Don Juan par Agnès Jaoui c’est Da Ponte et Mozart réunis

Don Juan au Capitole un parfait hommage au chef d’oeuvre de Mozart et Da Ponte

Chronique. Opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 26 novembre 2025. Mise en scène : Agnès Jaoui. Direction : Riccardo Bisatti.

Le Don Juan de Da Ponte et Mozart accompli à Toulouse

Il est des productions qui semblent frôler la perfection. A Toulouse ce Don Juan est une merveille qui fera date. Agnès Jaoui ne cache pas son admiration et sa fidélité au chef d’œuvre de Mozart sur le génial livret de l’Abbé Da Ponte.

Le chef Italien de 23ans Riccardo Bisatti, remplaçant Tarmo Peltokoski souffrant, dirige cette partition et la magnifie avec un talent incroyable. Il met en valeur toutes les facettes, tout en faisant avancer le drame inexorablement. La distribution est homogène et les chanteurs-acteurs se révèlent très émouvants. Dès l’ouverture l’auditeur est pris par la splendeur et la richesse orchestrale. L’orchestre du Capitole est merveilleux de virtuosité, de phrasés élégants et de nuances subtiles.

La direction de Bisatti souligne les détails et avance dramatiquement avec majesté, sans abandonner l’humour. Ce mélange si caractéristique de drama-giocoso est parfaitement rendu. A l’ouverture du rideau la beauté des décors d’Éric Ruf est à couper le souffle. Ils se révèleront d’une grande efficacité et surtout d’une mobilité admirable qui évite toute attente. Les maisons et palais bougent, le rideau tombe, les lustres descendent doucement, les lumières changent en fin d’air pour permettre à la scène suivante de se dérouler dans le lieu adéquat. Les lumières de Bertrand Couderc sont incroyablement poétiques et subtilement réglées. L’impression de nuit est parfaitement rendue tout en éclairant visages et mains des chanteurs. C’est très, très beau. Les quelques moments de jour permettent de contempler des costumes d’une rare finesse. Car Pierre-Jean Laroque a réalisé des costumes seyants et extrêmement élégants. La facilité de déplacement des chanteurs dans de si beaux atours renforce la cohérence de leur personnage. C’est un travail d’équipe admirable qui permet de grandir chacun des personnages et aucun n’est sacrifié.

DSC 7178Il n’y a ni grande originalité, ni vision révolutionnaire chez Agnès Jaoui mais un goût exquis, un hommage discret au film de Losay comme au théâtre classique de la plus belle qualité. Nous sommes bien dans la pièce de Mozart et Da Ponte reprise au XVIIIe du mythe antique et qui demeure intemporel. La dramaturgie est limpide et fidèle. La direction d’acteurs d’Agnès Jaoui est splendide. Chaque personnage est très bien caractérisé, les couples vraiment proches. Il y a beaucoup de déplacements, des mains qui se touchent, des corps pleins de désir, des pudeurs qui se rapprochent, se fuient. C’est un théâtre vivant, naturel et sensuel. Les mains baladeuses de Don Juan sont parfois brutales mais toujours sensuelles, les mains d’Anna et Don Ottavio plus pudiques mais pressantes. Anna a des gestes vengeurs permanents. Ottavio est un amant très engagé. Le couple Zerlina-Masetto est également très naturel dans des revirements pourtant assez radicaux. Don Juan est tour à tour violent, doux, joyeux, moqueur mais toujours charmant. Le personnage a la grande richesse attendue. Leporello assume la partie Giocoso avec bonhomie et esprit. Donna Elvira arrive en chaise à porteurs. C’est une femme de haut rang qui est dominée par un amour sensuel pour Don Juan qui la ronge.  Chaque fois qu’il le peut Don Juan la touche, la prend dans ses bras…  on la voit véritablement fondre. Ce jeu très physique est très juste.

