutefois nous avons aussi deux hautbois : Neven Lesage et Gabriel Pidoux, deux flûtes, traverso et ridorder : Eleonora Biscevic et Manuel Granatiero, deux clarinettes : Roberta Christini et Renaud Guy-Rousseau, deux cors truculents: Teo Suchanek et Ciryl Vittecoq et un basson : Lajandro Perez-Marine. Je ne résiste pas à citer Clément Losco aux timbales qui a un chic fou. Les cors naturels offrent la même fougue dévergondée que Bach leur confie dans son premier concerto Brandebourgeois. Cela donne une impression de grand air et de partie de campagne.

Tout ce petit monde alterne et parfois les musiciens jouent tous ensemble ; c’est un festival de beauté, d’humour et surtout de joie. Les phrasés sont toujours exquis, les nuances pleines de surprises, la virtuosité naturelle et nous devinons que le partage entre les musiciens est d’une totale générosité. Cet enregistrement fait mentir Stravinski qui aurait dit que Vivaldi composait toujours la même chose ; chaque concerto a sa propre personnalité avec de tels interprètes. Ce disque va donner le moral à qui l’écoute et ce n’est pas une petite chose dans notre monde anxieux. Cette musique jouée ainsi apporte de la joie.

Un Grand Merci à Amandine Beyer, ses Incogniti et leurs invités. Bravo pour cette superbe série de concerti chacun est plus vivant que l’autre. L’écoute de ce CD est comme un soleil radieux. Il se termine sur cet étonnant concerto « Il proteo ossia il mondo al rovescio » violon et violoncelle s’échangent les thèmes, jouent la même chose à la suite ou en même temps, se répondent, se coupent la parole : le jeu d’écriture et la virtuosité exigée accueillent un troisième ami : c’est cet humour inénarrable. Quelle joie cette musique de Vivaldi, quelle fête cet enregistrement !

Auditorium, Gli Incogniti, Neven Lesage, Gabriel Pidoux, hautbois Roberta Cristini, Renaud Guy-Rousseau, clarinettes Eleonora Biscevic, Manuel Granatiero, flûtes 
Théo Suchanek, Cyril Vittecoq, cors Natalie Carducci, Yoko Kawakubo, Flavio Losco, Vadym Makarenko, Corinne Raymond-Jarczyk, Alba Roca, violons Marta Paramo, Ottavia Rausa, altos Marco Ceccato, Rebeca Ferri, violoncelles Alejandro Perez-Marin, basson Francesco Romano, théorbe Baldomero Barciela, violone Anna Fontana, clavecin et orgue Noé Ferro, timbales

Hubert Stoecklin

1 CD Harmonia Mundi : Il Mondo al rovescio. Antonio Vivaldi (1671-1751) : Concerti per la Solennita di S. Lorenzo en do majeur RV 562 et en sol majeur RV 556 ; Concerto pour flûte en mi mineur RV 432 ; Concerto pour violon en fa majeur RV 571 et en la majeur RV 344 ; Concerto pour violon et hautbois en sol mineur RV 576 ; Concerto pour violon en mi mineur RV 278 ; Concerto pour 2 hautbois en la mineur RV 536 ; Concerto pour violon et violoncelle en fa majeur RV 572 « Il proteo ossia il mondo rovescio ». Les Incogniti.  Amandine Beyer, violon et direction. 1 CD Harmonia Mundi. HMM 902688. Durée 76’34’’. Enregistré en 2022. Code barre : 3 149020 944714.

Superbe sérénade d’Hiver par les Eléments

CRITIQUE. Enregistrement. Sérénade d’hiver. LES ELEMENTS. Joël Suhubiette. 1 CD Mirare. Mir 650.

Une sérénade de grande élégance.

Joël Suhubiette et ses Éléments nous invitent à un bien beau voyage musical en hiver. Alors que les températures sont bien hautes cela nous raconte combien cette saison, mal aimée le plus souvent, a été illustrée par de nombreux compositeurs au cours des ans. Les Éléments excellent dans absolument tous les répertoires nous le savons. Une nouvelle fois l’aisance avec laquelle ils parcourent le vaste répertoire vocal a capella, certains dans des arrangements magnifiques de Pierre Jeannot, est sensationnelle. Du moyen âge à la créations contemporaine tous est absolument superbe. J’ai pour ma part beaucoup de plaisir dans leurs Poulenc. Je trouve qu’ils en sont actuellement encore plus convainquant qu’Accentus.

