Le retour de Tramo Peltokoski en demi teinte

le retour de Tramo Pelokoski en demi teinte

écrit par Hubert Stoecklin 30 mars 2026

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 13 mars 2026. PENDEREKI/CHOPIN/LUTOSLAWSKI. Mao Fujita, piano. ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE. Tarmo Peltokoski.

Le retour tant attendu de Tarmo Peltokoski

Ce soir Toulouse attendait ardemment le retour de son directeur artistique éloigné de la scène pour raison médicale. Une Halle-aux-Grains pleine à craquer et la présence du Consul de Finlande l’attestaient. Le programme du concert dédié à la Pologne a déconcerté une part du public. Le fait que Tarmo Peltokoski n’a pas dirigé depuis novembre 2025 a changé la donne : cela ne représente plus un concert expérimental au sein d’une saison et devient le point de mire du landernau musical Toulousain. Force de constater qu’une certaine déception a dominé la soirée. La première œuvre met en valeur toutes les cordes de l’orchestre. Cette œuvre totalement expérimentale de Pendereski a été dans un deuxième temps dédiée aux victimes d’Hiroshima. En moins de 10 minutes toute l’horreur de la mort par la bombe atomique fait irruption. C’est d’autant plus violent dans notre époque de retour de la guerre. Tarmo Peltokoski domine parfaitement la partition et semble concentré et appliqué. La complexité des clusters est maitrisée, le jeu des cordes est virtuose entre frappe de l’instrument, notes jouées pianissimo, notes en pizzicati, les glissandi et le jeu sul ponticello : tout un tas de sonorités rares et complexes se superposent. La virtuosité prend toutefois le pas sur l’émotion. Le public applaudit d’admiration. L’installation spectaculaire du piano sorti de terre permet au pianiste japonais Mao Fujita d’entrer en scène.  Vainqueur en 2017 du concours Clara Haskil, une grande musicalité était attendue. Tarmo Peltokovski allait montrer ses qualités d’accompagnateur dans un concerto exigeant un subtil équilibre. Dès les premières notes de la longue introduction musicale un malaise s’est installé car ce son compact, lourd et puissant ne semblait pas accordé à la délicatesse de l’orchestration de Chopin. Il faut dire que l’orchestre était pléthorique (8 contrebasses).  L’entrée du pianiste a ensuite été générique  en termes de sonorité avec une timbre vide d’émotion et une totale absence de nuances, comme l’orchestre lui-même qui est resté dans un mezzo forte tout le long. Nous étions nombreux à chercher désespérément Chopin ce soir. Las, ce répertoire ne convient ni au chef ni au pianiste. Applaudi pour son jeu sans faille Maho Fujita offre un bis maniéré. La plus que lente de Debussy demande une autre poésie et un autre jeu de couleurs et de belles nuances… Ce rendez-vous est manqué avec le jeune Mao Fujita ce soir hors du répertoire qui lui convient.

Pour la deuxième partie de concert Tarmo Peltokoski semble prendre plaisir à diriger la très complexe 3ème symphonie de Lutoslawski. C’est très brillant, impeccablement dirigé avec clarté et rigueur. Mais aucune émotion ne nait de cette interprétation. L’orchestre est absolument somptueux de timbre, de nuances et de phrasés. Les percussions sont particulièrement virtuoses.

Le retour de Tarmo Peltokoski est une très bonne nouvelle pour la maison Capitole et son public. Nous attendons le jeune maestro pour des concerts à venir plus à même de révéler ses talents d’interprète. Ce retour ce soir est comme en demi-teinte, une mise en bouche un peu fade.

Hubert Stoecklin

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Claudia Pavone en divine Norma à Metz

Sensationnelle Norma de Claudia Pavone à Metz

CRITIQUE. OPERA. METZ. Arsenal, le 8 Mars 2026. BELLINI : Norma. C. PAVONE, N. SCHUKOFF, N.KABARETTI. 

Rarement j’ai vu une salle se lever pour applaudir une chanteuse dans une production, tout l’orchestre et ses partenaires l’applaudissant chaleureusement. Il faut dire que la Norma de Claudia Pavone est exceptionnelle. Nous connaissons très bien la soprano pour l’avoir applaudie sur scène à Toulouse dans Cléopâtre, Traviata et justement dans Norma. Ce soir elle a été une Norma complète dans ses ambivalences. Vocalement la voix est large, belle sur toute la tessiture avec des aigus et suraigus lumineux. La technique belcantiste est accomplie avec de longues phrases suspendues, phrasés subtils et vocalises habiles. Mais c’est surtout l’incarnation scénique qui est accomplie. 

