Anne Catherine Gillet la belle

Attention merveille indispensable !

Barber – Berlioz – Britten

Anne-Catherine Gillet, soprano
Orchestre Philharmonique Royal de Liège
Paul Daniel, direction

Pour les Toulousains, qui ont eu la chance de voir et d’entendre la torche vive qu’incarne Anne-Catherine Gillet dans des rôles aussi variés que Sophie, Despina, Zdenka, Suzanne, Poppée ou Aricie, la réussite de ce CD n’est pas une surprise. L’intelligence de l’artiste lui fait choisir pour son premier récital un programme d’une exigence inouïe et qui montre qu’il n’est pas possible de la classer dans les sopranos légers. Quand combien d’autres stars en devenir enfilent les airs des rôles chantés et à venir sans véritable projet artistique pour leur CD carte de visite, la soprano Belge au tempérament de feu choisit trois œuvres magnifiques, réclamant un grand soprano. Samuel Barber a écrit une rhapsodie lyrique, crée par l’immense Eleanor Steber, qui s’intitule Knoxville: Summer of 1915. La nostalgie, l’omniprésence de l’enfance en l’adulte, la qualité du texte comme de la musique en font une pièce unique qui réclame voix timbrée et diction limpide. C’est le mot qui caractérise le mieux l’art d’Anne-Catherine Gillet. Voix, diction, style tout est limpide. Cette précision du texte héritée de son maître Jules Bastin est une merveille pour une voix si aigue. Nous sommes transportés dans cette petite ville d’autrefois, ou la nostalgie semble éternelle. 
Puis les Nuits d’été de Berlioz nous dévoilent une diseuse aussi subtile que Régine Crespin et une voix aussi belle dans sa fraîcheur et sa profondeur. La subtilité technique héritée de sa professeure Isabel Garcizans fait merveille. N’ayons pas peur de l’écrire, si Crespin a régné sur la discographie depuis les années 60, Anne-Catherine Gillet arrive à sa hauteur. L’hommage est suprême car poésie et musique sont mariées à la perfection comme chez son aînée. Et quelle belle voix, quel timbre riche et transparent à la fois! Et sur toute la tessiture, même l’option grave sous la portée sur le mot linceul du Lamento sur la lagune est là. Inattendue dans ce répertoire pour voix sombre et aussitôt vénérée, cette nouvelle soprano, alliant force et fraîcheur comme sa devancière inclassable, Ileana Cotrubas, est promise à un brillant avenir dans les rôles les plus variés. Son énergie dans les Illuminations de Britten est impressionnante et quelle maîtrise de la voix dans les nuances les plus grandes du fortissimo au pianissimo le plus morendo dès la fanfare inaugurale. Et cette capacité à mettre en valeur la poésie si fantasque de Rimbaud n’est pas moins admirable. 
L’orchestre de Liège est magnifique et la direction de Paul Daniel a la même énergie et la même finesse que la soliste. On devine une même hauteur de vue et une collaboration très aboutie. 
Vraiment tant par le timbre rare qu’une expression exacte, Anne-Catherine Gillet signe là un premier récital d’exception. 
Prise de son limpide comme permettant une écoute de toutes les irisations de la voix et les plus délicates interventions de l’orchestre. 
Un disque indispensable et pour longtemps. 

Hubert Stoecklin

I CD aeon. Enregistré en septembre 2011. Durée 66’21’’

Une cantatrice à l’immense sensibilité

Das Lied von der Erde tant attendu.

écrit par Hubert Stoecklin 14 novembre 2011

C’est un peu incroyable, mais ce Chant de la Terre, si aimée et si connu des discophiles n’aurait été donné qu’une fois à Toulouse et dans de mauvaises conditions. Je ne sais si cela valait la peine d’attendre mais à la fin de ce concert, sur les derniers Ewig, plus d’un aura eu, la gorgé serrée par l’émotion ou les larmes au bord des yeux, à la pensée qu’une si belle interprétation ne s’entend pas souvent dans une vie. Prenant le concert à rebours pour parler du meilleur disons que ce dernier Lied, dont les  ultimes vers sont de la plume de Mahler, est la pièce, parmi tant de confessions sublimes, la plus proche de l’état d’âme de Mahler avant sa mort. Lorsqu’il composa cet hymne à la vie, qui perdure bien au-delà d’une humaine existence, il se sait condamné et par un  extraordinaire travail de mélancolie l’accepte. Il faut des interprètes de tout premier plan pour rendre à ce chef-d’œuvre la part qui lui revient. Non seulement une voix profonde, généralement de femme, mais pas obligatoirement, quatre instrumentistes solistes au sommet, hautbois, flûte, cor et clarinette. Le chef doit discipliner un grand orchestre symphonique pour en faire un maelström de chambristes aguerris. L’orchestre du Capitole de Toulouse ne cesse de progresser mais a depuis longtemps compté une famille de bois de niveau international. Ainsi ce soir, les meilleurs solistes se sont retrouvés pour des moments de sublime harmonie. Sandrine Tilly à la flûte a dialogué avec la voix pour suggérer toute la délicatesse du chant des oiseaux. Le hautbois hyper lyrique et sensible de Christian Fougeroux a phrasé ses mélodies comme un ange. Le cor de Jacques Deleplancque a cette couleur si mélancolique et cette précision qui fait de ses appels des moments de grande poésie. La clarinette de David Minetti se coule avec bonheur dans les moindres interstices de la partition pour animer la langueur des courbes mahlériennes. Gong, celesta et mandoline apportant leurs couleurs originales, avec précision et délectation. Tous les instrumentistes ont participé, avec tact et efficacité, à ce moment de grande musicalité. La soliste vocale, Christiane Stotjin est une mezzo-soprano au timbre assez clair capable de mille colorations. Si le bas de la tessiture n’a pas l’ampleur de certains  contraltos, les phrases aigues ont une capacité à s’alléger et à planer vers les cieux comme peu savent le faire. Mais cette chanteuse est avant tout musicienne et des plus fines. La construction de sa très belle et personnelle interprétation repose sur un texte dit avec une admirable théâtralité. À la fois actrice et tragédienne, la beauté de son  visage éclairé par son chant inspiré, nous ont fait comprendre les moindres intentions des poèmes. Comme cet adieu mélancolique est fort, triste et beau à la fois. La vie humaine et si courte mais peut être si intense ! Cet Abschied, qui dure tant et ici sur un tempo très étiré, a été un moment de pur bonheur partagé. Une telle intensité et une telle sensibilité dans une voix si ductile est pure Poésie.

Cette apothéose qui a offert une émotion si précieuse s’intégrait dans un concert assez hétérogène. Le chef invité, Juanjo Mena, jeune baguette espagnole qui vient de prendre ses fonctions au BBC Philharmonic a fait jusqu’ici un parcours sans faute, gravissant les plus beaux échelons. Incontestablement il a des qualités de lyrisme et de coloriste enviables. Mais ne connaissant pas bien les pièges acoustiques de la Halle-aux Grains il a laissé bien souvent l’orchestre sonner trop fort. Cela a été fatal pour le ténor. Ainsi Das Trinklied avec sa frénétique entrée, a été trop brutale et n’a pas permis à Robert Dean Smith d’offrir tout l’airain de son timbre. Pourtant quel Empereur de la Femme sans Ombres il a été au Capitole et quel Chénier aussi ! Les spectateurs de côté ont certainement eu du mal à l’entendre malgré une projection admirable. Aigus aussi beaux que claironnants, graves sonores et medium coloré font de cette voix celle d’un vrai heldenténor stylé. Mais avec un tel déferlement orchestral il a fallu la délicatesse de Von der Jugend pour découvrir les qualités vocales de ce ténor si malmené. Avec ses qualités si humaines et sensibles, Christiane Stotjin a illuminé de sa présence ses deux autres Lied, dits avec un art de Liedersängerin accomplie.

Quand à vouloir offrir une première partie au Chant de la Terre, œuvre si riche, cela ne coule pas de source. Le choix de donner une lecture du seul mouvement complètement orchestré de sa dixième symphonie n’est pas une mauvaise idée car la mélancolie mahlerienne y coule de la même eau. Las le chef et l’orchestre ne se sont pas trouvés au-delà de beaux moments fragmentaires. Le sens du discours, la construction si moderne et les audaces sont ici absents… la gestion des nuances, la souplesse et l’ampleur des phrasés également… Dommage !

C’est toute l’intense beauté de l’Abschied qui laissera un souvenir ému inoubliable et pour longtemps.

Toulouse. Halle-aux-Grains . Le 11 novembre 2011. Gustave Mahler (1860-1911) :  Symphonie n° 10, Adagio ; Das Lied von der Erde. Christiane Stotjin, mezzo-soprano ; Robert Dean Smith, ténor ; Orchestre National du Capitole ; Direction : Juanjo Mana.

Marc Antoine Charpentier par les Passions de Montauban

Le nouveau CD des Passions une belle réussite

écrit par Hubert Stoecklin 7 novembre 2011

Beata est Maria… et nous aussi…

Marc – Antoine Charpentier (1643-1704) :  Magnificat , Litanies et Motets.

Vincent lièvre-Picard, hautecontre; Sébastien Obrecht : taille; Jean-Manuel Candenot : basse.

Les Passions; Direction: Jean-Marc Andrieu.

Marc-Antoine Charpentier n’a pas bénéficié du succès mérité à la cour de Versailles, tout du moins au niveau de l’opéra. Mais il a exercé dans les chapelles princières et Louis XIV lui-même venait écouter sa musique chez le Dauphin. Ce n’est pas seulement le caractère ombrageux de Lully qui a diminué le succès de Charpentier, sa musique, même lorsqu’elle se veut grandiose, pensons à son envahissant Te Deum, garde une grande finesse et une classe suprême qui n’était peut être pas assez démonstrative pour la cour du Roi Soleil. C’est cette élégance et cette finesse que nous propose de déguster Jean-Marc Andrieu qui a choisi une collection de pièces délicates et subtiles dans son enregistrement. Il y associe trois voix d’homme et un petit orchestre. Les voix choisies sont celles de trois jeunes artistes qui ont des voix s’associant à merveille. Vincent-Lièvre Picard possède la voix exacte de haute-contre. Il s’agit d’une voix de ténor aiguë, douce et brillante à la fois, qui jamais ne chante en force y compris dans les notes les plus hautes. Cette aisance dans le haut de la tessiture lui permet de briller sans efforts apparents.

