Critique. Concert. 4ème édition des Rencontres Musicales de Nîmes. Nîmes. Jardins de la Fontaine, le 30 août 2025. Philip Glass : Echorus ; Georg Philipp Telemann TWV 52 :G3: double concerto pour 2 altos ; Arvo Pärt : Tabula rasa, Ludus ; Antonio Vivaldi : Double concerto pour 2 violoncelles, RV 531; Ralph Vaughan Williams : The Lark ascending pour violon et orchestre ; Wolfgang Amadeus Mozart : concerto pour piano n° 13, K 415, Rondo allegro ; Vittorio Monti : Csardas pour violoncelle et orchestre ; David Popper : Fantaisie pour violoncelle sur des thèmes de la Petite Russie op.43 ; Ludwig Van Beethoven : Concerto pour piano et orchestre n°4, op.58, Andante con moto, Rondo vivace ; Alexandre Kantorow, Aurèle Marthan, piano ; Liya Petrova, Clémence de Forceville, Charlotte Juillard, violon ; Grégoire Vecchioni, Paul Zientara, alto ; Aurélien Pascal, Edgard Moreau, violoncelle ; Orchestre Consuelo.

Final des Rencontres Musicales de Nîmes en forme d’apothéose.

Tout a été parfait ce soir, depuis la météo, enfin idéale, puis la construction d’un programme très original en forme d’apothéose et surtout par des artistes tous admirablement impliqués, doués et musiciens suprêmes. Le voyage musical concocté par les trois directeurs artistiques Alexandre Kantorow, Liya Petrova et Aurélien Pascal, fait des ricochets temporels entre Antonio Vivaldi à Philip Glass. Les instrumentistes sont tous mis en valeurs par des parties concertantes virtuoses. Le début plein de mystère et d’hypnose est dû à l’écriture répétitive de Philip Glass. Son duo pour 2 violons et cordes Echorus, est plein de charmes. Les deux violonistes Charlotte Juillard et Clémence de Forceville jouent avec délicatesse comme des fées. L’orchestre un peu défavorisé par la sonorisation est un tapis subtil mais un peu lointain. Le grand crescendo est bien amené puis le decrescendo permet un retour en douceur vers le silence.
Après ce début magique ce sont deux altistes qui se présentent pour un concerto de Telemann. Grégoire Zitoni et Paul Zientara nous avaient enchantés les soirs précédents par leur présence forte dans les œuvres de musique de chambre. Avec une élégance de chaque instant ils peuvent jouer à rivaliser de virtuosité dans ce concerto très agréablement construit. C’est surtout la complicité malicieuse qui les unit qui nous charme, sans oublier la virtuosité tout à fait magnifique.

La pièce suivante permet d’accueillir le piano. Mais un piano préparé. Aurèle Marthan s’y installe et nos deux fées violonistes reviennent. La partition Tabula rasa d’Arvo Pärt est complexe et offre des couleurs et des sons d’une grande originalité. Les violons doivent aller dans un suraigu incroyable, le piano gronde ou évoque des cloches. Tout les repères instrumentaux habituels sont bouleversés. Ce moment musical interroge plus qu’il ne propose de réponses. Les interprètes jouent avec conviction cette partition complexe. L’orchestre qui joue sans chef est d’une grande souplesse et l’écoute mutuelle totale qui préside à cette interprétation lui donne beaucoup de vie.
Pour la suite c’est l’apparence facilité des concerti de Vivaldi qui nous permet de retrouver deux violoncellistes superbes. Ce double concerto est magnifique. Il permet aux violoncelles de démontrer leur virtuosité. Le jeu de nos deux gentilshommes à « archet moucheté » leur permet avec humour de rivaliser de virtuosité et de musicalité tour à tour. Edgard Moreau lance les thèmes avec beaucoup de souplesse et Aurélien Pascal les attrape au vol et les fait tournoyer à sa manière. Cette virtuosité ludique est bien sympathique. Pris dans ce mouvement à travers le temps le public accueille avec enthousiasme chaque interprétation.

Après l’entracte Liya Petrova nous offre son incomparable Alouette. The Lark ascending de Ralph Vaughan William est un concerto en un mouvement d’une grande liberté. Nous l’avions entendu le mois dernier à La Roque d’Anthéron . Le jeu aérien, suspendu, souple et subtilement nuancé de Liya Petrova est un véritable enchantement. Depuis La Roque Liya semble avoir écouté les oiseaux et beaucoup appris d’eux. Avec son violon elle construit un son plus pur, plus riche et arrive à des nuances plus ensorcelantes encore. Comme si une nouvelle liberté l’habitait, elle vole très haut. Les aigus sont de plus en plus délicats et plus riches en harmoniques. Elle gagne en liberté et en souplesse. Ce soir l’orchestre joue sans chef. Tout est écoute et partage, la souplesse de l’orchestre rencontre celle de la violoniste qui peut planer plus librement. Et le jardin de la fontaine est également un cadre magnifique à ciel découvert qui magnifie la poésie de l’interprétation.

Un Grand moment de pure grâce.
Mozart ne pouvait pas être absent de ce palmarès. Le choix du rondo final du 13eme concerto est habile car avec peu de temps toute la palette expressive du piano mozartien est présente dans ce mouvement. La fraicheur, la rondeur du son, la grâce mais également une pointe de mélancolie dans la partie centrale. Aurèle Marthan est très à son aise et nous entraine dans cette ronde de beauté avec élégance et précision.

Pour les deux œuvres suivantes ce sont des pièces de genre par des compositeurs moins connu qui permettent à nos talentueux violoncelliste de s’engager dans un défi alternatif. Que ce soit la Csardas de Vottorio Monti interprétée par Edgard Moreau ou la Fantaisie sur un thème russe de David Popper interprétée par Aurélien Pascal nos deux artistes rivalisent de talents. Edgard Moreau plus mordant, plus taquin gagne la première manche mais Aurélien Pascal avec un son d’une beauté somptueuses joue avec l’hédonisme en grand seigneur et taquine également l’orchestre. Les deux sont des artistes incroyables lorsqu’ils jouent en nuançant sur les harmoniques avec une facilité déconcertante. C’est vraiment deux pièces qui permettent au violoncelle la plus grande virtuosité connue. Le public fait une aussi grande ovation à l’un comme à l’autre, impossible d’avoir un vainqueur avec ces qualités-là.

Pour le final Alexandre Kantorow rentre en scène et va interpréter de manière magistrale les deux derniers mouvements du 4ème concerto de Beethoven. L’Andante débute sur une phrase puissante de l’orchestre que le pianiste lance d’un geste puis c’est l’extraordinaire dialogue entre le piano orant et l’orchestre péremptoire : Orphée face aux portes de l’Enfer. Le chant orphique du pianiste va convaincre l’orchestre et la douceur va se partager entre les deux pour un chant uni.

C’est d’une beauté sublime et le dialogue, le partage sont totalement vécus. Le final joyeux va gagner en puissance. Le mariage des timbres, les nuances accordées, les phrasés délicieux, tout fait de cette interprétation une splendeur. Le public fait une standing ovation au génial pianiste et à l’orchestre si fabuleux.

Puis les trois directeurs artistiques reviennent pour un bis : le mouvement lent du trio de Mendelssohn qu’ils avaient interprété en ouverture des Rencontres Musicales de Nîmes. Cette boucle de musique referme la très belle année 2025. Tous les musiciens viennent saluer dans des applaudissements euphoriques d’un public absolument conquis. Longue vie aux Rencontres Musicales de Nîmes.

Hubert Stoecklin

