CRITIQUE.CD. Coffret WARNERCLASSICS. BRUNO WALTER. Mozart. Haydn. Brahms. Mahler. Strauss. Wagner. Schumann. Schubert. Berlioz. Remasterisation d’enregistrement pris entre 1924 et 1939. Orchestres de Vienne, Berlin, Paris, Londres.
Bruno Walter l’enthousiaste
Ce beau coffret a été édité avec grand soin. La remasterisation de Christophe Hénault du Art et Son Studio, Annecy, est un travail absolument exceptionnel. Ceux qui connaissaient les quelques gravures éditées en microsillon, et rééditées en CD (la mythique Walkyrie de 1935) seront estomaqués. La plupart des enregistrements de ce coffret n’avaient pas été édités en CD. Le répertoire de ce chef viennois est vaste. Il a beaucoup enregistré avec l’Orchestre Philharmonique de Vienne (plus de la moitié des documents) mais également était très souvent invité à Berlin, Paris et Londres. Qu’on juge le fracas qu’a été pour ce grand musicien le nazisme, le second conflit mondial, le départ et le renoncement à la carrière internationale prestigieuse qu’il menait y compris au disque.
Il nous laisse une décennie confortable d’enregistrements qui permet de retenir 20 CD aux minutages très généreux. Tout est intéressant. La direction de Bruno Walter ne perd rien à l’enregistrement. Ses qualités uniques sont l’énergie, l’enthousiasme, la jeunesse de l’âme. Il a du style. C’est à dire que dans les œuvres de Johann Strauss ou de Richard Strauss il « valse » comme personne. Quel que soit l’orchestre, Londres, Vienne, Paris c’est le même mouvement irrésistible de valse avec un je ne sais quoi d’enivrant. Ce mouvement de danse est chaque fois que possible mis en évidence, ainsi dans Brahms, dans Berlioz, dans Beethoven, Haydn, Mozart. Chaque fois on redécouvre un thème, un mouvement plus évident que dans d’autres versions. L’autre caractéristique de sa direction est le développement du chant. Il fait chanter les thèmes comme personne. Il sait choisir ses sopranos (Lothe Leehmann et Elisabeth Schumann). Ses tempi sont allants, ses contrastes très nets. Il est frappant avec la remastérisation de retrouver des contrastes de nuance si vivants. Ainsi les finals de Haydn sont inventifs et festifs. Son Mozart est toujours exquis. Il y a également la mise en valeur des éléments théâtraux dans sa direction ce qui fait qu’il excelle dans les ouvertures qui racontent bien souvent toute l’intrigue. Dans Mahler on atteint au graal car il a été ami du compositeur. Les Kindertotenlieder avec Kathleene Ferrier et les Wiener Philharmoniker est un disque iconique. Ici son Chant de la terre avec Kerstin Toborg ne peut faire oublier celui qu’il enregistrera bien plus tard avec Kathleene Ferrier. Pourtant le timbre, l’art du dire et l’art du chant de Kerstin Toborg sont magnifiques.
Il est touchant de l’entendre en pianiste dans le concerto de Mozart n° 20. Les deux concertos de Beethoven le 5ème avec Walter Gieseking et le violon avec Joseph Szigeli sont précieux car l’orchestre y fait entendre des qualités rares de chant et de danse bien loin du simple accompagnement. La plus grande surprise pour moi ont été les symphonies de Brahms si vivantes, dansantes et chantantes. Dans des tempi vifs sans aucune lourdeur jamais. La modernité de cette direction est ici aveuglante.
Un mot sur les orchestres que ce soit Paris, Londres, Berlin ou Vienne on trouve des différences (on peut même les reconnaitre) mais chaque capitale ne peut que s’enorgueillir du niveau orchestral. La symphonie Fantastique de Paris est éblouissante.
Voilà donc un magnifique coffret dont l’objet est un chef cosmopolite et pourtant très viennois, très original et moderne à la fois. Il est très attachant. Il est inoubliable et nous avons grande joie à le retrouver dans un son, certes « d’époque », mais devenu bien plus supportable à nos oreilles habituées à la beauté sonore parfois sans vrai message. Ce n’est pas le cas ici : le message de Bruno Walter pourrait être durer et aimer en musique…
Hubert Stoecklin

Coffret de 20 CD paru en septembre 26 chez WARNERCLASSICS.
Durée Totale 24h45min.
Ludwig van Beethoven : Concerto pour violon op. 61. Concerto pour piano n° 5 op. 73. Ouvertures des Créatures de Prométhée op. 43, Fidelio op. 72, Léonore III op. 72a, Coriolan op. 62. Symphonie n° 6 op. 68. Hector Berlioz : Menuet des Follets de la Damnation de Faust op. 24. Symphonie Fantastique op. 14. Johannes Brahms : Symphonies n° 1 op. 68, n°3 op. 90, n° 4 op. 98. Ouverture pour une fête académique op. 80. Anton Bruckner (1824-1896): Te Deum. Arcangelo Corelli : Concerto grosso op. 6 n° 8. Georg Friederic Haendel : Concerto grosso op. 6 n° 12. Joseph Haydn : Symphonies n° 86, 92, 96 et 100. Gustav Mahler : Kindertotenlieder (avec prises alternatives). Adagietto de la Symphonie n° 5. Symphonie n° 9. Das Lied von der Erde. Ich bin der Welt abhanden gekommen, extrait des Rückert-Lieder Felix Mendelssohn (1809-1945): Nocturne du Songe d’une Nuit d’été op. 61. Wolfgang Amadeus Mozart : Requiem K. 626. Symphonies n° 38 K. 504, n° 40 K. 550, n° 41 K. 551. Eine kleine Nachtmusik K. 525. Danses allemandes K. 605. Concerto pour piano n° 20 K. 466. Ouvertures de La Finta Giardiniera K. 196, Clemenza di Tito K. 621, Flûte Enchantée K. 620, Noces de Figaro K. 492. Giovanni Pierluigi Palestrina : Stabat Mater. Franz Schubert Symphonies n° 8 D. 759 et n° 9 D. 944. Extraits de Rosamunde D. 797. Robert Schumann : Symphonie n° 4 op. 120. Bedrich Smetana : Ouverture de la Fiancée vendue. Johann Strauss II : ouvertures de la Chauve-Souris, Baron Tzigane. Wiener Blut, Geschichten aus dem Wienerwald, Rosen aus dem Süden, Kaiser-Walzer. Richard Strauss : Tod und Verklärung op. 24. Don Juan op. 20. Danse des Sept Voiles de Salomé op. 54. Valses du Chevalier à la Rose et finale de l’Acte II op. 59. Richard Wagner : Siegfried-Idyll, Voyage sur le Rhin de Siegfried, Préludes des actes I, II et III des Maîtres Chanteurs de Nuremberg. Liebestod de Tristan et Isolde. Prélude, Scène de la transformation, Jardin magique de Klingsor de Parsifal. Prélude de l’Acte III de Lohengrin. Die Walküre, extraits. Marche funèbre du Crépuscule des Dieux. Venusberg de Tannhäuser. Ouvertures de Rienzi, du Vaisseau fantôme. Carl Maria von Weber : Ouverture du Freischütz.