Dans nombre de pièces il a la mélodie la plus repérable et c’est également lui qui lance certains brillants ensembles. Le timbre de Vincent-Lièvre Picard est magnifique et sa diction parfaite permet de toujours comprendre le texte. Juste un peu plus médium mais brillant d’une belle nuance également, le jeune Sébastien Obrecht est admirable de ligne et son timbre plus moiré a une lumière rare, on le nomme taille cela correspond à un ténor de grâce dans les répertoires à venir. Jean-Manuel Candenot assure le soutien des deux autres voix. Son timbre de baryton-basse est moins repérable mais son grain serré est agréable. Les musiciens sont répartis également sur trois hauteurs, violon, flutes à bec, flutes traversières. Une basse de violon, un théorbe et un clavier (orgue ou clavecin) assurent le soutien et la basse continue. Ces constructions étagées savantes permettent une grande variété d’atmosphères. Des diverses pièces l’ouverture avec le magnificat hypnotique qui fait tant d’effet au concert met la barre très haut. Nous tenons là une interprétation vive et souple qui, avec une grande lisibilité permet aux voix de s’épanouir sur la répétition d’une basse continue entêtante.  Pour terminer le CD ce sont les belles Litanies de la Vierge H. 84 qui permettent aux chanteurs d’oser des couleurs mourantes et  des nuances évanescentes.

Quelle subtilité dans ces frottements entre les voix ! Entre ces deux chef d’oeuvres marquants diverses pièces de la même délicatesse se suivent pour une écoute très agréable. Trois pièces purement instrumentales échangent l’orgue pour la clavecin.

La qualité de l’enregistrement réalisé dans l’Abbaye de Sorrèze fait de ce lieu un superbe studio d’enregistrement. Voix et instruments sont très lisibles et l’équilibre entre eux est très naturel.

Hubert Stoecklin

Site Internet Les Passions

Concert ennuyeux dommage ….

La condition tragique du critique face à l’ennui !

écrit par Hubert Stoecklin 16 octobre 2011

VERONIQUE GENS  en récital au Capitole, c’est tragique !

Mais que se passe-t-il ce soir du 13 Octobre 2011 ? Les boussoles se sont-elles désaxées ? Il a fallu à votre serviteur un certain temps pour digérer et analyser l’effet produit par ce triste concert. Triste car il ne m’était jamais arrivé de m’ennuyer à ce point à un récital…

Luciano Berio a dit dans une interview une chose très juste en parlant des critiques : « Mais je me demande également si, à la longue, une profession de ce genre, toujours tournée vers le travail des autres, toujours sommée d’émettre un jugement sur ce que font les autres (ceux d’aujourd’hui et non ceux d’hier), ne finit pas par endommager la constitution intellectuelle et morale d’une personne ». Dire ce qu’en tant que critique je ressens, le comparer à l’impact sur le public du concert, penser aux répercussions pour les artistes à l’écrire est un exercice complexe. Pour éviter les situations trop difficiles, en choisissant bien mes concerts je peux généralement dire que j’ai aimé ce moment et pourquoi.

Il s’agissait donc d’un récital de Véronique Gens, pour sa première venue à Toulouse, auréolée de sa réussite mondiale et d’une discographie enviable. Comment résister à cette invitation pour un amateur de voix ? Christophe Rousset et Les Talens Lyriques sont d’éminents artistes. Un troisième CD d’une série « Tragédiennes » paraît chez Virgin Classics avec le même programme. Une diffusion médiatique à la manière du cinéma ; Comme dans la suite de films Alien 3 et suivants, promet les même délices et d’avantage encore à ceux qui ont aimé les volumes 1 et 2. L’association avec le grand spécialiste de la musique dite romantique française, Alexandre Dratwicki du Plazzeto Bru Zane, apporte une caution musicologique dans le programme remis au spectateur. Las rien ne tient, rien absolument rien. Tel un tapis de barbe à papa un flou brouillon, un manque de fermeté, s’empare de l’espace et du temps. Méhul, Gluck, Salieri, Gossec, Kreutzer, Meyerbeer, Berlioz, Cherubini et Verdi sont abordés de la même manière par le chef et la soprano. Tirant tout vers cette tragédie lyrique à la Lully dont sont issus nos interprètes, le fil est si abusivement tiré vers le XIXième siècle que l’ennui devient terrassant. Le mélodrame de Méhul (la cantatrice disant de sa voix parlée un texte sur un fond musical) qui débute le concert sert de carte de visite. Véronique Gens a comme qualité rare de pouvoir rendre compréhensible tout texte, y compris dans les aigus. Pour cela elle renonce à une projection lyrique de sa voix. Nous savons que dans le premier récital, Tragédiennes, elle comptait dire adieu aux rôles lullystes dans lesquels elle a excellé. Mais cette déclamation si sophistiquée fait partie de son art et se retrouve dans tout ce qu’elle chante. Diction au premier plan comme dans la Tragédie Française, soit. Mais lorsque les textes sont faibles ? voir indigents ?? Lorsque le rôle exige une caractérisation passionnée, Médée, Didon, Andromaque, cette diction versaillaise, polie et distante, devient un handicap rédhibitoire. Lorsque les compositeurs exhumés se révèlent sans originalité voir faibles ; que les Berlioz et Verdi sont ravalés au rang de ces compositeurs à oublier au plus vite, rien ne permet de se réjouir. Nommer ce récital «  Héroïnes romantiques » tient de l’escroquerie intellectuelle. Il n’y a rien eu de romantique dans cette soirée sage et ennuyeuse. Une Didon si fragile, et une Elisabeth de Verdi si modeste ne sont pas les héroïnes que leur théâtre romantique exige.
Autre grand malaise et sous la plume des prétendus spécialistes, Véronique Gens serait une mezzo-soprano, ou un genre de Falcon (peu d’aigus mais graves aisés avec medium sonore) ! Ainsi quelques mesures bien choisies dans le passage le plus aigu du rôle de Fidès du Prophète, en serait une preuve ?  Qui a entendu une seule note de Marylin Horne dans ce rôle comprendra la supercherie. Qui a entendu récemment la Didon berliozienne de Susan Graham saura que jamais Véronique Gens ne peut prétendre à chanter plus que ce court extrait de la scène finale et n’a absolument rien pour incarner la si douloureuse Reine de Carthage. Et je n’évoque pas les vrais mezzos d’autrefois, sopranisantes avec contre-ut, comme Shirley Verrett, Christa Ludwig ou Grace Bumbry qui a un moment de leur carrière ont associés rôles de Mezzo et Soprano. Ou encore Régine Crespin, Charlotte, Kundry et Carmen d’exception, Jessye Normann capable de chanter Aida ou le contralto de Urlicht chez Mahler et dans cet extrait de la mort de Didon(écoutez la diction romantique avec une pointe d’accent c’est vrai, mais quelle Reine). Voilà des voix à la Falcon !

Mais le moment le plus déplaisant concerne la grande scène d’Elisabeth du Don Carlos, en français, de Giuseppe Verdi. Nous y avons trouvé d’avantage une nymphe perdue dans un jardin d’Espagne trop vaste, qu’une reine lucide et noble, épouse de Philippe II. Comment l’un des plus beaux airs de Verdi peut-il ainsi être défiguré, et sur cette scène du Capitole, qui sait ce que chant verdien veut dire ?

L’orchestre des Talents Lyriques, comme la soprano, usurpe des moyens qu’il n’a pas. Les intonations sont floues, la justesse relative et les envolées romantiques ne décollent pas. Christophe Rousset qui nous a enchanté en de nombreux concerts, en récital de clavecin, en musicien de Chambre, et à Toulouse dans cette auguste salle du Capitole, avec son Couronnement de Poppée en 2006 qui a fait date, et son Retour d’Ulysse en sa partie tout autant en 2007 et encore d’avantage pour le brillant de l’orchestre dans son interprétation de Temistocle de Jean Chrétien Bach qui avait été une vraie découverte en 2005. Ce soir sa direction brutale et trop maniérée par moments, son refus du phrasé ample exigé par le souffle romantique, son excitation tenant lieu d’énergie, ses tempi inconfortables, mais surtout son avarice en nuances, ont gâché bien des pages. Berlioz et Verdi ont dû beaucoup, beaucoup souffrir en leur Nirvana, alors le désagrément subi par le critique est peu de choses car lui peut répondre à cette proposition interprétative et dire combien elle lui semble à contre-sens du Beau et du Drame.

L’écoute du CD, Tragédienne 3, est une épreuve qui a hélas confirmé les choses. Les problèmes de justesse et d’intonation de l’orchestre sont évités, ouf, mais la brutalité est encore plus présente. La voix est pauvre en harmoniques et claire. Les aigus sont parfois tirés et le médium quelconque. Quand aux graves de mezzo promis, surtout ne me demandez pas une seconde écoute pour les trouver. Ah non, pas question ! Je cours vers ma « Falcon » préférée : S. Verrett.

Vous l’aurez compris, ce CD est à éviter, par respect pour des artistes magnifiques dans d’autres répertoires et pour ne pas faire souffrir les Mânes des compositeurs romantiques.
Hubert Stoecklin

Tugan Sokhiev Star Star

Le Sacre de Tugan Sokhiev, en Tsar star !

écrit par Hubert Stoecklin 20 septembre 2011

Le Sacre de Tugan Sokhiev

Salle comble pour ce concert de rentrée de l’orchestre du Capitole en partenariat avec Piano aux Jacobins. Quel moment ! Un programme tout russe par des interprètes survoltés.