L’autorité dans son récitatif d’entrée est incontestable puis la souplesse de la ligne de chant magnifie la prière à la lune. La beauté du timbre subjugue.

La cabalette est brillante. Dès cette entrée en scène si diabolique, la réussite est totale : Claudia Pavone EST Norma. La suite du rôle sera un dépliement de splendeur vocale et de puissance dramatique accompli.

La douceur dans le premier duo avec Adalgise est admirable ainsi que la précision des vocalises. La colère dans le trio est tellurique. Les affrontements avec Pollione sont très dramatiques car son partenaire est de la même trempe avec un jeux très physique. La scène de l’infanticide évité est bouleversante. La voix ose des mesa di voce d’une incroyable subtilité et les nuances sont très creusées entre des forte puissants et des piani impalpables.

Les transformations de Norma sont particulièrement mises en lumière. Le jeu de Claudia Pavone est d’une grande finesse car il s’appuie toujours sur la musique. Avec une grande  justesse psychologique, les changements d’intentions si brutaux de la prêtresse sont rendus très humains et dès lors compréhensibles. Le duo Mira o Norma est un très grand moment de beauté et d’émotion. Le final nous entraine avec fureur vers le drame final. La puissance du jeu et du chant de la diva se mutualisent. La prière finale est déchirante. Claudia Pavone avec une grande voix et une grande science scénique fait vivre Norma dans une splendeur renouvelée.  

Le reste de la distribution est très intéressant. En Pollione le heldentenor Nicolai Schukoff est un excellent choix. Son chant puissant, sa stature athlétique, son jeu pénétrant et très physique font de son personnage le « Yankee » sûr de lui et veule avec une fragilité pourtant bien perceptible.

Amoureux éperdu, amant inconséquent, père oublieux, son jeu permet de suivre sa descente aux enfers. Le chant est certes peu nuancé mais la franchise de l’émission fait merveille dans cette conception du personnage. Et la Voix de Nicolas Schukoff est d’un très beau timbre de bronze même s’il lui manque un peu d’itanialita. L’Adalgise de Na’Ama Goldman est plus verte.

Le jeu est peu naturel et la voix sonore de Na’Ama Goldman ne nuance pas autant que la Norma de Claudia Pavone dans les duos. Les timbres des voix s’accordent en tous cas parfaitement.

En Oroveso Nicolas Cavallier est cohérent vocalement et scéniquement, il est excellent dans ce rôle. Les chœurs sont nuancés et incarnés. Ils donnent une belle puissance lorsque la partition l’exige comme la plus grande douceur. L’orchestre National de Metz Grand Est est sur scène dans une lumière douce.  Les chanteurs jouent principalement devant mais également sur les gradins de côté ou derrière. L’utilisation de la particularité de l’Arsenal est exploitée avec habileté. La beauté sonore de l’orchestre, les couleurs romantiques de la partition sont mis en valeur par la direction de Nir Kabaretti. Les sous titres sont d’un confort très inhabituel s’étalant sur une large partie du balcon derrière la scène. La mise en scène est cohérente. Les projections video de Julien Soulier sont belles et bien venues. Les costumes de Giovanna Fiorentini sont simples et mettent les acteurs en valeur. Les lumières de Patrick Méeus sont habiles. Le maitre d’œuvre de la mise en espace Paul Emile Fourny peut être fier de son travail. Le drame de Bellini se développe avec détermination. La poésie est présente et les artistes peuvent tous exprimer leur art avec aisance : que l’on songe au courses de Nicolas Schukoff dans les escaliers, aux gestes amples de Claudia Pavone, à la finesse du jeu de Nicolas Cavallier dans le final.

La liberté qui leur est accordée permet aux personnages de vivre intensément le drame.  Cette mise en espace est bien plus efficace en sa sobriété que le spectacle prétentieux d’Anne Delbée que Toulouse et Marseille ont vu dernièrement. Rayonnante, Claudia Pavone sort auréolée de son succès sous les applaudissements conjugués de la scène et du public.  Elle est une immense Norma. Cette production a été donnée deux soir et les deux soirs ont été un véritable succès populaire avec de nombreux jeunes  présents et enthousiastes. 

Hubert Stoecklin 

Photos: © Pau Perramon – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz.jpg