Kissin le magnifique à Toulouse

CRITIQUE. CONCERT. TOULOUSE. HALLLE-AUX-GRAINS, le 18 janvier 2022. J.S. BACH. W.A. MOZART. L.V. BEETHOVEN. F. CHOPIN. E. KISSIN.

Phénoménal Evgeny Kissin !

Quelle chance pour les toulousains

Les Grands Interprètes Evgeny Kissin

Les Grands Interprètes ont su avec génie inviter l’immense pianiste d’origine Russe, Evgueny Kissin, entre ses concerts en Espagne, celui à Paris puis en Autriche et en Allemagne avant les États Unis. Cette vaste tournée avec ce beau programme va enchanter le public partout où il est attendu.  On ne présente plus le phénoménal pianiste à la carrière internationale triomphante et à la discographie généreuse et encensée.

Né en 1971 il a la plénitude de moyens inouïs et de sa musicalité hors pair. Il se dégage de son jeu une concentration inimaginable tout du long de son récital. Tout semble être pesé, parfaitement maîtrisé mais sans froideur tant son jeu est incandescent. Le programme est « classique », chronologique parcourant ses compositeurs de prédilection de Bach à Chopin. Dès les premiers accords de Toccata et fugue de Bach, un monde sonore d’une profondeur rare s’ouvre sous ses doigts :  des graves abyssaux, un medium d’une puissance incroyable et des aigus fuselés et planants. Un Grand orgue en somme ! Et une ligne directrice qui nous entraîne dans cette immensité musicale sans possibilité de résister.  L’Adagio de Mozart en si mineur prend un ton très dramatique, le phrasé est élégant, les doigts capables de la plus grande douceur. Et à nouveau ces notes graves incroyablement présentes, nobles et belles. Cela nous rappelle combien le Mozart de Kissin, particulièrement dans les concertos, est célèbre et apprécié dans sa discographie. Le monde si complexe de l’avant dernière sonate de Beethoven, l’opus 110 va devenir lumineux sous les doigts incroyables de Kissin. C’est du très beau et du très grand piano, majestueux, profondément phrasé absolument magnifique. Le final avec son incroyable fugue tient du génie interprétatif tant le discours est clair, tous les plans précis et la direction incroyablement fédératrice :  Kissin nous entraîne où il veut. La beauté de son piano envoûte et la vigueur de ses phrasés nous emporte sans efforts. Et toujours cette maîtrise incroyable de l’interprète, maîtrise supra humaine, que seules des syncinésies du visage révèlent à nos yeux. Le public applaudit généreusement avant le court entracte qui pour beaucoup est une simple parenthèse d’attente émue. Car la deuxième partie est consacrée au compositeur chéri de l’interprète comme du public : Frédéric Chopin.  Largement enregistré et joué par Evgeny Kissin depuis le début de sa carrière, la musique de Chopin lui va comme une évidence. Car depuis son début de carrière il est capable d’en offrir un parfait équilibre entre la virtuosité transcendantale et la mélancolie. Le choix de 7 mazurkas variées et de plusieurs époques propose un palmarès de ce que Chopin a écrit de plus personnel.

La manière d’aborder les rythmes, parfois superposés donne une grande modernité à cette musique intemporelle. La beauté sonore répond à la beauté des phrasés et aux audaces du rubato. Le tout avec un goût exquis car n’oublions pas que ces danses fort savantes sont partagées par tous en Pologne au XIXième siècle tant dans les salons que dans les campagnes et les salles de bal. Chopin en a sublimé les tempi mouvants binaires et ternaires. Evgeny Kissin est un interprète très inspiré qui met en valeur toutes leurs richesses. L’andante spianato et la Grande Polonaise permettent une montée en puissance de l’interprète qui termine avec une virtuosité triomphante.

Evgeny Kissin © F Broede : EMI

Le public explose de joie et lui fait un triomphe proche de la standing ovation. La séparation avec le public tout autour de lui s’est faite doucement avec quatre magnifiques bis qui ont prolongé la magie de ce concert. Signalons que cette tournée est dédiée à la grande pédagogue Anna Pavlovna Kantor (1923-2021) qui a été la seule professeure de Kissin et qui est restée proche de lui. Laissons la parole à Evgeny Kissin « Tout ce que je peux faire au piano je le lui dois » : Bravo madame Kantor  !

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 18 janvier 2022. Jean -Sébastien Bach (1685-1750) transcription de Carl Tausig (1841-1871): Toccata et Fugue BWV 565 ; Wolfgang-Amadeus Mozart (1756-1791) : Adagio pour piano en si mineur K.540 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827 ) : Sonate pour piano n° 31 en la majeur Op.110 ; Fréderic Chopin (1810-1849) : 7 Mazurkas : Op.7 n°1,Op.24 N° 1 et 2, Op.30 N° 1 et 2, Op.33 N°3 et 4 ;  Andante spianato en mi bémol majeur et Grande Polonaise brillante en mi bémol majeur Op.22. Evgeny Kissin, piano.

Somptueuse production de Wozzeck à Toulouse

CRITIQUE. Opéra. TOULOUSE. Théâtre du Capitole, le 19 Novembre 2021. A. BERG. WOZZECK. M.FAU. S. DEGOUT. S. KOCH. O. N. CAPITOLE. L. HUSSAIN.

SPLENDEUR VOCALE, MUSICALE ET SCÉNIQUE !

Stéphane Degout (Wozzeck), Sophie Koch (Marie) © Mirco Magliocca

Cette nouvelle production capitoline met en valeur toutes les qualités maison. La qualité du travail en amont permet un approfondissement de la production qui accède à une cohérence et une perfection qui laissent le public sans voix entre les actes pour exploser au final.

Wozzeck en véritable Opéra au Capitole

Les maitres d’œuvre, Michel Fau et Leo Hussain, main dans la main guident les artistes de la production vers la lumière d’une interprétation particulièrement aboutie. Le parti pris de Michel Fau est génial. Il ose saisir le chef d’œuvre de modernité de Berg pour l’ouvrir vers l’onirique. Toute l’histoire tragique du soldat Wozzeck est vécue par l’enfant qu’il a eu avec Marie. En insistant ainsi sur les douleurs de l’enfant, le tragique un peu abstrait de cet opéra de la noirceur de l’âme humaine, devient plus proche de nous et la plus grande compassion nous saisit souvent. Le décor magnifique en sa fausse naïveté est d’une intelligence remarquable. La misère de la chambre de l’enfant est terrible, ses peurs d’enfants premières ne sont que bien menues à coté de toutes les atrocités auxquelles il va devoir assister de force. En mettant ainsi le focus sur les effets sur un enfant innocent des persécutions dont son père est victime et des douleurs de sa mère, tout nous est plus proche et plus insupportable encore. Comme dans les rêves se sont les images qui prennent tant de place l’utilisation de costumes beaux et colorés permet des tableaux de grande émotion. Les personnages sont comme des images d’Épinal avec des attitudes proches de marionnettes. Le jeu des acteurs est remarquable, très précis et maitrisé. Le jeu de l’enfant, est particulièrement touchant et entendre enfin sa délicate voix à la toute fin de l’opéra nous rappelle qu’il a été muet tout du long et pourtant si expressif. Dimitri Doré est un jeune acteur remarquable.

Le Wozzeck de Stéphane Degout est une prise de rôle très aboutie.

Stéphane Degout (Wozzeck) © Mirco Magliocca

La cohérence vocale et physique est totale. La beauté de la voix fait irradier l’humanité et la gestuelle si artificielle illustre la douleur interne de sa folie. Le jeu de l’acteur est si accompli qu’il arrive à illustrer le fond de la pathologie schizophrénique dont souffre notre héros. Il arrive à vivre deux émotions contradictoires en même temps ; son sourire désespéré et heureux avant de tuer celle qu’il aime tant est absolument renversant. Le résultat est tout à fait bouleversant. Quel artiste complet ! Marie, sa bien-aimée qui lui est ravie avec tant de perfidie, est sur le même registre de perfection vocale. Sophie Koch également fait une prise de rôle tout à fait remarquable.

