Le quatuor Modigliani est superbe d’émotions

Quatuor Modigliani : Le mystère et la grâce

Félix Mendelssohn Bartholdy : Quatuors op. 13 et 80, Capriccio op. 81 n°3

Il est des choses qu’il est totalement vain de chercher à expliquer. Le quatuor Modigliani doit rester un mystère. Ces quatre très jeunes musiciens ont trouvé un équilibre si parfait que la majorité des quatuors à cordes ne le trouvent habituellement qu’après de longues années. Le CD Haydn avait subjugué la critique en 2008. Que dire à présent si ce n’est qu’ils s’engagent avec les mêmes qualités et en trouvent de nouvelles pour Félix Mendelssohn?Ce compositeur si doué, jeune prodige aussi précoce que Mozart a composé son Quatuor à Cordes en la mineur op. 13, à 18 ans. On reste confondu devant la solidité et la grâce de la composition qui rend hommage, sans soumission, au géant Beethoven. C’est surtout le dernier mouvement qui s’approche le plus du style de ce dernier, comme un élargissement du modèle. Les Modigliani, très engagés, sont précis rythmiquement et osent un lyrisme émouvant jamais larmoyant. Les timbres sont tour à tour opposés ou entremêlés en un véritable travail d’orfèvre. Les nuances sont exquises et la beauté de la partition diffuse sans aucune entrave. Œuvre de jeunesse géniale, il semble normal que celle des interprètes y fassent écho. 
Il s’agit de tout autre chose dans le quatuor en fa mineur op. 80. Nommé Requiem pour Fanny, il est la lutte créatrice face au chagrin de la mort de cette sœur tant aimée. Anéanti par cette perte, Mendelssohn sublime sa douleur dans un acte créateur d’une puissance insoupçonnable, chant dernier sublime mais qui n’évitera pas une mort rapide. La rage, la tendresse, l’effondrement et la survie exaltent les couleurs et les audaces d’écriture faisant honneur aux possibilités du quatuor à Cordes. L’interprétation des Modigliani apporte un éclairage étonnant à l’œuvre jusque dans ses recoins les plus sombres. Ils fabriquent cette si rare lumière noire de la mélancolie avec des sons très expressifs. Le dialogue entre les instruments peut avoir l’allure d’une conversation mystique au delà de la mort entre Fanny et Felix (le violon et le violoncelle dans l’adagio). Le rythme peut être implacable (quel mouvement dès les premières notes), les phrasés d’une douleur «transfixiante» (l’Adagio!) et les nuances semblent se creuser entre ciel et terre (Finale). L’inspiration que trouvent les Modigliani reste un mystère que nous pouvons juste appréhender et déguster. Cette interprétation est irrésistible et se range parmi les plus grandes versions tant l’expression de la douleur sublimée est assumée. 
Le quatuor Modigliani signe là un enregistrement magistral, très riche en émotions. 

Hubert Stoecklin 

Un CD Mirare

Publié le 07/02/2011 à 11:49, mis à jour le 26/01/2019 à 19:35.

Deuxième CD de Tugan Sokhiev et Toulouse

La magie russo-toulousaine !

