Otello magnifique au Capitole

CRITIQUE, Opéra. TOULOUSE, Théâtre du Capitole, le 14 avril 2026. VERDI : Otello. NICOLAS JOEL/EMILIE DELBEE. CARLO MONTANARO, MICHAEL FABIANO, ADRIANA GOZALES,NIKOLOZ LAGVILAVA.ORCHESTRE ET CHŒURS DU CAPITOLE.

La production de Nicolas Joël datant de 2001, très simple, accompagne le drame plus qu’il ne le met en scène. Depuis le film projeté sur le voile d’avant-scène jusqu’aux lumières subtiles de Vinicio Celi , rien ne vient gêner l’avancée dramatique qui repose sur le jeu d’acteur. Les décors d’Ezio Frigerio sont simples. Les costumes de Franca Squarciapino sont lourds et assez sombres. La direction d’acteur est minimaliste ; si dans l’acte III le fait que Desdémone se relève après la mise au sol par Otello avec noblesse, puis que ce dernier la rejette encore plus violement est très efficace, cependant la mort de Desdémone est scéniquement ratée.

La distribution réunie par Christophe Gristi est à nouveau exemplaire. Le ténor américain Michael Fabiano assume le lourd rôle d’Otello. C’est une évolution marquante dans sa carrière jusqu’ alors essentiellement dans des rôles de ténor lyrique. Il vient de chanter ce rôle à Las Palmas et s’apprête après Toulouse à le chanter au Colon de Buenos Aires et au Met de New-York. Il assume la plupart des exigences du rôle sans ciller. Dès son Exultate, la terrible entrée en scène, que même Domingo redoutait toujours, le ténor américain est impressionnant de timbre et de présence. Les couleurs barytonales sont remplies d’harmoniques et les aigus sont puissants. Durant le premier acte, même dans le duo avec Desdémone, il gardera ce timbre de bronze et chantera forte. Un peu à la manière de Mario Del Monaco.

Cette caractérisation un peu monolithique va heureusement faire place à davantage de nuances, de couleurs et de richesse de phrasés avec l’entrée dans la souffrance du personnage. Le jeu tente de camper un homme malade qui peut cacher cela de moins en moins. La scène de la prière au pied de l’escalier est un moment somptueux où le ténor utilise des trésors de nuances et de couleurs allant jusqu’à une voix détimbrée.

C’est à partir de ce moment que son Otello est parfaitement accompli. Bien des choses sont là qui avec le temps vont certainement lui permettre de devenir un Otello qui comptera parmi les plus grands. Reste à savoir si ce rôle si exigeant ne va pas abimer sa voix jusque là d’essence lyrique. En face de lui le Jago de Nikolos Lagvilava est tout entier de noirceur.

Grand habitué du rôle, le baryton géorgien habite vocalement et scéniquement son personnage en scélérat complet. D’autres ont cherché, des nuances, des moments de séduction, une manipulation plus subtile. Le Jago de Nikolos Lagvilava est noir, vocalement puissant et scéniquement repoussant. La puissance de haine qu’il dégage dans le duo avec Otello qui clôt l’acte II, est absolument terrifiante, son credo abominable. Le Cassio de Julien Dran est toute élégance et chant châtié.

L’ Emilia d’ Irina Sherazadishvili est surdimensionnée car cette belle cantatrice aspire certainement à des rôle de premier plan tant la voix est splendide et le jeu subtil. Elle campe une Emilia extrêmement puissante ainsi dans la grand final de l’acte III, elle a une présence très inhabituelle.

Il nous reste à évoquer la Desdémone absolument parfaite d’Adriana Gonzales.

La soprano originaire du Guatemala a tout d’une Desdémone. Elle a déjà chanté le rôle à Strasbourg mais mieux que l’habiter elle semble incarner sans artefact cet ange de pureté. Le sourire, le port, la grâce du maintien, tout est de l’aristocrate vénitienne.

La franchise, la noblesse, la pureté sont celles d’un ange sur terre. Et la voix est riche, le legato parfait et elle arrive à chanter toutes les nuances du rôle allant jusqu’à des pianissimi impalpables de toute beauté.

Elle semble perdue au milieu du monde violent qui l’entoure quand son mari la soupçonne. Elle lutte, lui tient tête, se relève puis abandonne.

C’est vraiment un très beau personnage. Au dernier acte elle atteint au sublime.

L’orchestre du Capitole est admirable à tout moment. Que ce soient les cordes ductiles, avec des violons diaphanes et des violoncelles brulants, les contrebasses à l’entrée de d’Otello au dernier acte donnent la chair de poule.  Les bois sont absolument superbes, aussi beaux qu’émouvants. Le cor anglais dans l’air du saule est merveilleux et également les flûtes. La direction de Carlo Montano assume un drame qui avance inexorable, il laisse respirer les chanteurs et tient dans un tempo stable le grand concertato de l’acte III. Mais c’est dans sa capacité à aider les chanteurs en suivant leur vocalité qu’il est particulièrement admirable. La prière de Desdémone comme celle d’Otello sont des moments rares de fusion voix/orchestre.

Cette première de la série des 6 représentations au Capitole de Toulouse a été un grand triomphe. Tout y est parfait pour rendre hommage au chef d’œuvre Shakespearien de Verdi. Ainsi donné, Otello est bien un absolu de l’opéra.

Hubert Stoecklin

Photos :  Mirco Magliocca

Martha Argerich la divine musiciennne

Argerich la divine

écrit par Hubert Stoecklin 12 avril 2026

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 31 mars 2026. Mozart/Ravel/Rachmaninov. MARTHA ARGERICH et DONG HYEK LIM, pianos.

Martha Argerich en divinité musicale 

Chaque venue de Martha Argerich à Toulouse est un triomphe. Son éternelle jeunesse subjugue. Son jeu souple, félin et facétieux ensorcèle. En véritable Déesse de la Musique elle a bénéficié d’une standing ovation en fin de concert. Le duo qu’elle forme avec le jeune Koréen Dong Hyek Lim est bien rodé. Il faut dire que les deux pianistes se sont surpassés. Ils se connaissent très bien et leurs qualités se mutualisent. Au terme d’un récital généreux, devant le succès obtenu ils ont donné deux bis. Cela a formé plutôt une troisième partie de concert car le deuxième « bis » a été la magnifique Fantaisie de Schubert en fa mineur pour 4 mains. La première partie a offert la Sonate pour 2 pianos de Mozart et l’adaptation de la Valse de Ravel à 2 pianos. La deuxième partie les 3 terribles danses symphoniques de Rachmaninov avec des difficultés rythmiques incroyables. Nos deux pianistes n’ont fait qu’une bouchée des pièges de ces trois œuvres. La virtuosité et la vivacité rythmique des deux pianistes est égale. Ce serait déjà en soi un miracle mais il faut rajouter le charisme de Martha Argerich qui irradie. Si dans Mozart un petit déséquilibre s’est parfois fait percevoir cela n’a rien enlevé au charme de cette magnifique interprétation du chef d’œuvre mozartien. Martha Argerich a un jeu d’une souplesse incroyable, ses traits sont vifs et ses nuances exquises. Son partenaire au premier piano est solaire, plein de force et joue un piano victorieux plus extraverti. Ce jeu moins nuancé, moins souple et plus solide, a par moment créé un petit décalage de musicalité. C’est dans le deuxième mouvement, moins virtuose que l’accord a été parfaitement trouvé. La Valse de Ravel avec Martha au premier piano a été d’une osmose rythmique sidérante, avec des couleurs, des nuances et des phrasés d’une rare subtilité. Partition dont l’effet grisant orchestral a été parfaitement rendu sous des mains si musicales. En deuxième partie les danses symphoniques de Rachmaninov (dans cette version audacieuse à deux pianos de la main du compositeur) ont monté d’un cran dans la virtuosité. Le jeu a été vibrant, les couleurs ont explosé et les nuances sont devenues fulminantes. La joie de partager cette musique avec le public a été d’une force communicative. Le succès retentissant a permis d’obtenir un premier bis. Une adaptation à 4 mains d’un choral de Bach a été d‘une poésie totale. Puis, on n’osera pas le qualifier de bis tant cela représente une troisième partie de programme : la Fantaisie pour 4 mains de Schubert a été l’œuvre la plus parfaite de la soirée. Ainsi des absolus chefs d’œuvres ont encadré la soirée : la Sonate de Mozart à 2 pianos et la Fantaisie de Schubert à 4 Mains. Nos deux artistes musiciens nous ont offert une soirée rare de partage musical. La standing ovation spontanée n’a été qu’une évidence devant tant de générosité. Une nouvelle soirée inoubliable grâce aux Grands Interprètes.

IMG 4193

Hubert Stoecklin

Photo : H.S.

La messe en Si, si parfaite

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 7 avril 2026. Bach : Messe en si. accentus. Monteverdi Choir. Insula Orchestra. LAURENCE EQUILBEY.

Quand Bach touche au coeur par les chœurs

Juste après les fêtes pascales la messe en si est un choix particulièrement judicieux. Ce chef-d’œuvre absolu ne cesse de séduire, d’impressionner et laisse sans voix. Immense fresque dans laquelle le contrepoint est roi, sa beauté formelle égale sa portée spirituelle. Ce soir le public toulousain a vécu un moment exceptionnel tant l’interprétation a semblé idéale sur tous les plans. Le premier choc dès le Kyrie est cette absolue beauté du chœur. Le choc sera de plus en plus intense. C’est comme si les deux chœurs avaient fusionnés offrant leurs excellences comme exponentielles. Sur le papier, en effet associer accentus et le Monteverdi Choir c’est comme marier deux perfections. Accentus créé par Laurence Equilbey, a des qualités de nuances, de ductilité, d’équilibre des pupitres et de beauté vocale extrêmement  rares . Le Monteverdi Choir de John Elliot Gardiner a tout simplement été nommé meilleur chœur lors de l’Oper award 2024. Ses qualités théâtrales, son sens du texte et son équilibre des pupitres sont légendaires ; ils connaissent Bach par cœur pour l’avoir tant chanté sous la direction inspirée de Gardiner (leur périple des Cantates en 2000 resté dans toutes les mémoires et dans nos discothèques, est une référence inimitable). Dès le Kyrie nous avons donc été saisis par un idéal de perfection atteint. La beauté du son, le parfait équilibre, la fusion vocale au sein des pupitres, l’articulation limpide nous ravissent. L’Insula orchestra n’est pas en reste et avec des instruments anciens aux sonorités riches, il sera un partenaire splendide tout du long. Et Bach réserve des moments sublimes à presque tous les instruments. Ce sera chaque fois une véritable fête. Les solistes également seront sur le même plan. La direction de Laurence Equilbey est un modèle d’élégance, de souplesse et de précision. Les gestes gracieux et dansants font des arabesques et rien n’est jamais raide, tout est souplesse. Il se dégage de cette direction une mise en valeur constante du caractère dansant de cette partition. La direction de Laurence Equilbey n’abandonne jamais la mise en valeur de la richesse de la construction avec une parfaite lisibilité de tous les plans. Nuria Rial la soprano est souvent en mouvement, comme dansant durant ses airs. L’alto Anna Lucia Richter au timbre prenant possède une ligne de chant particulièrement émouvante. Elle va atteindre au sublime dans son Agnus Dei. Le tempo particulièrement lent est complètement habité et ne semble pas la mettre en difficulté. Werner Güra ténor lumineux a une souplesse admirable. Il est d’une élégance constante. Gerrit Illenberger en basse, semble être en très léger retrait par rapport à ses collègues mais n’a rien de déméritant tant son chant est splendide. Le latin chanté est très germanique et permet des effets très solides. Les phrasés privilégient souvent la précision rythmique sans pourtant rien lâcher sur le caractère dansant tout en souplesse. Cela met en lumière les éléments très modernes de la partition, comme des contretemps et des effets « swinguants ». Une courte pose est nécessaire pour réajuster l’accord (la sècheresse de la vaste Halle-aux-Grains est redoutable pour les instruments baroques). Donnée sans entracte, la messe avance avec une énorme conviction. Cette interprétation se rapproche d’un idéal d’émotion. Le sens de la rhétorique contenu dans la partition est particulièrement manifeste. Le Crucifixus ferait pleurer des pierres et le Et resurrexit est une véritable explosion de joie incompressible. Le Credo est comme gravé dans le marbre. Dans le Sanctus les vagues, reposant sur des basses splendides, sont d’une présence admirable évoquant un océan de foi que rien ne peut limiter. Le final Donna nobis pacem, avec les solistes qui rejoignent le chœur, semble particulièrement important en ces jours si assombris par des conflits guerriers actuels si nombreux. L’ampleur de ce final laisse le public abasourdi.