Une rareté que ce concerto de Khatchaturian ! Certes la partition est par moments  emphatique, et risquerait de tomber dans une certaine caricature, mais les talents conjugués du chef, du pianiste et de l’orchestre en font un moment stimulant et énergisant. Les mélodies vigoureuses ou tendres basées sur le folklore  caucasien ouvrent vers un orientalisme original. Les rythmes vigoureux et les empilements d‘instruments évoquent l’époque brutale de la fin des années 30 en Russie. La direction ludique et précise de Tugan Sokhiev, sa complicité avec les musiciens d’orchestre autant que le pianiste confère beaucoup d’aération à une partition un peu compacte. Le jeu délicat mais assumant une part de violence, en cas de nécessité, de Boris Beresovsky est en parfaite osmose avec cette direction si pleine de vie. Les instrumentistes rivalisent de finesse et de beauté sonore. Rien que dans le mouvement lent violoncelle, flûte et clarinette basse méritent un tendre hommage à leur musicalité rare en raison de nuances piano timbrées, d’un admirable effet. L’émotion est considérable et les regards entre musiciens, chef et soliste sont le gage de ce partage amical. La solidité technique de Boris Berezovsky est toujours intégrée à la plus rare musicalité. Jamais la moindre hégémonie virtuose ne tente ce pianiste inouï. En bis, il offre deux partitions très opposées de Khatchaturian, une berceuse legato mais assez vigoureuse pour nos oreilles sensibles, et une Toccata diabolique. Les dons de Boris Berezovsky explosent en ces deux extrêmes : il semble pouvoir faire tout ce qu’il veut d’un piano.

Orchestralement si le concerto réserve de beaux moments à l’orchestre ce sont les deux suites de ballet de Stravinski qui mettent les projecteurs sur absolument toutes les familles de musiciens. Nous aimerions parler de chacun tant à chaque instant des pépites ont brillé. Osant des nuances sur un fil le basson, ouvre le Sacre du Printemps avec une émotion rarement retrouvée dans cette pièce brillante. Si ce n’est pas la première fois que l’Orchestre toulousain interprète cette pièce jamais le public ne l’avait entendue si parfaitement. Gageons que l’enregistrement réalisé les jours précédents leur a permis d’en peaufiner les moindres strates, car vraiment il est bien rare d’entendre si clairement tout ce que cette partition diabolique contient. La qualité première du son de l’orchestre est la jeunesse et la lumière. La précision rythmique force ensuite l’admiration ainsi que l’énergie bouillonnante de chacun. De même que chaque pupitre mériterait une longue analyse de ses qualités, la direction de Tugan Sokhiev est d’une inventivité qui subjugue. Il semble avoirs mille yeux et mains, tant il est présent partout. La narrativité dramatique dont sa direction est gorgée irrigue ce ballet de moments théâtraux aveuglants que ce soit de l’éveil de la nature végétale comme animale, l’arrivée du patriarche ou  l‘envol de l’âme de l’élue sacrifiée. La souplesse des moments les plus archaïques leur donne une dimension mythique par des éléments de danse païenne omniprésente. Pièce hymnique, poème d’amour et de mort, ballet fulgurant, argument théâtral sans âge, toute se mêle jusqu’au vertige pour l’auditeur qui ressort abasourdi, vieilli de milliers d’années et rajeuni de bien plus encore, les oreilles et l’âme transportées par un moment rare. L’incandescence de cette interprétation passera-t-elle au disque ? Si c’est le cas préparons-nous à ce qu’il fasse le tour de la planète avec succès.

Ce n’est pas mésestimer la suite de l’Oiseau de feu que d’en parler en dernier alors que cette suite ouvrait le concert. Un seul mot peut résumer cette interprétation. La flamboyance est partout et si une seule pièce résume cet adjectif, c’est la berceuse tendre gonflant vers l’incendie du grandiose final. On reste sans voix devant une telle perfection. Le feu fait musique, on vous dit ! On ne peut d’avantage s’expliquer. Les mots sont trop pauvres…

Un concert de rentrée qui Sacre Tugan Sokhiev Tsar star à Toulouse. Longue vie à cette collaboration brûlante avec l’Orchestre du Capitole qui lui a tout donné avec générosité au point qu’aucun bis n’a pu être proposé. Tout avait été offert lors du concert !

Hubert Stoecklin

Toulouse. Halle aux Grains. 17 septembre 2011.

Mozart magna

Mozart en Olympie

W. A. Mozart. Symphonies 30 et 41

John Eliot Gardiner et les English Baroque Soloists. 

John Eliot Gardiner est un grand chef qui peut aborder avec succès tout le répertoire. En choisissant d’enregistrer le dernier concert d’une tournée de 2006 aux USA et en Europe il confirme sa qualité de chef mozartien. Ces deux symphonies sont magnifiques, inouïes de somptuosités quand on sait que Mozart les a composées dans le moment qu’il décrit comme étant «le bas» le plus dur de sa vie. Le chef britannique sait leur rendre toute l’énergie volontaire du génial compositeur viennois en sa fin de vie. L‘orchestre rivalise de virtuosité sur «instruments baroques». Aucune phalange n’a proposé sur ce type d’instruments une telle splendeur sonore à ma connaissance. Les cordes ont une précision et une souplesse de phrasé remarquables, les bois une fraîcheur et une subtilité de nuances rares, les cors, trompettes et timbales une énergie et une rondeur majestueuse sans emphase excessive. Le rebondi de la direction de J. E. Gardiner permet des relances et des développements, stimulant l’écoute à tout instant. Le final fugué de la symphonie Jupiter est anthologique dans son héritage de Bach assumé, sa précision rythmique sans sécheresse. L’humour est également présent dans cette interprétation, comme un hommage à Haydn. La beauté et la modernité de ces symphonies (la 39 avec les clarinettes), n’a jamais été aussi vivifiante. 
La prise de son est analytique et précise, permettant une écoute détaillée de ces partitions complexes tout en rendant l’engagement unique lié au concert. La direction théâtrale de John Eliot Gardiner les relie à ses plus beaux opéras en forme de dramma giocoso. 
Ces deux symphonies n’étaient que la première partie du concert de Londres. La 40e symphonie et la messe en Ut de la deuxième partie, nous les attendons avec enthousiasme!

Hubert Stoecklin

1 CD Soli Deo Gloria. 
Enregistré le 9/2/2006 au Cadogan Hall, London. 
Durée: 66’50. 

Schubert éternellement jeune

Franz Schubert

Les trios et deux sonates majeures

Par le Trio Dali à suivre absolument!

C’est le deuxième enregistrement de ce jeune et talentueux trio Dali. En deux CD nous sont proposés les deux trios, la sonate Arpeggione et la fantaisie pour violon et piano. Quand on sait le nombre d’excellentes versions de ces trios, on prend conscience du culot et du talent de ces jeunes artistes car pas un instant ils ne déméritent. Leur Schubert est particulièrement humain et sensible, plein de subtilités et de fêlures sous l’énergie et la force affichée. On a connu des cordes beaucoup plus affirmées en une sonorité ronde généreuse et puissante. Ici au violon et au violoncelle, respectivement Vineta Sareika et surtout Christian-Pierre La Marca, refusent ce grand son majestueux et plein. Leur touché est délicat et la sonorité est parfois comme voilée. Ils ont à leur disposition toute une palette de couleurs mordorées et de nuances subtiles. L’effet est infiniment poétique. Le piano d’Amandine Savary est solaire et magnifique de présence enjouée le plus souvent. Les deux trios sont donc plus lyriques que d’habitude et plus nuancés aussi. L’énergie est là mais très maîtrisée et comme policée. Rien à voir avec la manière d’aborder ces chefs d’œuvre par Casals et ses amis autrefois. La Sonate Arpeggione permet de vraiment déguster le jeu d’une extraordinaire délicatesse de Christian-Pierre La Marca. Cette fois l’entente avec Amandine Savary est plus aboutie dans cette recherche de lyrisme et de finesse de style. Mais la grande découverte dans cet enregistrement est La Fantaisie pour violon et piano. C’est en fait une vraie sonate en quatre mouvements et qui exige une virtuosité sans failles de la violoniste. Vineta Sareika est tout simplement prodigieuse et Amandine Savary entretient avec elle un dialogue sur les sommets de la musicalité partagée. 
Voici une belle version des trios avec des solistes de haut vol qui aiment polir les partitions avec finesse, comme ce marbre Dali qui leur a servi de nom nécessite patience et prudence pour illuminer l’objet qui va en sortir. 
À signaler un très beau texte accompagnant ce double CD. 
L’avenir le meilleur appartient à ces jeunes musiciens. 

Hubert Stoecklin

2 CD Fuga Libera. Durée totale: 136’25’’. Enregistrement de 2011. 

Heereweghe et les Motets de Bach

Johann Sebastian Bach

Les Motets

Collegium Vocale de Gent – Philippe Herreweghe. 

Les motets de Bach en majesté

Si le premier CD du label de Philippe Herreweghe consacré à la quatrième symphonie de Mahler ne nous avait pas convaincu totalement, il en va tout autrement avec cet opus II. Herreweghe fait partie de chefs qui, et dans son cas dès ses premiers pas, semble pouvoir tutoyer l’univers du Cantor de Leipzig. À nouveau il faut s’incliner devant une interprétation superlative de la musique de Bach. Le Collegium Vocal de Gent, renforcé pour les doubles chœurs, est tout simplement somptueux. Pas étonnant il comprend dans ses rangs des solistes aussi émérites que Hans-Jörg Mammel et Damien Guillon pour n’en citer que deux. 
Tout coule ici, le texte est très lisible et les phrasés semblent d’un naturel parfait. Les nuances sont subtilement amenées et les rythmes sont précis sans jamais la moindre rigidité ou une once de sécheresse. Et dans les moments plus touchants comme Jesu meine Freud l’émotion est au rendez-vous. Admirons également la parfaite répartition entre moments solistes et choraux, créant une admirable solution de continuité dans un esprit collectif enthousiasmant. La souplesse de la direction de Philippe Herreweghe et la splendeur sonore du Collegium Vocale de Gent, la précision du continuo et la ductilité de l’orchestre offrent à cette version intégrale une somptuosité rare. Pas de doute nous tenons là une version qui fera date. 
La prise de son est naturelle avec une très belle spatialisation. Un CD magnifique!