Sophie Koch (Marie) © Mirco Magliocca

Poupée, femme enfant, mère tendre, âme trop confiante, Marie est vue par les yeux de son enfant : maman est la plus belle. La tragédie de son destin n’en ressort qu’avec davantage de force. Son jeu met en évidence la force de vie qui anime le personnage. Tout en lui demandant ce jeu de marionnette qui la laisse désarticulée lorsqu’elle est abandonnée sur le lit (de son fils) par la Tambour major après son trivial exploit sexuel et par Wozzeck qui lui donne la mort dans un sourire. La voix de Sophie Koch est d’une splendeur totale. Les persécuteurs pervers qui démolissent ce couple sont traités avec la même fausse naïveté d’image d’Épinal. Le tambour-Major est beau comme un soldat de plomb, ivre de sa puissance virile. Nikolai Schukoff donne à ce rôle bien court une puissance folle avec sa voix de stentor et son jeu brutal. Le Capitaine de Wolfgang Ablinger-Sperrhake est beau comme un sou neuf, vain comme une image de papier glacé et personnifie la suffisance narcissique dévastatrice. Sa voix est admirablement conduite dans cette tessiture impossible. Il est un personnage délicatement odieux. Mais la violence et la perversion du médecin sont bien plus angoissantes encore avec un jeu qui révèle sa folie irrécupérable.

Falk Struckmann (Le M‚decin), Stéphane Degout (Wozzeck) © Mirco Magliocca

La composition de Falk Struckmann est un tout, absolument parfait et ce personnage est carrément terrifiant.  Thomas Bettinger en Andres a une belle voix qui convient bien à sa véritable sympathie pour Wozzeck. Anaïk Morel en Margret est un véritable luxe. Belle poupée avec une voix qui mérite un bien plus grand rôle pour pouvoir l’apprécier vraiment.  Les Costumes de David Belugou sont de toute beauté et prennent bien la lumière, illuminant toute la scène.

Wozzeck Dimitri Dor‚ (L'Enfant De Marie), Sophie Koch (Marie) © Magliocca

Les lumières et tout particulièrement les ombres dans leur dimension cauchemardesque si importante sont magistrales de précision et d’efficacité. Joël Fabing réalise un éminent travail à la précision parfaite. Les chœurs et la maitrise sont impeccables dans leurs courtes mais décisives interventions dans des costumes somptueux.

Stéphane Degout (Wozzeck), Dimitri Dor (L'Enfant De Marie), Wolfgang Ablinger Sperrhacke (Le Capitaine) © Mirco Magliocca

Le reste de la distribution tient bien ses parties on ne peut que féliciter l’engagement généreux de Mathieu Toulouse et Guillaume Andrieux en ouvriers et Kristofer Lundin en idiot.

L’autre personnage principal de cet Opéra est l’orchestre, un orchestre du Capitole en forme somptueuse. On sait que Berg demande beaucoup de concentration, la grande complexité de la partition est bien connue. Avec les musiciens de Toulouse la beauté sonore de chaque instant illumine la partition. La direction de Leo Hussain semble à la fois obtenir la plus grande précision, toute en agrégeant les éléments si composites de la partition dans une avancée terrible. Le drame avance inexorable, et chaque élément est d’une précision parfaite. Il est bien rare d’entendre Berg si clairement sur tous les plans.  Voilà un chef majeur dans un répertoire difficile.

Au total cette production est d’une cohérence parfaite et permet d’ouvrir ce chef d’œuvre noir à une lumière tragique avec une audace enrichissante et une vocalité plus développée que l’habitude qui privilégie le sprechgesang.  Le parti pris de Michel Fau est magistral, il a su fédérer tout son plateau (de premier plan) et la fosse (musiciens suprêmes). Si une partie du public a pu sembler inquiète par la difficulté de l’ouvrage, cette production démontre que Wozzeck est un vrai opéra.   Un Grand Bravo à toutes et tous !

Dimitri Dor‚ (L'Enfant De Marie), Stéphane Degout (Wozzeck), Thomas Bettinger (Andres) © Mirco Magliocca

Hubert Stoecklin

CRITIQUE. Opéra. Théâtre du Capitole, le 19 Novembre 2021. Alban Berg (1885-1935) : Wozzeck. Opéra en trois actes sur un livret du compositeur d’après la pièce de Georg Büchner. Mise en scène : Michel Fau ; Décors : Emmanuel Charles ; Costumes : David Belugou ; Lumière : Joël Fabing ; Distribution : Wozzeck, Stéphane Degout ; Marie, Sophie Koch ; Le Tambour-Major, Nikolai Schukoff ; Andres, Thomas Bettinger ; Le Capitaine, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke ; Le Médecin, Falk Struckmann ; Premier Ouvrier, Mathieu Toulouse ; Deuxième Ouvrier, Guillaume Andrieux ; Un idiot, Kristofer Lundin ; Margret, Anaïk Morel ; L’Enfant de Marie, Dimitri Doré ; Orchestre national du Capitole ; Chœur et Maitrise du Capitole (chef de chœur, Gabriel Bourgoin) ; Direction musicale : Leo Hussain.

Nicolai Schukoff (Le Tambour Major), Stéphane Degout (Wozzeck) © Mirco Magliocca

Photos de Mirco Magliocca

Lio Kuokman et Michael Barenboim entente au sommet de la musicalité

CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 15 Octobre 2021. Q. CHEN. F. MENDELSSOHN. M. MOUSSORGSKI / M. RAVEL. O. N. CAPITOLE. M. BAREMBOIM. L KUOKMAN.

Une association de musiciens au sommet comme dans un rêve.

Je ne crois pas au hasard et pourtant. Il y a un an le concert du chef  avait été le dernier avant la deuxième fermeture des salles de spectacles pour raisons d’épidémie virale. Pour moi le concert de ce soir est le retour à la vie musicale après des soucis de santé dont le Coronavirus. Et quel concert !

Lio Kuokman dégage dès son entrée une énergie heureuse et communicative qui galvanise l’orchestre et subjugue le public. La courte partition de Qigang Chen créée en 1998 semble avoir été très appréciée et a recueilli un grand succès. Il faut dire que l’écriture est brillante et magnifique d’originalité de timbre, de rythme et de nuances subtiles. Les très courts mouvements se complètent et se répondent avec beaucoup de finesse et d’intelligence. Les solistes de l’orchestre sont superbement mis en valeur de même que les subtilités d’une orchestration aux limites de la tonalité avec beaucoup d’hédonisme. La mise en place complexe est réalisée avec une simplicité déconcertante par le chef dont les gestes sont limpides et souples. La difficulté de la partition avec Lio Kuokman est comme un jeu et le public est subjugué. C’est bien davantage sur une pièce contemporaine qu’il est possible de dire combien Lio Kuokman est un fin musicien qui communique magnifiquement tant avec l’orchestre que le public.

Michael Barenboim © Marcus Hoehn
Michael Barenboim © Marcus Hoehn

Après ce beau succès l’entrée du violoniste Michael Barenboim est également énergique et joyeuse. Le subtil 2ième concerto de Mendelssohn débute comme un rêve avec un legato du violon, un son plein et délicatement nuancé qui est un véritable ravissement. L’équilibre avec l’orchestre est parfait. Lio Kuokman dans sa direction est le tact même permettant à Michael Barenboim de nuancer avec la plus grande délicatesse sans jamais risquer d’être couvert par l’orchestre pourtant très présent. Cette alchimie musicale si passionnante dans ce magnifique concerto fonctionne à merveille. Le deuxième mouvement plane haut et le final est une véritable joie partagée. Dans le bis offert par le violoniste son humour se révèle. Ce jeune musicien fils de Daniel Barenboim et d’Elena Bashkirova est né sous des étoiles musicales éblouissantes. Tout est musique en lui, tout lui est facile, comme évidant et la plus grande virtuosité n’est que pure émotion musicale, sans jamais la moindre ostentation. Quelle relève dans ces enfants de grands musiciens. Michael Barenboim n’a pas de difficulté à se faire un prénom et je rappelle cet été les immenses qualités d’Alexandre Kantorow et de Paolo Rigutto à la Roque d’Anthéron, dignes fils musiciens de parents également doués d’une génération à l’autre.

Lio Kuokman

Après une courte pause le jeune chef revient et dirige par cœur les somptueux Tableaux d’une exposition de Modeste Moussorgski dans la sensationnelle orchestration de Maurice Ravel. Dès l’introduction de la promenade par la trompette solo le ton est donné, liberté et beauté sonore. Le chef lâche la bride et le trompettiste joue magnifiquement dans un phrasé de rêve. Puis le chef prend toute la main pour obtenir de l’orchestre en très grande forme une interprétation tout à fait remarquable. Le mélange de souplesse, de précision et de gourmandise dans la direction de Lio Kuokman est passionnant à observer pour le public tant il semble annoncer ce que l’oreille va entendre. L’écoute et le regard se rencontrent comme rarement en assistant à un concert dirigé par ce jeune chef tout à fait séduisant.  Que dire de cette fin de soirée si ce n’est que la jubilation était partout. La construction de chaque « tableau », de chaque « promenade » s’inscrit dans la totalité de l’œuvre avec ce magnifique crescendo final dans la « Grande porte de Kiev ». Mais avant le « Veccio Castello » permet une fusion parfaite du rare saxophone dans les sonorités confortables du basson puis les bois : la poésie irradie. « Le ballet des poussins » est une horlogerie suisse parfaitement réglée. La magnificence des gros cuivres dans « Catacombes » est terriblement impressionnante. La puissance et la précision des contrebasses dans « La cabane sur des pattes de poules » provoquent un effet délicieusement effrayant. Vraiment une très belle interprétation signant une vraie fusion musicale entre les musiciens de l’orchestre et le chef.