La concentration du public et son quasi-silence absolu témoignent de la grâce qui ce soir est descendue. Les artistes eux même ont semblé ravis par leur interprétation qui a obtenu un succès retentissant. La gratitude a été particulièrement vive car la spiritualité et la beauté se sont mariées comme rarement. Laurence Equilbey en associant son chœur et son orchestre avec le Monteverdi Choir a réussi un pari audacieux. Cette interprétation semble concentrer les qualités des versions de référence comme celle d’Herwegh, de Gardiner, Savall ou Jacobs. On espère un enregistrement de cette interprétation tout à fait exceptionnelle. Laurence Equilbey surpasse par un équilibre dansant les meilleures interprétations chorales connues de cette messe en si. Messe de toutes les Messes catholiques ; composée durant une vingtaine d’années par un pieu protestant qui y a mis tout son art et toute sa foi. La profondeur de cette interprétation est inoubliable car elle rencontre la profondeur de l’œuvre.

IMG 4236

Hubert Stoecklin

Photo : H.S.

Tugan Sokhiev et le Philhar quelle entente !

Tugan Sokhiev et le Philhar entente au sommet

écrit par Hubert Stoecklin 2 avril 2026

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 14 mars 2026. CHIN/SCHUMANN/STRAVINSKI. Yefim Bronfman, piano. ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE RADIO FRANCE. Tugan Sokhiev.

Tugan Sokhiev le magnifique 

Toulouse, grâce aux Grands Interprètes a pu bénéficier du même concert donné la veille à la Philharmonie de Paris. Ce n’est donc plus exactement une création française mais tout de même une belle découverte pour les Toulousains que ce Frontispice de la sud-coréenne Unsuk Chin. Cette courte pièce est d’une grande densité musicale. L’humour domine cette pièce qui fait l’effet par moment d’un 33 tours écouté à l’envers. Les sonorités sont toujours très étonnantes de minimes détails comme les flûtes qui soufflent sans notes ou de splendides accords de tout l’orchestre presque faramineux.  Tugan Sokhiev dirige cette œuvre avec gourmandise et humour. Il en révèle toute la saveur. C’est très étonnant et l’orchestre brille de mille feux. Puis le concerto de Schumann va permettre au pianiste russo-israelien Yefim Bronfman de venir sur scène. Sa haute stature impressionne. L’entente avec le chef et l’orchestre va être remarquable. Dès les premières mesures la fusion du piano et de l’orchestre est parfaite. La beauté de la sonorité du pianiste, son timbre si noble, ses nuances si subtiles et son équilibre extraordinaire entre main gauche et main droite vont créer l’évènement. Il est vraiment rarissime d’entendre une sonorité si généreuse une force si noble et sans aucune violence ; au contraire il nait une douceur de cette puissance inouïe. L’orchestre répond avec la même beauté sonore. Chaque instrumentiste dialogue avec le pianiste sur le même plan de perfection sonore. La dimension chambriste du concerto prend une hauteur extraordinaire comme si les meilleurs solistes possibles se répondaient. La direction de Tugan Sokhiev est magnifique laissant en apparence beaucoup de liberté et portant le chant à tout moment. Ce concerto de Schumann va avancer avec une suprême élégance et va ravir le public totalement. Le final est une ode au bonheur absolument irrésistible. Yefim Bronfman est très applaudi et il va offrir un bis plein d’humour et d’une folle virtuosité.

Yefim Bronfman © Dario Acosta

Yefim Bronfman © Dario Acosta

Pour la deuxième partie du programme Tugan Sokhiev a choisi une œuvre qu’il connait à la perfection et qu’il dirige admirablement. Le ballet Petrouchka de Stravinski sous la main de Tugan Sokhiev est une merveille sans égale. Il dirige par cœur, sans baguette, avec des gestes dansants. L’orchestre est à la fête avec des effets succulents, des soli irrésistibles et des nuances sidérantes. Toute la partition si riche et si audacieuse est magnifiée par ces interprètes si doués.  Tugan Sokhiev danse et les instrumentistes chantent. La dramaturgie du ballet avance. Les moments d’humour sont délicieux. L’histoire avance vers son dénouement ambigu. Tout parait bien trop court tant la beauté de cette musique pourrait nous entrainer longtemps dans son sillage. Dans ce répertoire de ballet russe Tugan Sokhiev n’a pas d’égal. Cela doit être naturel pour lui car il semble la comprendre totalement. L’orchestre de Radio France est aux anges. Il parait qu’il souhaite amplifier sa collaboration avec Tugan Sokhiev. Comme on les comprend !  A Toulouse nous savons quel enchanteur il peut être. Il est vraiment joyeux de pouvoir retrouver Tugan Sokhiev si heureux et si aimé par l’orchestre Philharmonique de Radio France.

Tugan Sokhiev ©Jeremy Xie

Quelle chance avons-nous. Merci aux Grands Interprètes, une nouvelle fois nous leur devons un concert sublime.

Hubert Stoecklin

Le retour de Tramo Peltokoski en demi teinte

le retour de Tramo Pelokoski en demi teinte

écrit par Hubert Stoecklin 30 mars 2026

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 13 mars 2026. PENDEREKI/CHOPIN/LUTOSLAWSKI. Mao Fujita, piano. ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE. Tarmo Peltokoski.

Le retour tant attendu de Tarmo Peltokoski

Ce soir Toulouse attendait ardemment le retour de son directeur artistique éloigné de la scène pour raison médicale. Une Halle-aux-Grains pleine à craquer et la présence du Consul de Finlande l’attestaient. Le programme du concert dédié à la Pologne a déconcerté une part du public. Le fait que Tarmo Peltokoski n’a pas dirigé depuis novembre 2025 a changé la donne : cela ne représente plus un concert expérimental au sein d’une saison et devient le point de mire du landernau musical Toulousain. Force de constater qu’une certaine déception a dominé la soirée. La première œuvre met en valeur toutes les cordes de l’orchestre. Cette œuvre totalement expérimentale de Pendereski a été dans un deuxième temps dédiée aux victimes d’Hiroshima. En moins de 10 minutes toute l’horreur de la mort par la bombe atomique fait irruption. C’est d’autant plus violent dans notre époque de retour de la guerre. Tarmo Peltokoski domine parfaitement la partition et semble concentré et appliqué. La complexité des clusters est maitrisée, le jeu des cordes est virtuose entre frappe de l’instrument, notes jouées pianissimo, notes en pizzicati, les glissandi et le jeu sul ponticello : tout un tas de sonorités rares et complexes se superposent. La virtuosité prend toutefois le pas sur l’émotion. Le public applaudit d’admiration. L’installation spectaculaire du piano sorti de terre permet au pianiste japonais Mao Fujita d’entrer en scène.  Vainqueur en 2017 du concours Clara Haskil, une grande musicalité était attendue. Tarmo Peltokovski allait montrer ses qualités d’accompagnateur dans un concerto exigeant un subtil équilibre. Dès les premières notes de la longue introduction musicale un malaise s’est installé car ce son compact, lourd et puissant ne semblait pas accordé à la délicatesse de l’orchestration de Chopin. Il faut dire que l’orchestre était pléthorique (8 contrebasses).  L’entrée du pianiste a ensuite été générique  en termes de sonorité avec une timbre vide d’émotion et une totale absence de nuances, comme l’orchestre lui-même qui est resté dans un mezzo forte tout le long. Nous étions nombreux à chercher désespérément Chopin ce soir. Las, ce répertoire ne convient ni au chef ni au pianiste. Applaudi pour son jeu sans faille Maho Fujita offre un bis maniéré. La plus que lente de Debussy demande une autre poésie et un autre jeu de couleurs et de belles nuances… Ce rendez-vous est manqué avec le jeune Mao Fujita ce soir hors du répertoire qui lui convient.

Pour la deuxième partie de concert Tarmo Peltokoski semble prendre plaisir à diriger la très complexe 3ème symphonie de Lutoslawski. C’est très brillant, impeccablement dirigé avec clarté et rigueur. Mais aucune émotion ne nait de cette interprétation. L’orchestre est absolument somptueux de timbre, de nuances et de phrasés. Les percussions sont particulièrement virtuoses.

Le retour de Tarmo Peltokoski est une très bonne nouvelle pour la maison Capitole et son public. Nous attendons le jeune maestro pour des concerts à venir plus à même de révéler ses talents d’interprète. Ce retour ce soir est comme en demi-teinte, une mise en bouche un peu fade.

Hubert Stoecklin

 130326CONCERT 101 27 Jpg

Claudia Pavone en divine Norma à Metz

Sensationnelle Norma de Claudia Pavone à Metz

CRITIQUE. OPERA. METZ. Arsenal, le 8 Mars 2026. BELLINI : Norma. C. PAVONE, N. SCHUKOFF, N.KABARETTI. 

Rarement j’ai vu une salle se lever pour applaudir une chanteuse dans une production, tout l’orchestre et ses partenaires l’applaudissant chaleureusement. Il faut dire que la Norma de Claudia Pavone est exceptionnelle. Nous connaissons très bien la soprano pour l’avoir applaudie sur scène à Toulouse dans Cléopâtre, Traviata et justement dans Norma. Ce soir elle a été une Norma complète dans ses ambivalences. Vocalement la voix est large, belle sur toute la tessiture avec des aigus et suraigus lumineux. La technique belcantiste est accomplie avec de longues phrases suspendues, phrasés subtils et vocalises habiles. Mais c’est surtout l’incarnation scénique qui est accomplie. 

L’autorité dans son récitatif d’entrée est incontestable puis la souplesse de la ligne de chant magnifie la prière à la lune. La beauté du timbre subjugue.

La cabalette est brillante. Dès cette entrée en scène si diabolique, la réussite est totale : Claudia Pavone EST Norma. La suite du rôle sera un dépliement de splendeur vocale et de puissance dramatique accompli.

La douceur dans le premier duo avec Adalgise est admirable ainsi que la précision des vocalises. La colère dans le trio est tellurique. Les affrontements avec Pollione sont très dramatiques car son partenaire est de la même trempe avec un jeux très physique. La scène de l’infanticide évité est bouleversante. La voix ose des mesa di voce d’une incroyable subtilité et les nuances sont très creusées entre des forte puissants et des piani impalpables.

Les transformations de Norma sont particulièrement mises en lumière. Le jeu de Claudia Pavone est d’une grande finesse car il s’appuie toujours sur la musique. Avec une grande  justesse psychologique, les changements d’intentions si brutaux de la prêtresse sont rendus très humains et dès lors compréhensibles. Le duo Mira o Norma est un très grand moment de beauté et d’émotion. Le final nous entraine avec fureur vers le drame final. La puissance du jeu et du chant de la diva se mutualisent. La prière finale est déchirante. Claudia Pavone avec une grande voix et une grande science scénique fait vivre Norma dans une splendeur renouvelée.  