Hubert Stoecklin

ICD PHI 002. Enregistré en 2011. Durée: 62’42’

Harry Poter saga a voir et revoir

Harry Potter : leçon de vie pour tous

écrit par Hubert Stoecklin 25 juillet 2011

HARRY POTTER  BIEN PLUS SOMBRE QU IL N Y PARAISSAIT

Si cette saga cinématographique a eu des moments de faiblesse la fin justifie tout, termine tout, efface toute résistance. Une seule envie en sortant de cette séance : revoir tous les films afin d’ en comprendre les finesses. Car ce dernier opus est aussi le plus savant en références, en clins d’œils au passé. Tous les acteurs gagnent en épaisseur, tous, bons et méchants car tout devient relatif loin des visions manichéennes. Bien et mal mêlés, indispensables l’un à l’autre pour que la vie soit. Mort dans la vie et inversement. Enfance dans l’adulte, raison dans l’enfance. Les effets spéciaux, les combats magiques et les retournements de situations sont fabuleux. Il ne faut rien dire de plus si ce n’est que ce film est une réussite qui justifie d’oublier la pluie et le soleil et d’y courir.  Les trois héros sont à la hauteur de nos attentes. Et  le méchant surtout !  Ce n’est pas le mal qu’il faut combattre, ni le bien aimer. Une seule chose est à combattre le plein pouvoir, la certitude, le savoir absolu. Toute vie a besoin d’enfance comme de raison. De forces relatives en aucun cas d’une force supérieure et absolue qu’elle se veuille du bien ou du mal. Merci Harry pour cette leçon de vie dans cet ultime geste au bord du gouffre !

Hubert Stoecklin

La neuvième à Orange sans orage

La neuvième symphonie de Beethoven protègerait de la pluie ?

écrit par Hubert Stoecklin 25 juillet 2011

Tugan Sokhiev et l’Orchestre National du Capitole ont terminé leurs 4 excellentes prestations lors du quarantième festival des Chorégies d’Orange avec un professionnalisme dont peu d’orchestres peuvent s’enorgueillir. Des gouttes de pluie néfastes pour les instruments ont failli faire renoncer à ce concert tant attendu. Mais après une courte interruption entre le premier et le deuxième mouvement le rêve a pu devenir réalité et le concert a été fameux !

Une Ode à la joie tant espérée !

Cette année l’Orchestre du Capitole de Toulouse a rayonné sur les 40e Chorégies d’Orange avec brio tant pour les deux représentations d’Aïda que le concert symphonique de musique Russe. À la symphonie avec chœur de Beethoven revenait le rôle de clore avec faste cette première partie des Chorégies avant la venue de l’Orchestre National de France  pour Rigoletto fin juillet.

Ces 4 concerts ont permis à l’orchestre et son jeune chef, Tugan Sokhiev, de séduire sur place un public ravi relayé par les chaînes de télévision pour une représentation d’Aida et le concert du 11 juillet.

Pour la Neuvième symphonie un public nombreux (plus de 4000 personnes) a donc partagé un grand moment d’angoisse puis un plaisir rare, aiguillonné par la peur de la pluie menaçante puis la conscience que la météo déréglée avait rendu les armes devant le chef d’œuvre de Beethoven ainsi interprété. Le confort des salles de concerts n’a pourtant été regretté par personne. Quelle belle salle de concert que cet amphithéâtre bi-millénaire ! Rien ne lui est comparable au monde car la précision des moindres murmures de l’orchestre (jusqu’à la respiration des instrumentistes) est sidérante et jamais aucune saturation n’est possible, le son pouvant se déployer à l’infini sous le vaste ciel. La clarté qui résulte de cette acoustique exceptionnelle permet de déguster la fine musicalité de cette version de la symphonie la plus connue au monde, du moins dans sa dernière partie, ce final choral visionnaire. Tugan Sokhiev a une relation passionnelle avec son orchestre qui explique en partie les risques acceptés par les instrumentistes lors des conditions météo connues à Orange ces jours ci. Signalons que le dernier acte d’Aida le 12 juillet n’a pu être donné à cause de la pluie. La conscience d’un danger semblable a fait changer l’ordre du programme qui a débuté par la IXe symphonie. Les premières mesures pianissimo ont permis de déguster la finesse des cordes et la délicatesse des cuivres et des bois. Le crescendo a ensuite été savamment construit pour subjuguer les oreilles les plus exigeantes. La précision des rythmes, la justesse des accords et l’énergie maîtrisée ont ensuite construit un premier mouvement urgent et excitant. La beauté des timbres, la variété des couleurs et surtout une précision chirurgicale des rythmes ont conduit vers une forme d’exaltation partagée par le public. Cette promesse d’une interprétation si originale a été détruite lorsque les instrumentistes, sous les assauts de la pluie, ont rangé leurs instruments et que des bâches ont été posées sur les contrebasses et les timbales. Renoncer ? Après une telle entrée en matière ?  L’hémicycle vide et le départ d’une partie des choristes le faisaient craindre …

Après quelques minutes infinies d’angoisse, le retour des musiciens et des choristes a soulevé des tonnerres d’applaudissements. Prendre de vrais risques pour les cordes surtout (pauvres violoncelles) n’est pas chose si banale. Il faut ici saluer l’engagement exceptionnel des musiciens. Le public ne s’en est pas privé, applaudissant très (trop ?) souvent.

La suite de l’interprétation a été à la hauteur des attentes avec de grands moments riches en émotions.

Le choeur a été au diapason et c’est donc lui qui a gagné le cœur du public, au point d’applaudir avant la fin une très belle interprétation pleine de feu et d’énergie. En deuxième partie c’est donc la 8e symphonie qui mobilisé un orchestre partiellement renouvelé au bois et cuivres. La filiation haydienne de cette partition qui souffre un peu du voisinage génial de la 7° et la 9° a été rendue par la belle direction du chef Ossète. La beauté des attaques, la souplesse des rythmes et l’élégance des phrasés ont rendu à merveille la délicatesse et même l’humour de la partition. Plus détendu l’orchestre a été étincelant et virtuose.

Un nouveau magnifique concert de cet Orchestre si généreux a fait des heureux dans ce beau théâtre romain, écrin merveilleux à l’acoustique digne des meilleures salles de concert.

Hubert  Stoecklin

La Saint Jean des Passions de Montauban : que d’émotions !

La passion selon St. Jean avec Jean-Marc Andrieu

écrit par Hubert Stoecklin 30 juillet 2011

Jeudi 28 juillet 2011 ; Montauban : Temple des Carmes.

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Passion selon St. Jean, BWV 245. 

Solistes :  Soprano, Sophie Pattey ; Contre-ténor, Jean-Louis Comoretto ; Ténor, Sébastien Obrecht ; Baryton-basse, Jean-Manuel Candenot ; Basse, Stéphane Imboden. Chœur du stage choral de Montflanquin. Orchestre des Passions. Direction Jean-Marc Andrieu.

C’est une belle générosité qui conduit Jean-Marc Andrieu à diriger un stage choral à Monflanquin proposant à la soixantaine de choristes de travailler une si belle œuvre et de la donner pour deux concerts à Montauban et Monflanquin. Las le temps filant, Jean-Marc Andrieu ne renouvellera a pas ce projet l’an prochain afin de se consacrer a son ensemble des Passions en pleine période de festivals.

Ce premier concert à Montauban a été superbe en émotions diverses. Tout d’abord le plaisir de retrouver les musiciens des Passions les plus aimés comme Flavio Losco et Nirina Bougès aux violons et Etienne Mangot au violoncelle et à la viole. Ensuite des solistes de haut rang comme Sophie Pattey, Sébastian Obrecht et Stéphane Imboden solistes habituels des Passions. Le jeune ténor a ainsi pu étrenner son premier Evangeliste.

On peut prédire que Sébastian Obrecht sera vite redemandé dans ce si difficile exercice. L’évangéliste n’est en effet pas un rôle à  proprement parlé. Toujours entre le récitatif et l’arioso la tessiture est meurtrière. Le ténor ici la  maitrise  avec une lisibilité du texte parfaite. Son engagement est plein de sympathie pour les actions commentées.

Les nuances et les couleurs prises par la voix sont dignes d’un tableau  du Titien. D’avantage d’appropriation de la partition  lui permettra de l’ abandonner sous peu,  mais pour une « prise de rôle » l’exercice est absolument convaincant.

Sophie Pattey a su dépasser la longue attente exigée par sa partie, son air « Zerflisse, mein Herze, in Fluten der Zähren » de la deuxième partie a atteint au sublime. La musicalité conjuguée des flûtes et des hautbois da caccia associée à la maitrise sur le souffle d’une voix aussi délicate qu’émouvante en a conduit plus d’un au bord des larmes.

Les basses, Stéphane Imboden et Jean-Manuel Candenot ont aussi incarné  respectivement un Jésus  et un Pilate très présents. Dans l’air de la deuxième partie  Jean-Manuel Candenot a su danser avec les instruments dans un mouvement entêtant. Seuls Jean-Louis Comoretto a semblé en retrait, probable jour de méforme ou de surmenage.

Le chœur comprenant donc des choristes de toute la région rassemblés pour un stage de 15 jours à Montlflanquin a  formé un admirable ensemble dans les nombreux chorals. En peu de temps l’homogénéité obtenue est enviable, la précision du texte également. Pas de doutes avec encore quelques jours les nuances pour les grands chœurs auraient pu être obtenues.