 Les compositeurs contemporains fétiches de l’ensemble sont présents Patrick Burgan avec 5 chants de neige spectaculaires et Zad Moultaka avec Flamma. Le naturel, l’élégance et la précision sont une alliance gagnante et cet enregistrement à la thématique astucieuse est également un véritable catalogue de leur magnificence. Les Éléments renouvellent depuis 1997 tout particulièrement une véritable excellence du chant a capella. Leur dernier enregistrement est un très beau disque à déguster même si les températures ne sont pas exactement de saison et si la neige est trop rare. Peut-être que cela deviendra-t-il un témoignage d’un passé proche… et sera un nouvel atout pour cet enregistrement, qui sait ? La prise de son est très précise et très naturelle. Tout s’entend et les équilibres sont parfaits. Vraiment tout invite à une écoute renouvelée de cet enregistrement aux styles variés et si bien interprété.

Hubert Stoecklin

Critique. Enregistrement. Sérénade d’hiver. Claude Debussy (1862-1918) : Yver, vous n’estes qu’un villain. Antoine Busnois (1430-1492) : Noël Noël Noël. Antoine Brumel (1460-1512) : Noe noe noe. Claude Goudimel (1510-1572) : Esprits Divins, chantons dans la nuit sainte. Eustache du Caurroy (1549-1609) : Ave Virgo Gloriosa. Zad Moultaka (né en 1967) : Flamma. Patrick Burgan (né en 1960) : Chants de neige. Traditionnels français : Or nous dites Marie ; Noël Nouvelet. Traditionnel basque : Birjina gaztetto bat zegoen. Francis Poulenc (1899-1963) : Quatre motets pour le temps de Noël ; La blanche neige, Un soir de neige. Claire Mélanie Sinnhuber – (née en 1973) : Temps de Neige. Léo Delibes (1836-1891) : Chœur des frileuses. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Sérénade d’hiver. Claudin de Sermisy (1490-1562) : Disons Nau a pleine teste. Chœur de chambre Les Éléments, direction : Joël Suhubiette. 1 CD. Mirare. Durée 64’04’’. Enregistré du 28 février au 5 mars 2022. Code : 3760127226512.

Photo © Passerini – Les Eléments

7 ° Livre de Madrigaux de Monteverdi par Alessandrini

Critique. Enregistrement. MONTEVERDI. Septième livre de madrigaux. Concerto Italiano. Rinaldo Alessandrini. 2 CD Naïve. Enregistrement d’octobre 2020.

Monteverdi en majesté avec la nouvelle lecture de Rinaldo Alessandrini 

 La couverture du CD annonce les partis pris de l’enregistrement. Nous voyons un Rinaldo Alessandrini sévère assis à la table, un livre dans les mains, un verre d’eau à ses côtés. Il enregistre la musique de Monteverdi avec grand succès depuis les années 1990. Toute nouvelle lecture proposée par ce grand spécialiste montéverdien transalpin est un évènement. Sa lecture de ce Septième Livre de Madrigaux semble plus austère, plus stricte, plus intellectuelle. Position charnière pour Rinaldo Alessandrini qui dans ses interprétations précédentes des madrigaux de Monteverdi attachait plus de prix à un coté comme improvisé, à des contrastes surprenants et des couleurs plus saturées. Ainsi je pense au livre-disque du huitième livre édité en 2010 avec un texte passionnant et de reproduction de tableaux somptueux dans lesquels les madrigaux sont plus colorés.