Le reste de la distribution est très intéressant. En Pollione le heldentenor Nicolai Schukoff est un excellent choix. Son chant puissant, sa stature athlétique, son jeu pénétrant et très physique font de son personnage le « Yankee » sûr de lui et veule avec une fragilité pourtant bien perceptible.

Amoureux éperdu, amant inconséquent, père oublieux, son jeu permet de suivre sa descente aux enfers. Le chant est certes peu nuancé mais la franchise de l’émission fait merveille dans cette conception du personnage. Et la Voix de Nicolas Schukoff est d’un très beau timbre de bronze même s’il lui manque un peu d’itanialita. L’Adalgise de Na’Ama Goldman est plus verte.

Le jeu est peu naturel et la voix sonore de Na’Ama Goldman ne nuance pas autant que la Norma de Claudia Pavone dans les duos. Les timbres des voix s’accordent en tous cas parfaitement.

En Oroveso Nicolas Cavallier est cohérent vocalement et scéniquement, il est excellent dans ce rôle. Les chœurs sont nuancés et incarnés. Ils donnent une belle puissance lorsque la partition l’exige comme la plus grande douceur. L’orchestre National de Metz Grand Est est sur scène dans une lumière douce.  Les chanteurs jouent principalement devant mais également sur les gradins de côté ou derrière. L’utilisation de la particularité de l’Arsenal est exploitée avec habileté. La beauté sonore de l’orchestre, les couleurs romantiques de la partition sont mis en valeur par la direction de Nir Kabaretti. Les sous titres sont d’un confort très inhabituel s’étalant sur une large partie du balcon derrière la scène. La mise en scène est cohérente. Les projections video de Julien Soulier sont belles et bien venues. Les costumes de Giovanna Fiorentini sont simples et mettent les acteurs en valeur. Les lumières de Patrick Méeus sont habiles. Le maitre d’œuvre de la mise en espace Paul Emile Fourny peut être fier de son travail. Le drame de Bellini se développe avec détermination. La poésie est présente et les artistes peuvent tous exprimer leur art avec aisance : que l’on songe au courses de Nicolas Schukoff dans les escaliers, aux gestes amples de Claudia Pavone, à la finesse du jeu de Nicolas Cavallier dans le final.

La liberté qui leur est accordée permet aux personnages de vivre intensément le drame.  Cette mise en espace est bien plus efficace en sa sobriété que le spectacle prétentieux d’Anne Delbée que Toulouse et Marseille ont vu dernièrement. Rayonnante, Claudia Pavone sort auréolée de son succès sous les applaudissements conjugués de la scène et du public.  Elle est une immense Norma. Cette production a été donnée deux soir et les deux soirs ont été un véritable succès populaire avec de nombreux jeunes  présents et enthousiastes. 

Hubert Stoecklin 

Photos: © Pau Perramon – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz.jpg

Danil Trifonov le prophète du piano

CRITQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 21 février 2026. S. TANEÏEV, P.I. TCHAÏKOVSKI, N. MIASKOVSKI, R. SCHUMANN. Daniil Trifonov, piano. 

C’est une évidence, ce soir les Grands Interprètes fêtent l’anniversaire de leurs 40 ans avec le plus extraordinaire pianiste du moment.

Ce jeune artiste d’origine russe sait avec un art suprême proposer des concerts d’une intelligence rare. Nous avons ainsi été pris par la main pour un voyage musical bouleversant. Car lorsque Daniil Trifonov met ses doigts sur le clavier une véritable magie opère. Il n’est plus question de technique, d’instrument, de compositeur. Tout s’oublie pour vivre intensément une aventure musicale des plus riches. Tout est musique et fait oublier les contingences matérielles. La musique est pure et belle, victorieuse.

photo: daniil-trifonov-dario-acosta-deutsche-grammophon

Le Prélude et Fugue de Sergueï Taneïev est une œuvre courte, bien écrite et parait d’une simplicité et d’une élégance rare sous les doigts magiques de Trifonov. Puis dans l’Album d’enfants de Tchaïkovski c’est tout le monde de l’enfance, des jouets, des contes et légendes qui se révèle. En choisissant ces pièces courtes et sensées être faciles, Daniil Trifonov ose se passer de toute virtuosité pour aller vers la quintessence de la musique. C’est d’une beauté confondante, d’une émotion délicate et d’une perfection formelle qui sert toujours la délicatesse des propos. Daniil Trifonov va jusqu’à orner la mélodie de la vieille chanson pour lui donner une caractère versaillais. Il joue avec la partition et avec son public qu’il a séduit jusqu’à présent sans aucun effet de virtuosité.

La sonate de Nikolaï Miaskovski est plus dramatique et le toucher du pianiste se fait plus profond, les couleurs sont plus épaisses, les nuances plus creusées. Tout le jeu s’amplifie, les sentiments sont plus bouleversants. Lors de l’entracte chacun échange avec son voisin tant le jeu du pianiste a été extraordinaire.

photo: ©-Christophe-GREMIOT

Pour la deuxième partie du concert Daniil Trifonov nous entraine dans le monde si riche de Schumann avec sa première sonate. Cette interprétation intense, engagée et comme surnaturelle nous plonge dans l’univers de Schumann. La poésie pure, la joie comme la douleur nous submergent. Le jeune homme s’engage corps et âme dans cette extraordinaire sonate en fa dièse mineur. Dès les premières notes le jeu intense et profond, le tempo engagé et un sentiment noble nous entrainent avec force. Le voyage est fulgurant. La beauté du jeu, les couleurs éclatantes, les nuances creusées, tout le jeu est au service des émotions si complexes mises par Schumann dans sa composition. L’âme du compositeur, celle de l’interprète et celles du public se rencontrent. Jamais personne n’avait entendu cette sonate aussi intensément interprétée dans un jeu si parfait. Le sens de la composition est magnifiquement expliqué. Trifonov allie une maîtrise technique parfaite à une intensité de jeu galvanisante. Il y a le ciel et l’enfer qui luttent, l’amour, la mort, la joie exubérante comme la douleur la plus tragique. Il est rare de vivre aussi intensément un moment musical si parfait ouvrant des émotions si extrêmes. Le programme d’une intelligence remarquable nous a pris par la main pour aller vers un romantisme absolu.

Photo : ©-Christophe-GREMIOT

Ce concert est comme un cadeau, un moment de pure grâce qui abolit le temps et l’espace. Le public est si ravi qu’il exulte et obtient trois bis absolument bouleversants. Merci à Daniil Trifonov d’avoir répondu à l’invitation des Grands Interprètes. Jamais ces mots n’ont eu un sens si évident. 

Hubert Stoecklin 

Un Grand Interprète en majesté. On ne pouvait rêver mieux avec Daniil Trifonov.

Quel enchantement avec Baro d’ Evel qui donne leur LA!

Critique Théâtre. Théatredelacité. Toulouse, le 24/1/26. La De Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias / Baro d’Evel. Avec des musiciens de l’orchestre de chambre de Toulouse et la pie-corbeau Gus.

Baro d’Evel avec LA nous enchante.

Ce spectacle repris pour le ThéâtredelaCité fait partie d’un dytique avec Falaise. Chaque spectacle est le négatif de l’autre. LA en blanc, Falaise en noir.

LA est un duo funambulesque de poésie grotesque. Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias forment un couple de danseurs virtuoses, de clowns divins et d’acrobates sensationnels. Il se dégage du moindre geste comme des mouvements de grande ampleur une poésie et une grâce insondables. Le décor semble très simple. Trois cotés ferment la scène sur une certaine hauteur. Il est blanc immaculé. Les deux artistes passent à son travers, dans des bruits de coquilles d’œuf rompus, d’abord lui puis elle. La pie elle arrivera de côté. 

Ce duo humain avec l’oiseau va créer une suite de scénettes souvent grotesques mais toujours belles et poétiques. Après cette sorte de naissance ou cette entrée dans un intérieur mystérieux les murs se noircissent. Petit à petit une sorte de dessin de paysage se matérialise sous nos yeux. Le plus actif pour le dessin en noir sur le blanc est l’homme. Avec des moyens des plus étranges comme les coups de micro balancé au bout de son fil. Les thèmes proposés sont le dedans et le dehors, l’altérité, l’entraide, la naissance, la solitude et l’empathie, la construction d’un couple. Le public est traversé par des émotions très fortes. La beauté est porteuse d’émotions contradictoires.

La musique dans cette nouvelle version de la pièce apporte beaucoup. L’orchestre de chambre de Toulouse est dans la fosse mais voit les deux acteurs. Il y a une vraie connexion entre musiciens et acteurs. La fusion est totale. La musique habille les émotions avec de la profondeur. Camille et Blaï chantent avec beaucoup d’émotions. Les voix sont fragiles, surtout celle de Camille avec une délicatesse incroyable. Le grand pas de deux en un ballet d’une virtuosité sublime propose des portés de toute beauté. La pie-corbeau Gus est un acteur un peu cabotin mais semblant comprendre toute les situations. Ses vols à travers la scène, entre la salle et la scène, la manière dont l’oiseau détruit une note en papier sont inouïs. Ses mouvements sur les pieds de Camille sont des moments incroyables, comme magiques. L’humour est magnifique tout du long.

Vraiment ces moments de poésie apportent beaucoup de joie au public qui fait une standing ovation aux artistes. Les 6 musiciens viennent saluer avec les deux artistes et la Pie Gus.

En fait ce spectacle n’est pas très long, mais il est si riche d’émotions, de beauté, d’humour et de surprises que le temps s’arrête en sa compagnie. Le public debout a exulté en ce soir de dernière représentation au ThéâtreDeLaCité. La salle était comble comme chaque soir.  

Nous avions beaucoup aimé Qui som ? en décembre 24. Retrouver LA comme amplifié par la musique avec l’orchestre de chambre de Toulouse est un vrai bonheur. 

Hubert Stoecklin 

La Brande réhabilite la psychothérapie institutionelle

Critique.Théâtre. Théâtre Garonne, le 12 décembre 2025. LA BRANDE. Texte écriture collective. Mise en scène Alice Vannier ; Assistance par Marie Menechi. Compagnie Courir à la catastrophe. Lumières : Clément Soumy ; Son : Robert Benz ; Avec : Anna Bouguereau, Margaux Grilleau, Adrien Guiraud, Simon Terrenoire, Sacha Ribeiro, Judith Zins.  

La Brande d’Alice Vannier est un spectacle dérangeant et salutaire. 

Ce spectacle décrivant ce qu’a représenté la folle expérience de le psychothérapie institutionnelle est très original. Car même chez les psychiatres ce sujet est en général mal connu voir connu de manière déformée. Et comme elle est mise à mort par le managérial financier, le sujet devient une forme de document historique ou de sujet un peu obscène visant à montrer la folie dans sa globalité tant du côté des malades que des soignants. En tant que soignant j’ai ressenti comme beaucoup durant le spectacle, des moments de grand malaise. Puis la pièce m’a accompagné quelques jours avant que je puisse en faire une critique. Pièce écrite puis enrichie des improvisations au plateau, on ne doute pas un instant de la sincérité des acteurs envisageant de jouer des vrais fous.

Le travail documentaire préparatoire a été énorme. Les trois actrices et les trois acteurs jouent alternativement un soignant et un malade. Ces douze personnages sont tous très attachants. Le jeu de scène est d’une virtuosité sidérante. Plusieurs fois les personnages se transforment à vue, avec quelques éléments de costume et un changement physique qui donne l’impression qu’ils changent de corps. Le jeu de chacun est très respectueux et jamais de moquerie ne transparait. Si le public rit ce n’est pas méchamment mais par sympathie.  Telle folie, si proche de nous, tel découragement si compréhensible. Car ce qui transpire de chacun sur scène c’est une grande humanité et un désir d’appartenir à la grande famille humaine dans ce qu’elle a de plus heurtant, de plus dérangeant.  