Prokofiev – Rachmaninov – Sokhiev

Prokofiev: Concerto pour violon n°2 – Rachmaninov: Danses Symphoniques

Tugan Sokhiev – Geneviève Laurenceau
Orchestre National du Capitole de Toulouse

Comme il était attendu ce CD depuis la belle réussite des deux précédents toujours chez Naïve (surtout un Pierre et le Loup d’anthologie paru en 2007)! L’entente entre Tugan Sokhiev et son Orchestre du Capitole de Toulouse est l’événement musical français majeur depuis lors. Chaque concert est une réussite à Toulouse comme dans toute l’Europe. Le programme de cet enregistrement est tout Russe, il met en valeur et les progrès de l’orchestre en termes de rythme et de précision et le jeu splendide de sa violoniste super-soliste: Geneviève Laurenceau. Le deuxième concerto de Prokofiev est nostalgique et post romantique. Il permet au violon de s’épancher et de pleurer mais aussi de briller de mille feux. Geneviève Laurenceau est admirable de tenue, d’élégance et d’audace. Son interprétation égale celle des plus grands avec une simplicité qui séduit car elle fait oublier sa technique superbe. Aucune recherche de l’effet mais une proximité du texte dans l’esprit russe le plus troublant:La cantilène du deuxième mouvement! L’orchestre est magique, tout particulièrement dans ce mouvement, léger et profond à la fois. Tous les instruments rivalisent d’engagement dans ce concerto très exigeant pour l’orchestre. Les tempi de Tugan Sokhiev sont frappés par l’évidence. On sent son don si généreux et son écoute exigeante et émue de musiciens qui osent tout à sa demande. 
Les Danses symphoniques de Rachmaninov sont le testament du compositeur si profondément mélancolique. Elles ont d’abord été nommées danses fantastiques. Tugan Sokhiev s’en est souvenu qui demande des sonorités corsées et extraverties puis des nuances subtiles et des noirceurs métaphysiques tout en gardant quelque chose du ballet. Le rythme est à la fois précis et élastique dans le premier mouvement. Dès les premières mesures, l’oreille est séduite par cette interprétation qui pourrait bien devenir une référence. La beauté des pupitres est parfaite et on ressent tour à tour de fortes impressions de jubilation et des tremblements inquiets. La hauteur de l’interprétation honore cette partition si représentative des meilleures qualités de Rachmaninov qui sous le brillant de l’orchestrateur laisse percevoir la profondeur de l’âme si sombre du compositeur Russe exilé. Ce triptyque: midi, crépuscule, minuit, parle de la condition humaine marquée par la mort. Narguée et oubliée à midi, dansée de manière un peu grotesque au crépuscule et qui gagne à minuit avec une adaptation du Dies Irae aussi séduisante qu’effrayante (écoutons comment le chef ossète laisse mourir le son tragique final!). Car ce n’est pas la moindre qualité de Tugan Sokhiev que de ne céder jamais sur rien. Brillance, tendresse, audaces dansées, sarcasmes et profondeur mélancolique en sa noirceur la plus terrifiante… Tout ce que cette partition sublime contient se trouve sous sa baguette, tout simplement magistrale! La Prise de son est particulièrement adaptée avec beaucoup de précision et de profondeur et une très belle image stéréophonique. 

Hubert Stoecklin

1 CD Naïve

La première Damnation de Faust de Tugan Sokhiev repond à toutes les attentes

Une damnation revigorante à souhait !

La Damnation de Faust est une œuvre belle et riche qui n’a pas, du moins en France, le succès qu’elle mérite. Il semble très difficile de monter de manière simplement satisfaisante cette œuvre hybride, réclamant un orchestre somptueux, un chef inspiré et des chanteurs aux qualités quasi introuvables. Par ailleurs les chœurs sont variés et difficiles et l’intervention finale des enfants doit être céleste. Des vœux même de Berlioz, toute  mise en scène ou même de mise en espace est nuisible tant la partition contient d’images et de rêves communicables facilement à l’auditeur.

Toulouse semble aimer cette œuvre avec passion, et Michel Plasson l’y a souvent dirigée avec grand succès.

Ce concert était donc très attendu au sein de la programmation de l’Orchestre du Capitole. Tout le monde se demandait comment leur jeune chef, Tugan Sokhiev allait affronter les souvenirs de concerts si prestigieux ?

Disons d’emblée qu’il a su proposer une lecture personnelle de la partition, une lecture plus carrée que démesurée, parfois un peu emphatique, mais en tous cas  passionnante car portée par un souffle dramatique constant. On peut toujours devant cette partition si excessive rêver de nuances plus subtiles, d’élégance plus distanciée, voir de plus de bruit en osant  les cymbales suspendues prévues par Berlioz dans la Marche Hongroise. Toutefois Tugan Sokhiev a proposé une immersion totalement réussie dans l’univers de cette Damnation selon le jeune Berlioz grâce à la cohérence de cette construction. On ne peut que l’encourager à poursuivre l’exploration des œuvres vocales de ce compositeur car des beaux moments ont rappelé le miracle de ses Nuits d’Eté données in loco avec Susan Graham en février 2009.

L’orchestre a offert sa virtuosité et sa sensibilité dans son interprétation se jetant à corps perdu dans cette partition qui exige parfois l’impossible, surtout avec les tempi demandés par Tugan Sokhiev. Les bois ont été merveilleux de timbre et de phrasé. La flûte a été capable de nuances proches de l’infime, le basson de couleurs inouïes, clarinette et hautbois ont une sonorité française idiomatique et le cor anglais admirablement sensible a été un partenaire idéal pour Marguerite. Les cuivres, cors et trompettes ont brillé à souhait, y compris de l’éclat sinistre attendu. La palme de la musicalité revient aux altos capables de phrasés subtilement amenés et le solo dans la ballade du roi de Thulé, (véritable dialogue avec la soprano) a obtenu une ovation méritée et les compliments d’Anna Catarina Antonacci judicieusement placée à côté des alti. Seuls les violons ont eu quelques soucis de phrasés surtout avec de tels altos pour collègues…