Cette version ci serait plutôt gravée à la pointe, comme dans une fine gravure qui fait ressortir les structures, cisèle le texte et offre un accompagnement instrumental richement varié aux voix.  Les chanteurs sont tous excellents, les voix sont très homogènes, sans oppositions marquées ou personnalité fortes. Cela crée dans les nombreux duos un effet de symétrie, d’imitation absolument idéal. Je ne connais pas d’enregistrements ou cette perfection d’appariement vocal est atteinte si constamment. D’un autre coté les deux grand soli de soprano la « Lettera amorosa » et « Con che soavita », s’ils sont dits impeccablement et chantés à la perfection, le sont par une voix trop simple. Des voix plus originales et des interprètes plus théâtralement actives nous touchent ailleurs autrement (les plus magiques étant Cathy Berberian et Guillemette Laurens dans des gravures illustres). Ainsi le parti pris de Rinaldo Alessandrini est de ne pas s’abandonner au théâtre si séduisant qui se devine partout dans cet opus si original de Monteverdi. Car l’audace de Monteverdi qui abandonne ici le Madrigal à Cinq Voix revendique le pouvoir de séduction de la voix soliste avec accompagnement. Il est symptomatique que dans le titre de Monteverdi lui-même il est question de madrigaux à 1,2,3,4 et 6 voix ! Il renonce au madrigal à cinq voix jusque-là la seule référence ! En ne cédant pas à cette théâtralité évidente, qu’il a déjà exploré au théâtre et qui pourtant est contenue dans tout ce septième livre, Rinaldo Alessandrini et ses interprètes renforcent la puissance de la composition, sa solidité structurale, la beauté de l’instrumentation et la précision des poèmes et surtout l’originalité de l’écriture. Les textes sont soigneusement ordonnés par auteurs ce qui change l’ordre des madrigaux, mais là aussi le tact avec lequel les choses sont faites permet une écoute fluide. Les instruments sont choisis avec finesse, évitant le clavecin trop systématique. Ainsi le théorbe et la harpe étant bien mis en valeur avec leur effet d’enveloppement moelleux. Le rajout d’une courte introduction de Biago Marini pour ouvrir le deuxième CD est idéale.

La prise de son est sur la même ligne, précise, sans réverbération. Je pense vraiment à la grande précision et la clarté qui nait lorsque l’on regarde de belles gravures.

Cette interprétation majeure ne peut être la seule dans une discothèque, La Venexiana, les anglais la complètent par un théâtre plus assumé dans sa séduction et ses outrances et demeurent indispensables. Ces multiples versions permettent de comprendre et de déguster l’absolue modernité de Claudio Monteverdi dans son « Concerto Settimo libro de madrigali a 1,2,3,4 et 6 voci, con altri generi di Canti ».  Il prend ouvertement le total pari sur l’opéra dont nous savons le succès en train d’advenir… Un tel courage, une telle vision assumée sont choses magnifiques et appellent la diversité.

Hubert Stoecklin

Critique. Enregistrement. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Septième Livre de Madrigaux (1619). Concerto Italiano. Rinaldo Alessandrini. 2 CD Naïve OP 7365. Enregistrement d’octobre 2020.  Code Barre : 3 700 187 673659.

Radio Radio Toulouse : Un Cactus à L’entracte

Écrire s’est bien et indispensable. Il se trouve que mon ami Jérôme Gac m’invite régulièrement depuis le confinement dans son émission : Un cactus à L’entracte

Tous les spectacles scéniques importants sont passé au crible. Théâtre, Ballet, Opéra…

A trois ou quatre les avis sont plus tranchés, les échanges peuvent être vifs et les désaccords vus comme des compléments de points de vue. Parfois ça pique un peu mais personne n’est jamais méchant . Il m’ arrive de détailler des points que j’ai juste suggérés dans mes chroniques. Souvent je parle de pièces de théâtre sur lesquelles je n’ai pas écrit. Et un podcast c’est toujours sympa à un moment ou un autre…

Voici donc l’édition Mimi et Catarina un grand écart entre une forme de conformisme et une modernité dérangeante

9 iéme Symphonie de Mahler superlative

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 8 dec 2022. MAHLER.  Symphonie 9. Orch. Phil. de Radio France. M.W. Chung.

Une neuvième de Mahler idéale

Les Grands Interprètes ont invité le chef coréen Myung-Whun Chung à la tête d’un orchestre qu’il connaît bien pour l’avoir dirigé longtemps (de 2000 à 2015), le Philharmonique de Radio-France.

Ces retrouvailles dans la musique de Mahler semblent être un moment apprécié du chef comme de l’orchestre. L’osmose a été totale. Dirigeant sans baguette entièrement absorbé par cette vaste symphonie testamentaire, le contact avec l’orchestre a été profond. Le public a vécu un moment d’une rare intensité. Péché véniel que ces applaudissements après les mouvements. Le dernier long silence après les dernières notes de la symphonie imposé par le chef a signé le charisme intense du chef en ses grands soirs. 