Si Lio Kuokman n’était pas déjà si engagé dans de nombreux projets il serait possible de penser à lui pour l’avenir de l’Orchestre du Capitole. Tout du moins nous l’espérons comme chef régulièrement invité !

Hubert Stoecklin


Orchestre national du Capitole

Orchestre Du Capitole Lio Kuokman

Critique. Concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 15 octobre 2021. Qigang Chen (né en 1951) : Wu Xing ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Concerto pour violon n°2 en mi mineur op.64 ; Modeste Moussorgski (1839-1881) / Maurice Ravel (1875-1937) : Les Tableaux d’une exposition ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Michael Barenboim, violon ; Lio Kuokman, direction.

Adam Laloum à bas bruit en concerts quasi privés

Expérience musicale. Toulouse. Théâtre Garonne, les galeries. Du 26 Aout au 6 Septembre 2020. Adam Laloum, piano. Mi-Sa Yang, violon.

A bas bruit la musique fait son retour à Toulouse grâce au Théâtre Garonne

On le sait la culture doit rentrer en résistance pour subsister après le Covid. On ne compte plus les artistes malheureux, les projets annulés, les spectacles ajournés, les déplacements, annulations, réductions, et que sais-je encore. Des saisons amputées, des Festivals laminés, des morts et aussi  des résistants.

Nous avons eu la chance d’aller à Salon de Provence et à la Roque d’ Anthéron. Et à Toulouse la Musique en dialogue à la Chapelle des Carmélites ( tous les compte rendu dans les articles ci dessous).

Les organisateurs de spectacle ont dû avaler des couleuvres, faire et refaire des plans de salle selon des directives aussi arbitraires que délétères.  A Salon le port du masque durant les concerts en plein air et des places vides partout. A la Roque un plan millimétré privant des deux tiers des places, mais autorisant d’enlever le masque durant les concerts, en plein air tout de même ! Et toujours une organisation parfaite, des bénévoles experts dans l’art de diriger un public impatient mais docile. Et combien y a-t-il eu de réunions, de négociations… de travail fastidieux souvent inutilisable, de tracas, de peurs et de moments de désolation….  Jamais je ne serai assez reconnaissant à ces résistants qui portent haut l’étendard de la liberté de l’expression artistique malgré toute la bureaucratie maudite. Le travail de toutes les personnes « autours » des artistes a été remarquable, absolument fondamental. Merci à tous.

Les artistes étaient tous émus d’enfin jouer pour le public, dans des retrouvailles très émouvantes. La plupart ont évolué durant ce confinement, certains abordant de nouveaux répertoires. Les organisateurs de spectacles ont osé et ont réussi des paris parfois improbables. Il en est ainsi du Théâtre Garonne à Toulouse qui a fait sa rentrée à « BAS BRUIT » dans ses souterrains.

On ne peut pas trouver idée plus symbolique pour évoquer ce qui se passe. Il faut retrouver le gout du partage du beau à petite dose, sans faire de bruit, mais pas sans passion. Ainsi le pianiste Adam Laloum a-t-il enchanté les lieux souterrains avec des moments rares. De trois à cinq petits concerts par jour. Cela permettait au public de venir petit à petit. Pour certains de revenir avec un gout de plaisir défendus.  Certes il n’y avait que 20 personnes à la fois mais enfin 20 qui nageaient dans le bonheur, à côté du musicien et dans une plénitude sonore presque impudique. Le piano demi-queue sonnait puissant dans cette acoustique si particulière de ces boyaux de brique qui autrefois conduisaient de puissantes eaux venues de la Garonne toute proche.

Lieu magique, formule inouïe, et artiste complètement en transe. Le résultat ne peut se raconter tant ce qui a été vécu a été fort. Durant les trois premiers jours il y avait quatre concerts de piano solo de 30 minutes en moyenne qui alternaient.

Adam Laloum 2 Photo Carole Bellaiche C Mirare 0
Adam Laloum © Carole Bellaiche
  1. La Sonate de Berg (11’) et la sonate D.664 de Schubert (25’).

Adam Laloum aborde cette unique sonate de Berg en post romantique encore sensible au lyrisme. Il fait chanter son piano et dans une clarté de jeu rare nous révèle tous les plans de cette partition. Le jeu limpide, les phrases sculptées et les rythmes précis créent un moment inoubliable. Puis la délicate et joyeuse sonate D.664 de Schubert n’est que bonheur partagé. Elle semble facile coulant sous des doigts légers.

  1. La sonate D.959 de Schubert (42’)

Cette sonate est d’une beauté incroyable dans l’interprétation qu’en fait Adam Laloum nous l’avons écrit, il y rencontre le génie de Schubert et le tutoiement est évident. Il y a comme une fusion fraternelle entre un compositeur et un musicien à travers les siècles. Une entente  comme il y en a peu car basée sur un partage de la même sensibilité et de la même poésie du monde entre joies et peines. Adam Laloum est le Schubertien dont on rêve depuis Rudolf Serkin et plus loin encore, Arthur Schnabel. Le deuxième mouvement «  Andantino » à chaque fois me transporte. C’est si beau, si puissant émotionnellement et la proximité du piano permet de rentrer dans le son si riche d’Adam Laloum comme jamais dans une vaste salle de concert. Tant dans le suave de ses pianissimi que dans la puissance émotionnelle de ses forte. La tempête centrale est dévastatrice, mais la tendresse qui suit est une consolation aimante qui fait tout oublier.

  1. La troisième sonate de Brahms en fa mineur op.5 (37’)

Cette œuvre nous la devons au confinement. Elle convient parfaitement aux moyens actuels du pianiste nous l’avons dit lors de sa venue à La Roque cet été. Il domine complètement la puissance de cette œuvre, la plus épanouie en terme lyrique et émotionnelle. Pouvoir l’écouter de si près permet de se rendre compte de l’ampleur phénoménale des nuances. C’est parfois presque trop intime de voir Adam Laloum donner tant dans son jeu. Il part quelque part et nous entraine avec lui. Il utilise ses recherches sur les sonorités du piano. Il colore, il sculpte le son et met tout cela au service d’une émotion irrésistible. Le jeu est émotionnel certes, mais également très maitrisé avec une constante lisibilité des plans, des structures et de la construction générale. Que ses graves ont beaux, chauds, profonds ! Et les aigus peuvent s’envoler avec légèreté ! Dans le deuxième mouvement « Andante espressivo » Adam Laloum sembler nager, comme flotter dans l’harmonie à la manière d’un poisson dans l’eau. Il semble nous amener à traverser la texture harmonique pour nous en délecter autant que lui.

Adam Laloum
  1. Schumann Kreisleriana op.16 (33’)

J’aime ce recueil et ce que nous offre Laloum ne ressemble à rien de ce que je connais. Il sait donner une sorte d’évidence à ce kaléidoscope émotionnel et pianistique. Tout est là sans heurts sans violences dans des oppositions et des contrastes qui se répondent plus qu’ils ne s’opposent. Des nuances incroyablement creusées, des couleurs innombrables et des traits précis, phrasés avec une sorte de largesse pleine de générosité toute schumanienne. Du beau piano mais surtout de la très, très belle musique !

  1. Deux sonates pour violon et piano de Brahms op.100 et op.108. Avec la délicieuse Mi-Sa Yang.

L’amie violoniste n’est pas arrivée comme prévu le mercredi 2 Septembre retenue par des exigences Covid…. Nous craignions le pire pour elle espérant toutefois qu’elle pourrait venir. Avec vaillance Adam Laloum a repris son programme soliste et c’est avec un immense plaisir que nous avons pu entendre une nouvelle fois la troisième Sonate de Brahms dans une interprétation peut être encore plus passionnée voire hallucinée.  Mais le lendemain elle est arrivée… Et tous les deux en fusion comme nous le savons ils se sont lancés dans ces deux extraordinaires sonates de Brahms. Bien évidement l’op.108 avec son lyrisme débordant restera dans les mémoires. Ces deux artistes qui font de la musique ensemble depuis leurs études partagent la même vision poétique, la même fine musicalité qui va droit à l’expression sans se soucier de la virtuosité autrement que comme moyen. Aimez-vous Brahms ? Il est difficile de ne pas adhérer totalement à cette musique avec des interprètes si doués.