Coté chant c’est la même fête de chaque instant. Mikhael Timoshenko est un Don Juan à la voix claire pouvant s’ombrer et se durcir. Le moelleux du timbre permet à la séduction d’opérer. Le tragique de son destin est assumé avec grandeur avec une voix pleine magnifique.

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Leporello est également un baryton. Kamil Hsaïn Lachiri fait une prise de rôle brillante. Son Leporello entretient des rapports intéressants avec son maitre et également avec Elvira, Zerlina et Masetto. La belle voix peut se contrefaire avec beaucoup d’efficacité. Son personnage est attachant. La Donna Elvira d’Alix Le Saux est passionnante vocalement et scéniquement. La complexité du personnage est délicieusement rendue, la voix est longue bien timbrée et parfaitement conduite. C’est vraiment une très belle Elvira.

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Marianne Croux en Anna est royale de timbre et de virtuosité. Ce chant splendide sert un personnage généreux et passionné. Elle est une très belle Anna. Don Ottavio par Valentin Thill a également une parfaite adéquation entre la voix et le rôle. Il est un Ottavio passionné et bien chantant. L’art du chant, là également, sert la noblesse du personnage. Le couple avec Anna est très crédible. Ils sont nobles et cela est évident.

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La Zerlina de de Francesca Pusceddu est gracieuse et coquine. Voix fruitée et acidulée qui magnifie ce personnage piquant. Le Masetto de Timothée Varon, également baryton, a une voix sonore et ronde. Le personnage gagne en consistance.

DSC 7096Le commandeur d’Adrien Mathonat en basse profonde au timbre prenant impressionne comme attendu. Un grand moment est le trio de la statue au cimetière ou les trois voix bien différentes sont toutes très belles. Et le rayon de lune qui diffuse à travers une fenêtre est un très bel effet qui fait de ce moment un climax impressionnant musicalement et visuellement. Lors de la fête la présence des musiciens sur scène est une belle idée et la spatialisation du son est assez spectaculaire. Le retour de Don Juan après le final primesautier maintenu mais raccourci est un clin d’œil subtil à l’immortalité du personnage du séducteur. Don Juan ne se démode pas et véritablement irrésistible existera toujours… pour notre plus grand bonheur.

DSC 6870On pourra considérer cette splendide production proche de la perfection et entièrement réalisée par les forces capitolines comme la véritable ouverture de la saison. La Thaïs ayant ouvert officiellement la saison du Capitole était une production ancienne et invitée. Le public ne s’y est pas trompé qui avait pris d’assaut les réservations pour ce Don Juan très attendu. Bien avant la première il n’y avait plus de places à acheter. C’est donc un théâtre du Capitole plein comme un œuf qui a fait une immense ovation et a obtenu de nombreux saluts à cette production magique.

Retrouver le vrai Don Juan de Da Ponte et Mozart devient bien rare et mérite notre gratitude quand, même Aix en Provence l’été 2025, avait proposé une production indigne qui était passée à côté du chef d’œuvre. Rajoutons qu’il y avait deux distributions exemplaires sur cette production. Nous avons vu la deuxième. Christophe Ghristi en immense directeur a su proposer un Don Juan parfait qui restera dans les mémoires.

Photos : Mirco Maglioca

Le Muncher Philharmoniker + Tugan Sokhiev : la musique en fête !

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 24 novembre 2025. MENDELSOHNN. POULENC. TCHAIKOVSKI. Arthur et Lucas Jussen. Münchner Philharmoniker. Direction, Tugan Sokhiev.

Les Grands Interprètes fêtent avec lustre leur quarantième anniversaire. Ce soir l’orchestre de la radio bavaroise le Münchner Philharmoniker est dirigé par Tugan Sokhiev tant aimé des Toulousains. L’orchestre de Munich a été dirigé par des immenses chefs, le compositeur le plus connu est Gustav Mahler qui y a créé deux de ses symphonies. Le plus prestigieux et le plus connu est sans doute Sergiu Celibidache qui avec une discographie majestueuse de magnifiques concerts radiodiffusés a fait très bien connaitre l’orchestre dans le monde entier surtout dans Bruckner.