Les décors sont discrets, forcément les portes sont toutes ouvertes et rarement fermées. La lumière permet de se repérer dans le nycthémère apportant réconfort ou majorant l’angoisse. Musiques et sons paraissent d’un naturel incroyable. Les costumes sont contemporains au sens vague sans époque repérable durablement. Car Alice Vannier évite une reconstitution exacte. Elle cherche à communiquer l’esprit qui a présidé à cette aventure palpitante de la psychothérapie institutionnelle.

Cette aventure psychiatrique pionnière a rassemblé après la deuxième guerre mondiale des psychiatres à la fois révoltés par la violence qui régnait dans les asiles et l’absence de remise en question de la normalité du soignant. Saint Alban a été le berceau de ce mouvement et d’autres lieux comme la Borde qui a servi de modèle pour la pièce ont suivi. Ce mouvement a permis des avancées spectaculaires qui ont ensuite été reprises dans les directives de la psychiatrie publique. Les deux jambes de la psychothérapie institutionnelle sont la psychanalyse et la politique. Ouverture, circulation, respect, paroles libres. Les avancées des thérapeutiques médicamenteuses permettant au même moment d’avoir des dialogues fructueux avec les malades les plus délirants.  

Il y a un reproche que je ferai à cette pièce c’est qu’elle gomme la violence inhérente au soin psychique. Oui il y a eu de gens très courageux qui ont fondé cette manière de se questionner et de questionner en permanence le système de soin. Cela n’a pas été une panacée. La violence qui est absente de la pièce n’a pourtant pas pu être totalement évitée dans les lieux de soins les plus ouverts soient-ils. Ainsi le grand Antonin Arthaud n’a pas ménagé ses imprécations contre le système psychiatrique alors qu’il était hospitalisé dans un haut lieu de psychothérapie institutionnelle. 

Tout ce mouvement a hélas été petit à petit brisé par les directives administratives budgétaires. Les fermetures de tous genres y compris des esprits sont légions. Les temps institutionnels de réunion ne sont plus que peau de chagrin. Les groupes thérapeutiques de malades triés par pathologie n’ont plus rien à voir avec cette mise en question de l’institution par des temps de discussions libres. Le retour des psychiatres sachants et voulant créer des malades sachants qu’ils sont bien malades est de retour. Aujourd’hui une autre forme de violence existe. Elle se matérialiste avec des malades à la rue, des manques de lit, des services de soins sous-dotés en personnels et avec de moins en moins de formations variées, des temps d’attente avant une consultation scandaleusement longs.

L’époque de la Brande est comme un rêve évanoui. Une leçon d’histoire en quelque sorte car les services de ce type se raréfient. Le malaise ressenti durant la pièce vient de là. Ceux qui sont dedans, c’est-à-dire avec les malades, sont de plus en plus seuls dans la société. 

Avec un peu de recul je dois avouer que cette pièce est pourtant bien du théâtre de haut vol car des images, des mots, des situations perdurent dans la mémoire. Le jeu des acteurs est inoubliable. La direction d’acteurs est limpide. 

Espérons que le public pourra apprécier cette pièce exigeante et prendre conscience que l’humanité partagée, l’accueil de ce qui dérange dans l’autre et non son rejet, est le bien le plus précieux. Le bien-être ne vient pas de se créer des groupes homogènes rassurants. La vie est pleine de grumeaux. Et peut-être cette pièce a-t-elle été un peu trop lisse à mon palais.  

Toutes les photos : Luc Jacquin pour la compagnie Courir à la catastrophe

Don Juan par Agnès Jaoui c’est Da Ponte et Mozart réunis

Don Juan au Capitole un parfait hommage au chef d’oeuvre de Mozart et Da Ponte

Chronique. Opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 26 novembre 2025. Mise en scène : Agnès Jaoui. Direction : Riccardo Bisatti.

Le Don Juan de Da Ponte et Mozart accompli à Toulouse

Il est des productions qui semblent frôler la perfection. A Toulouse ce Don Juan est une merveille qui fera date. Agnès Jaoui ne cache pas son admiration et sa fidélité au chef d’œuvre de Mozart sur le génial livret de l’Abbé Da Ponte.

Le chef Italien de 23ans Riccardo Bisatti, remplaçant Tarmo Peltokoski souffrant, dirige cette partition et la magnifie avec un talent incroyable. Il met en valeur toutes les facettes, tout en faisant avancer le drame inexorablement. La distribution est homogène et les chanteurs-acteurs se révèlent très émouvants. Dès l’ouverture l’auditeur est pris par la splendeur et la richesse orchestrale. L’orchestre du Capitole est merveilleux de virtuosité, de phrasés élégants et de nuances subtiles.

La direction de Bisatti souligne les détails et avance dramatiquement avec majesté, sans abandonner l’humour. Ce mélange si caractéristique de drama-giocoso est parfaitement rendu. A l’ouverture du rideau la beauté des décors d’Éric Ruf est à couper le souffle. Ils se révèleront d’une grande efficacité et surtout d’une mobilité admirable qui évite toute attente. Les maisons et palais bougent, le rideau tombe, les lustres descendent doucement, les lumières changent en fin d’air pour permettre à la scène suivante de se dérouler dans le lieu adéquat. Les lumières de Bertrand Couderc sont incroyablement poétiques et subtilement réglées. L’impression de nuit est parfaitement rendue tout en éclairant visages et mains des chanteurs. C’est très, très beau. Les quelques moments de jour permettent de contempler des costumes d’une rare finesse. Car Pierre-Jean Laroque a réalisé des costumes seyants et extrêmement élégants. La facilité de déplacement des chanteurs dans de si beaux atours renforce la cohérence de leur personnage. C’est un travail d’équipe admirable qui permet de grandir chacun des personnages et aucun n’est sacrifié.

DSC 7178Il n’y a ni grande originalité, ni vision révolutionnaire chez Agnès Jaoui mais un goût exquis, un hommage discret au film de Losay comme au théâtre classique de la plus belle qualité. Nous sommes bien dans la pièce de Mozart et Da Ponte reprise au XVIIIe du mythe antique et qui demeure intemporel. La dramaturgie est limpide et fidèle. La direction d’acteurs d’Agnès Jaoui est splendide. Chaque personnage est très bien caractérisé, les couples vraiment proches. Il y a beaucoup de déplacements, des mains qui se touchent, des corps pleins de désir, des pudeurs qui se rapprochent, se fuient. C’est un théâtre vivant, naturel et sensuel. Les mains baladeuses de Don Juan sont parfois brutales mais toujours sensuelles, les mains d’Anna et Don Ottavio plus pudiques mais pressantes. Anna a des gestes vengeurs permanents. Ottavio est un amant très engagé. Le couple Zerlina-Masetto est également très naturel dans des revirements pourtant assez radicaux. Don Juan est tour à tour violent, doux, joyeux, moqueur mais toujours charmant. Le personnage a la grande richesse attendue. Leporello assume la partie Giocoso avec bonhomie et esprit. Donna Elvira arrive en chaise à porteurs. C’est une femme de haut rang qui est dominée par un amour sensuel pour Don Juan qui la ronge.  Chaque fois qu’il le peut Don Juan la touche, la prend dans ses bras…  on la voit véritablement fondre. Ce jeu très physique est très juste.

Coté chant c’est la même fête de chaque instant. Mikhael Timoshenko est un Don Juan à la voix claire pouvant s’ombrer et se durcir. Le moelleux du timbre permet à la séduction d’opérer. Le tragique de son destin est assumé avec grandeur avec une voix pleine magnifique.

DSC 7118

Leporello est également un baryton. Kamil Hsaïn Lachiri fait une prise de rôle brillante. Son Leporello entretient des rapports intéressants avec son maitre et également avec Elvira, Zerlina et Masetto. La belle voix peut se contrefaire avec beaucoup d’efficacité. Son personnage est attachant. La Donna Elvira d’Alix Le Saux est passionnante vocalement et scéniquement. La complexité du personnage est délicieusement rendue, la voix est longue bien timbrée et parfaitement conduite. C’est vraiment une très belle Elvira.

DSC 6992

Marianne Croux en Anna est royale de timbre et de virtuosité. Ce chant splendide sert un personnage généreux et passionné. Elle est une très belle Anna. Don Ottavio par Valentin Thill a également une parfaite adéquation entre la voix et le rôle. Il est un Ottavio passionné et bien chantant. L’art du chant, là également, sert la noblesse du personnage. Le couple avec Anna est très crédible. Ils sont nobles et cela est évident.

DSC 7197

La Zerlina de de Francesca Pusceddu est gracieuse et coquine. Voix fruitée et acidulée qui magnifie ce personnage piquant. Le Masetto de Timothée Varon, également baryton, a une voix sonore et ronde. Le personnage gagne en consistance.

DSC 7096Le commandeur d’Adrien Mathonat en basse profonde au timbre prenant impressionne comme attendu. Un grand moment est le trio de la statue au cimetière ou les trois voix bien différentes sont toutes très belles. Et le rayon de lune qui diffuse à travers une fenêtre est un très bel effet qui fait de ce moment un climax impressionnant musicalement et visuellement. Lors de la fête la présence des musiciens sur scène est une belle idée et la spatialisation du son est assez spectaculaire. Le retour de Don Juan après le final primesautier maintenu mais raccourci est un clin d’œil subtil à l’immortalité du personnage du séducteur. Don Juan ne se démode pas et véritablement irrésistible existera toujours… pour notre plus grand bonheur.

DSC 6870On pourra considérer cette splendide production proche de la perfection et entièrement réalisée par les forces capitolines comme la véritable ouverture de la saison. La Thaïs ayant ouvert officiellement la saison du Capitole était une production ancienne et invitée. Le public ne s’y est pas trompé qui avait pris d’assaut les réservations pour ce Don Juan très attendu. Bien avant la première il n’y avait plus de places à acheter. C’est donc un théâtre du Capitole plein comme un œuf qui a fait une immense ovation et a obtenu de nombreux saluts à cette production magique.

Retrouver le vrai Don Juan de Da Ponte et Mozart devient bien rare et mérite notre gratitude quand, même Aix en Provence l’été 2025, avait proposé une production indigne qui était passée à côté du chef d’œuvre. Rajoutons qu’il y avait deux distributions exemplaires sur cette production. Nous avons vu la deuxième. Christophe Ghristi en immense directeur a su proposer un Don Juan parfait qui restera dans les mémoires.

Photos : Mirco Maglioca

Le Muncher Philharmoniker + Tugan Sokhiev : la musique en fête !

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 24 novembre 2025. MENDELSOHNN. POULENC. TCHAIKOVSKI. Arthur et Lucas Jussen. Münchner Philharmoniker. Direction, Tugan Sokhiev.

Les Grands Interprètes fêtent avec lustre leur quarantième anniversaire. Ce soir l’orchestre de la radio bavaroise le Münchner Philharmoniker est dirigé par Tugan Sokhiev tant aimé des Toulousains. L’orchestre de Munich a été dirigé par des immenses chefs, le compositeur le plus connu est Gustav Mahler qui y a créé deux de ses symphonies. Le plus prestigieux et le plus connu est sans doute Sergiu Celibidache qui avec une discographie majestueuse de magnifiques concerts radiodiffusés a fait très bien connaitre l’orchestre dans le monde entier surtout dans Bruckner.

La musique en fête

Ce soir Tugan Sokhiev les dirige dans des œuvres que le chef ossète aime particulièrement. Des son attache à Toulouse comme directeur artistique il a développé une belle connaissance de la musique française. Ce concerto de Poulenc pour deux pianos est comme une farce gigantesque. Deux pianistes supersolistes auxquels il est demandé une virtuosité diabolique dialoguent avec un orchestre farceur. Dès leur fulgurante entrée en scène les deux frères pianistes Lucas et Arthur Jussen forcent l’admiration.