Adam Laloum avec ces trois compositeurs, Schubert, Schumann et Brahms est au cœur de son répertoire, c’est un grand romantique dont l’évolution est passionnante. Aussi à l’aise seul qu‘ en musique de chambre et si dieu veut nous le retrouverons avec l’Orchestre du Capitole à la Halle-aux-Grain le 7 Janvier 2021 dans le concerto de Schumann ! Justement le concerto le plus chambriste du répertoire….

Hubert Stoecklin

Théâtre Garonne saison à Bas Bruit

Benjamin Grosvenor en parfait gentleman musicien

CRITIQUE. Concert. LA ROQUE D’ANTHERON. Auditorium du parc, le 11 Août 2021. LISZT. A. GINASTERA. M.RAVEL. B. GROSVENOR.

 

Benjamin Grosvenor est la perfection digitale.

Découvert ici même en 2019 Benjamin Grosvenor nous avait conquis. Cf Chronique. Sa discographie a toutes les faveurs de la rédaction de Classique news. Ce récital reprend pour moitié le dernier CD qu’il a enregistré pour Decca, sobrement intitulé : Liszt.

Dès les premières notes des sonnets de Pétrarque le ton est donné, celui d’une lecture châtiée, élégante et d’une précision incroyable. La virtuosité intrinsèque chez Liszt trouve en Benjamin Grosvenor un interprète idéal qui rend musical tout trait, même le plus virtuose. D’autres mettent davantage le chant en avant, car ces sonnets sont premièrement des lieder. Ici le parti pris peut sembler plus intellectuel que sensuel et permet une mise en valeur de la grande complexité des partitions.  Puis la sonate en si mineur si expérimentale prend sous les doigts de Benjamin Grosvenor une dimension quasi cosmique. Les tempi sont élastiques, les nuances hyper creusées, les couleurs infiniment chatoyantes ; cela permet de mettre en lumière des aspects incroyablement variés de cette partition tout à fait inclassable. C’est bien cette dimension de totale liberté, reposant sur une technique superlative faisant penser que « tout, absolument tout est possible » à cet artiste qui fait de cette interprétation une référence qui fera date. La maturité acquise par ce jeune homme de 29 ans laisse pantois.

Benjamin Grosvenor 4 © Valentine Chauvin 2021
Photo : Valentine Chauvin

Une courte pause, mais sans entracte (interdiction préfectorale) et voilà notre artiste qui nous entraîne avec cette précision diabolique dans l’univers peu contrôlé de Ginastera et ses « danzas argentinas ». Des doigts qui semblent se démultiplier, des bras qui semblent s’allonger chez le pianiste, un piano qui semble développer des sonorités nouvelles.  Un incroyable mélange de brillant et de virtuosité nous est offert dans ces partitions complexes sans aller jusqu’à la folie latine.

Ravel et son si difficile « Gaspard de la nuit » va constituer l’apothéose de ce concert virtuose.

Gaspard de la nuit, spécialité de Martha Arguerich, semble trouver en Benjamin Grosvenor un digne héritier de cette virtuosité sidérante faite expression musicale totale. Chez Benjamin Grosvenor Ondine est un piano fait en élément liquide avec le brillant des rayons de lune dans l’eau. C’est incroyablement précis et flou en même temps afin de créer une dimension onirique. Un piano entre rêve et réalité, absolument magique. Le Gibet avec des sonorités d’un froid glacial change totalement le son du piano. Benjamin Grosvenor ose des effets de grande inquiétude. C’est Scarbo qui offre la plus grande virtuosité et exige le plus de mise en scène musicale. Benjamin Grosvenor comme dans ses Liszt garde la tête froide et les doigts souverains. Rien ne lui échappe et la clarté du jeu permet de tout entendre dans cette partition pourtant tout à fait diabolique. Comment est-il possible d’obtenir cette précision à cette vitesse ? Voilà un secret bien gardé par le jeune homme si doué et aussi appliqué dans sa recherche de perfection. Avec peu de sorties de disques, des concerts reprenant un répertoire bien travaillé Benjamin Grosvenor est un sage parmi les jeunes pianistes plus frénétiques.

Benjamin Grosvenor 14 © Valentine Chauvin 2021
Photo : Valentine Chauvin

Le public très enthousiaste obtient deux bis. Liszt avec un diabolique Sherzo, Gnomenreigen, grand cousin de Scarbo.  Ginastera avec une Danza de la moza donoza op.2 n°2 toute de délicatesse.

Voilà un grand musicien virtuose de l’avenir car sa toute jeune maturité ne peut que se développer.

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. La Roque d’Anthéron. Auditorium du Parc. Frantz Liszt (1811-1886) : Sonate en si mineur ; Années de pèlerinage, 2 ième année (Italie) Sonnets de Pétrarque 104 et 123 ; Alberto Ginastera ( 1916-1983) : Danzas argentinas op.2 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de la nuit ; Benjamin Grosvenor, piano.

PHOTOS : Valentine Chavin

Père et fils les Kantorow : quel bonheur !

CRITIQUE. Concert. La ROQUE D’ANTHERON. Auditorium du Parc, le 7 Août 2021. D. CHOSTAKOVITCH. C. SAINT-SAENS. SINFONIA VARSOVIA. J.J KANTOROW. A. KANTOROW.

Kantorow père et fils sont toute musique !

Concert attendu dans la peur de l’orage qui a su rester à distance fort heureusement. Le ciel est favorable à la musique et le parc après l’orage a vu quelques étoiles briller en fin de soirée.  Le génie musical de Jean-Jacques Kantorow, violoniste et chef d’orchestre à la renommée planétaire reprenait ce soir la baguette d’un orchestre qu’il a dirigé souvent et qu’il connaît bien. Un enregistrement des concertos de Camille Saint-Saëns avec Alexandre Kantorow il y a quelques années est une véritable pépite et prouve le lien qui les unit.

A Kantorow Sinfonia Varsovia JJ Kantorow 8 © Valentine Chauvin 2021
Photo : Valentine Chauvin

Le Sinfonia Varsovia est ce soir présent en formation réduite et jouera deux adaptations de Daniel Walter. Le Quatuor à cordes n°3 de Dimitri Chostakovitch dans sa transcription pour quintette à vent et quintette à cordes est donc proposé dans une formation type orchestre Mozart. Jean-Jacques Kantorow garde une allure dynamique et lorsqu’il dirige semble retrouver toute sa jeunesse. La grande bienveillance qui se dégage de sa direction ne laisse rien passer et obtient une précision parfaite de la part de chaque instrumentiste. L’orchestration est particulièrement réussie qui donne aux vents et au cor toutes les particularités que Chostakovitch leur donne dans ses partitions d’orchestre. La direction de Jean-Jacques Kantorow est précise, claire et très efficace. La partition se développe avec efficacité et l’énergie est constamment renouvelée par le chef. L’osmose entre le chef et l’orchestre est magnifique et la partition de Chostakovitch devient limpide avec de tels interprètes. Un grand moment de musicalité très efficace et émouvant découle de l’écoute de ce quatuor transformé si intelligemment et si habilement joué.

Les qualités instrumentales du Sinfonia Varsovia sont tout à fait excellentes avec des bois particulièrement beaux et des solistes de chaque famille de cordes magnifiques. Insistons sur la qualité du chef et celle de ce magnifique orchestre car lorsque le concerto se déroulera le soliste va par son jeu intense prendre la première place au risque de les éclipser. Il ne faudrait pas penser que l’orchestre va juste accompagner le génie pianistique d’Alexandre Kantorow, bien au contraire le Sinfonia Varsovia est, même dans cette dimension réduite, de tout premier plan et Jean-Jacques Kantorow est un chef extrêmement vigilant à tout ce qui se passe, sans autoritarisme il arrive à obtenir ce qu’il veut de chacun.