Le premier mouvement a débuté dans un grand mystère et s’est développé avec un art des phrasés surnaturel. La beauté des soli instrumentaux bien souvent dans de périlleuses nuances piano a semblé sortie de rêves. La moquerie, l’impertinence dans le deuxième mouvement ont vraiment marqué un contraste absolu avec l’élégance de l’andante. Typiquement mahlerien ce choc a apporté une vie incroyable. Le rondo avec ses traits rapides a été dirigé avec une grande précision et quelque chose de jubilatoire. Là aussi le contraste a été très réussi. Les instrumentistes se distinguent par une facilité incroyable. Les plans parfaitement organisés et d’une lisibilité totale ont permis de véritablement déguster un grand orchestre auquel rien n’est impossible. Le final débute avec une plainte des violons fortissimo dont la puissance a véritablement enveloppé l’auditeur provoquant une émotion très particulière à la fois d’une profonde tristesse et pleine d’espoir. La manière dont Myung-Whun Chung phrase tout ce mouvement tient du miracle, c’est à la fois large, puissant et bienveillant. Cette humanité transfigurée est d’une telle beauté que l’auditeur se sent transporté ailleurs, loin, très loin… passant d’une musique à la dimension cosmique au plus intime  solo de violon, puis au silence. Nathan Mierdl en violon solo est angélique. Myung-Whun Chung fait du silence final le point d’orgue de la symphonie et retient dans un souffle, musiciens et public pour un moment mystique. Les nuances infimes, les silences habités, les couleurs infinies, la puissance cosmique de tout l’orchestre, tout a été d’une incroyable perfection orchestrale et se rappellent à nous dans ce silence bienheureux. Mahler dans sa dimension si humaine est ici comme réincarné et devient très proche.

Myung-Whun Chung est un très, très grand chef et le Philharmonique de Radio France un orchestre absolument somptueux. Ce soir nous avons vécu un très grand concert et Mahler a été exaucé en ses contrastes les plus inouïs.

Photo DR

La satisfaction du chef a semblé totale et le public a exulté. De longs applaudissements ont salué cette interprétation exceptionnelle.

Hubert Stoecklin

Critique.  Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 8 décembre 2022. Gustave Mahler (1860-1911) : Symphonie N°9. Orchestre Philharmonique de Radio-France. Myung-Whun Chung, direction.

crédits photos : © Jean-Francois Leclercq

Lien vers Mahler 9 : https://youtu.be/7NKvBNliyN8

Tiago Rodrigues réveille fortement son public : Catarina et la beauté de tuer des fascistes est une bombe à retardement !

Critique. Théâtre. Toulouse. Théâtre de la Cité, le 7 décembre 2022. Tiago Rodrigues : Catarina et la beauté de tuer des fascistes.

Une pièce particulièrement puissante qui bouscule le public.

Tout commence avec les lumières de salle allumées et finira de même. Tout le reste de la pièce sera frontal avec la salle sombre. Tiago Rodrigues construit sa pièce avec rigueur. Il déploie toutes les manipulations théâtrales avec notre accord en ce qui concerne les deux premières heures du spectacle, mais la dernière demi-heure fera polémique. Dans la première partie nous regardons vivre une famille de manière classique avec des moments drôles, lourds, pénibles, des crises et des embrassades. Le choc des générations, les jalousies, les amours, les haines. Pourtant cette famille a deux particularités très importantes.

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La photo de famille

Le plus immédiat pour le spectateur est cette manière de tous et toutes se nommer Catarina et de porter une robe. Tout ceci afin de rendre hommage, de faire disparaître toute dimension personnelle face à l’acte fondateur de cette terrible tradition familiale qui va être questionnée par la pièce avec beaucoup d’intelligence et de profondeur. Est-ce un traumatisme rejoué, une vengeance assumée de manière transgénérationelle, un acte politique, un secret partagé, une obligation qui scelle l’amour familial ? Un peu de tout cela au final. La Catarina dont il est question a existé et le village de l’action était le sien, un certain jeu avec la vraisemblance existe donc pour les portugais. Les faits nous seront lus durant la pièce comme un catéchisme. Il s’agit d’une lettre dictée par l’aïeule. Elle a tué devant ses enfants son mari. Car ce dernier n’a pas réagi lorsque Catarina a été tuée de trois balles dans le dos. Et elle somme sa descendance de se réunir dans la maison familiale chaque année pour exécuter un fasciste.  Le Tabou du Parricide n’est pas nommé, il est rejoué chaque année, à date fixe : un fasciste est enlevé et tué lors des retrouvailles dans la maison de famille. Freud a bien expliqué combien c’est le groupe qui permet de réaliser un crime en partageant la responsabilité. Par ce partage le crime n’est plus ignoble et l’interdit est levé. Ce jour nous attendons avec la famille une « Catarina » meurtrière dont c’est l’accès à la « majorité ».  La petite fille ainée va accéder au stade supérieur par son premier meurtre de fasciste.  Cet homme est présent sur scène et va constamment en position soumise, être déplacé sans jamais prendre la parole, répondant aux questions par des hochements de tête. Cette présence muette et embarrassante va peser de plus en plus au public.

