Le dernier CD d’Alexandre KANTOROW: Passionnant evidemment

Critique.CD. J. BRAHMS. F. SCHUBERT. Alexandre KANTOROROW. 

Alexandre Kantorow est un artiste qui compose avec grand soin le programme de ses concerts et de ses enregistrements.

Après la troisième et la deuxième sonate de Brahms il aborde celle qui porte le numéro 1. Brahms a composé ses trois uniques sonates en deux ans. La première n’est pas la plus précoce. Il frappe un grand coup, semble mener le genre à son extrême et n’y reviendra plus.

Alexandre Kantorow marie cette première sonate avec la Wanderer fantaisie de Schubert. Même virtuosité, même fougue dans le premier mouvement. Certes bien des grands pianistes rapprochent d’avantage cette sonate de la Hammeklavier de Beethoven. Ainsi Richter fait de la première sonate de Brahms une sonate virtuose, orchestrale et d’une grandeur athlétique. Kantorow en cherchant du coté de Schubert trouve des trésors de mélodie et de déclamation. Il propose donc une interprétation narrative. C’est passionnant et tout à fait probant. Cela change notre écoute de cette sonate souvent tournée vers la pure virtuosité. Le vainqueur du concours Tchaïkovski de 2019 n’a rien à envier du côté de la virtuosité ! Avec évidence il la met au service de la musicalité la plus délicate. 

Les cinq Lieder de Schubert revisités par Frantz Liszt qui suivent la sonate avec un legato magique accentuent la beauté du chant que Kantorow nous offre avec son piano.  Les arabesques de Liszt sont réalisées avec une élégance souveraine.

Dans la Wanderer fantaisie l’interprétation d’Alexandre Kantorow est tournée vers la recherche de chant et de déclamation. La même narrativité nous enchante, les nuances sont subtiles, les couleurs variées et les phrasés larges. 

Avec ce parti pris passionnant Alexandre Kantorow renouvelle l’écoute de ces œuvres immenses et mises en miroir dans ce programme.

La prise de son est confortable et permet de déguster la variété de ce très beau piano. Le grand Steinway D joué par Alexandre Kantorow est merveilleusement présent. Sa fidélité au Label suédois Bis se comprend facilement devant ce beau travail de prise de son en SACD. 

CRITIQUE. Enregistrement CD. Durée 72’44’’. 1 CD Bis-2660. Code barre : 7 318599926605. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour piano n° 1 en do majeur Op.1 ; Frantz Schubert (1797-1828) /Frantz Liszt (1811-1886) : Der Wanderer, Der Müller an der Bach, Frühlingsglaube, Die Stadt, Am Meer ; Frantz Schubert : Fantaisie en do majeur ‘ « Wanderer » D.760. Alexandre KANTOROW, Piano. 

Sonya Yoncheva et William Christie une belle fidelité

Yoncheva / Marie Antoinette et Christie :  le parfait accord.

Ce concert proposé par les Grands Interprètes permet au public toulousain ce soir de se pencher sur un pan de l’histoire assez fascinant. La grande histoire d’abord où une Reine de France au destin tragique a toujours voulu être une musicienne voire une artiste. Le théâtre de la Reine à Versailles, construit pour Marie Antoinette en est la preuve. L’histoire de la musique ensuite car la querelle des bouffons opposant les partisans de l’opéra italien et français fait rage à cette époque. Ce soir c’est la musique française qui gagne.

Les Arts Florissants

William Christie honore la musique française depuis plus de 40 ans. Il est le plus à même de guider Sonya Yoncheva dans ce répertoire péri révolutionnaire.  Le résultat est fascinant car cette musique est difficile vocalement et stylistiquement. L’association de leurs talents en donne une interprétation à la fois informée et vocalement parfaite.

Si Sonya Yoncheva n’a pas un tempérament de tragédienne, elle arrive à rendre ses accents touchants et l’émotion nait de la plastique vocale et de sa diction. La soprano qui aborde actuellement les rôles spinto les plus lourds a encore la possibilité d’alléger sa voix pour ce répertoire. La beauté des phrasés qui répondent à ceux de l’orchestre, la subtilité des nuances, la grande beauté des graves et du medium offrent un panorama vocal fascinant.  La seule petite scorie vocale concerne un vibrato un peu large dans les aigus. Une grande part de la séduction de La Yoncheva est sa superbe diction française langue qu’elle parle parfaitement.

Sonya Yoncheva
 Sonya Yoncheva

Les pages orchestrales sont également somptueuses. Avec une grande fougue, William Christie impulse une belle énergie à ses Arts Florissants, tout en gardant une élégance aristocratique. Les musiciens sont tous de superbes virtuoses, la harpe remplace le clavecin ce qui apporte un supplément d’élégance au continuo. Les cors naturels sont magiques, les cordes ont un son plein et des phrasés de rêve. La flute dans le solo des ombres heureuses apporte sa part de magie.  Les Arts Florissants sont un des plus beaux orchestres de musique ancienne. La danse des furies est même encore plus impressionnante que lors du ballet Gluck présenté au Capitole il y a peu, dirigé par Jordi Savall et son Concert des Nations. Il faut dire que l’acoustique de la Halle au Grain permet au son de mieux se développer que dans la fosse du Capitole. C’est une chance sur une pièce si emblématique à quelques jours d’intervalle d’entendre ces deux versions superlatives.

Les Grands Interprètes ont offert une belle soirée dans laquelle l’entente entre le chef et la soliste semble parfaite. Le jeu de séduction dans la deuxième partie entre Yoncheva/Marie Antoinette et le Maestro dépasse la simple convenance théâtrale, une profonde estime teintée de tendresse existe entre la diva et le vieux Maestro.  Ils se connaissent depuis leur rencontre pour le Jardin des Voix en 2006.

Le public a obtenu trois bis tant il a applaudi les artistes, les musiciens de l’orchestre y compris.

Hubert Stoecklin

Critique. Concert, Toulouse, le 5 novembre 2024. Wolfgang Amadeus MOZART : Ouverture de la Finta giardiniera ; Extrait du Ballet d’Idomeneo – Larghetto pour Madame Hartig ; Extrait du Ballet d’Idomeneo – Passacaille pour Monsieur Antoine ; Extrait de La Clemenza di Tito « Ecco il punto, o Vitellia ! … Non più di fiori ». Christoph Willibald GLUCK : Alceste : Air d’Alceste « Divinités du Styx » ; Orfeo ed Euridice, Ballet des Ombres heureuses et Danse des Furies ; Iphigenie en Aulide « Oh malheureuse Iphigénie » ; Armide, Chaconne ; Air d’Armide « Ah! Si la liberté me doit être ravie » ; Luigi CHERUBINI : Medée « Vous voyez de vos fils la mère infortunée » ; Demophoon « Ah ! Peut-être mes dieux ! ». Nicolo PICCINI : Didon (Acte III, scène 1) « Non, ce n’est plus pour moi. Louis Claude Armand CHARDIN ; « C’est mon ami » (accompagnement à la harpe) ; Johan Paul Aegidius MARTINI : Plaisir d’amour, romance (orchestration d’Hector Berlioz). Sonya Yoncheva, soprano ; Les Arts Florissants ; Direction : William Christie.

Critique écrite pour classiquenews.com

Sonya Yoncheva

La rencontre de Sonya Yoncheva et William Christie dans son Jardin des voix ou elle a fait grande impression déjà!