A Kantorow Sinfonia Varsovia JJ Kantorow 15 © Valentine Chauvin 2021
Alexandre KANTOROW Photo Valentine Chauvin

L’entrée du jeune Alexandre Kantorow (23 ans) est très émouvante; l’orchestre le regarde avec une bienveillance rare et le chef, son père, l’accompagne sur scène avec une joie non dissimulée. Détendu en apparence mais déjà très concentré, Alexandre se jette dans le début très rhapsodique du terrible deuxième concerto de Camille Saint-Saëns avec une autorité sidérante. Le geste large, des sonorités d’orgue, une maîtrise rythmique toute en souplesse font de cette « prise en main » un moment sidérant. La réponse de l’orchestre dans la même manière donne le frisson. Nous sommes bien devant une rencontre entre génies qui va faire date.  Tout ce qui va suivre va être difficilement analysable tant les interprètes vont toucher à la perfection sur tous les plans. Alexandre Kantorow a acquis une autorité sidérante, la puissance digitale s’est encore affirmée donnant plus de présence à son jeu avec une recherche de sonorités amples et majestueuses admirablement adaptées à ce premier mouvement. L’orchestre participe avec la même ampleur puis le dialogue plus mélancolique se déploie et l’osmose entre tous devient d’une rare évidence. La partition de Saint-Saëns s’en trouve magnifiée. Jean-Jacques Kantorow couve le pianiste du regard et semble avoir l’œil sur chaque musicien de l’orchestre, il est partout et entretient des liens avec chacun. Le résultat est une parfaite connivence musicale qui magnifie le jeu du pianiste comme les solos de l’orchestre.

A Kantorow Sinfonia Varsovia JJ Kantorow 11 © Valentine Chauvin 2021
Valentine Chauvin : Photo

Le deuxième mouvement, sorte de scherzo, permet à Alexandre Kantorow d’alléger son jeu avec une précision incroyable, il invente des notes perlées comme rebondies. La précision est partout dans le moindre trait du pianiste et chaque intervention de l’orchestre. C’est une véritable orfèvrerie suisse. La mécanique est absolument impeccable avec un véritable sens de l’humour partagé. La délicatesse du toucher d’Alexandre Kantorow a quelque chose de féérique. Après le deuxième mouvement le regard du père à son fils semble dire c’était magnifique es-tu vraiment prêt pour le final ? Tous vont s’engager dans la virevoltante tarentelle finale qui caracole à toute vitesse. C’est vertigineux, magnifique, sublime et l’humour des syncopes, rythmes décalés, enchantent les musiciens. Tout tombe à la perfection, cela avance sans prendre de repos, en entrainant le public avec lui dans la joie la plus grande. Ce mouvement final devient absolument jubilatoire avec des interprètes si doués.

A Kantorow Sinfonia Varsovia JJ Kantorow 6 © Valentine Chauvin 2021
L’osmose père fils
merveilleuse photo de Valentine Chauvin

Alexandre Kantorow trouve une ressource incroyable donnant toute son énergie dans ses traits virtuoses incroyables. Ses doigts volent, ses mains s’allongent, rien ne semble pouvoir limiter le jeu du pianiste. La joie explose de toute part sur scène comme dans la salle. Nous venons de vivre un moment exceptionnel et chacun en est bien conscient. Le public en transe obtient d’Alexandre Kantorow très épanoui et heureux trois extraordinaires bis d’une belle générosité.

Le mouvement lent de la troisième sonate de Brahms est d’une beauté à faire fondre les cœurs de pierre les plus durs. La danse finale de l’oiseau de feu atteint sous ses doigts à une puissance orchestrale. La délicatesse et la mélancolie d’une ballade de Brahms permettent de laisser le public partir sur des sentiments plus apaisés. Chacun sait qu’il a vécu un instant magique en sortant du parc. Le Château de Florans, dont le parc est un oasis de bonheur,  a été béni des dieux une fois de plus.

A Kantorow Sinfonia Varsovia JJ Kantorow 14 © Valentine Chauvin 2021
Photo de Valentine Chauvin

Hubert Stoecklin

Critique. Concert. La Roque d’Anthéron. Auditorium du Parc. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) /Daniel Walter (né en 1958) : Quatuor à cordes n° » en fa majeur op.73, transcription pour quintette à vents et quintette à cordes ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) / Daniel Walter (né en 1958) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur op.22, transcription pour piano et petit orchestre ; Sinfonia Varsovia ; Alexandre Kantorow, piano ; Jean-Jacques Kantorow, direction.

Un GRAND BRAVO à la jeune photographe du Festival : Valentine Chauvin !

A Kantorow Sinfonia Varsovia JJ Kantorow 16 © Valentine Chauvin 2021
Photo Valentine Chauvin

Musique en dialogue aux Carmélites Honore Jean De La Fontaine

CRITIQUE concert. TOULOUSE. CHAPELLE DES CARMELITES. Le 18/07/2021. LE BESTIAIRE BAROQUE DE LA FONTAINE. ENSEMBLE FAEZA. M. HORVAT.

Crédit Photos : J.J. Ader

Nous fêtons cette année le quatre-centième anniversaire de naissance de Jean de La Fontaine. Musique en dialogue aux Carmélites consacre sa saison à cet événement avec cinq concerts. L’Ensemble Faeza dirigé par Marco Horvat est à géométrie variable et se réclame du chant auto accompagné. Seule la claveciniste reste sur son unique instrument.

Ce concert d’un étonnant Bestiaire Baroque fait la part belle aux textes des fables de La Fontaine. Les musiciens des XVII et XVIII ièmes siècles n’ont pas tari de références à la nature sous toutes ses formes. Nous retrouvons parmi les plus célèbres compositeurs François Couperin et Marin Marais, les plus rares sont par exemple Jacques-Martin de Hautteterre, François Campion, Jean-Baptiste Drouart de Bousset. Tous ces compositeurs ont beaucoup d’esprit et une fantaisie débridée pour illustrer la nature. L’agencement du concert est habile et Marco Horvat et son équipe rivalisent de bonne humeur et de fantaisie. Ce projet de chant accompagné est très baroque en lui-même et permet aux cinq musiciens des effets très variés. Chant seul a capella, chant accompagné, polyphonies, pièces pour clavecin seul, pièces instrumentales, pièces pour voix et instruments,  tout se complète avec art pour nous offrir un voyage très instructif dans ce bestiaire baroque. Les fables de La Fontaine parfois très rares portent toujours aussi haut qu’à leur création leurs précieux messages. Celle qui ouvre le concert des « grenouilles qui demandent un roi » peut avoir une allure très contemporaine.

L’esprit est donc l’élément marquant de ce concert. Chaque musicien se distingue par sa finesse, sa virtuosité et son partage généreux.  Les deux sopranos Olga Pitarch et Sarah Lefeuvre sont des diseuses délicates avec des voix très musicales et très pures. Marco Horvat a une voix de baryton naturelle avec une diction admirable. Les flûtes et la cornemuse sont très agréables et évoquent un coté champêtre très bien venu. Le clavecin donnant la couleur aristocratique qui revient à La Fontaine homme de cours.

La Chapelle des Carmélites demeure un écrin idéal pour des concerts si subtils entre mots et notes.

D’autres concerts seront consacrés par Musique en Dialogue au grand La Fontaine dont on ne peut se lasser de la sagesse aujourd’hui comme de tous temps. Que n’avons nous un La Fontaine pour nous parler, grâce à nos amis les animaux, de nos réactions parfois si insensées face à un certain virus venu de Chine ?

Hubert Stoecklin

https://musiquendialogue.org/

Le fable à méditer

Critique concert. Toulouse. Chapelle des Carmélites, le 18/07/2021. Musique en dialogue aux Carmélites. Le Bestaire Baroque de Jean de Lafontaine. Musiques diverses des XVII et XVIIIe siècles.

Ensemble Faenza, direction Marco Horvat ; Sarah Lefeuvre, chant et flûtes ; Hermine Martin, flûtes et musette ; Olga Pitarch, chant, danse et ottavio ; Ayumi Nakagawa, clavecin ; Marco Horvat, chant, archiluth et guitare.

L’ ELEKTRA terrassante de Michel Fau !

Compte rendu opéra ; Toulouse. ;  Théâtre du Capitole,  les 2  et 4 Juillet 2021 ; Richard Strauss (1864-1949) : Elektra ; Tragédie  en un acte ; Livret  de Hugo von Hofmannsthal ; Création  le 25 janvier 1909 au Semperoper de Dresde ; Michel Fau,  mise en scène ; Hernán Peñuela,  scénographie ; Phil Meyer,  sculpture et peinture ; Christian Lacroix,  costumes ; Joel Fabing,  lumières ; Ricarda Merbeth : Elektra ; Johanna Rusanen : Chrysothémis ; Violeta Urmana : Clytemnestre ; Matthias Goerne :  Oreste ; Frank van Aken : Égisthe ; Sarah Kuffner : La Confidente, la Surveillante ; Svetlana Lifar,  Première Servante ; Grace Durham,  Deuxième Servante ; Yael Raanan-Vandor :  Troisième Servante, La Porteuse de Traîne ; Axelle Fanyo : Quatrième Servante ; Marie-Laure Garnier : Cinquième Servante ; Valentin Thill : Un Jeune Serviteur ; Barnaby Rea,  Le précepteur d’Oreste ; Thierry Vincent : Un vieux Serviteur ; Zena Baker, Mireille Bertrand, Catherine Alcoverro, Judith Paimblanc, Biljana Kova, Stéphanie Barreau : Six servantes ; Orchestre National du Capitole ; Chœur du Capitole, Alfonso Caiani  direction; Frank Beermann,  direction musicale

Cette réouverture à un spectacle lyrique complet était tant attendue que les chances de nous satisfaire étaient mises à rude épreuve. Mais le Capitole est une grande maison et avec toutes ses forces sous la direction avisée de Christophe Gristi elle a produit un chef d’œuvre, un spectacle total comme il arrive peu de fois dans une vie lyrique de la vivre. J’ai du voir deux fois ce spectacle pour en approcher la richesse et la complexité. Extraordinaire travail d’équipe. Mise en scène très aboutie de Michel Fau, entouré d’artistes merveilleux, distribution parfaite, orchestre somptueux et chef survolté.