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Le fasciste réduit au silence

 Il y a dans cette famille des moments succulents : la recette des pieds de porc, les jalousies entre les frères et sœurs, la querelle mère-fille sous prétexte d’un pull donné-repris, l’argent entre frères et sœurs avec l’éternel fauché, le véganisme adolescent face aux vieux mangeurs de viande, le vol des hirondelles, la photo de famille, l’ado qui a rivé ses écouteurs sur ses oreilles …

Les très beaux décors de paravents en bois et d’estrades sont déplacés à vue par les comédiens. Tout du long une vraie complicité théâtrale se crée entre le public et les comédiens. Le texte est brillant, le jeu subtil.

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la noirceur

Un moment fort advient lorsque la jeune femme désignée ne peut tuer. Elle lâche l’arme qu’elle a dans la main et admet de pas pouvoir, ni vouloir tuer. En se désolidarisant du groupe elle le fait éclater.

la préparation au rite de passage

Les disputes sont terribles et chaque membre de la famille va finir par être abattu sans que nous sachions clairement qui tire. Serait-ce la symbolique de la destruction du groupe familial par la conscience réveillée de l’une d’elle ? Peut-être un drone qui viendrait sauver l’homme politique ? Tout est possible, chacun aura son hypothèse. Tous les membres de la famille sont à terre. Et c’est alors que le coup de théâtre au sens propre et figuré advient. La salle est illuminée, le comédien silencieux se dresse et harangue la foule. Les membres de la famille se relèvent un à un et se groupent en silence, écoutant l’orateur, puis également la salle avec des regards inquiets. Dans un premier temps l’orateur parle de liberté de fort belle manière, un certain accord se crée, ça semble bien commencer … mais au bout de quelques minutes il n’y a plus de doutes c’est un discours fasciste très bien organisé, huilé et intelligent, tout à fait abominable qui avance comme un rouleau compresseur. La salle se cabre, des insultes fusent. Le comédien avec un panache rare résiste dans des conditions d’hostilité grandissante (le soir de la première). Il termine les 30 minutes de son terrifiant discours et quitte la scène « droit dans ses bottes » en criant Vive le Portugal ! Entre bronca et applaudissements les saluts se font dans un vacarme épouvantable !

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il y a de l’amour

Une partie du public a tout simplement, sous les coups du discours insupportable, oublié que ce n’est « que du théâtre » et non un meeting politique. Oubliant que le comédien joue un rôle et n’adhère pas à ce qu’il dit. Public tu t’es fait avoir en beauté !

Et à mon sens nous avons tous été manipulés.  Il y a clairement la naissance d’une horde de fascistes sur toute l’Europe. Et cela ne vient probablement pas de nulle part. Tiago Rodrigues nous permet d’y regarder de plus prêt. Il nous propose une hypothèse très dérangeante : n’y a-t-il pas du totalitarisme dans la « famille des Catarina » ? Les individus ne pensent plus mais se soumettent au nom de l’amour à des idées toutes faites. N’est-ce pas cette absence de pensée, de dialogues, d’argumentations, de controverses amicales, de respect des avis différents qui participe à la création d’esprits soumis. Individus qui ne réagissent plus à l’injustice, se rangent derrière un chef comme ils ont suivi les directives des parents, ici une matriarche. A croire qu’il n’y a point de salut hors de la famille, le danger vient toujours de l’extérieur. Ainsi cette pièce en forme de fable des Catarina questionne ce qui se passe dans les familles qui ne pensent plus, même si le point de départ était une pensée audacieuse avec sa part de noblesse, comme chez l’aïeule.

Tiago Rodrigues tente de réveiller la pensée de son public, certains le souhaiteraient plus radical, pour ma part je trouve que cette manière élégante de monter sa pièce, l’intelligence du texte, la beauté des décors, la puissance de la musique permet de nous séduire, de nous manipuler afin de nous faire vivre des choses dérangeantes. Cela permet également d’aiguiser nos pensées, comme cette question sur la famille qui tue la pensée personnelle ou cette adhésion même de quelques minutes à un discours fasciste ; et surtout de prendre ce temps imposé pour écouter à défaut d’entendre 30 minutes durant ce que jamais nous n’irions écouter alors que nous nous croyons ouvert d‘esprit… Tout ce paradoxe est douloureux.