La musique en fête

Ce soir Tugan Sokhiev les dirige dans des œuvres que le chef ossète aime particulièrement. Des son attache à Toulouse comme directeur artistique il a développé une belle connaissance de la musique française. Ce concerto de Poulenc pour deux pianos est comme une farce gigantesque. Deux pianistes supersolistes auxquels il est demandé une virtuosité diabolique dialoguent avec un orchestre farceur. Dès leur fulgurante entrée en scène les deux frères pianistes Lucas et Arthur Jussen forcent l’admiration.

Comme deux diablotins blonds ils sautillent vers les pianos et dans une complicité joyeuse ne font qu’une bouchée de la partition si terrible. Tout leur semble facile et la légèreté de leur toucher, leur énergie et leur joie partagée font mouche. C’est une interprétation idéale. Leur jeu fusionnel, leurs œillades et leurs mouvements primesautiers font merveille. Tugan Sokhiev allège l’orchestre au maximum tout en obtenant un brillant particulier. Cette partition malicieuse, voir moqueuse est parfaitement interprétée par ces musiciens habiles. Tout passe comme un enchantement. Les deux jeunes pianistes offrent un bis paisible après tant de frénésie. L’adaptation d’une pièce de Bach à deux pianos apporte un peu de calme.

Après l’entracte l’orchestre s’étoffe jusqu’à 8 contrebasses pour la quatrième symphonie de Tchaïkovski. Tugan Sokhiev a enregistré cette symphonie avec l’orchestre du Capitole en 2006. Il l’a très souvent dirigée. C’est un peu une œuvre fétiche. En 2023 lorsqu’il était venu ici avec le Wiener Philharmoniker il avait offert cette même quatrième symphonie. L’entendre proposer la même judicieuse interprétation avec ces phalanges prestigieuses si différentes est un vrai bonheur. Si sa première version toulousaine garde une fraicheur et une énergie particulière avec des orchestres plus imposants Tugan Sokhiev garde sa vision. Moins sombre que les deux symphonies suivantes de Tchaïkovski il garde à cette œuvre des moments de bonheur et même de joie. La souplesse du discours, les phrasés élégants, le dosage parfait des nuances, et cette science des crescendo, font merveille. Tugan Sokhiev danse plus qu’il ne dirige. Ses mains nues semblent créer la musique sous nos yeux. C’est aussi beau à regarder qu’à écouter.

L’orchestre de Munich est royal. Opulent de cordes, ronds de bois et mordorés de cuivres. Les solistes sont brillantissimes (hautbois, clarinette flûte, picolo, cors, trompettes et gros cuivres). La beauté sonore permanente de cette 4 ieme de Tchaïkovski est pour le public un moment de ferveur. Les applaudissements sont particulièrement nourris. L’orchestre propose un bis brillant qui ravit toute la Halle-aux-Grains.

Voilà un Grand Concert faisant honneur aux 40 ans des Grands Interprètes

Un CD gracieux et émouvant grâce à Thomas Dunford et Lea Dessandre.

Critique. Enregistrement CD. Jon Dowland et Henry Purcell : Songs of Passion. Thomas Dunford ; Lea Dessandre. Ensemble Jupiter. 2 CD Erato. Durées : 42’17 et 51’5. Enregistrement de 2025. 

Le charme infini de la mélancolie élisabéthaine. 

Thomas Dunford né dans une famille de délicats musiciens baroques nous ouvre son jardin des souvenirs en compagnie de l’ensemble Jupiter et de Lea Dessandre. Le résultat est charmant et nous permet en deux CD de nous immerger dans la beauté d’une interprétation troublante de ces musiques mélancoliques née au temps d’Elisabeth première. En effet Dowland est le chantre de ce genre musical et Purcell le magnifie un siècle plus tard avec le lamento final de Didon qui est le chant même de la mélancolie de l’âme.