L’engagement de chacun a été très porteur avec un sens du partage avec le public bien venu.

La direction de Jean-Marc Andrieu pleine d’élan et de souplesse a offert une version à la théatralité pondérée de cette Passion selon St. Jean. On le sentait très proche des instrumentistes comme du choeur. Ses Complices de l’orchestre l’ont secondé avec leur engagement coutumier. Le splendeur des violons et leur habileté à tisser les volutes si sensuelles de la partition a été merveilleuse.

Etienne Mangot a joué à la perfection de son tempérament pour offrir une continuo d’une efficacité de tous les instants au violoncelle, relaçant l’action, avant de jouer la partie de viole avec une sonorité d’une beauté renversante.

C’est Sébastien Obrecht qui au final a le plus impressionné car en plus de tenir admirablement le texte narratif il a chanté ses airs avec une facilité déconcertante et beaucoup d’émotion.

Ce concert gratuit,  au sommet de la musicalité et de la générosité, a été très apprécié. Jean-Marc Andrieu nous avait déjà régalé d’une passion selon St. Matthieu à la Halle aux Grains il y a peu. Heureux musicien qui sait partager si bien sa passion pour Bach ! Heureux public de Midi-Pyrénées !

Hubert Stoecklin

Le Requiem allemand par Tugan Sokhiev

Toulouse. Halle-aux-Grains. 28 mai 2011. Johannes Brahms (1833-1897) : Ein deutsches Requiem, op.45. Anastasia Kalagina,soprano ; Garry Magee, baryton ; Chœur de Orfeó Català chef de chœur, Josep Vila i Casanas ; Orchestre National du Capitole ; Direction : Tugan Sokhiev.

Un Requiem allemand bouleversant

Après un Samson et Dalila  décevant du point de vue des solistes, le prochain rendez vous de Tugan Sokhiev et de l’orchestre du Capitole était très attendu avec une œuvre emblématique du romantisme allemand.  Le Requiem de Brahms est si profond et d’une humanité si belle que les interprétations, plutôt rares, sont toujours des moments clefs des saisons de concerts. Les Toulousains ont été gâtés par des interprètes survoltés à la hauteur de la partition de Brahms et de son message de paix.

Dès les premières mesures nées du plus sombre murmure de l’orchestre et du chœur la direction à main nue du chef obtient une intériorité et une musicalité d’une finesse de camée.

En sculptant le son de ses mains, Tugan Sokhiev réalise une direction sensuelle et belle et d’une rare élégance musicale. Très vigilant à la structure et à l’équilibre des sons Tugan Sokhiev demande et obtient des nuances d’une vraie ampleur opératique. Mais jamais la moindre ostentation, le moindre effet facile ne viennent défigurer une interprétation à la clarté aveuglante. La structure très recherchée des divers moments de ce Requiem est si limpide que rien n’échappe à l’auditeur. Il naît de cette direction si belle et si lisible une musicalité bouleversante.

Photo : Patrice Nin

Les très beaux textes choisis par Brahms lui-même sont porteurs d’une telle hauteur d’humanisme débarrassé de toute religiosité rance que l‘humain en l’acceptation de sa finitude atteint au rang de héros mythique. Tugan Sokhiev qui semble converser avec l’au-delà, transcende la matérialité, agit en médium qui associe les énergies pour offrir aux auditeurs une interprétation de ce Requiem qui touche au plus profond. Il ne semble faire qu’un avec le superbe Chœur de Orfeó Català. La beauté des pupitres, leur parfait équilibrage confirme la réputation brillante de ce Chœur. Les nuances sont réalisées avec une facilité déconcertante, les timbres sont d’une beauté très équilibrée avec un timbre clair et jeune chef les barytons, une vigueur sans forçage chez les ténors, une solidité élégante chez lez alti et beaucoup de chair et d’âme chez les soprani. Il y des moments fulgurants ; d’autre si touchants dans les pianissimi que les larmes sont proches. Le texte est non seulement dit mais compris avec des regards  intelligents et un engagement total rares. Portées par de telles voix et des musiciens si fins les beautés du Requiem se déploient avec une évidence réconfortante. Les deux solistes font de leurs « airs » des moments de bonheur alliant sensibilité et art du chant. La voix de Garry Magee est plutôt claire et sa jeunesse séduit. La simplicité et la quasi modestie de l’interprète, qui refuse tout effet vocal, lui permettent de faire naître chez l’auditeur une identification immédiate à cette âme implorante qui recherche la paix de l’espérance. La soprano Anastasia Kalagina au timbre riche et fruité sait conduire une ligne de chant parfaite avec des piani dans toute la richesse du timbre très éloigné des voix blanches et planantes généralement associées à ce moment intime aérien. Ici le timbre si corsé incarne  la tristesse qui s’apaise. L’art du chant  est mis au service d’une intériorité de grande richesse.

Reste l’apport de l’orchestre qui est considérable pour la réussite de la soirée. Très concentré, très réactif aux demandes parfois très subtile et rapides du chef, l’orchestre agit comme une entité organique, prolongement du geste du chef très inspiré. Les cordes graves ont une texture soyeuse qui fait la base du son. Les bois sont diversement réactifs ; si le hautbois de Christian Fougeroux est fabuleux de subtilité et d’émotion, les flûtes sont un peu trop présentes et manquent de nuances piano. Les cors sont mélancoliques et les cuivres plus brillants arrivent à nuancer leurs interventions. Jamais Tugan Sokhiev ne laisse l’équilibre se décaler. Les plans sonores sont parfaitement agencés et à maintes reprises la précision rythmique, donne force et énergie à la partition, qui ainsi jamais ne paraît lourde, même dans les moments compacts. Les violons galvanisés par Geneviève Laurenceau planent et conduisent au sublime. Les interventions des harpes sont des instants de grand bonheur.

Le public conscient d’avoir vécu un intense moment d’émotion a fait une longue ovation aux interprètes.

Hubert Stoecklin

Toulouse. Halle-aux-Grains. 28 mai 2011. Johannes Brahms (1833-1897) : Ein deutsches Requiem, op.45. Anastasia Kalagina,soprano ; Garry Magee, baryton ; Chœur de Orfeó Català chef de chœur, Josep Vila i Casanas ; Orchestre National du Capitole ; Direction : Tugan Sokhiev.

Samnson et Dalila sans Samson

Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns: flamboyant

écrit par Hubert Stoecklin 17 mai 2011

Les portes du Paradis, on les a vues,

elles ont failli être franchies , mais hélas le malin c’est manifesté. D’abord Olga Borodina souffrante a du  être remplacée in extremis. Ce fût l’occasion de découvrir une créature étonnante, cantatrice  mi vamp, mi énergie vocale brute d’une puissance rare. Sauvés !

Puis ce fût un très mauvais soir pour Ben Heppner, pas un aigu forte ne lui a été autorisé : damnation pour cet immense chanteur qui a osé et réussi tous les rôles de ténor les plus lourds. Ce soir il a craqué  tous ses aigus, même pas des contre-ut !

Et bien, c’est peu croyable mais j’ai entendu cet opéra que certains disent pompier et antiquisant comme jamais ! Une partition jeune et fougueuse, subtile et sensuelle puis grandiose et tonitruante mais surtout très dansante et pas seulement dans  les ballets parfaitement réussis comme on l’espérait après le Lac des Cygnes récent.

L’orchestre a été royal de timbres et nuances et le chœur ! Un vrai chœur d’oratorio, précis, équilibré, ductile et nuancé à la perfection. Impensable il y seulement deux ans! Quel beau travail a réalisé Alfonso Caiani le chef de chœur et ses choristes !  De la très belle ouvrage, patiente, évoluant très progressivement avec un magnifique palier ce soir.

Le maitre d’œuvre, Tugan Sokhiev, a dirigé à mains nues, il a dansé, sculpté les phrasés, demandé des nuances de l’infime aux plus fortes  avec une audace tranquille. Il a parfaitement compris les idées du compositeur.

Le deuxième concert dimanche n’a pu être qu’encore meilleur. Celui de Paris Salle Pleyel le sera encore d’avantage, pourvu que Dalila s’affine et Samson retrouve sa force. France Musique va diffuser le 11 juin une version qui va compter !

Hubert Stoecklin

Crédit Photo : Patrice Nin

Quatuor Modigliani chez Brahms : Bravo

Johannes Brahms : 

Quintette avec piano, 2 mélodies avec piano et alto

Energie et osmose

Quatuor Modigliani, Jean-Frédéric Neuburger, Andrea Hil

Le quatuor Modigliani, très aimé du public, enregistre cet opus en compagnie de deux talentueux artistes. Pour le Quintette avec piano op.34 l’osmose sonore avec le pianiste est troublante. Jean-Frédéric Neuburger a beaucoup de personnalité qu’il met entièrement au service d’une belle recherche de mélanges sonores. Les timbres se marient et s’associent, jamais ne s’opposent. Cette alchimie est marquée d’abord par une belle énergie dès les premières mesures de l’Allegro. La tendresse de l’Andante est sensible, la finesse du Scherzo est un peu sage mais à nouveau la vive jeunesse qui anime le Finale marque le souvenir par la force de cette interprétation vivifiante. D’autres versions sont, au sommet d’une riche discographie, plus mélancoliques, profondes ou troublées, mais ici Brahms est puissant et vif, en cette amitié musicale si évidente.
Dans les Zwei Gesänge fur mezzo-soprano, alto und piano, la voix de la canadienne Andrea Hill rejoint le piano aimable et l’alto mordoré de Laurent Marfaing. Les deux artistes l’entourent avec aménité. Version sensible de ces deux superbes mélodies mais sans le tragique que des voix mythiques y ont mis. L’émotion ici présente est très différente. Plus pondérée et calme. Les superbes phrases sculptées par Brahms n’en sont que plus resplendissantes et sensuelles. Le timbre est jeune et agréable, poitriné sans excès, le souffle est confortable et le texte est bien maîtrisé. La musicalité coule avec élégance portant une émotion sincère.