La distribution nous a paru idéale dominée par Anna-Caterina Antonnaci, dont les récentes Medea et Carmen à Toulouse ont laissé un extraordinaire souvenir. Élégante, hiératique elle a subjugué par la beauté totale qu’elle a, ce soir, semblé incarner. On sait quelle tragédienne elle peut être avec une capacité à sculpter les mots, quelle fine musicienne elle est dans chaque phrase. Elle a bénéficié ce soir d’une aura surnaturelle tant la voix a entièrement répondu à toutes ses nuances, ses plus  infimes inflexions, ses multiples colorations. La voix sans le moindre vibrato incontrôlé, dans une homogénéité de registre totalement retrouvée avait des harmoniques d’une richesse rare sur toute la tessiture. Vocalement ce rôle si délicat semble avoir trouvé en Antonacci une sorte d’idéal, avec ses lignes vocales, un sens du rythme dans les terribles syncopes d’ « amour l’ardente flamme » irrésistiblement troublant et cette mélancolie du timbre si envoûtant !!! Le portait de cette âme tourmentée a été complet dépassant le cadre de la Gretchen blonde pour laisser s’épanouir une figure féminine quasi universelle dès la ballade du roi de Thulé.

Face à elle, Stuart Neil en Faust, a été à sa hauteur. Tous deux font partie de ces trop rares artistes aussi attentifs au chant qu’aux mots.  Dès son entrée en scène il ne faut pas s’attacher à sa trop massive silhouette. Il incarne un Faust complexe et subtil. Vocalement le timbre est somptueux avec une projection digne d’un lyrico-spinto. Il a gardé toute l’élégance et la musicalité du ténor de grâce qu’il a été à ses débuts. Dans les premières parties les récitatifs et les airs sont parfaitement habités par un romantisme flamboyant mais c’est dans le duo avec Marguerite qu’il provoque des émotions rares. Sa parfaite maîtrise de la voix mixte et la plénitude de son timbre font croire que contre-ré et contre-ut sont faciles et musicalement évidents. Les deux artistes ont été bouleversants tant vocalement que dramatiquement dans ce duo réputé inchantable. 

Quand au Mephisto de Sir Willard White il a l’allure d’un grand seigneur   constamment élégant et un peu moqueur. Le texte est habité, parfaitement compris et très intelligemment restitué. La voix est un peu grave pour le rôle ce qui lui donne plus de mélancolie que de brillant avec un léger déséquilibre dans le trio par manque de puissance. Mais quel diable charmeur ! Il semble impossible de lui résister !

Le Wagner de René Schirrer, avec un texte bien compréhensible, une personnalité affirmée et une voix agréable parfaitement projetée a bien campé son personnage.

L’ Orfeo Donostiarra, fidèle à sa réputation de groupe choral le plus apprécié d’Espagne, a une grande homogénéité et un bel engagement, malheureusement le texte est un peu opaque. L’arrivée des chœurs d’enfants a apporté cette note de surnaturel confiant indispensable. Ce sont de très courtes interventions mais totalement marquantes quand elles sont comme ici rendues avec précision justesse et fraîcheur.

Les saluts ont réuni tous les artistes sous des bravos chaleureux, avec les trois chefs de chœurs.

Le niveau d’interprétation ce soir a démontré que c’est bien en version de concert que La Damnation peut prendre un envol irrésistible.

Hubert Stoecklin

Hector Berlioz (1803-1869)

La Damnation de Faust op.24

Légende dramatique en quatre parties

Faust, Stuart Neil

Marguerite, Anna-Caterina Antonacci

Mephisto, Sir Williard White

Brander, René Schirrer

Orfeo Donostiarra

(direction : Rosé Antonio Sainz Alfaro)

La Lauzeta, chœur d’enfants de Toulouse

(direction : Luc Terrieux)

Chœur variabilis de Condom

(direction : Victoria Digon)