Toute l’ « affaire » Elektra est soumise à son père Agamemnon. Son lien morbide hystérique à son père est fatal on le sait. Jamais il n’a été si fortement maladif, car Elektra dans cette production porte une robe de mariée…

Toutes le photos sauf celle de la Statue dans l’escalier sont de Mirco Magliocca.

Ricarda Merbeth (Elektra) © Mirco Magliocca

On voit sur cette photo le jeu extraordinaire de Riccarda Merbeth très expressive avec  ses regards hallucinés . On voit également le grand corps malade et abattu après avoir été mutilé du Roi  Agamemnon. Riccarda Merbeth EST ELEKTRA. Voix colossale, jeux expressifs, endurance , elle a tout.

Cette extraordinaire présence est due à l’art de Phil Meyer qui signe également le rideau de fond de scène. Une statue plus petite mais érigée accueillait, si l’on peut dire,  les spectateurs au haut du grand escalier du Capitole.

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L’ idée de cet Agamemnon qui prend toute la place physiquement permet de comprendre combien  le monde intérieur d’Elektra est envahi.

Tous les autres personnages sont gênés par cette statue abattue mais si envahissante. Egisthe ira jusqu’à y trébucher dangereusement.

Les autres rôles sont distribués à la perfection.

La Chrisothémis de Johanna Rusanen  est  » HENORME » . Véritable sœur d’Elektra elle pourra en assumer le rôle bientôt. Voix puissante et charge expressive impressionnante.

La rivalité entre les sœurs en devient mortelle.

Ricarda Merbeth (Elektra), Johanna Rusanen (Chrysoth‚mis) © Mirco Magliocca

La terrible mère qui ne sait comment vivre après son crime est Violetta Urmana, dans une somptueuse robe rouge, elle vocifère, écarlate de colère et de honte.

Violeta Urmana (Clytemnestre) © Mirco Magliocca

L’affrontement Mère-fille est épouvantable à souhait

Elektra Capitole Toulouse Tragedie Blanc Rouge
ELEKTRA 7

Le seul moment de tendresse en devient bouleversant par la présence si digne d’Oreste. C’est l’immense Matthias Goerne qui fait une prise de rôle magistrale.

Ricarda Merbeth (Elektra), Matthias Goerne (Oreste) © Mirco Magliocca

Les costumes de Lacroix sont tous, comme espérés, absolument somptueux.

L’orchestre placé en fond de scène est d’une présence terrible mais la direction magistrale de Frank Beermann  évite toute mise en danger des voix.

Aux saluts le dispositif complet :

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Un spectacle magistral je vous dis.

Hubert Stoecklin 

Critique détaillée sur Classiquenews.com

Il sera possible d’écouter cette version historique sur France Musique.


Théâtre du Capitole

Elektra 2021

Dialogue des âmes musicales avec Danil Trifonov

Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 15 Juin 2021. Karol Szymanowski (1892-1937) : Sonate pour piano n°3 op.36 ; Claude Debussy (1862-1918) : Pour le piano L.95 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour piano n°3 en fa mineur op.5 ; Daniil Trifonov, Piano.

Tant d’humanité et ce jeune homme n’a que trente ans !

La venue de Daniil Trifonov à Toulouse pour un récital solo tient de l’évènement. Les Grands Interprètes savent inviter les artistes incontournables et avec un tel interprète le bonheur est total. Retrouver enfin des concerts est un bonheur en soi mais reprendre les concerts des Grands Interprètes avec Daniil Trifonov est un privilège inouï.

Le pianiste russe est un phénomène dont j’avais déjà rendu compte en 2018 à La Roque d’Anthéron. Je pourrai me contenter de reprendre cet article dithyrambique et qui rapportait l’effet produit par la rencontre de ce génie. Il n’est pas facile de rendre compte d’un tel choc avec de simples mots. Car Daniil Trifonov, qui a tout juste trente ans, a une maturité musicale incandescente. La flamme qui l’habite et le ronge est perceptible dans chaque répertoire abordé.  Il semble changer de piano au cours du même concert tant il peut obtenir une variété de sonorités. Chaque compositeur sera proposé dans un univers sonore propre.

Daniil Trifonov © Dario Acosta
Daniil Trifonov © Dario Acosta

La terrifiante 3ème sonate de Karol Szymanowski met bien des pianistes en difficulté. Daniil Trifonov ne fait qu‘une bouchée ce cette œuvre virtuose. Le jeu est souverain avec des nuances incroyablement creusées. Les pianissimi perlés sont surnaturels. La manière dont il fait sonner les graves est absolument unique. La sonate de Karol Szymanowski laisse sans voix. L’engagement du soliste est total. Il donne à l’œuvre une dimension cosmique.  La manière dont Trifonov joue est comme remplie de modestie et de respect pour le compositeur. Il n’y a jamais dans le jeu cette recherche d’admiration si répandue. Il se donne comme mission de défendre avec sa vie, sa vision de l’œuvre et rend compte au public de son extraordinaire travail de recherche.

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Photo : Dario Acosta

La sonate de Karol Szymanowski est assez courte mais Trifonov abolit le temps, il varie tellement son jeu que nous avons l’impression d’un monde infini. La manière dont il enchaine sans vraiment de temps de repos, va nous offrir un moment d’une rare profondeur. Il nous fait plonger dans ce Debussy de la première période qui n’est pas encore « impressionniste ». Trifonov va en magnifier la force rythmique. Il nuance avec subtilité et phrasé de manière très personnelle. Tout cela renouvelle notre écoute.  Là également il n’y a aucune recherche d’effet, rien d’une séduction qu’un tel jeu en sa perfection n’aurait aucun mal à convoquer. Non un artiste intègre qui se lance à corps perdu dans son interprétation. Il est probable que c’est cette mise à nue de l’interprète, le don total de sa personne qui produit cette écoute si particulière du public. Il y a quelque chose de chamanique dans l’attitude de Trifonov. Il nous ouvre à un niveau supérieur de compréhension des œuvres. Cela sera encore plus puissant pour moi avec la troisième sonate de Brahms que j’aime beaucoup et que j’écoute toujours avec grand intérêt. Est-ce si étonnant que Trifonov m’en révèle des moments nouveaux alors que je croyais si bien la connaître ? Là aussi le don total de l’interprète, ses propositions interprétatives si personnelles obtiennent une adhésion sans réticence. La puissance du jeu permet une écoute comme facilitée. Tout étant possible aux doigts du prodige russe, la sonate semble d’une facilité extrême. C’est tout dire ! La modernité éclate comme une évidence. Le souffle romantique est aussi puissant qu’un tsunami qui balaye toute référence à une autre interprétation. Il s’agit d’autre chose. Peut-être est-ce dû au partage de la vision d’un interprète en transe qui sait par sa sincérité nous embarquer avec lui dans un voyage fabuleux. Cette inestimable artiste ne permet pas d’analyser ses interprétations il me convainc de le suivre sans résistances. Il a tout ce dont un virtuose du piano peut rêver mais surtout il a une chaleur dans son interprétation de cette sublime sonate de Brahms qui est celle d’un poète. Et cette manière de changer le son de son piano est très impressionnante dans cette dernière œuvre. Pour Brahms il acquiert comme des sonorités d’orgue avec des graves d’une profondeur abyssale. Il ose tordre certaines phrases pour leur donner un poids expressif inconnu. Comme il est vain d’essayer de parler du génie d’un interprète ! Daniil Trifonov est un homme d’une richesse et d’une générosité uniques. Tant de dons, tant de recherche et de travail, tant de beauté et bonté en une seule personne semble un rêve. Avec des moyens moins extraordinaires je connais des pianistes doués qui auraient obtenus une standing ovation dans un partage hystérique. Rien de tel ce soir, des applaudissements, des mercis hurlés mais également un immense respect. C’est ainsi que Trifonov en nage, après un programme si conséquent joué sans entractes, offre deux bis à son public. Un mouvement évanescent, avec des notes perlées délicatement ciselées et beaucoup d’humour, qui après les fulgurances brahmsiennes sont comme un bonbon et démontre la maitrise totale dont Trifonov est capable. Puis la sublime adaptation par Myra Hess de « Jésus que ma joie demeure » interprétation simple et belle comme l’évidence de la grâce partagée.