Le premier CD alterne des madrigaux, des morceaux de musique instrumentale et des airs de Dowland.  Tout glisse, avance sans heurts. La perfection vocale et instrumentale est absolue. Le choix des airs et la mise en madrigaux de certains est un véritable ravissement.  La voix de Lea Dessandre est un véritable caméléon et peut se colorer et nuancer avec art chaque mélodie. Le texte est articulé avec délicatesse et l’interprétation est à la fois très naturelle et très sophistiquée. C’est tout à fait magique. Les complices vocaux sont admirables également : Jess Dandy alto, Laurence Kilsby ténor, Huw Montague Rendall baryton. L’ensemble instrumental mené depuis le luth par Thomas Dunford est admirable de beauté sonore et d’intensité expressive. Le naturel qui se dégage de cette interprétation est paradisiaque.

Chez Purcell le coté intimiste de l’interprétation magnifie la richesse mélodique et la puissance des passions contenues dans cette belle musique. Les larges extraits de Didon et Énée qui terminent l’enregistrement sont si émouvants qu’ils nous font rêver à l’intégrale de l’opéra que ses interprètes pourraient proposer.

Line vers une video

Si la première génération d’interprètes baroques nous a enchanté par ses audaces et une curiosité insatiable ses enfants sont des héritiers doués qui avec un naturel et un chic fou vont encore plus loin dans les émotions avec une perfection instrumentale nouvelle.

La très belle présentation des enregistrements en noir et blanc rajoute à la mélancolie et la prise de son magnifie l’interprétation. Ce sont de biens beaux CD enregistrés par ERATO qui vont certainement enchanter un vaste public. 

Le lien pour avoir les détails précis sur les CD.

Hubert Stoecklin 

Le livre de K de Simon Falguière : une grande épopée

Critique. Théâtre. Toulouse. Théatredelacité, le 18 novembre 2025. Simon Falguières :  Le livre de K.

Grand succès public pour le Livre de K

Le Nid de Cendres avait trouvé un écho assez fantastique en 2023 bien que durant toute une journée en quatre pièces. Le nouveau spectacle de Simon Falguières créé à Toulouse le 12 novembre, est un spectacle de théâtre populaire de la même veine. Simon Falguières est toutefois bien plus concis, il ne dure « que » 2h30. Il y a pourtant une telle quantité de richesses dans ce spectacle, tant d’intelligence et de courage qu’il n’est pas possible de décrire tout ce qui se passe. Cette concentration est telle que je n’ai trouvé que la solution d’y voir un rêve afin d’en comprendre la complexité. 

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Alors tout s’est éclairé. Nous sommes au chevet de la démocratie à l’européenne, en tant qu’écrivaine de sa propre histoire. En pyjama, elle va bientôt gagner son lit d’hôpital.  Borgne, symboliquement aveuglée elle sait que sa fin est très proche. Elle se donne le devoir d’écrire son livre. Comme cela se passe toujours, et notre époque n’y échappe pas, le pouvoir tente de manipuler son histoire. Donc nous assistons à cette auto manipulation.  Et pour cela le conte, le théâtre, le rapport entre le rêve et la réalité sont convoqués. Ce que nous voyons est d’ailleurs plutôt un cauchemar. Le travail de rêve qui doit être le gardien de notre sommeil ne fonctionne pas. Ce spectacle nous maintient en éveil tout du long.

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De son enfance l’écrivain retrace les détails. Le roman familial débute avec le père pêcheur et la mère muette qui se rencontrent sur un banc. Il y a aura toute une scène où il sera question de savoir ce qui se serait passé s’il n’y avait pas eu de banc. Le questionnement n’est pas loin de savoir quelque chose de la scène primitive. De cette union naissent trois enfants. Le troisième une fille, Esther nait après la mort du père noyé.