Orchestre National du Capitole de Toulouse

Direction musicale et artistique, Tugan Sokhiev

Toulouse, Halle aux Grains, vendredi 15 janvier 2010

Chostakovitch Brahms et Elgar

Un merveilleux concert

Le chef d’orchestre Ossète Tugan Sokhiev, 32 ans, a le vent en poupe cet automne. Il retrouve son orchestre du Capitole de Toulouse, après avoir dirigé l’Orchestre National de France au Théâtre des Champs Elysées, et surtout l’orchestre Philharmonique de  Vienne au pied levé à  Séoul puis pour l’ouverture de la saison symphonique de Vienne. Chef invité et très apprécié il séduit les orchestres et les publics du monde entier tout en restant très fidèle à son port d’attache au bord de la Garonne. Directeur  musical de l’Orchestre National du Capitole depuis le premier septembre 2008 il ne cesse de faire progresser l’orchestre. La variété du concert de ce soir prouve son engagement dans bien des répertoires. Chostakovitch avant tout en ouverture festive, mais aussi Brahms (avec le concerto pour violon) sont des compositeurs qu’il affectionne et dirige régulièrement à Toulouse. La découverte du soir a été sa totale compréhension du style d’Edward Elgar avec des variations Enigma qui resteront dans les mémoires. 

 La notion de joie chez Chostakovitch.

Ce compositeur Russe qui a tant souffert d’un régime totalitaire incohérent capable de le porter au pinacle comme de le vouer aux gémonies n’a que trop rarement de mouvement de joie dans son œuvre. Cette ouverture de fête est donc un moment rare dans sa vie. Cette commande officielle de 1947 pour la célébration du trentième anniversaire de la révolution d’octobre sera oubliée car entre temps le rapport Jnadov avait mis Chostakovitch au rang des formalistes à abattre. Le sort fut clément à cette page de joie en lui permettant d’être créée en 1954 donc après la mort de Staline. On sait que la mort du tyran fut un jour de joie pour un grand nombre, on peut donc penser que secrètement Chostakovitch ne pouvait espérer jour plus radieux pour cette ouverture de fête. Cette très courte pièce est fulgurante. Elle a été prise dans un tempo d’enfer par un Tugan Sokhiev à la direction millimétrique. Tous les pupitres de l’orchestre ont brillé. Les sonneries des cuivres en ouverture sont rutilantes, les bois et tout particulièrement  les flûtes sont plein de fraîcheur et d’esprit. Les violons planent au plus haut et les percussions se jouent des diableries écrites pour elles. Tout fuse, éclate et explose de joie. Les clins d’œils de la partition sont soulignés avec esprit dans un équilibre bien dosé. Le public toulousain qui commence à bien connaître Chostakovitch, car Tugan Sokhiev le dirige souvent, a apprécié tout particulièrement les richesses de cette ouverture de concert enthousiasmante.

Concerto plutôt Beethovenien

Le concerto pour violon de Brahms a été composé pour son grand ami le violoniste Joseph Joachim et a été créé en 1879. Quasi contemporain de la deuxième symphonie, il bénéficie de la lumière et de l’énergie qu’un récent voyage en Italie a révélé à Brahms. L’aspect solaire et presque hédoniste de ce concerto, éloigné des affres d’un romantisme brumeux et sombre, rend cette œuvre assez singulière dans le corpus brahmsien. Une certaine tradition l’alourdit et  l’assombri oubliant qu’avant d’être un bedonnant barbu peu soigné, Brahms a été un jeune homme mélancolique et doux à la superbe chevelure dorée qui avait une allure de prince charmant.

La très belle Akiko Suwanaï semble incarner l’élégance. Cette japonaise, enfant prodige qui a remporté à  18 ans le si difficile concours Tchaikovski joue sur le dauphin, célèbre Stradivarius ayant appartenu à l’immense Jascha Heifetz. La sonorité en est veloutée et rayonnante sans la moindre agressivité. La jeune femme a un toucher de l’archet sur les cordes d’une grande délicatesse qui semble toujours laisser une marge confortable évitant toute saturation du son.