Comme deux diablotins blonds ils sautillent vers les pianos et dans une complicité joyeuse ne font qu’une bouchée de la partition si terrible. Tout leur semble facile et la légèreté de leur toucher, leur énergie et leur joie partagée font mouche. C’est une interprétation idéale. Leur jeu fusionnel, leurs œillades et leurs mouvements primesautiers font merveille. Tugan Sokhiev allège l’orchestre au maximum tout en obtenant un brillant particulier. Cette partition malicieuse, voir moqueuse est parfaitement interprétée par ces musiciens habiles. Tout passe comme un enchantement. Les deux jeunes pianistes offrent un bis paisible après tant de frénésie. L’adaptation d’une pièce de Bach à deux pianos apporte un peu de calme.

Après l’entracte l’orchestre s’étoffe jusqu’à 8 contrebasses pour la quatrième symphonie de Tchaïkovski. Tugan Sokhiev a enregistré cette symphonie avec l’orchestre du Capitole en 2006. Il l’a très souvent dirigée. C’est un peu une œuvre fétiche. En 2023 lorsqu’il était venu ici avec le Wiener Philharmoniker il avait offert cette même quatrième symphonie. L’entendre proposer la même judicieuse interprétation avec ces phalanges prestigieuses si différentes est un vrai bonheur. Si sa première version toulousaine garde une fraicheur et une énergie particulière avec des orchestres plus imposants Tugan Sokhiev garde sa vision. Moins sombre que les deux symphonies suivantes de Tchaïkovski il garde à cette œuvre des moments de bonheur et même de joie. La souplesse du discours, les phrasés élégants, le dosage parfait des nuances, et cette science des crescendo, font merveille. Tugan Sokhiev danse plus qu’il ne dirige. Ses mains nues semblent créer la musique sous nos yeux. C’est aussi beau à regarder qu’à écouter.

L’orchestre de Munich est royal. Opulent de cordes, ronds de bois et mordorés de cuivres. Les solistes sont brillantissimes (hautbois, clarinette flûte, picolo, cors, trompettes et gros cuivres). La beauté sonore permanente de cette 4 ieme de Tchaïkovski est pour le public un moment de ferveur. Les applaudissements sont particulièrement nourris. L’orchestre propose un bis brillant qui ravit toute la Halle-aux-Grains.

Voilà un Grand Concert faisant honneur aux 40 ans des Grands Interprètes

Un CD gracieux et émouvant grâce à Thomas Dunford et Lea Dessandre.

Critique. Enregistrement CD. Jon Dowland et Henry Purcell : Songs of Passion. Thomas Dunford ; Lea Dessandre. Ensemble Jupiter. 2 CD Erato. Durées : 42’17 et 51’5. Enregistrement de 2025. 

Le charme infini de la mélancolie élisabéthaine. 

Thomas Dunford né dans une famille de délicats musiciens baroques nous ouvre son jardin des souvenirs en compagnie de l’ensemble Jupiter et de Lea Dessandre. Le résultat est charmant et nous permet en deux CD de nous immerger dans la beauté d’une interprétation troublante de ces musiques mélancoliques née au temps d’Elisabeth première. En effet Dowland est le chantre de ce genre musical et Purcell le magnifie un siècle plus tard avec le lamento final de Didon qui est le chant même de la mélancolie de l’âme.

Le premier CD alterne des madrigaux, des morceaux de musique instrumentale et des airs de Dowland.  Tout glisse, avance sans heurts. La perfection vocale et instrumentale est absolue. Le choix des airs et la mise en madrigaux de certains est un véritable ravissement.  La voix de Lea Dessandre est un véritable caméléon et peut se colorer et nuancer avec art chaque mélodie. Le texte est articulé avec délicatesse et l’interprétation est à la fois très naturelle et très sophistiquée. C’est tout à fait magique. Les complices vocaux sont admirables également : Jess Dandy alto, Laurence Kilsby ténor, Huw Montague Rendall baryton. L’ensemble instrumental mené depuis le luth par Thomas Dunford est admirable de beauté sonore et d’intensité expressive. Le naturel qui se dégage de cette interprétation est paradisiaque.

Chez Purcell le coté intimiste de l’interprétation magnifie la richesse mélodique et la puissance des passions contenues dans cette belle musique. Les larges extraits de Didon et Énée qui terminent l’enregistrement sont si émouvants qu’ils nous font rêver à l’intégrale de l’opéra que ses interprètes pourraient proposer.

Line vers une video

Si la première génération d’interprètes baroques nous a enchanté par ses audaces et une curiosité insatiable ses enfants sont des héritiers doués qui avec un naturel et un chic fou vont encore plus loin dans les émotions avec une perfection instrumentale nouvelle.

La très belle présentation des enregistrements en noir et blanc rajoute à la mélancolie et la prise de son magnifie l’interprétation. Ce sont de biens beaux CD enregistrés par ERATO qui vont certainement enchanter un vaste public. 

Le lien pour avoir les détails précis sur les CD.

Hubert Stoecklin 

Le livre de K de Simon Falguière : une grande épopée

Critique. Théâtre. Toulouse. Théatredelacité, le 18 novembre 2025. Simon Falguières :  Le livre de K.

Grand succès public pour le Livre de K

Le Nid de Cendres avait trouvé un écho assez fantastique en 2023 bien que durant toute une journée en quatre pièces. Le nouveau spectacle de Simon Falguières créé à Toulouse le 12 novembre, est un spectacle de théâtre populaire de la même veine. Simon Falguières est toutefois bien plus concis, il ne dure « que » 2h30. Il y a pourtant une telle quantité de richesses dans ce spectacle, tant d’intelligence et de courage qu’il n’est pas possible de décrire tout ce qui se passe. Cette concentration est telle que je n’ai trouvé que la solution d’y voir un rêve afin d’en comprendre la complexité. 

251110 RdL 0396

Alors tout s’est éclairé. Nous sommes au chevet de la démocratie à l’européenne, en tant qu’écrivaine de sa propre histoire. En pyjama, elle va bientôt gagner son lit d’hôpital.  Borgne, symboliquement aveuglée elle sait que sa fin est très proche. Elle se donne le devoir d’écrire son livre. Comme cela se passe toujours, et notre époque n’y échappe pas, le pouvoir tente de manipuler son histoire. Donc nous assistons à cette auto manipulation.  Et pour cela le conte, le théâtre, le rapport entre le rêve et la réalité sont convoqués. Ce que nous voyons est d’ailleurs plutôt un cauchemar. Le travail de rêve qui doit être le gardien de notre sommeil ne fonctionne pas. Ce spectacle nous maintient en éveil tout du long.

251110 RdL 0784

De son enfance l’écrivain retrace les détails. Le roman familial débute avec le père pêcheur et la mère muette qui se rencontrent sur un banc. Il y a aura toute une scène où il sera question de savoir ce qui se serait passé s’il n’y avait pas eu de banc. Le questionnement n’est pas loin de savoir quelque chose de la scène primitive. De cette union naissent trois enfants. Le troisième une fille, Esther nait après la mort du père noyé.

251110 RdL 0699

Les deux ainés, un garçon et une fille jumeaux grandissent en harmonie. La fille écrit. Elle ne sait pas quoi vraiment faire d’autre, cet appel de l’écriture ne se discute pas, cela s’impose à elle-même. Le garçon semble heureux. Cette famille vit à l’ombre d’un château qui impose des règles et veille à leur application. Le « maître » en fait deux descentes terrifiantes dans la maison. La première pour arrêter la personne qui écrit pendant la nuit en laissant la lumière allumée. C’est le fils qui va se « sacrifier » laissant sa sœur poursuivre son œuvre d’écriture. La deuxième fois le « maître » emmène la fille « différente » qui ne regarde pas dans les yeux, ne dit pas bonjour, ne parle pas du tout mais joue divinement du piano.

Le « maître » est donc un dictateur très déterminé et également irascible et nous découvrons qu’il manipule ceux qui l’entourent avec un art consommé. Ainsi le garçon devient son bras agissant, sa marionnette. Il fera toutes les basses besognes exigées. Esther sera « rééduquée » très efficacement. La chirurgie, les prothèses seront utilisées. Elle parlera et agira comme une poupée mécanique, perdant toute singularité.

La compagne du « maître » a été la première habitante de la maison, celle qui écrivait et avait disparu subitement. Nous découvrons qu’il oblige cette femme à singer sa propre mère avec perruques et costume. Le scénario pervers complexe mis en scène va conduire le fils-alter ego à tuer cette femme-mère sous les yeux du maître qui en jouit très salement.  C’est une scène vraiment cauchemardesque. Le tyran va également exiger plus : la mère des enfants. En fait il détruit toute la famille. Seule la fille résiste douloureusement après la destruction par le feu de son livre par son frère. Elle va dans une troupe de théâtre.

251110 RdL 0565

Sur un autre plan une forme de deuxième monde se construit avec une scène de théâtre en tréteau qui se maintient comme elle peut avant de devoir renoncer avec le départ de l’actrice et autrice principale.

Le lit d’hôpital est la troisième scène, de visites en soins infirmiers nous avançons dans la compréhension de la mort qui avance et de l’écriture qui se fait.

Il faut donc deux autres scènes pour résister à la dictature :  L’écriture et le théâtre. Et c’est Simon Falguières lui-même qui joue l’Auguste sur la scène de théâtre et qui tient malgré tout ce qui lui est enlevé.

Le jeu des acteurs est admirable avec un équilibre constamment retrouvé entre distanciation et émotion, vérité et sophistication. C’est un travail vraiment magnifique

Les décors sont à la fois symboliques et minimalistes. Les lumières très habiles. Les costumes sont simples. Le « théâtre pauvre » appelé par Simon Falguières se pare tout de même de tous les atours possibles !

251110 RdL 0644

La richesse des symboles est extrême. Ainsi le rapport entre les langues allemande, russe et américaine et le totalitarisme. Le langage signé est lui nécessairement intégratif, le seul utilisé par la mère.  L’œil unique du tyran, comme du malade, évoque à la fois une référence à Wotan le Dieux nordique borgne et à une sorte de demi-œdipe. A ces deux-là la connaissance a coûté cher. D’un autre côté avec un seul œil, l’aveuglement sur soi-même est suggéré avec art tant pour le tyran que pour la démocratie malade et mourante.

Le feu qui détruit les livres évoque les autodafés nazis ou Farenheit 451. Les « belles tombes » faites a postériori des massacres sont légion. Le rapport au soin des enfants autistes rééduqués de force est douloureusement mis en scène avec le cas d’Esther.

On le constate les questions hautement politiques sont nombreuses et mises sous nos yeux, la poésie les habille. L’urgence de la résistance n’a pas trouvé de meilleurs artistes que Simon Falguières et sa compagnie K et cela dans un spectacle abordable au plus grand nombre. Bravo les Artistes et merci.

Le public a bien évidemment exulté aux saluts.

Hubert Stoecklin

Photos : © Christophe Raynaud de Lage

Critique.Théâtre. Toulouse. Théatredelacité, le 18 novembre 2025. LE LIVRE DE K . Texte, mise en scène et scénographie : Simon Falguières / Le K ; Spectacle accompagné par le ThéâtredelaCité ; Avec : Florence Banks en alternance, Rosa Victoire Boutterin, Mathilde Charbonneaux, Lomane de Dietrich, Simon Falguières, Karine Feuillebois, Myriam Fichter, Charly Fournier, Pia Lagrange en alternance, Liza Alegria Ndikita, Stanislas Perrin et Mathias Zakhar ; Assistanat, Lolita de Villers ; Dramaturgie LSF, Vincent Bexiga ; Lumières, Léandre Gans ; Accessoires, Alice Delarue ; Musique et conception sonore, Hippolyte Leblanc et Simon Falguières ; Surtitrage et création vidéo, Typhaine Steiner ; Costumes, Lucile Charvet ; Réalisation costumes, Marion Moinet et Maïalen Biais ; Régie plateau, Alice Delarue et Roméo Rebière ; Régie générale, Clémentine Bollée ; Régie son, Hippolyte Leblanc ; Accompagnement scénographique, Emmanuel Clolus.

