Baro d’ Evel cherche ( et trouve) Qui Som ?

CRITIQUE. THEATRE. Toulouse, théâtre de la Cité, le 3 octobre 2026. QUI SOM ? Baro d’Evel. Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias. 

Plus que jamais indispensable d’espérer avec Baro d’Evel.

On se sait que dire de plus que nous n’ayons déjà écrit en décembre 2024.  Il convient pourtant de témoigner. Témoigner, hurler, chanter, danser, agir et croire en des possibles. Car c’est de cela qu’il s’agit.

Baro d’Evel éveille en ses spectateurs une puissance de vie qui s’appuie sur la conscience de sa propre débilité au sens de sa fragilité de naissance. L’homme nait immature et le demeure toujours. Il ne cesse de chuter et de se relever. C’est cela, ce relèvement permanant, qui fait sa grandeur et non les pics qu’il gravit.

Dès le début du spectacle un grand échalas (Blaï Mateu Trias) brise un vase et cherche à cacher sa faute. Tout part donc de la relecture symbolique de la faute originelle, puis des chutes toujours renouvelées qui font l’essence de la vie. L’homme nait la tête dans un pot…

Il doit trouver le moyen de s’ouvrir pour communiquer. Puis cherche la beauté, la poésie, la musique, la danse et en arrive à polluer le monde symbolisé ici par la mer. Là aussi sans se sentir concerné par le sujet, ce sont deux enfants (en 2024 il n’y en avait qu’une) qui vont avec des regards profonds et réprobateurs amener les « adultes » à nettoyer.

Ce chant d’espoir à faire collectivement de petites choses pour lutter contre la grisaille du monde et son effondrement est le précieux cadeau de la troupe de Baro d’Evel.

Tous sont des artistes complets : acteurs, chanteurs, danseurs, circassiens, céramiste, tous musiciens. Ils semblent pouvoir tout faire de leurs corps. Jamais ils ne restent à terre définitivement.

Tous les arts sont convoqués, le cirque n’est pas en reste. Dans  les mémoires restent gravées ces trois femmes déhanchées et désarticulées qui pourtant avancent, le chant planant dans la chute de Camille Decourtye sur le Cum Dederit de Vivaldi (une pure magie), le naufragé qui accouche de l’eau, les « empotés » qui parlent avant d’écouter, le petit chien qui semble tout comprendre.

C’est très fort visuellement et surtout  riche symboliquement.

Cette forme de résistance à la peur, à l’angoisse, à la panique et à la colère est indispensable plus que jamais. L’effondrement du monde n’est pas installé, on peut agir.

QUI SOM ?
au Festival d Avignon


En 3 ans tout s’est aggravé. Tout dans le monde. Partout ! Le spectacle lui aussi a pris de l’ampleur. Il est plus aiguisé, plus soigné. Le succès est total dans chaque théâtre dans lequel Qui Som passe. Chaque soirée affiche complet. C’est un spectacle riche et salutaire. Nous sommes à la veille d’un découragement électoral profond, il faut tenir bon, résister à la peur et à l’accablement. Il faut agir et non subir. Agir de petites choses individuellement et collectivement.

Le public toulousain pour cette dernière représentation (la dixième) s’est levé comme un seul homme.  La musique a résonné, tout le monde s’est levé et a suivi dans le hall du théâtre les musiciens galvanisés. C’est la fête de la résistance, de l’intelligence et de la sensibilité.  

C’est le plus beau discours politique car il est tissé de poésie, de beauté, de lucidité et de responsabilité.

Et ça décoiffe !

Hubert Stoecklin

Photos : DR

Qui Som ? de Camille Deourtye et Blaï Matuel Trias/Baro d’ Evel .

Avec Sabienka Bencsik, Lucia Bocanegra, Martina, Calvo, Camille Decourtye, Cecilia Figueiredo, Mahamat Fofana, Greta garcia, Blai Mateu Trias, Marti Soler, Guillermo Weickert et Swasen Yousfi/Lucien Arguer-Compayré. Céramiste : Sébastien De Groot.

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