Daniil Trifonov © Dario Acosta Deutsche Grammophon

Plus qu‘un pianiste virtuose, ou un musicien de génie, Daniil Trifonov est un grand homme qui en partageant ainsi son humanité rend meilleur celui qui l’écoute et qui arrive à sentir son âme s’accorder à la sienne. Tant d’humanité et ce jeune homme n’a que trente ans !

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Trifonov © Christophe GREMIOT

Hubert Stoecklin

Lien vers la chronique de 2018 à La Roque


Les Grands Interprètes

Affiches Artistes

Enfin le Capitole rouvre avec la Force du Destin pas moins ! En avons nous fini avec le couvre feu ???

Compte rendu concert. Théâtre du Capitole de Toulouse, le 23 mai 2021. Opéra en version de concert en raison des exigences sanitaires. Giuseppe Verdi ( 1813-1901) : La Forza del Destino, Opéra en trois actes ; Livret de Francesco Maria Piave ;  Distribution : Catherine Hunold, Leonora di Vargas ; Amadi Lagha , Don Alvaro ; Gezim Myshketa, Don Carlos di Vargas ; Roberto Scanduzzi, Le marquis de Caltrava et Padre Guardiano ; Racham Brydce-Davis, Prezosilla ; Sergio Vitale, Fra Melitone ; Roberto Covatta, Trabuco ; Cécile Gallois, Curra ; Barnby Rea , lcade et Chirurgico ; Chœur du Capitole (Direction : Alfonso Caiani) ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction musicale : Paolo Arrivabeni.

Le Capitole tient face au destin commun crânement

Nous n’en pouvions plus ! La limite était atteinte. Plus rien au Capitole depuis Octobre 2020 avec un Cosi aussi merveilleux que malmené avec un orchestre covidé après la première ! Plus rien quand la saison devait être merveilleuse !  Les titres les uns après les autres enterrés ! Un Eugene Onéguine parfaitement répété et très prometteur, annulé à la dernière minute, puis le néant des annulations les unes après les autres. Malheur pour la maison vouée au silence, malheur pour les artistes rendus muets, mais malheur aussi au public. C’est de ces malheurs qu’il fallait s’extraire et le choix de la Force du Destin de Verdi est tout à fait excellent. Grande fresque « romanticofantastique » composée pour Saint-Petersbourg, cet opéra fleuve a une place particulière dans le cœur des amateurs d’opéras. N’est-ce pas ce thème du destin qui façonne « E La nave va » le film de Fellini dans lequel un aéropage de fous d’opéra font une croisière en hommage à une grande Cantatrice, la Tetua, dont les cendres sont jetées dans la mer. L’ouverture est présente dans le film « Le Parrain » « Manon des sources », etc…. Cet opéra contient bien des pages connues du grand public. Les amateurs d’opéras eux sont encore aujourd’hui à la recherche d’un enregistrement tout à fait satisfaisant. Croyez-moi il n’y en a pas encore un qui me satisfasse tant il y a toujours quelque chose qui résiste. Là un chef trop vulgaire, là trop indifférent, là un ténor trop héroïque, là pas assez poète. Là une Leonora bien chantante mais sans feu, là trop de voix, là trop de dureté dans l’aigüe, là trop de graves poitrinés et finalement avec une voix imparfaite, seule Callas fait de Leonora un vrai personnage. Presque toujours une Prezosilla insatisfaisante… Car la particularité de cet opéra est une dramaturgie entièrement musicale. En effet l’intrigue est absurde prise au premier degré. Et ce ne sont pas de vrais personnages engagés dans un conflit racinien ou amoureux. Ce sont des entités abstraites. Leonora la femme-enfant emprisonnée dans une position de fille et de sœur dont elle ne veut pas s’extraire, incapable de se donner à celui qu’elle prétend aimer. Alvaro, le Malheur personnifié et magnifié dans l’un des plus beaux airs de Verdi.  Carlo le monomaniaque de la vengeance, véritable thanatophore aveugle. Des abstractions qui chantent pourtant et incarnent des émotions fortes sans liens.

Le retour à l’opéra avec un tel ouvrage était donc gagné d’avance. Et la mise en scène (pourtant de Nicolas Joël) oubliée pour raisons covid, l’avouerons-nous, ne nous a pas manqué une seule fois. Cet opéra si grandiose se suffit à lui même pour faire avancer la théâtralité par la musique. Il faut dire que l’orchestre a été un partenaire de premier ordre. Superbes de timbre, d’énergie et d’engagement les musiciens de l’orchestre ont tous été merveilleux et les bois à la fête ont été particulièrement émouvants (l’air d’Alvaro !). La direction de Paolo Arrivabeni est très équilibrée. Dans un tempo plutôt allant le chef Italien fait avancer le drame sans temps morts. Les équilibres sont toujours parfaitement réalisés avec un chant éperdu toujours soutenu. Il sait offrir aux chanteurs la sécurité dont ils ont besoin tout en les entraînant sans temps morts. Les chanteurs idéalement placés en avant-scène sont face au chef et là où la voix s’entend le mieux. C’est donc un plateau parfaitement équilibré en termes de puissance qui va pouvoir nous faire vivre ce drame de l’absurde. Le héros incontestable de l’opéra est le ténor Amadi Lagha. Ce jeune homme a une voix d’airain homogène sur toute la tessiture. Les riches harmoniques du grave évoluant délicatement vers la lumière solaire d’aigus semblant faciles. La diction est souveraine, ce chanteur sait ce qu’il chante ! Voilà un Alvaro proche de l’idéal capable d’emportements sauvages et de noblesse d’âme. Il est un poète de la nuit dans un air d’anthologie à l’acte 3.  L’énergie qu’il met dans ses duos avec Carlo est incroyablement communicative. Grande et belle voix mais surtout interprète d’une rare intelligence dramatique. Nous le reverrons dans Don José l’an prochain au Capitole il y sera très attendu !

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Son amoureuse, Leonora, a la voix de Catherine Hunold. Verdi n’est pas le compositeur habituel de cette grande voix un peu dure dans l’aigu. Cette prise de rôle la montre encore prudente mais avec de beaux atouts. Ne doutons pas qu’avec le temps elle saura trouver des accents plus justes. La ligne verdienne lui convient bien et l’homogénéité des registres est un atout pour ce rôle très central. Plus d’aisance dans les aigus surtout piano enrichirait le personnage.

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Photo de David HERRERO

En Frère monomaniaque de la vengeance le baryton Gezim Myshketa fonce tête baissée dans la mort. Timbre sombre, chant mordant, il a bien des qualités du baryton Verdi. Dans les scènes avec Alvaro il tient face à l’incroyable voix d’Amadi Lagha, ce qui n’est pas peu dire.

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Photo : D.HERRERO

Seul à être un habitué des rôles, Roberto Scanduzzi, est celui qui se passe de partitions. Son aisance scénique avec peu de gestes lui confère chaque fois toute l’autorité attendue. Rajoutant raideur et inflexibilité au Marquis et ajoutant bonté et rondeur au Padre.   Un grand artiste qui à lui seul avec ce jeu si sobre, se fait théâtre. Et quelle belle voix !

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Photo : D.HERRERO

Les autres rôles plus anecdotiques ne déméritent pas avec une Prezosilla très intéressante, vivante et sans trop d’effets appuyés. Racham Brydce-Davis a de la gouaille mais aucune vulgarité, écueil dans lequel bien des grandes voix du passé sont tombées au disque.

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photo :D.HERRERO

Le Melitone de Sergio Vitale garde lui aussi une certaine hauteur tout en arrivant à faire comprendre l’humour attendu du personnage sans la vulgarité trop souvent surjouée. Roberto Covattaen en Trabuco, Cécile Gallois en Curra et Barnby Rea en lcade et Chirurgo sont à la hauteur. Avec des artistes de cette valeur comme partenaires principaux c’est mieux que bien !

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Photo : D.HERRERO

Le chœur étalé sagement sur la scène et partiellement masqué est  majestueux. En grand nombre il fait honneur aux magnifiques pages écrites par Verdi. Chœurs d’hommes, de femmes et mixtes, tous colorés et fort vivants, sont magnifiques. Grâce à l’excellent travail de cohésion vocale d’Alfonso Caiani, la magie du chœur verdien plein d’énergies et de magnifiques couleurs se développe tout le long du drame.