Suites pour violoncelles seuls

Critique. Enregistrement CD. J.S. BACH : Suite pour violoncelle seul sur six instruments différents. Ronan Kernoa. Deux CD La Ramée. Durée totale 149’24’’. Enregistrement en juillet et aout 2024. 

Roana Kernoa offre une version très intrigante des suites de Bach pour violoncelles. 

Au disque que de versions de ces admirable suites pour violoncelle de Bach ont été enregistrées ! La version historique et oh combien inestimable de Pablo Casals date de 1939 !  Depuis il n’est que peu d’immenses violoncellistes ne les ayant pas toutes enregistrées. Puis les versions baroques se sont imposées et parfois des expérimentations ont été passionnantes. Ainsi la version sur violoncello da spala de Sigiswald Kuijken.  Nous avions été séduit en 2007 et son enregistrement est toujours disponible.

Avec son projet Ronan Kernoa nous propose tout à fait autre chose. Il a décidé de rendre hommage aux instruments et au travail des luthistes et archetiers en faisant des choix étonnants et qu’il défend passionnément.

C’est exactement à l’opposé de l’habitude qui demandes aux interprètes de dépasser les possibilités techniques de l’instrument pour jouer la sublime musique de Bach. C’est dans ce défit assumé que bien des artistes trouvent le moyen de nous émouvoir parfois aux larmes. Cette œuvre, comme souvent la musique de Bach, est extrêmement exigeante ; que l’on pense à certaines partitions vocales presque inchantables dans leurs exigences instrumentales. Le fait que Bach ait rêver les capacités d’un instrument encore naissant et ait deviné la technique des interprètes de l’avenir reste un magnifique cadeau. 

Ronan Kernoa transpose certaines suites, joue du violon, des violoncelles, des violes de gambes et utilise différents archets parfois dans la même suite. C’est iconoclaste et peu envisageable sur scène mais au disque c’est passionnant. D’autant que la prise de son au plus près du chevalet permet de déguster les moindres coups d’archets, le velouté ou l’âpreté des phrasés. Les nuances également sont absolument inouïes. Chaque suite est ciselée, choyée et la beauté sonore est inimaginable.

C’est cela qui nous retient car chaque suite est complètement autonome, appartient parfois à un autre univers et l’ensemble est comme diffracté. Ce ne peut donc pas être une version de référence. Pour ceux qui aiment ces suites et en possèdent déjà une version plus habituelle cela représente une propositions passionnante qui avec les explications de Ronan Kernoa nous permet d’approfondir la connaissance de ces œuvres si exceptionnelles. Le livret et la pochette sont de toute beauté. Et nous l’avons déjà signalé la prise de son magnifie les sonorités variées, les coups d’archets et les nuances.  

Hubert Stoecklin 

Alain Altinoglu débute une intégrale Chostakovitch

CRITIQUE enregistrement CD. 2 CD Alpha Classics. Alpha 1173. Durée : 109’41’’. Dimitri Chostakovitch : Symphonies 4 et 5. Orchestre symphonique de la Radio de Francfort ; Direction : Alain Altinoglu. 

Une intégrale très prometteuse

L’intégrale des symphonies de Chostakovitch est donc promise par Alpha Classics avec ce premier double CD enregistré en février et avril 2024 par le chef français Alain Altinoglu et son orchestre symphonique de la radio de Francfort.

Le choix de ces deux symphonies pour débuter une intégrale est courageux. D’emblée la barre est mise très haute car ces deux symphonies sont particulièrement éloignées sur tous les plans. La quatrième est restée dans les tiroirs de Chostakovitch qui en savait la grande dangerosité pour le pouvoir. En effet en la période de composition entre 1936 et 1937 de ces deux œuvres, jamais Chostakovitch n’avait subi une telle pression et de si grands dangers. Un terrible article le condamnaient à la suite de son opéra Lady Macbeth de Mnensk :  Du fatras en guise de musique. Cette époque voyait également de nombreuses arrestations et maintenaient Chostakovitch dans la terreur la plus absolue. Le formalisme dont il était accusé, le manque de simplicité, et surtout l’audace qui fusaient dans la quatrième symphonie n’ont pas permis sa diffusion avant longtemps. Chostakovitch la gardait secrète. La cinquième est en revanche écrite en réponse aux justes critiques. Elle a connu dès sa création un succès retentissant qui ne s’est jamais démenti. Tout oppose donc ces 2 symphonies. Les choisir est donc pour le premier volume de l’intégrale mieux qu’un test, c’est une mise à l’épreuve grandiose. 

Ne cachons pas notre enthousiasme Alain Altinoglu, son orchestre de Francfort et les techniciens d’Alpha Classics ont réalisé quelque chose de tout à fait grandiose. La prise de son, pour une fois nous commenceront par elle, est absolument magnifique permettant une écoute de chaque instrumentiste, et les soli sont nombreux, et elle magnifie les nuances qui vont du pianissimo le plus impalpable jusqu’ à des fortissimi presque insoutenables. 

La splendeur de sonorité de l’orchestre de Francfort est connue. La chaleur des bois, la rutilance des cuivres et le soyeux des cordes font ici merveille. Les percussions sont impeccables de précision et les instruments rares comme le célesta, les harpes ou le piano apportent une saveur toute particulière à l’orchestration si originale de Chostakovitch. 

La quatrième symphonie est terrifiante et son originalité est magnifiquement mise en valeur. On ne sort pas indemne d’une telle œuvre et la manière dont Alain Altinoglu la dirige est sensationnelle. Le moindre détail est ciselé, les nuances sont extrêmes. L’agencement des morceaux est très dramatique et la construction de l’ensemble est limpide. C’est comme si à présent les messages de cette œuvre si complexe pouvaient arriver à l’auditeur dans une forme parfaite. Il aura peut-être fallu du temps pour digérer le fond si douloureux qui a conduit à son écriture. 

La cinquième symphonie parait bien plus facile et son écoute est moins pesante. Les couleurs diffusent, les phrasés sont larges et magnifiques et chaque instrumentiste fait des merveilles. On pense surtout au violon solo d’une beauté formelle incroyable. Tout au plus devant la splendeur de l’orchestre et la précision de la prise de son peut ont regretter un manque de persifflage ou de dérision. Disons que l’élégance constante de la direction et la beauté sonore qui président à cet enregistrement pourraient nuirent à la dérision et la moquerie dont Chostakovitch n’est pas avare. Il manque un peu de sarcasmes, comme si la mariée était trop élégante… N’allons pas jusque-là et disons le tout net nous tenons probablement là la version la plus splendide orchestralement jamais enregistrée.  Il va sans dire que nous attendons avec impatience la suite de cette intégrale qui démarre si bien. 

Hubert Stoecklin 

Superbe concert sauvé in extremis

superbe concert sauvé de justesse

écrit par Hubert Stoecklin 15 novembre 2025

CRITIQUE. CONCERT. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 6 novembre 2025. S. RACHMANINOV : Cto. Piano n°2 : G. HOLST : Les planètes. Roman Borisnov, piano. Orchestre du Capitole. Ryan Bancroft, direction.

Concert sauvé magnifiquement

Les astres hostiles nous ont privés de Tarmo Peltokoski et de Yuja Wang tous deux souffrants. Heureusement un tout jeune pianiste de 23 ans, Roman Borisnov et un chef bien connu des Toulousains, Ryan Bancroft ont sauvé le concert. Moyennant un petit changement de concerto. Nous avons eu le célébrissime 2 ième concerto de Rachmaninov en place du terriblement révolutionnaire 2 iéme concerto de Prokofiev.

 051125CONCERT01 7

Le pianiste russe sait doser à la perfection les nuances et débute le concerto sur un crescendo magnifiquement réalisé. Ryan Bancroft répond de la même veine avec une direction souple et ample. Nous aurons donc une version opulente et généreuse de ce concerto. C’est de la si agréable musique jouée ce soir avec grande ampleur et total confort. La virtuosité ne fait pas peur au jeune Borisnov qui a des moyens exceptionnels. La direction à main nue de Ryan Bancroft permet aux instrumentistes de chanter et la largeur des phrasés est très belle. Le deuxième mouvement gagne une dimension plus chambriste et les musiciens de l’orchestre du Capitole font des merveilles, félicitons le cor solo, le hautbois et la flûte sans oublier la clarinette et bien sûr le violoncelle. Le final met en lumière les cuivres graves terriblement beaux.

 051125CONCERT01 8

Et toujours cette direction ample et chantante qui fait des merveilles. L’ovation du public permet au jeune pianiste d’offrir un bis aussi facétieux que virtuose. Il s’agit d’une belle découverte et d’un artiste à suivre : Roman Borisnov, car il semble avoir déjà à 23 ans une très belle maturité.

 051125CONCERT01 34

Pour la deuxième partie du concert l’orchestre s’étoffe considérablement pour les Planètes de Gustave Holst. Cette suite orchestrale est une merveille d’originalité et de possibilités orchestrales. Chaque pupitre a son moment de gloire. C’est sous une direction toujours vaste et généreuse de Ryan Bancroft que l’orchestre du Capitole va magnifier la partition. Les cuivres sont superlatifs dans Mars. Puis la magie des flûtes, des harpes et du Célesta fait rêver à cette paix tant désirée. Le scherzo bondissant de Mercure est superbement dirigé par Ryan Bancroft qui trouve une légèreté et un esprit délicat dans sa main. La fête musicale de Jupiter met en valeur les violons, les timbales et le brillant des cuivres. C’est vraiment euphorisant ! Assurément le chef et l’orchestre trouvent une entente parfaite. Dans Saturne c’est l’étrangeté qui s’invite, la direction du chef, comme en apesanteur, fait des merveilles et l’orchestre semble partir vers l’infini du temps et de l’espace. L’effet sur le public est incroyable. Saturne va nous réveiller puis l’humour mis dans la direction par Rayan Bancroft va permettre aux instrumentistes de briller par une virtuosité totalement maîtrisée et dont tous semblent beaucoup s’amuser. Le final avec Neptune va porter le public au sommet de sa ferveur en des applaudissements nourris. Le chœur de femmes Letonien, Latvija, a magnifiquement chanté sa partie sublime de mystère.

 051125CONCERT01 35

Un vrai beau concert qui a eu un succès retentissant et a fait bien des heureux en deux soirées.

Photos: Romain Alcaraz

Hubert Stoecklin

Adam LALOUM et Franck BEERMAN dans un Brahms très poétique

CRITIQUE. CONCERT. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 30 octobre 2025. J. BRAHMS : Cto. Piano n°1. R. VAUGNAN WILLIAMS : Antartica symphony. Adam Laloum, piano. Orchestre du Capitole. Frank Beermann.  

Le Brahms délicat de Laloum et Beermann enchante le public.

Ce concert est né sous des auspices hostiles. Tarmo Peltokovski souffrant a annulé sa présence toulousaine pour ce concert, les deux suivants la semaine prochaine et la direction de Don Juan au Capitole. Puis ce fût le pianiste Anton Mejias qui a dû rejoindre sa famille pour un deuil.

La chance a souri aux organisateurs lorsqu’Adam Laloum a répondu présent pour le premier concerto de Brahms qu’il aime tant. Frank Beermann de son côté ayant accepté de diriger le concert sans changer le programme taillé sur mesure pour Tarmo Peltokovski. Adam Laloum joue Brahms divinement. Ses enregistrements sont plébiscités. Sauf celui des concertos de Brahms en raison d’un chef pas à sa hauteur.