Quelle soirée ! Quelle pièce !!  Ce théâtre qui amène à penser si fort est une bénédiction !!!

Hubert Stoecklin

Critique. Théâtre. Tiago Rodrigues : Catarina et la beauté de tuer des fascistes. Pièce présentée au Théâtre de la Cité avec le Théâtre Garonne. Pièce en portugais, traduction de Thomas Resendes ; Surtitres de Patricia Pimentel. Théâtre de la Cité, le 7 Décembre 2022. Mise en scène et texte : Tiago Rodrigues ; Scénographie : F.Ribeiro ; Lumières : Nuno Meira ; Chef de chœur, arrangement vocal : Joao Henriques.  Avec : Isabel Abreu, Antonio Afonso Parra, Romeu Costa, Antonio Fonseca, Beatriz Maia, Marco Mendoça, Carolina Passos Sousa, Rui M. Silva. Durée 2h 30mn.

PHOTOS : Filipe Feirreira

Lien vers la production

Amandine Beyer et les Incogniti : une bulle de bonheur

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Église Saint Gérôme, le 6 dec 2022.  VIVALDI. ALBINONI : Il mondo roverso. Gli incogniti. A.Beyer.

La bulle de bonheur créée par Amandine Beyer et les Incogniti.

La saison des Arts Renaissants offre depuis 40 ans aux Toulousains des concerts d’artistes rares, toujours fins musiciens, parfois un peu atypiques et que le public est ravi de découvrir. Cette saison des 40 ans est marquée par un lustre particulier. L’invitation faite par Jean-Marc Andrieu, le directeur artistique, à Amandine Beyer qu’il connaît bien, permet au public d’entendre tout simplement le plus beau Vivaldi du moment. Amandine Beyer a créé les Incogniti avec ses amis en 2006 et leur premier enregistrement en 2008 a été dédié à Vivaldi.  Ce CD a fait l’effet d’une bombe. La scie musicale représentée par les Quatre saisons de Vivaldi est redevenue une œuvre magique que nous n’avions jamais entendue ainsi. Sous leurs doigts, le succès a été total, public et critique. C’est cette magie qui perdure dans tout ce qu’ils font et tout particulièrement dans la musique de Vivaldi. Ils en sont à leur troisième enregistrement qui vient de paraître et dont le concert est une version ramassée.

Ce concert ouvre la joie, la lumière du soleil, la générosité et la beauté de chaque instant sous les voûtes froides de l’église Saint Gérôme. L’entente musicale entre les artistes illumine leur jeu souverain. Tout est élégance, légèreté, souplesse et danse dans ces concertos. Chaque musicien est un soliste de haut vol. Amandine Beyer règne par sa grâce et son sourire, son archer est un papillon, un oiseau libre dont le vol est magique.

Ce florilège de concertos propose des associations originales qui chaque fois sont merveilleusement interprétées. Le hautbois de Neven Lesage, est délicat et sensuel, ses longues phrases sont superbes et il semble planer dans les mouvements lents et s’envoler dans les notes virtuoses, rien ne le maintient au sol. Le violoncelle de Marco Ceccato est bonhomme et sensible. Quel étonnant dialogue avec Amandine Beyer dans le RV 544 « Il mondo rovescio » qui donne son nom à ce programme.  

C’est la fête de la joie, une bulle de bonheur dans laquelle le public venu nombreux s’est plongé avec délice et reconnaissance en ces temps troublés, oui ce soir c’est bien là le bonheur !

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. Toulouse. Eglise Saint Gérôme, le 6 décembre 2022. Tomaso Albinoni ( 1671-1751) : Concerto a cinque con oboe en ré mineur op.9 n°2 ; Antonio Vivaldi (1671-1751 : Concerto en do majeur RV 114 ; Concerto pour violon et violoncelle en fa majeur RV 544 «  Il proteo ossia il mondo rovescio » ; Concerto pour violon en la majeur RV 344 ; Concerto pour violon et hautbois à l’unisson RV 543 ; Concerto pour violon en mi mineur RV 278 ; Concerto pour violon, hautbois et orgue en do majeur RV 554 ; Gli Incogniti : Neven Lesage, hautbois ; Vadym Makarenko, Alba Roca, violons ; Marta Paramo, alto ; Marco Ceccato, violoncelle ; Elias Conrad, théorbe ; Baldomero Barciela, violone ; Anna Fontana, clavecin et orgue ; Amandine Beyer, violon et direction.

Photos © : Honorato