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Les deux ainés, un garçon et une fille jumeaux grandissent en harmonie. La fille écrit. Elle ne sait pas quoi vraiment faire d’autre, cet appel de l’écriture ne se discute pas, cela s’impose à elle-même. Le garçon semble heureux. Cette famille vit à l’ombre d’un château qui impose des règles et veille à leur application. Le « maître » en fait deux descentes terrifiantes dans la maison. La première pour arrêter la personne qui écrit pendant la nuit en laissant la lumière allumée. C’est le fils qui va se « sacrifier » laissant sa sœur poursuivre son œuvre d’écriture. La deuxième fois le « maître » emmène la fille « différente » qui ne regarde pas dans les yeux, ne dit pas bonjour, ne parle pas du tout mais joue divinement du piano.

Le « maître » est donc un dictateur très déterminé et également irascible et nous découvrons qu’il manipule ceux qui l’entourent avec un art consommé. Ainsi le garçon devient son bras agissant, sa marionnette. Il fera toutes les basses besognes exigées. Esther sera « rééduquée » très efficacement. La chirurgie, les prothèses seront utilisées. Elle parlera et agira comme une poupée mécanique, perdant toute singularité.

La compagne du « maître » a été la première habitante de la maison, celle qui écrivait et avait disparu subitement. Nous découvrons qu’il oblige cette femme à singer sa propre mère avec perruques et costume. Le scénario pervers complexe mis en scène va conduire le fils-alter ego à tuer cette femme-mère sous les yeux du maître qui en jouit très salement.  C’est une scène vraiment cauchemardesque. Le tyran va également exiger plus : la mère des enfants. En fait il détruit toute la famille. Seule la fille résiste douloureusement après la destruction par le feu de son livre par son frère. Elle va dans une troupe de théâtre.

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Sur un autre plan une forme de deuxième monde se construit avec une scène de théâtre en tréteau qui se maintient comme elle peut avant de devoir renoncer avec le départ de l’actrice et autrice principale.

Le lit d’hôpital est la troisième scène, de visites en soins infirmiers nous avançons dans la compréhension de la mort qui avance et de l’écriture qui se fait.

Il faut donc deux autres scènes pour résister à la dictature :  L’écriture et le théâtre. Et c’est Simon Falguières lui-même qui joue l’Auguste sur la scène de théâtre et qui tient malgré tout ce qui lui est enlevé.

Le jeu des acteurs est admirable avec un équilibre constamment retrouvé entre distanciation et émotion, vérité et sophistication. C’est un travail vraiment magnifique

Les décors sont à la fois symboliques et minimalistes. Les lumières très habiles. Les costumes sont simples. Le « théâtre pauvre » appelé par Simon Falguières se pare tout de même de tous les atours possibles !

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La richesse des symboles est extrême. Ainsi le rapport entre les langues allemande, russe et américaine et le totalitarisme. Le langage signé est lui nécessairement intégratif, le seul utilisé par la mère.  L’œil unique du tyran, comme du malade, évoque à la fois une référence à Wotan le Dieux nordique borgne et à une sorte de demi-œdipe. A ces deux-là la connaissance a coûté cher. D’un autre côté avec un seul œil, l’aveuglement sur soi-même est suggéré avec art tant pour le tyran que pour la démocratie malade et mourante.

Le feu qui détruit les livres évoque les autodafés nazis ou Farenheit 451. Les « belles tombes » faites a postériori des massacres sont légion. Le rapport au soin des enfants autistes rééduqués de force est douloureusement mis en scène avec le cas d’Esther.

On le constate les questions hautement politiques sont nombreuses et mises sous nos yeux, la poésie les habille. L’urgence de la résistance n’a pas trouvé de meilleurs artistes que Simon Falguières et sa compagnie K et cela dans un spectacle abordable au plus grand nombre. Bravo les Artistes et merci.

Le public a bien évidemment exulté aux saluts.