Ce soir l’accord avec l’orchestre et le chef est idéal. Dès le début Frank Beermann adopte un tempo mesuré, son orchestre gronde et rugit, la puissance plus impressionnante que la force. Ce tempo plutôt lent permet de vivre l’extraordinaire construction orchestrale de l’introduction du concerto. Adam Laloum écoute et déguste cette page orchestrale si splendide. L’entrée du pianiste est toute en élégance et délicatesse. Petit à petit le jeu de Laloum se fait plus puissant et l’équilibre trouvé est une véritable splendeur de poésie, d’écoute et de partage.

Les nuances sont particulièrement délicates tant du côté du pianiste que du chef. Le premier mouvement est très contrasté et permet une écoute merveilleuse de toutes les richesses de la partition. C’est dans le deuxième mouvement qu’un miracle se produit. Le tempo retenu, les nuances pianissimo exquises, les couleurs splendides de l’orchestre, le piano irisé de Laloum, tout se répond en un dialogue de pure poésie. Le temps est comme suspendu, les nuances piano sont à la limite du silence. Le troisième mouvement va exulter et les couleurs vont se magnifier. Le piano de Laloum trouve de nouvelle nuances et des couleurs infinies, l’orchestre participe activement à cette fête d’un Brahms heureux et joueur. Frank Beermann est à l’écoute de son soliste dont il accueille toutes les propositions originales avec complicité. La beauté de cette interprétation scelle une entente musicale au sommet. Le public et l’orchestre applaudissent à tout rompre ce magnifique moment musical de pure grâce. Adam Laloum offre en bis un extrait de Schubert, autre compositeur dont il est le chantre. 

Pour la deuxième partie la symphonie Antartica de Ralph Vaughan Williams va être une découverte pour une grande partie du public. L’effectif exigé est considérable avec deux harpes, de nombreuses percussions, une machine à vent et un chœur de femmes. Le chœur de femme de Lettonie « Latvija » entoure une soliste soprano pour une partie vocale sans parole. Dès les premières notes une impression d’ouverture et de largeur du son se produit.

C’est grand et fort. Frank Beermann habitué à diriger (et comment) les vastes partitions de Wagner et Richard Strauss est tout à son aise ici. Les effets orchestraux sont brillamment offerts au public. La machine à vent est très crédible, mais en fait il ne se passe pas grand-chose une fois que la surprise des effets est passée. Le chœur a une action de mystère très réussie. Les percussions sont terribles, l’orchestre est toute force et puissance.  Le succès est retentissant car la virtuosité orchestrale est tout à fait remarquable et la direction splendide de Franck Beermann galvanise ses troupes.

Toutefois après la splendeur d’écriture et de construction de la partition de Brahms celle de Vaughan Williams a pali un peu. Les aléas nombreux n’ont pas entravé le succès de ce concert devant une Halle-aux-Grains bien pleine. Le public toulousain est bien là, fidèle et attentif. 

Hubert Stoecklin 

Romeo et Juliette nos amours

CRITIQUE. Théâtre. TOULOUSE. ThéâtredelaCité, le 4 octobre 2025. William Shakespeare : Roméo et Juliette. Mise en scène Guillaume Séverac-Schmitz. 

Quelle belle pièce de Shakespeare que ce Roméo et Juliette ! 

Vraiment seuls les grincheux peuvent ne pas trouver cette interprétation géniale. Certes Guillaume Séverac-Schmitz prend des liberté mais n’est-ce pas justement LA TRAGEDIE DE LA LIBERTE jusqu’au-boutiste ?

Tragédie de la jeunesse contre les vieilles haines. Amour interdit vécu comme liberté de l’être. Ainsi le texte est traduit et même adapté par Clément Camar-Mercier. Les coupures sont minimes et permettent de réduire le nombre de personnages et donc d’avoir une action resserrée. Le texte est comme aiguisé, amplifié.

Une jeune femme joue Roméo. Marine Gramont a la jeunesse, la fougue, l’impatience et la mélancolie interne du rôle. Elle campe un Roméo très attachant.

La Juliette de Clémence Coulon est ravissante et vive. Tragique et insouciante. C’est une Juliette inoubliable. C’est peut-être le rôle de Frère Laurent qui gagne le plus d’importance par une humanité touchante. Philippe Smith incarne toute la belle humanité du personnage. Le jeux avec Roméo semble d’un naturel remarquable. Le ton est juste entre un adolescent complexe et son mentor. Surtout en raison de la distance humoristique donnée au paroles du prêtre.  

Screenshot

Lady Capulet et Lady Montaigu sont deux rôles joués par Olivia Corsini. L’angoisse et l’impuissance de la mère de Roméo nous touche et la violence et la brutalité de la mère de Juliette nous terrorise.

Olivier Sangwa joue à la fois Tybald et le Comte Paris. Tant la force de l’un comme la vanité de l’autre nous rend l’acteur méconnaissable, en un beau tour de force artistique. C’est également un danseur hors pair face à Mercutio. C’est en effet un duel très brutal entre Mercutio et Tybald qui ouvre la pièce.  

Ce pas de deux de haine et également empreint de gestes d’amour crée d’emblée un sentiment de grandeur et d’ambivalence intéressant. Car c’est bien l’amour de la haine et la haine de l’amour qui se jouent devant nous tout du long et dont les amoureux sont les victimes consentantes. Guillaume Morel est un Mercutio flamboyant, peut-être un peu trop séduisant. C’est lui également qui brise le mur avec le public en interpellant à plusieurs reprises la salle.

Bien des arts sont utilisés par Guillaume Séverac-Schmitz pour enrichir l’émotion. Ainsi le violoncelle sur scène de Lydia Shelley improvise avec élégance sur le texte on entre les tirades. C’est très beau, très pur et très émouvant. La jeune femme a également toute l’autorité du Prince de Vérone en disant un texte resserré . Il reste la création la plus réjouissante de la tragédie et cela fonctionne à merveille. La Nourrice de Juliette est en fait d’avantage une servante à la Molière avec une jeunesse et une verve incroyable. Mathilde Auneveux est inénarrable.

Le chant de Juliette est également un beau moment ainsi que les madrigaux chantés par plusieurs. La cabalette d’un opéra italien par Luciano Pavarotti dit bien toute l’énergie et la jubilation de Roméo amoureux. Les projections et les films projetés en direct sont efficaces sans ostentation. L’image finale est très belle. Films, images, danses, musiques, jeu théâtral se répondent pour augmenter la dimension tragique. Nous avons donc de bien beaux personnages shakespeariens.

La direction d’acteur est exigeante et précise. Tout est pensé, pesé. Les décors simples sont très efficaces, les lumières pleines de vie, les costumes agréables. Cette tragédie ainsi rendue à la vie avance inexorablement vers sa fin douloureuse avec panache. Le pari de Guillaume Séverac-Schmitz de monter cette pièce pour la jeunesse me semble réussi. Pour la jeunesse par l’âge certes, celle des cœurs aussi, qui magnifient la modernité de la pièce de Shakespeare. Cette ouverture de saison rencontre en tout cas un énorme succès avec un public mêlé ou les jeunes sont nombreux. 

Hubert Stoecklin 

CRITIQUE. Théâtre. TOULOUSE. ThéâtredelaCité, le 4 octobre 2025. William Shakespeare : Roméo et Juliette. Mise en scène Guillaume Séverac-Schmitz. Nouvelle traduction et adaptation : Clément Camar-Mercier ; Mise en scène et conception : Guillaume Séverac-Schmitz / [Eudaimonia] ;Spectacle accompagné par le ThéâtredelaCité ; Avec : Mathilde Auneveux :  la nourrice, Olivia Corsini : Lady Montaigu et Lady Capulet, Clémence Coullon : Juliette, Marine Gramond : Roméo, Guillaume Morel : Mercutio, Olivier Sangwa Tybalt et Paris, Lydia Shelley :le Prince de Vérone,et Philippe Smith Frère Laurent ; Violoncelliste : Lydia Shelley ; Scénographie : Emmanuel Clolus ; Chorégraphie : Juliette Roudet ; Création lumière : Michel Le Borgne : Création et régie son : Géraldine Belin ; Régie son : Jonathan Mathieu ; Création vidéo : Stéphane Pougnand ; Régie vidéo : Éric Andrieu et Manuel Rufié ; Création costumes : Emmanuelle Thomas ; Régie habillage : Laurette Richer ;Régie générale et lumières : Léo Grosperrin ; Régie lumière et poursuite : Didier Barreau, Bastien Clarenc et Philippe Ferreira ; Régie plateau et accessoires : Yann Ledebt et Sébastien Mignard

Régie plateau

Simon Clément, Jean-Jacques Duquesnoy, Laurent Fourmy, Gilles Montaudié et Flavien Renaudon ; Réalisation du décor dans les : Ateliers de construction du ThéâtredelaCité sous la direction deMichaël Labat ; Réalisation des costumes dans les ; Ateliers du ThéâtredelaCité sous la direction de Nathalie Trouvé ; Création le 2 octobre 2025 au ThéâtredelaCité. 

Si belle Thais à Toulouse

CRITIQUE. Opéra. TOULOUSE. Théâtre du Capitole, le 30 septembre 2025. MASSENET : Thaïs. Poda/Niquet/Willis-Sorensen/Christoyannis.

Magnifique prise de rôle dans Thaïs pour Rachel Willis-Sorenzen.

Thaïs est un opéra de Massenet dont presque tout le monde connaît le nom ( sa célèbre méditation) mais que peu de gens ont vu sur scène. En soi voir Thaïs est donc un évènement. On n’en voudra donc pas à Christophe Ghristi d’avoir fait venir la vieille production de Stéfano Poda, créée en 2008 à Turin.

Nous passerons rapidement sur cette production qui date et a été vue mainte fois en Europe. Poda nous impose une vision lourde, prétentieuse et vulgaire.  Nous connaissons son travail plus récent au Capitole avec des résultats variés dans Ariane et Barbe Bleu, Rusalka, et Nabucco.  En 2008 avec cette Thaïs nous retrouvons bien des défauts liés à sa conception totalitaire des choses. Poda assure en effet décors, costumes, chorégraphie, lumières et mise en scène ! Tout cela est évidemment bien trop pour un seul homme qui ne peut avoir tous les talents nécessaires. Donc nous subissons cette production sans direction d’acteurs et un plateau surchargé en permanence. Nous devons renonçer à tout orientalisme, à toute élégance…

Côté musique c’est heureusement tout autre chose. Dans la fosse l’orchestre du Capitole est brillant. Couleurs, nuances et phrasés sont superbes. Hervé Niquet à la direction est très engagé. Il dit tout le texte pour lui-même et prend un plaisir évident à diriger cette vaste partition. Il joue le jeu d’étirer le tempo en début d’ouvrage laissant à une certaine lourdeur de la partition le temps de s’installer pour gagner en intensité et en drame à l’acte deux et surtout au trois. Cette direction à la fois dramatique et hédonique nous permet de déguster l’orchestre riche et parfois surprenant de Massenet. Les chœurs sont excellents et bien caractérisés à chaque instant.

La distribution rassemblée par Christophe Ghristi est comme nous en avons l’habitude parfaitement choisie jusque dans les moindres rôles. La cantatrice américaine Rachel Willis Sorenzen fait une prise de rôle extraordinaire.