Tugan Sokhiev a su offrir des interprétations très engagées du deuxième concerto de Brahms avec Nelson Freire en 2008 ou Philippe Bianconi cette année. Dans une extraordinaire interprétation de la  deuxième symphonie, il a révélé aux toulousains, combien son orchestre pouvait trouver les couleurs du romantisme brahmsien. Ce soir respectant probablement le jeu retenu de la soliste, il a choisi de faire de ce concerto, le dernier concerto classique. Ainsi le premier mouvement est donné avec peu de nuances, un strict respect du rythme et un tempo très stable. Le jeu d’Akiko Suwanaï est très mesuré ne s’autorisant aucun épanchement. La précision des attaques égale celle du rythme. Après ce premier mouvement un peu trop respectueux du texte et emprunt d’un classicisme de trop bonne tenue, le deuxième mouvement a enfin permis à l’émotion de gagner du terrain. La superbe symphonie de bois et cors qui ouvre cet adagio délicatement bucolique a été nuancée et phrasée avec une grande délicatesse, dans une nuance pianissimo par un orchestre à l’écoute chambriste attentive et complice. Cette virtuosité non ostentatoire dit la qualité du pupitre des bois bien connue à Toulouse et la solidité des cors qui ne cesse de progresser. La sonorité pleine et soyeuse d’Akiko Suwanaï épouse les phrasés souples et les nuances délicates de l’orchestre. Ce mouvement restera comme une rencontre pleine de grâce mais un peu tardive et sans suite car le dernier mouvement redeviendra trop poli et à la limite d’une certaine sécheresse du coté de la soliste.  Elle ne semble pas comprendre l’aspect populaire et un peu rural de ce mouvement tzigane qui doit tendre vers le presque canaille pour faire tout son effet. Pourtant Tugan Sokhiev ressert le rythme afin de provoquer la danse mais ses intentions et la légèreté pleine  d’esprit de sa direction ne distraient pas la soliste de sa trop grande sagesse. La virtuosité est impressionnante, mais  cette version est comme entravée par la soliste. Cette interprétation n’obtient que des applaudissements polis car le public sait quelle intensité Tugan Sokhiev et son orchestre  peuvent mettre dans Brahms.

Le post romantisme leur va si bien

Les 14 variations Enigma d’Edward Elgar représentent la première partition pour grand orchestre qui donna toute sa notoriété de symphoniste à Elgar alors âgé de 42 ans. La structure complexe, l’habileté, l’originalité des couleurs et des rythmes font merveille et cette suite est très aimée du public, surtout Outre-Manche. Les portraits suggérés en forme de mystères sont un stimulant pour l’esprit. La richesse harmonique et les variétés d’orchestration se chargeant de séduire les sens. Très attaché à la structure tant dans le détail que dans l‘architecture générale de l’œuvre Tugan Sokhiev rend parfaitement lisible cette partition non exempte de faiblesses, voir de risque de grandiloquence. Quand un chef de cette trempe prend à bras le corps cette partition elle brille autant qu’elle émeut. L’orchestre retrouve enfin avec le chef l’harmonie d’une entente complète qui a un peu fait défaut dans Brahms. Tous les pupitres font assaut de virtuosité et de musicalité, les phrasés sont variés et les nuances profondément creusées et l’instant magnifique qui fait toute la séduction de la direction de Tugan Sokhiev arrive. Lui qui jamais dans cette musique post romantique n’abandonne la structure et la précision rythmique, rassuré par l’attention constante de tous ses musiciens, en tournant la page pose sa baguette et d’un geste ample élargi sa battue obtenant de tout l’orchestre un phrasé d’une liberté d’albatros dominant l’océan. Les gestes bras grands ouverts  donnent au phrasé  de l’adagio de la variation IX toute l’ampleur qu’elle réclame. Le sublime, comme approché dans cet adagio planant, reviendra dans la variation finale qui conclut ce cycle de manière grandiose.

Une nouvelle incursion dans un répertoire que l’orchestre et son chef défendent avec talent. On attend une quatrième symphonie de Mahler programmée cette saison avec l’espoir d’une suite et d’un abord prochain de l’œuvre de  Sibelius.

Toulouse. Halle aux Grains, vendredi 23 octobre 2009. Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Ouverture de fête, op. 96 ; Johannes Brahms (1833-1897), Concerto pour violon en ré majeur, op.77 ; Edward Elgar (1857-1934), Variations Enigma, op.36 ; Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction, Tugan Sokhiev ; Akiko Suwanaï, violon ;

La musique de Chostakovitch arrive à Toulouse

Avec Tugan Sokhiev l’Orchestre du Capitole déjà très prestigieux sous la direction de Michel Plasson a appris a jouer admirablement la musique de Chostakovitch. La précision des attaques , la solidité des cordes , la puissance des cuivres et la beauté de toutes les cordes y compris les contrebasse a été une évolution fulgurante.

Première Symphonie de Brahms à Toulouse

Le suivi de l’aventure de l’Orchestre de l’orchestre du Capitole dans le répertoire brahmsien a été passionnant. Ce premier article n’est pas de moi mais ce qu’écrit Laurent Marty correspond exactement à ce que j’ai découvert en prenant sa suite. Et même ce qu’il écrit sur Capuçon…. donc je publie cette critique qui fait un intéressant départ.