Hubert Stoecklin

Photos : © Christophe Raynaud de Lage

Critique.Théâtre. Toulouse. Théatredelacité, le 18 novembre 2025. LE LIVRE DE K . Texte, mise en scène et scénographie : Simon Falguières / Le K ; Spectacle accompagné par le ThéâtredelaCité ; Avec : Florence Banks en alternance, Rosa Victoire Boutterin, Mathilde Charbonneaux, Lomane de Dietrich, Simon Falguières, Karine Feuillebois, Myriam Fichter, Charly Fournier, Pia Lagrange en alternance, Liza Alegria Ndikita, Stanislas Perrin et Mathias Zakhar ; Assistanat, Lolita de Villers ; Dramaturgie LSF, Vincent Bexiga ; Lumières, Léandre Gans ; Accessoires, Alice Delarue ; Musique et conception sonore, Hippolyte Leblanc et Simon Falguières ; Surtitrage et création vidéo, Typhaine Steiner ; Costumes, Lucile Charvet ; Réalisation costumes, Marion Moinet et Maïalen Biais ; Régie plateau, Alice Delarue et Roméo Rebière ; Régie générale, Clémentine Bollée ; Régie son, Hippolyte Leblanc ; Accompagnement scénographique, Emmanuel Clolus.

Suites pour violoncelles seuls

Critique. Enregistrement CD. J.S. BACH : Suite pour violoncelle seul sur six instruments différents. Ronan Kernoa. Deux CD La Ramée. Durée totale 149’24’’. Enregistrement en juillet et aout 2024. 

Roana Kernoa offre une version très intrigante des suites de Bach pour violoncelles. 

Au disque que de versions de ces admirable suites pour violoncelle de Bach ont été enregistrées ! La version historique et oh combien inestimable de Pablo Casals date de 1939 !  Depuis il n’est que peu d’immenses violoncellistes ne les ayant pas toutes enregistrées. Puis les versions baroques se sont imposées et parfois des expérimentations ont été passionnantes. Ainsi la version sur violoncello da spala de Sigiswald Kuijken.  Nous avions été séduit en 2007 et son enregistrement est toujours disponible.

Avec son projet Ronan Kernoa nous propose tout à fait autre chose. Il a décidé de rendre hommage aux instruments et au travail des luthistes et archetiers en faisant des choix étonnants et qu’il défend passionnément.

C’est exactement à l’opposé de l’habitude qui demandes aux interprètes de dépasser les possibilités techniques de l’instrument pour jouer la sublime musique de Bach. C’est dans ce défit assumé que bien des artistes trouvent le moyen de nous émouvoir parfois aux larmes. Cette œuvre, comme souvent la musique de Bach, est extrêmement exigeante ; que l’on pense à certaines partitions vocales presque inchantables dans leurs exigences instrumentales. Le fait que Bach ait rêver les capacités d’un instrument encore naissant et ait deviné la technique des interprètes de l’avenir reste un magnifique cadeau. 

Ronan Kernoa transpose certaines suites, joue du violon, des violoncelles, des violes de gambes et utilise différents archets parfois dans la même suite. C’est iconoclaste et peu envisageable sur scène mais au disque c’est passionnant. D’autant que la prise de son au plus près du chevalet permet de déguster les moindres coups d’archets, le velouté ou l’âpreté des phrasés. Les nuances également sont absolument inouïes. Chaque suite est ciselée, choyée et la beauté sonore est inimaginable.

C’est cela qui nous retient car chaque suite est complètement autonome, appartient parfois à un autre univers et l’ensemble est comme diffracté. Ce ne peut donc pas être une version de référence. Pour ceux qui aiment ces suites et en possèdent déjà une version plus habituelle cela représente une propositions passionnante qui avec les explications de Ronan Kernoa nous permet d’approfondir la connaissance de ces œuvres si exceptionnelles. Le livret et la pochette sont de toute beauté. Et nous l’avons déjà signalé la prise de son magnifie les sonorités variées, les coups d’archets et les nuances.  