Cet enregistrement très beau et engagé offre un Brahms amical et jeune en son romantisme assumé sans pathos inutile. La prise de son naturelle et précise permet de suivre les interprètes dans leurs beaux choix, plus profonds que ne le laisse penser une forme de simplicité apparente.

1 CD Mirare : MIR130.   Code barre : 3760127221302. Enregistré en septembre 2010 au Théâtre et Auditorium de Poitiers. Durée : 53’mn. 

Le Requiem de Mozart comme jamais entendu

Requiem

Wolfgang Amadeus Mozart

Currentzis
Simone Kermes, Stéphanie Houtzel, Marcus Brutscher, Arnaud Richard. MusicAeterna and The New Siberian Singers

Il est des œuvres si célèbres qu’elles peuvent donner la nausée si l’interprétation ne relance pas l’intérêt. Le Requiem de Mozart plus qu’aucune autre est de celles-là. Combien de versions discographiques saturent les bacs des disquaires et les pages Internet, les concerts professionnels et amateurs? Elles sont innombrables, tant romantiques, que classiques ou baroques. Qui n’a pas sa version ou ses versions de référence? Alors une de plus, à quoi bon?
Cet enregistrement fait l’effet d’un feu baroque consumant la vie même. Le chef Théodor Currentzis est aussi original que génial. Ici il arrive à faire vibrer l’auditeur le plus blasé. Tempi à l’énergie irrésistible, nuances vertigineuses, couleurs crues et frappe du bois de l’archet au besoin ou bruits évoquant des os secoués, tout fait théâtre ici, mais théâtre de chair et de larmes. Larmes de joie devant cette audace si mozartienne enfin évidente et cette peine si commune devant les effets de la mort. 
Le chœur est magnifique et ose des nuances inouïes. Les solistes sont a contrario comme surnaturels et hors du monde surtout le soprano adamantin de Simone Kermes qui évoque par la pureté de sa projection la regrettée Teresa Stich-Randall. La basse Arnaud Richard impressionne par un timbre noir et une autorité rare. Le ténor Marcus Brutscher est clair et parfaitement projeté, parfait mozartien. La mezzo-soprano Stéphanie Houtzel est digne de ces collègues apportant solidité et justesse de ton. Un quatuor vocal de choc!
Gardons pour la fin le meilleur, un orchestre de feu et de flamme et une direction qui n’est rien moins que fulgurante. Un Requiem à déconseiller aux âmes sensibles qui ne pourront se remettre du saut vertigineux souvent provoqué par des nuances abruptes mais oh combien en situation, des phrasés amples et envoûtants, une perfection musicale sidérante. Un seul exemple qui laisse sur place toutes les autres versions: dans le Confutatis l’opposition, au sens d’un combat mortel, entre le tutti orchestral et choral et la supplique pianisimo des soprani du chœur qui arracherait des larmes aux pierres elles-mêmes… Et le Lacrymosacomme en décomposition qui l’a jamais osé ainsi? Et, et… 

La prise de son absolument superbe nous plonge au cœur du drame et au centre de la Musique! C’est si fort, si prenant que je n’oserai conseiller une écoute au casque sans prendre le risque de succomber de plaisir et de peur mêlés. 
Une version à se procurer absolument surtout pour ceux qui croient connaître le Requiem de Mozart! Il n’est pas si fréquent de découvrir un chef d’œuvre de cette ampleur émotionnelle… 

Hubert Stoecklin

1 CD Alpha 178. Durée: 46’32’’

Lucien Durosoir réssucité

Balcon et autres pièces

Lucien Durosoir

Ensemble Sequenza 9. 3
Quatuor Diatoma
Quintette Aquilon
Trio Hoboken et autres musiciens

Le label Alpha poursuit fidèlement l’enregistrement de l’œuvre riche et variée d’un musicien fort doué: Lucien Durosoir (1878-1955). L’œuvre qui donne son titre au CD est absolument originale. Les compositions vocales sont rares chez Durosoir et c’est bien dommage tant la qualité de celle ci est grande et porte admirablement le texte de Baudelaire. Des cordes et des voix de femmes sans mots interviennent pour la soutenir et dialoguer avec la voix de basse solo. Le résultat est troublant entre opéra et poème symphonique. Les interprètes sont excellents tant le soliste, la basse Jean-Christophe Jacques, que les cordes instrumentales et vocales. 
La mélodie pour voix et piano, avec le soprano expressif de Kareen Durand, est belle en son désenchantement sombre de l’innocence enfantine. D’autres œuvres variées sans paraître hétéroclites complètent le programme. Toutes sont ici enregistrées en première mondiale. Trilogie et Berceuse pour violoncelle et piano offrent des dialogues très réussis, un très beau trio pour violon, violoncelle et piano avec un délicat deuxième mouvement, et un très original quatuor pour instruments à vents associant flûte, clarinette, cor et basson, forment ce bel hommage à un poète en musique. 
La prise de son est claire et naturelle même si elle a été réalisée en des lieux divers elle garde un bel équilibre. Le livret est comme de bien entendu superbe avec ici la reproduction du balcon de Manet en parfaite situation. 

Hubert Stoecklin

Un CD Alpha 175; durée: 79’46’’

Julia Kogan vivaldienne douée

JULIA KOGAN va fêter les 25 ans des Passions

écrit par Hubert Stoecklin 16 avril 2011

Julia Kogan la sage fera des folies

Julia Kogan est une soprano de grand talent familière à la scène des rôles de soprano colorature les plus exigeants comme La Reine de la Nuit et ses terribles contre-fa, Blondchen de l’Enlèvement au Sérail de Mozart et Zerbinetta dans l’Ariane à Naxos de Richard Strauss. Son premier enregistrement la produit dans la musique de Vivaldi alors que le chant baroque n’est pas son territoire familier. Nous admettrons donc une certaine retenue comme la marque d’une première rencontre encore timide. Car la voix est intéressante avec un aigu facile, un médium sonore et des graves timbrés. Cette voix sur aigue a donc bien des atouts nécessaires pour rendre grâce aux airs que Prêtre Rosso a offert aux sopranos. Les vocalises, trilles, messa di voce sont bien présents et l’école de chant américaine peut s’enorgueillir de cette élève si douée. La projection du texte est un peu pale mais c’est si souvent le cas avec des voix si aigues que nous ne lui en tiendrons pas rigueur. Par contre la compréhension des humeurs de textes très variés est appréciable.  Les airs comportent quelques-uns des plus connus de Vivaldi comme le célèbre Spoza son disprezzata immortalisé  par Montserrat Caballe dans une version accompagnée au piano qui ne conserve que la ligne de chant mais oh combien sublime, magnifiée par la Diva Catalane. Certains airs sont connus au disque par d’autres belle voix mais c’est surtout avec une diva germanique au tempérament de feu que l‘élégante Julia peut être comparée et même opposée. En effet Simone Kermes a gravé il y a peu un récital chez DG qui a fait grand bruit en raison d’une audace interprétative hors du commun et proche de la déraison. C’est en pensant à la Cathédrale de Strasbourg que le comparatif prend sens avec les statues des Vierge Sages et celles  des Vierges folles. Ici nous opposerons Julia « la Sage » et Simone « la Folle ». Nous avons ainsi deux facettes de l’interprétation vivaldienne qui est riche en possibilités.

Mais c’est peut-être l’orchestre qui fait la différence la plus significative entre les deux Divas. Simone Kermes est dignement stimulée et entourée par un orchestre baroque fait de vif argent alors que Le Chamber Orchestra Kremlin n’a rien de baroque. Limité aux corde et clavecin, il faut reconnaître que l’ennui guette par manque de couleurs, de bois et de cuivres et surtout d’un continuo varié, alors que l’ énergie rythmique est très appréciable. Nul doute que rien n’est définitif pour Julia Kogan qui depuis a eu le temps de s‘approprier le style flamboyant de Vivaldi.

Elle donnera ces mêmes airs avec Jean-Marc Andrieu et son orchestre des Passions. Nul doute que le feu et les larmes, la fureur et la douceur seront présents comme il se doit. D’autant qu’avec le concours de cette voix prestigieuse, l’Orchestre des Passions fête ses 25 ans lors de deux concerts. L’un à Montauban le 19 avril et l’autre à Odyssud le 20 avril. Le lustre de cette voix et la passion de cet orchestre associés offriront  certainement des moments riches en émotions aux publics.

Il est à signaler que ce CD est produit par une maison toulousaine qui signe son opus 2. Longue vie à Rideau Rouge Records !

Antonio Vivaldi : Fioritura.

Airs d’opéras et Motet.

JULIA KOGAN, soprano. Chamber Orchestra Kremlin. Direction: Misha Rachlevsky

Un CD Rideau Rouge. RRR02. Durée 60’36’’. Enregistrement de 2009.

Site de Julia Kogan

Et la Harpe en soliste à la russe !

Comme Tugan Sokhiev et Geneviève Laurenceau nous avaient manqué! Quel retour!

écrit par Hubert Stoecklin 16 avril 2011

Le souffle de l’Esprit

Toulouse. Halle-Aux-Grains. 7 avril 2011.

Magnifiques instants de grâce avec le retour in loco de Tugan Sokhiev, insufflant à son orchestre une énergie généreuse porteuse d’absolu. Un concert récent nous avait proposé la suite pour orchestre  Shylock de Gabriel Fauré, belle et agréable mais toutefois inférieure à la sublime action poétique que représente celle de Pelléas et Mélisande. En cinq sections subtilement agencées Gabriel Fauré nous invite à un voyage dans l’univers poétique et délicat de cette histoire d’amour aussi pure qu’impossible. Dès les premières mesures, il est certain que l’évocation  de ce couple si touchant va nous faire défaillir. La direction engagée et souple de Tugan Sokhiev, une recherche de nuances les plus infimes et une précision rythmique d’une netteté rare nous subjugue. Ce son si français en sa clarté et son élégance est une vraie bénédiction pour cette musique qui y trouve un épanouissement complet. Héritage du grand Michel Plasson qui en a fait une carte de visite mondialement appréciée cette sonorité si belle, douce et acidulée à la fois s’est développée, l’orchestre y ajoutant à présent une précision rythmique frappante. Dirigée comme la plus subtile musique de chambre, les agencements de timbres, les subtiles nuances associées, les couleurs assumées et la légère retenue du phrasé offrent une interprétation idiomatique. La Sicilienne si délicate en sa mélancolie suggérée est parfaitement réussie avec une harpe et une flûte  inoubliables de délicatesse. La fin dramatique est portée par un souffle épique en ses larges phrases sculptées par un Tugan Sokhiev en état de grâce.