L’aisance que son interprétation nous offre est confondante quand on sait la difficulté du rôle. Elle l’aborde avec franchise et éclat. Cette grande voix, large et très riche en harmoniques sur toute la tessiture est un atout. Le chant généreux avec aigus dardés forte, planant lors des pianissimi et un grave sensuel avec un medium très beau et solide est un véritable régal pour le public. Cette générosité vocale assez inhabituelle dans ce rôle, souvent distribué à des voix plus légères, donne beaucoup de profondeur au personnage de la courtisane devenant sainte. Sa diction française est très compréhensible. La beauté de la femme, son port altier associé à la splendeur de la voix rendent sa Thaïs irrésistible.

Son contradicteur, le moine cénobite Athanël, est le baryton d’origine hellénique Tassis Christoyannis. Le personnage est monolithique. L’acteur est livré à lui-même et le personnage arrive à exister malgré cet handicap. Toutefois le personnage est trop figé dans son côté austère et ne peut développer la séduction sulfureuse de timbre et de rhétorique que l’on peut attendre. Le sens du phrasé est parfait, le texte compris est distillé avec art.

La bataille théologique entre le moine et la courtisane est terrible avec deux voix et deux tempéraments si forts. Pourtant avec une voix moins large que celle de sa Thaïs, il sera en difficulté face au torrent vocal de la soprano. Alors que son personnage est fort dans l’affrontement, il est  moins crédible dans le basculement final. La scène de l’oasis restera dans les mémoires comme un moment d’anthologie.

Jean-François Borras ne fait qu’une bouchée du rôle de Nicias tant vocalement, quel timbre splendide, que scéniquement, avec une très belle présence.

En Palèmon Frédéric Caton chante à merveille sa partie et campe un personnage noble et fort.

Les deux belles Crobyle et Myrtale respectivement Thaïs Raï-Westphal et Floriane Hassler sont absolument merveilleuses. Timbres pleins et assortis, belle présence scénique et vocale, elles ont les costumes les plus seyants de la production. Leurs moments de duos sont très beaux et dans le quatuor avec Nicias et Athanaël elles tiennent leurs parties à la perfection. Tant la voix agile et fraîche de Thaïs Raï-Westphal que la voix veloutée et chaude de Floriane Hassler nous enchantent.

La Charmeuse de Marie-Eve Munger est parfaite, belle voix et présence engagée. L’Albine de Sveltana Lifar en peu de notes arrive à proposer une présence attachante. Hazar Mürsitpinar, Hun Kim et Alfredo Poesina issus du chœur, sont parfaits dans leurs courtes interventions.

Diffusée sur Radio Classique le 25 octobre, il sera possible de déguster le meilleur de cette production de Thaïs capitoline : la beauté de la partition de Massenet dans une interprétation vibrante dirigée par Hervé Niquet et surtout dans une distribution idéale avec une prise de rôle majeure de la soprano Rachel Willis Sorenzen.

Hubert Stoecklin

Photos: DR

Puissance et virtuosité pour l’Orchestre du Capitole et son chef Tarmo Peltokoski pour ouvrir la saison avec la Turangalila de Messian

CRITIQUE. CONCERT. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 27 septembre 2025. OLIVIER MESSIAEN. Turangalîla-symphonie. Orchestre du Capitole. Tarmo Peltokovski. 

Une ouverture de saison avec tambours et trompettes. 

Tarmo Peltokovski prend cette année officiellement la direction artistique de l’Orchestre National du Capitole. Cette saison est sa première même si de nombreux concerts les ont réunis à Toulouse comme en tournées. Il l’ouvre donc SA SAISON avec l’œuvre phare qu’il a souhaitée ardemment : la grandiose Turangalîla-symphonie d’Olivier Messiaen. 

Cette œuvre composée entre 1947 et 1949 pour l’orchestre symphonique de Boston a été dirigée lors de la création par Léonard Bernstein. Depuis les plus grands chefs s’y sont confrontés. En 2007 à La Halle-aux-Grains L’orchetre du Capitole l’avait jouée sous la direction d’Ilan Volkov. Toujours à  Toulouse en 2014 nous avions entendu le Budapest Festival Orchestra dirigé par Ivan Fischer. Puis en 2016 Gustavo Dudamel avec les jeunes de l’Orchestre Simon Bolivar.  Ce soir l’Orchestre du Capitole est en majesté et va offrir une plénitude sonore rare. L’effectif monumental exigé par la partition occupe toute la scène et déborde un peu de côtés. Avec dix contrebasses et treize percussions, un piano à queue, un célesta et les Ondes Martenot rien que la vue d’un tel orchestre est un vrai bonheur. Au piano Bertrand Chamayou sera très à l’aise, ne faisant qu’une bouchée de la virtuosité de sa partie, apportant beaucoup de poésie dans les moments pacifiques. Le choix de cet enfant du pays toulousain est excellent et a ravi le public. Aux Ondes Martenot nous découvrons Cécile Lartigau, qui vient d’enregistrer cette symphonie avec Andris Nelsons pour Deutsche Gramophone. Elle prend la relève de l’extraordinaire Valérie Hartmann-Claverie qui avait travaillé l’œuvre avec Messiaen et la jouait par cœur.  Sans avoir encore toute l’aisance de sa devancière la partie d’onde Martenot par Cécile Lartigau reste la plus belle de la symphonie. Il semble que l’instrument électrique n’a pas été entendu partout.

Notre impression de 2014 reste intacte c’est bien l’effet musical surnaturel des ondes Martenot qui donne toute sa saveur à la partition. Quelque soient les qualités de la direction de Tarmo Peltokovski, les lourdeurs de la partition persistent à certains moments. Certes il trouve des contrastes intéressants et sa science de la direction est éclatante dans les moments rythmiques diaboliques. La concentration exemplaire, la tenue de la structure toujours très lisible et l’attention portée à tous les détails permettent une lecture analytique parfaite. La sensualité et la tendresse sont moins réussies. C’est dans les trois derniers mouvements, en un crescendo fulgurant que l’art de Tarmo Peltokovski envoûte.

La manière exigeante et presque furieuse dont il obtient les déhanchés dans la musique inspirée d’Amérique du Sud est enthousiasmante. Les instrumentistes de l’orchestre sont très impliqués et superbes de sonorités riches et brillantes, de précision également. Les cuivres tout particulièrement sont majestueux et on reste pantois devant la luxuriance des percussions. Le dernier mouvement nous conduit vers un état de joie proche de la transe tout à fait incroyable. Le tout dernier accord en un crescendo presque infini se termine sur un geste du chef enlevé qui semble adresser au ciel toute la joie et la beauté de la musique. Ce final de symphonie est absolument extraordinaire ce soir.

Nous ne pouvons que constater combien l’alchimie entre le jeune chef et l’orchestre fonctionne à merveille et souhaiter, comme Tarmo Peltokovski le dit dans le programme, que ces artistes pourront redonner cette symphonie dans l’avenir. Pas de doute que le chef va maturer son interprétation et atteindre au sublime sur toute la durée de la symphonie déjà parfaitement mise en place et terminée en apothéose. La rentrée de la saison symphonique de Toulouse a été grandiose.

La salle de concert hexagonale était pleine à craquer avec plus 2100 spectateurs. Le succès a été total avec des applaudissements nourris. La saison symphonique toulousaine démarre fort. 

Hubert Stoecklin

Photos : DR . 

Elisabeth Brauss à Piano Jacobin

Elisabeth Brauss à Piano Jacobins

écrit par Hubert Stoecklin 17 septembre 2025

CRITIQUE. FESTIVAL. 46ème festival PIANO AUX JACOBINS. Cloître des Jacobins, le 17 septembre 2025. BACH ; MENDELSSOHN ; LISZT ; BRAHMS ; PROKOFIEV ; Elisabeth BRAUSS (piano).

Le solide piano d’Elisabeth Brauss

Elisabeth Brauss, pianiste allemande de 30 ans, a offert un agréable récital à Piano aux Jacobins. Débuté avec le Caprice sur le départ d’un frère bien aimé de Bach, nous avons pu apprécier un jeu délicat, un peu sucré et pas sans une certaine élégance. Puis avec les Variations sérieuses de Mendelssohn le jeu va s’élargir considérablement. De grandioses effets pianistiques imposent la jeune artiste comme une pianiste capable de puissance. Les Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Sagen » de Bach par Liszt gagnent encore en grandeur dans la puissance du geste pianistique. Le thème est discrètement délivré et davantage de legato aurait mieux rendu hommage à la belle mélodie de Bach. Le concert est proposé sans entracte. Après une courte pause la pianiste enchaîne les quatre pièces pour piano op.119 de Brahms. Contrastées au point de vue des nuances sous les doigts de la pianiste allemande, ces quatre pièces sont peu chantées, très rythmées et mettent en lumière la riche harmonie. C’est un Brahms solidement charpenté.

IMG 9304

Le climax du récital sera indéniablement la sonate n°7 de Prokofiev que la pianiste interprète avec vigueur et puissance. Le côté mécanique de certains moments est indéfectiblement joué solidement par Elisabeth Brauss. Voilà une pianiste solide et capable de délicatesse. Le public a apprécié l’assurance de son jeu. Un bis délicat termine le récital dans ce si beau Cloître des Jacobins.

IMG 9307

Hubert Stoecklin

Photos : H.S.

Le piano plein phare de Clayton Stephenson ébloui le public de Piano aux Jacobins

écrit par Hubert Stoecklin 16 septembre 2025

CRITIQUE. FESTIVAL. 46eme festival PIANO AUX JACOBINS. Cloître des Jacobins, le 10 septembre 2025. BACH/HESS ; SCHUBERT ; STRAVINSKI ; GERSHWIN. ARLEN/JARRETT ; Clayton STEPHENSON (piano).

Le piano plein phare de Clayton Stephenson.

Le jeune pianiste américain vient offrir son premier concert en France à Piano aux Jacobins. Sa formation purement américaine lui confère une grande confiance et une énergie généreuse. Il débute son récital par le Choral Jésus que ma joie demeure de Bach arrangé par Myra Hesse.Son jeu est généreux, la clarté des lignes de mélodies est admirablement lisible. L’équilibre entre les deux mains semble parfait.  Le rubato est romantique et les nuances sont marquées. Il ne se dégage pourtant rien de très personnel dans ce jeu assez retenu et lisse. Puis la série des quatre Impromptus Op.90 de Schubert va permettre au pianiste de mettre en valeur un piano athlétique et virtuose. Les nuances sont très marquées, les rythmes très tendus et les couleurs restent toujours très lumineuses. Il n’y a ni ombres ni couleurs variées dans ce piano. Pas de mélancolie non plus. Le bonheur est constant dans le jeu et l’attitude du pianiste. Même le troisième Impromptu qui peut être si habité reste ici très extérieur. Dans les trois mouvements de Petrouchka de Stravinski le piano est encore plus sonore et brillant. Le rythme est sauvage et les nuances extrêmes, parfois les fortissimi sont au bord de la saturation du son dans la salle capitulaire.

Unnamed

Puis l’arrangement de Keith Jarrett de Over the Rainbow apporte un peu de calme. Pour finir c’est dans la Rhapsodie in Blue que le pianiste américain confirme ses qualités rythmiques et sa virtuosité infaillible. Il semble prendre un envol puissant que rien ne pourrait arrêter. Ce récital enchaîné sans véritable pause impressionne le public qui applaudit généreusement. Très souriant et heureux le pianiste américain donne volontiers deux bis de jazz.

Très éclectique, le programme de Clayton Stephenson n’a pas permis de déterminer le répertoire à privilégier. C’est tout le temps le même piano brillant, virtuose et athlétique qui se manifeste dans tous les répertoires abordés. Voilà un jeune pianiste américain âgé de 26 ans aux grands moyens spectaculaires. Il lui reste à affiner une musicalité plus européenne pour le répertoire romantique.

Clayton

Crédit photo : Thierry d’Argoubet.

Ce premier  concert du jeune prodige américain a été enregistré par France Musique en direct

Hubert Stoecklin