Hubert Stoecklin 

Alain Altinoglu débute une intégrale Chostakovitch

CRITIQUE enregistrement CD. 2 CD Alpha Classics. Alpha 1173. Durée : 109’41’’. Dimitri Chostakovitch : Symphonies 4 et 5. Orchestre symphonique de la Radio de Francfort ; Direction : Alain Altinoglu. 

Une intégrale très prometteuse

L’intégrale des symphonies de Chostakovitch est donc promise par Alpha Classics avec ce premier double CD enregistré en février et avril 2024 par le chef français Alain Altinoglu et son orchestre symphonique de la radio de Francfort.

Le choix de ces deux symphonies pour débuter une intégrale est courageux. D’emblée la barre est mise très haute car ces deux symphonies sont particulièrement éloignées sur tous les plans. La quatrième est restée dans les tiroirs de Chostakovitch qui en savait la grande dangerosité pour le pouvoir. En effet en la période de composition entre 1936 et 1937 de ces deux œuvres, jamais Chostakovitch n’avait subi une telle pression et de si grands dangers. Un terrible article le condamnaient à la suite de son opéra Lady Macbeth de Mnensk :  Du fatras en guise de musique. Cette époque voyait également de nombreuses arrestations et maintenaient Chostakovitch dans la terreur la plus absolue. Le formalisme dont il était accusé, le manque de simplicité, et surtout l’audace qui fusaient dans la quatrième symphonie n’ont pas permis sa diffusion avant longtemps. Chostakovitch la gardait secrète. La cinquième est en revanche écrite en réponse aux justes critiques. Elle a connu dès sa création un succès retentissant qui ne s’est jamais démenti. Tout oppose donc ces 2 symphonies. Les choisir est donc pour le premier volume de l’intégrale mieux qu’un test, c’est une mise à l’épreuve grandiose. 

Ne cachons pas notre enthousiasme Alain Altinoglu, son orchestre de Francfort et les techniciens d’Alpha Classics ont réalisé quelque chose de tout à fait grandiose. La prise de son, pour une fois nous commenceront par elle, est absolument magnifique permettant une écoute de chaque instrumentiste, et les soli sont nombreux, et elle magnifie les nuances qui vont du pianissimo le plus impalpable jusqu’ à des fortissimi presque insoutenables. 

La splendeur de sonorité de l’orchestre de Francfort est connue. La chaleur des bois, la rutilance des cuivres et le soyeux des cordes font ici merveille. Les percussions sont impeccables de précision et les instruments rares comme le célesta, les harpes ou le piano apportent une saveur toute particulière à l’orchestration si originale de Chostakovitch. 

La quatrième symphonie est terrifiante et son originalité est magnifiquement mise en valeur. On ne sort pas indemne d’une telle œuvre et la manière dont Alain Altinoglu la dirige est sensationnelle. Le moindre détail est ciselé, les nuances sont extrêmes. L’agencement des morceaux est très dramatique et la construction de l’ensemble est limpide. C’est comme si à présent les messages de cette œuvre si complexe pouvaient arriver à l’auditeur dans une forme parfaite. Il aura peut-être fallu du temps pour digérer le fond si douloureux qui a conduit à son écriture. 

La cinquième symphonie parait bien plus facile et son écoute est moins pesante. Les couleurs diffusent, les phrasés sont larges et magnifiques et chaque instrumentiste fait des merveilles. On pense surtout au violon solo d’une beauté formelle incroyable. Tout au plus devant la splendeur de l’orchestre et la précision de la prise de son peut ont regretter un manque de persifflage ou de dérision. Disons que l’élégance constante de la direction et la beauté sonore qui président à cet enregistrement pourraient nuirent à la dérision et la moquerie dont Chostakovitch n’est pas avare. Il manque un peu de sarcasmes, comme si la mariée était trop élégante… N’allons pas jusque-là et disons le tout net nous tenons probablement là la version la plus splendide orchestralement jamais enregistrée.  Il va sans dire que nous attendons avec impatience la suite de cette intégrale qui démarre si bien. 