Le concerto pour Harpe de Boris Tishschenko est en totale opposition. Ce compositeur pratiquement inconnu en France a été prolixe et semble doué. Capable de diversité de composition tant dans le type de pièce, de la musique de Chambre à la symphonie comme en nombre également. Ce concerto pour Harpe est d’une écriture très personnelle, sorte de longue mélopée de la harpe soutenue, encouragée et  bousculée par l’orchestre traité en instruments solistes et par groupes. Pas de folles envolées de perles, ni de virtuosité romantique pour l’instrument préféré de Marie-Antoinette. Une apparente simplicité de petits motifs enfantins sont repris obsessionnellement. Passant du piano à la harpe et à l’étrange vibraphone les surprises sont nombreuses. En fait il y a deux harpes une plus petite, préparée « façon celtique » et une grande harpe. Les traits sont novateurs et exigent une virtuosité avant tout musicale qui refuse tout effet convenu. Le voyage extraterrestre, céleste et également abyssal est déroutant. Un court instant de sublime douceur est apporté par la voix légère et planante de la soprano Julia Wischniewski assise  dans l’orchestre à côté des flûtes, dont elle partage les couleurs mordorées. Appui rythmique solide, nuances creusées avec tact et soutient amoureux de la harpiste. Le jeu d’Irina Donskaya est royal. Cette création française, d’une œuvre qui mérite d’être connue, donne envie d’en savoir d’avantage sur le compositeur russe bien trop rare en nos salles.

La deuxième partie du programme offre de Ravel ses Valses nobles et sentimentales.   Cheval de bataille de l’orchestre sous l’ère de Michel Plasson, assumant un héritage magnifique Tugan Sokhiev affronte avec panache le souvenir de l’aîné et lui rend hommage. L’orchestre déploie ses plus belles qualités de timbre et de phrasé. Tugan Sokhiev, en état d’apesanteur demande des rubati chavirants, des accents d’humour noir décapants à la manière de la Famille Adams. Un Ravel malicieux, un peu sulfureux, dans des valses méphistophéliques chics.

Le final en forme d’apothéose  atteint au grandiose. L’orchestre est poussé dans ses derniers retranchements et donne tout. Au premier violon, Geneviève Laurenceau galvanise les pupitres des violons avec sa présence magnétique. Les cors, les bois, les percussions exultent en des moments extravertis splendides.

Le résultat est enthousiasmant. La direction de Tugan Sokhiev entretient une urgence qui tient tous les sens en éveil. La dramaturgie est transparente et la sauvagerie de ce mythe antique prend toute sa place dans une bacchanale terrifiante et jouissive. Les spectateurs ont fait un triomphe à leur orchestre et leur chef retrouvés en des sommets, jamais atteints cette saison. Que l’avenir s’annonce radieux en cette chaleur estivale ! Le souffle de l’Esprit de la musique nous a emporté bien loin.

Hubert Stoecklin.

Oberon de Weber attention chef d’ oeuvre !

Le dernier et superbe opéra de Weber au Capitole

écrit par Hubert Stoecklin 26 avril 2011

Oberon musicalement splendide, oui mais visuellement…

On sait  gré à Frédéric Chambert de son amour pour les opéras rares de Carl Maria Von Weber. Dèjà l’an dernier en version de concert, il nous avait proposé une fort belle interprétationd’Euryanthe. Alors que l’Opéra Comique vient de monter le célèbre Freïschutz (dans la version française de Berlioz) sous la direction galvanisée de Sir John Eliot Gardiner, c’est à Toulouse qu’il faut se rendre pour découvrir les charmes du si rare Obéron.

Opéra patchwork il est loin d’avoir la cohérence dramatique de l’opéra emblématique de Weber. Se serait toutefois s‘égarer que de mésestimer cette œuvre, certes inégale, mais qui compte des moments dramatiquement forts et musicalement élevés. Ce soir les dialogues parlés sont remplacés par ce qui sera la meilleure idée du metteur en scène : offrir la parole à un excellent acteur qui donne tout son sens à cette histoire tarabiscotée mêlant Shakespeare et ses Nuits d’été et l’histoire fleuve associant chevaleresque et épique de Christophe Martin Wilhelm.
Dès l’ouverture admirablement nuancée et phrasée, Rani Calderon confirme sa parfaite compréhension du romantisme allemand déjà apprécié l’an dernier. L’Orchestre du Capitoledes grands soirs est parfait, tant dans les solos (le cor viendra saluer au rideau final !) que les méandres harmoniques d’une partition très wagnérienne par moments. C’est ce discours orchestral de grande qualité qui fera apprécier les meilleurs moments de la partition. Coté vocal le parti pris est de choisir des voix larges, de format wagnérien. Il faut préciser pour être honnête que les rôles principaux sont absolument inchantables car le rôle de Rezia demande une Fiordiligi en ce qui concerne les vocalises et les trilles et le charmant duo de l’acte un avec Fatime et au minimum une Sieglinde pour le très large Ozean du Ungeheur de l’acte deux. Le vibrato large, le timbre corsé, la projection victorieuse de Ricarda Merbeth sont idéals dans l’air wagnérien. Elle sera habile à masquer ses limites dans le reste du rôle. Et son jeu d’actrice est inexistant d’autant qu’elle est  affublée du costume le plus laid qui se puisse imaginer pour une princesse des contes de mille et une nuit…. Huon de Bordeaux est distribué à Klaus Florian Vogt qui fut un Euryanthe idéal. Ce soir la voix s’est élargie et la recherche de projection métallise le son ; les accents gluturaux sont gênants et le phrasé semble oublié. La recherche de chant héroïque est obtenue au détriment de la ligne de chant mozartienne requise. Mais qui peut rendre hommage à ce rôle qui exige d’être un à la fois Tamino et Siegfried ?
La Fatime de Roxana Constantinescu toute de charme et de grâce piquante associe les qualités vocales et théâtrales requises de même qu’Arttu Kataja géant gauche et sympathique à souhait et très bien chantant ! Tansel Akzeybeck est un Obéron élégant et distant, fort peu concerné par l’histoire et les personnages qu’il manipule sans émotions. Le Puck de Silvia de La Muela est plein de charme et la voix est agréablement timbrée et passe bien l’orchestre résistant à la tempête.
Tout le théâtre et toute l’action, toute la beauté du théâtre sont concentrés dans le talent fulgurant de Volker Muthmann.

Sans lui l’ennui aurait gagné les yeux : Décors costumes et lumières sont pauvres, sans rêve ni féeries. Seules les projections géantes très bien faites apportent un peu de couleur et de vie à ce qui demeure un parti pris incompréhensible et décevant pour une œuvre qui allie féerie, héroïsme et poésie.
Le chœur dans ses nombreuses interventions est tout à fait remarquable. Nuances, ampleur des phrasés, beauté des couleurs et harmonies des pupitres sont un régal de tous les instants. Le chœur des Elfes en suite à l’ouverture met la musicalité au sommet et tous les numéros suivants seront à ce niveau de beauté. Le travail du chef de choeur d’Alfonso Caiani est éloquent !

Photo: Giovanni Hänninen

Au final une version scénique décevante visuellement et qui aurait frôlé la catastrophe sans le théâtre magnifique de Volker Muthmann.
La musique à l’orchestre et aux chœurs a confirmé l’excellence et la belle santé des forces capitolines grâce à la direction romantique et imaginative de Rani Calderon.

Photo: Patrice Nin 

Toulouse. Théâtre du Capitole. Le 19 avril 2011. Carl Maria von Weber (1786-1826) : Oberon, opéra romantique en trois actes. Mise en scène : Daniele Abbado ; Chorégraphie Simona Bucci ; Dramaturgie et adaptation des dialogues parlés Ruth Orthmann ; Décors Angelo Linzalata ; Costumes Giada Palloni ; Lumières Guido Levi ; Vidéo Luca Scarzella. Avec : Klaus Florian Vogt : Le Sire Huon de Bordeaux ; Arttu Kataja : Scherasmin ; Tansel Akzeybek : Oyeron ; Silvia de La Muela : Puck ; Ricarda Merbeth : Rezia ; Roxana Constantinescu : Fatima ; Adrineh Simonian : Une nymphe de la Mer ; Volker Muthmann : Récitant . Orchestre national du Capitole de Toulouse ; Chœurs du Capitole, direction Alfonso Caiani. Direction : Rani Caldero

Hubert Stoecklin

Ferdinand Ries à découvrir

Ferdinand Ries, quatuors pour flûte

Un répertoire majeur

L’ensemble instrumental belge Oxalys est à géométrie variable et aime surprendre. Il œuvre dans ce double CD une nouvelle fois hors des sentiers battus. Le répertoire de musique de chambre pour flûte n’est pas si vaste et c’est toujours avec plaisir que l’on découvre des raretés en se disant qu’elles enchanteront autant les musiciens que le public. Ces 6 quatuors pour flûte, violon, alto et violoncelle forment deux opus et sont stylistiquement presque opposés. Le deuxième opus offrant une composition plus savante et plus dramatique, le premier plus aimable. 
Le compositeur, Ferdinand Ries (1784-1838) est un jeune contemporain de Beethoven. Il en a été l’élève, et l’admirait beaucoup, certains ont dit trop, mais comment faire autrement à l’époque! Il est un élève doué, prolixe et qui a un style bien à lui, comme en témoigne la variété de ses quatuors, genre très éloigné de l’écrasant maître de Bonn. Un style aussi élégant que les grands classiques tels Haydn, et Mozart et capable de cantilène annonçant le bel canto et un romantisme Sturm und Drang bien senti. Certains accents weberiens peuvent être perçus. Mais c’est avant tout le charme et une certaine fragilité qui fait le chic de sa musique pour flûte. Il est demandé à la flûte une virtuosité plus musicale que technique et très vite l’auditeur prend goût à cette amicale présence. Ce n’est pas de la musique facile, elle exige une vraie écoute, comme celle que l’on apporte à l’ami d’un ami qui devient proche sans effort. 
Les instrumentistes sont épatants de chic et de présence pondérée autour de la flûte artiste de Toon Fret. Les couleurs et les nuances qu’il obtient de sa flûte sont très attachantes, avec notamment un son fascinant, manière clarinette de velours, pour débuter le quatuor WoO 35, n°1. Les derniers quatuors sont imposants de construction et de solidité avec une cantilène opératique très émouvante. 
Une très belle prise de son et une présentation agréable avec notes en français sont dignes de cette découverte musicale stimulante. 