Hubert Stoecklin 

Superbe concert sauvé in extremis

superbe concert sauvé de justesse

écrit par Hubert Stoecklin 15 novembre 2025

CRITIQUE. CONCERT. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 6 novembre 2025. S. RACHMANINOV : Cto. Piano n°2 : G. HOLST : Les planètes. Roman Borisnov, piano. Orchestre du Capitole. Ryan Bancroft, direction.

Concert sauvé magnifiquement

Les astres hostiles nous ont privés de Tarmo Peltokoski et de Yuja Wang tous deux souffrants. Heureusement un tout jeune pianiste de 23 ans, Roman Borisnov et un chef bien connu des Toulousains, Ryan Bancroft ont sauvé le concert. Moyennant un petit changement de concerto. Nous avons eu le célébrissime 2 ième concerto de Rachmaninov en place du terriblement révolutionnaire 2 iéme concerto de Prokofiev.

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Le pianiste russe sait doser à la perfection les nuances et débute le concerto sur un crescendo magnifiquement réalisé. Ryan Bancroft répond de la même veine avec une direction souple et ample. Nous aurons donc une version opulente et généreuse de ce concerto. C’est de la si agréable musique jouée ce soir avec grande ampleur et total confort. La virtuosité ne fait pas peur au jeune Borisnov qui a des moyens exceptionnels. La direction à main nue de Ryan Bancroft permet aux instrumentistes de chanter et la largeur des phrasés est très belle. Le deuxième mouvement gagne une dimension plus chambriste et les musiciens de l’orchestre du Capitole font des merveilles, félicitons le cor solo, le hautbois et la flûte sans oublier la clarinette et bien sûr le violoncelle. Le final met en lumière les cuivres graves terriblement beaux.

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Et toujours cette direction ample et chantante qui fait des merveilles. L’ovation du public permet au jeune pianiste d’offrir un bis aussi facétieux que virtuose. Il s’agit d’une belle découverte et d’un artiste à suivre : Roman Borisnov, car il semble avoir déjà à 23 ans une très belle maturité.

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Pour la deuxième partie du concert l’orchestre s’étoffe considérablement pour les Planètes de Gustave Holst. Cette suite orchestrale est une merveille d’originalité et de possibilités orchestrales. Chaque pupitre a son moment de gloire. C’est sous une direction toujours vaste et généreuse de Ryan Bancroft que l’orchestre du Capitole va magnifier la partition. Les cuivres sont superlatifs dans Mars. Puis la magie des flûtes, des harpes et du Célesta fait rêver à cette paix tant désirée. Le scherzo bondissant de Mercure est superbement dirigé par Ryan Bancroft qui trouve une légèreté et un esprit délicat dans sa main. La fête musicale de Jupiter met en valeur les violons, les timbales et le brillant des cuivres. C’est vraiment euphorisant ! Assurément le chef et l’orchestre trouvent une entente parfaite. Dans Saturne c’est l’étrangeté qui s’invite, la direction du chef, comme en apesanteur, fait des merveilles et l’orchestre semble partir vers l’infini du temps et de l’espace. L’effet sur le public est incroyable. Saturne va nous réveiller puis l’humour mis dans la direction par Rayan Bancroft va permettre aux instrumentistes de briller par une virtuosité totalement maîtrisée et dont tous semblent beaucoup s’amuser. Le final avec Neptune va porter le public au sommet de sa ferveur en des applaudissements nourris. Le chœur de femmes Letonien, Latvija, a magnifiquement chanté sa partie sublime de mystère.

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Un vrai beau concert qui a eu un succès retentissant et a fait bien des heureux en deux soirées.

Photos: Romain Alcaraz

Hubert Stoecklin