Hubert Stoecklin

1 CD Fuga Libera. 

Geneviève Laurenceau et Tugan Sokhiev musiciens complices

Geneviève Laurenceau et Tugan Sokhiev amoureux fabuleux de Prokofiev !

écrit par Hubert Stoecklin 2 mars 2011

Geneviève Laurenceau et Tugan Sokhiev amoureux fabuleux de Prokofiev !

On peut être enchanté du duo de choc que font les deux musiciens surdoués tant le résultat est magnifique et ce  depuis leur rencontre. Que ce soit au disque, récemment paru chez Naïve, en concert à Toulouse pour l’AIDA (les mécènes de l’orchestre) ou en région, voir même en tournée, le deuxième concerto de Prokofiev pour violon et orchestre est porté à l’incandescence par Geneviève et Tugan, en amoureux éperdus de la beauté et de la passion musicale. Dès les premières notes du concerto, a capella, par le violon, l‘auditeur sait qu’il a affaire à une violoniste rare. Le son plein, viscéral et rauque de son stradivarius aiguise notre écoute. L’accord entre le chef, la soliste et tout l’orchestre est ensuite vertigineux. Les gestes de partage le prouvent l’entente entre le chef et sa supersoliste est harmonieux.

La virtuosité de  Geneviève Laurenceau l’autoriserait à quitter l’orchestre et à entreprendre une pure carrière de soliste, ou de chambriste mais on sent l’admiration mutuelle qui lie nos deux génies musicaux, que Toulouse a la grande chance de compter dans ses murs. Un jour, ils partiront, enviés par la planète, mais, pour l’instant ils sont là, heureux et liés par une exigence musicale au sommet, des moyens inouïs et une générosité sans bornes. Le deuxième mouvement, cette cantilène si nostalgique et si belle est le sommet de la rencontre entre les musiciens, le chef et la violoniste ? Des pierres en pleureraient !

Ce deuxième concerto de Prokofiev est nostalgique et post romantique. Il permet au violon de s’épancher et de pleurer mais aussi de briller de mille feux. Geneviève Laurenceau est admirable de tenue, d’élégance et d’audace. Son interprétation égale celle des plus grands avec une simplicité qui séduit car elle fait oublier sa technique superbe. Aucune recherche de l’effet mais une proximité du texte dans l’esprit russe le plus troublant : La cantilène du deuxième mouvement ! L’orchestre est magique, tout particulièrement dans ce mouvement, léger et profond à la fois. Tous les  instruments rivalisent d’engagement dans ce concerto très exigeant pour l’orchestre. Les tempi de Tugan Sokhiev sont frappés par l’évidence. On sent son don si généreux et son écoute exigeante et émue de musiciens qui osent tout à sa demande.

Il ne fait pas de doutes que cette association de talents si rares à Toulouse, fait de la ville rose une capitale symphonique enviable.

Hubert Stoecklin pour culture31.com

Crédits photos : Gil Pressnitzer

Tugan Sokhiev et Truls Mørk

Tugan Sokhiev entre délicatesse et puissance

écrit par Hubert Stoecklin 2 mars 2011

Retrouvant « après une courte infidélité » son orchestre du Capitole, Tugan Sokhiev a prouvé une nouvelle fois quel grand chef il est.

En ouverture le poème symphonique de Richard Strauss, Till l’espiègle, a surtout été servi par une lecture précise et volontaire permettant à l’orchestre de briller après les quelques mesures de mise en place. L’Orchestre du Capitole comprend de beaux instrumentistes, tous admirablement mis en valeur dans cette œuvre. La lecture du chef est brillante et affirmée. On pourrait toutefois souhaiter d’avantage d’humour dans une partition aux effets parfois faciles. Mais comme mise en bouche, on ne peut rêver orchestration plus brillante que celle de Richard Strauss.

crédit photo: Stéphane de Bourgies

Crédit photo Stéphane de Bourgies

En invité de l’orchestre, Truls Mørk au violoncelle, a apporté une fine musicalité déjà très appréciée lors de sa précédente venue. Le violoncelliste norvégien a une grâce dans son jeu qui fait merveille dans tous les répertoires mais qui dans le délicat Concerto en ut de Haydn nous a subjugué. Le premier mouvement enlevé et apollinien permet aux musiciens de s’accorder sur la priorité donnée à la musicalité non à la virtuosité. Tugan Sokhiev obtient de l’orchestre de beaux phrasés et des nuances subtilement amenées. Le jeu de Truls Mørk est très à l’écoute de l’orchestre, avec des échanges de sourires fréquents. C’est le mouvement lent, Adagio, qui offre la plus pure émotion. L’écoute mutuelle permet des nuances infimes, qui amènent le violoncelliste au bord d’un murmure embrassant le silence. Dans la salle chacun a ainsi retenu sa respiration (et sa toux !). Le tempo hallucinant de vivacité du Final, permet à Truls Mørk un jeu tout en souplesse, sans force superflue, ni virtuosité ostentatoire. Il arbore une palette de couleurs incroyable.  Un grand moment de musique est ainsi offert dans ce concerto classique avec une complicité chambriste entre chef, musiciens et soliste. Le violoncelliste est ovationné tant par le public que l’orchestre. Il offre en bis une version a capella du Cant dels ocells de Pau Casals. La délicatesse de la sonorité, la pudeur des sentiments exprimés et l’aisance du geste souverain créent un moment musical rare comme en apesanteur, avec d’infimes nuances aux marges du silence.

En deuxième partie de concert, la quatrième symphonie de Brahms a permis à Tugan Sokhiev d’affirmer des choix inhabituels qu’il a défendu brillement. Si cette symphonie passe pour être automnale avec le coté larmoyant dévolu à cette saison, ce soir elle a été dirigée avec énergie et vigueur à la manière d’un Toscanini.

Le rythme est magnifié, les nuances parfois abruptes et les tempi engagés. Dès les premières mesures, la phrase des cordes est douce, mais vivifiée par Tugan Sokhiev et elle frôle le décalage. Puis tout se met en place et le chef reprend la main avec brio. Rien jamais ne sera alangui, ou épris de mélancolie. La force qui émane du premier mouvement brutalise un peu les oreilles habituées à plus de souplesse et de moelleux. Notons que l’acidité des violons sera d’ailleurs une caractéristique un peu trop française dans cette symphonie, avant tout germanique, mais apportant beaucoup de vie. La marche du deuxième mouvement est très bien dirigée par un Tugan Sokhiev grand ordonnateur d’un voyage quasi métaphysique. La pulsation qu’il donne, avance avec une puissance rare. Jamais de mièvre tentative de retard dans cet andante, dont le mouvement avant est irrépressible. Les nuances sont subtilement variées, et les divers groupes d’instruments, même les cuivres, font de beaux effets d’homogénéisation. Les pizzicati apportent un rebondi très dynamique. Puis le troisième mouvement dansant et plus joyeux, devient  très puissant sous la direction de Tugan Sokhiev. Il s’éloigne du ländler schubertien pour aller vers une expression de joie supérieure et virile. Les bois jouent magnifiquement le jeu avec audace et engagement. Et les contrastes dynamiques sont comme chauffés à blanc. Vraiment cette interprétation sort des sentiers battus. Mais c’est le final, avec ces extraordinaires variations sur une chacone à la fois hommage et dépassement des anciens maîtres comme Bach, qui va atteindre des sommets. La Cantate BWV 150, dont le final est une ciaccona, est un modèle presque pâle tant Tugan Sokhiev demande de puissance à son orchestre. La partie centrale de ce dernier mouvement, avec son superbe solo de flûte, atteint au sublime (François Laurent y est magnifique de timbre et de longueur de souffle). En des gestes généreux, le chef sans baguette, semble s’envoler en apesanteur. Ainsi le public ose s’abandonner complètement à la force de cette partition complexe, monument d’intelligence et de sensibilité. Les nuances si creusées et la construction d’un son dense puis aérien mettent en lumière les audaces de ces variations grandioses.

crédit photo:Patrice Nin

Ce choix interprétatif si surprenant, est porté à bout de bras par un très grand chef. Tugan Sokhiev offre de cette quatrième symphonie de Brahms une version à la puissance rare très originale, qui en renouvelle l’écoute de manière vivifiante.

Hubert Stoecklin

Toulouse. Halle aux Grains. Le 25 février 2011. Richard Strauss (1864-1949) : Till Eulenspiegel, op.28; Joseph Haydn (1732-1809) : Concerto pour violoncelle n°1 en ut majeur, Hob.VII b1; Johannes Brahms (1833-1897) Symphonie n° 4 en mi mineur, op.98 ; Truls Mørk: violoncelle ; Orchestre National du Capitole ; Direction musicale : Tugan Sokhiev.