La version de concert de la Force du Destin proposée à Toulouse ne fait pas regretter la mise en scène. Même si c’est bien dommage que l’hommage à Nicolas Joël qui avait mis en scène l’ouvrage en 1999 lorsqu’il était le directeur de la maison n’ait pas été complet. Nous savons qu’il aurait approuvé une distribution si homogène lui qui savait aussi choisir si bien les chanteurs. Les Toulousains en tout petit nombre (un tiers de jauge, disciplinés et masqués) ont fait un triomphe à ce retour à la vie lyrique. Bravo aux chanteurs tout particulièrement qui se sont présentés au public en pleine possession de leurs moyens alors qu’ils n’ont pas pu chanter depuis des mois …. Et que les metteurs en scène redeviennent un peu plus modestes : c’est bien les voix et l’orchestre qui font le drame ! La liaison scène-fosse a été parfaite ! Verdi y a tout gagné !

Cette première de la Force du Destin a été un triomphe mérité ! Le public a exulté !

Avec Elektra mise en scène le mois prochain le bonheur sera complet et une émotion à couper le souffle est attendue avec un chef d’œuvre si noir.

Hubert Stoecklin


Théâtre du Capitole

Musicales Franco-Russe : un final en apothéose !

Compte rendu concert. Toulouse.  Musicales Franco-Russes. Halle-aux-Grains, le premier avril 2021. Olivier Messiaen (1908-1992) : Les Offrandes oubliées, méditation symphonique pour orchestre ; Franz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi bémol majeur S.124 ; Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°5 en mi mineur op.64 ; Bertrand Chamayou, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev.

Tugan Sokhiev

Avec une diffusion en direct sur France musique et sur MediciTV on ne pouvait rêver plus grandes marques de reconnaissance pour ce dernier concert des Musicales Franco Russes. Il faut dire que la détermination de Tugan Sokhiev et de l’équipe municipale a de quoi forcer la plus grande admiration. Dans ce contexte si néfaste pour la culture la tenue de cette manifestation est un prodigieux exploit !

Nous avons rendu compte de deux concerts et plus rapidement de l’académie d’orchestre. Être présent à ce concert c’est pouvoir témoigner de l’alchimie naturelle et évidente entre le chef et son orchestre. Ce qui se passe est incroyable et même un concert confiné (pour les seules cameras et micros) leur permet de se retrouver avec chaleur.  Ce concert de clôture des Franco Russes est une véritable merveille de musicalité au sommet.  Le son de l’orchestre dans la Halle-aux-Grains vide, avec les musiciens étalés permet une ampleur sonore alliée à la plus grande précision, toutes deux proches de l’idéal. Je ne sais si la superbe prise de son rend vraiment l’effet dans la salle. En tous cas nous tenons un grand enregistrement et une captation visuelle de superbe allure. Le travail de Medici est à la hauteur de la qualité musicale, un sommet assurément !

 C’est avec beaucoup de respect et de retenue, une mise en place impeccable et un bel équilibre que Tugan Sokhiev dirige la courte partition de Messiaen. Proche de ses maitres le jeune compositeur de 22 ans écrit une partition encore tonale, pleine de couleurs pastel très françaises et déjà emprunte de la grande foi religieuse et la mystique qui le caractériseront toute sa vie.  La fin lumineuse, avec des cordes surnaturelles est magnifique et très apaisante ainsi amenée.

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Le pianiste toulousain Bertrand Chamayou est un partenaire régulier de l’Orchestre du Capitole. Sa carrière internationale brimée par la situation sanitaire nous permet de le retrouver ce soir. L’entente avec Tugan Sokhiev est admirable. Leur interprétation de ce premier concerto de Liszt est à marquer d’une pierre blanche. Le pianiste toujours parfait techniquement est ce soir particulièrement inspiré et finira comme en transe. Ce supplément d’engagement à la limite de la folie donne une tension à son jeu qui décuple l’entente musicale avec le chef et l’orchestre. Les solistes de l’orchestre dans le même engagement visionnaire permettent des moments de musique de chambre fusionnels. La beauté plastique du son, la précision rythmique (le triangle !) et l’ampleur des nuances donnent un relief très impressionnant à cet partition hybride. Le coté improvisé et comme composé sur le moment est tout à fait fascinant. Tant de musicalité et virtuosité associées ! Il y avait quelque chose de magique dans cette interprétation en parfaite osmose. La captation sur Medici en permet la compréhension avec des échanges de regards éloquants. Les applaudissements enthousiastes de l’orchestre sont à la hauteur des regards admiratifs du chef et du bonheur affiché du pianiste. Je gage que chacun se remémora ce concerto comme un sommet particulier dans sa carrière. Un Grand Moment capté pour l’éternité.

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P.NIN

Mais le plus incroyable reste à venir avec la cinquième symphonie de Tchaïkovski.

Ce n’est pas un mystère Tugan Sokhiev adore la musique de Tchaïkovski et la dirige magnifiquement. Nous avons eu la chance de l’entendre dans de nombreux opéras et sa musique symphonique. Un enregistrement de cette même symphonie a été réalisé pour Naïve en 2011. Enregistrement tout à fait estimable et que j’ai réécouté avant le concert. Le choc de cette interprétation a été grand. Comment ne pas penser qu’en dix ans il y a passage d’une belle interprétation à une interprétation géniale. La maturité de Tugan Sokhiev est manifeste et celle de l’orchestre également. Je pense que la fréquentation des opéras de Tchaïkovski qui a opéré cette évolution magnifique. Il m’a semblé que Tugan Sokhiev donnait quelque chose d’organique à son interprétation quelque chose de vivant, fulgurant qui avance avec une évidence sidérante. Pas une note en trop, par une répétition qui ne soit indispensable. L’équilibre constamment trouvé jamais perdu et toujours nouveau. La partition si émouvante trouve dans une perfection formelle de chaque instant un poids émotionnel inoubliable.  Ce qui semble plus incroyable est une manière subtile de construire les phrasés comme une véritable confession. Dans le deuxième mouvement si mélancolique les cordes sont dirigées comme des voix humaines avec des nuances incroyables. Tugan Sokhiev laisse sa baguette et de sa main droite semble malaxer le son comme un magicien. Le cor solo auquel il laisse beaucoup de liberté, dégage une émotion terrassante. La valse triste du troisième mouvement détrône celle de Sibelius avec une élégance suprême. Mais c’est peut-être la construction si parfaite du final, son équilibre émotionnel et technique fusionné qui atteint des sommets de musicalité. C’est également dans ce mouvement que l’entente entre les musiciens et le chef est surnaturelle. Mêlant plaisir et admiration réciproques c’est une liaison d’amour qui s’exprime. Les progrès de l’orchestre ne sont pas en reste. Je ne sais pas comment cela s’est déroulé mais je suis certain que les cordes ont fait un travail considérable pour arriver à ce niveau de présence et d’émotions bouleversantes.

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P.NIN

Tant en délicatesse dans le deuxième mouvement qu’en puissance dans les terribles fusées du final. Les violons n’ont plus rien à envier à d’autres orchestres. Déjà les bois étaient superlatifs à Toulouse. Jacques Deleplanque au cor solo, un modèle dans le début du deuxième mouvement, est tellement plus émouvant ce soir. Les violons ce soir se sont surpassés. Il semble s’être passé quelque chose de déterminant. Est-ce l’acoustique modifiée évoquée plus haut ? Pas seulement, et j’ai vraiment hâte de retrouver l’orchestre en concert « pour de Vrai ». La qualité de cette interprétation semble ouvrir un nouvel espace avec davantage d’originalité comme par exemple le chant au cor si mélancolique de Jacques Deleplanque. Il est probable que ce soit cette confiance et cette admiration mutuelles qui scellent la belle harmonie entre le chef et son orchestre. Il manque seulement le public, le troisième élément de ce cercle vertueux.  Aussi est-ce avec joie que j’ai appris que Tugan Sokhiev, sur le départ, avait décidé de rester un an de plus à Toulouse. Il aurait été vraiment dommage de laisser le public sur sa faim. Ne doutons pas un instant que la prochaine saison verra une fréquentation du public décuplée.

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Concert final des Musicales Franco-Russes qui atteint un véritable sommet. Ne boudez pas votre plaisir il est possible d’en avoir quelque chose dans une excellente prise de son et une mise en image merveilleuse qui permet de voir l’engagement et la beauté des musiciens (même masqués) et la direction chorégraphique d’un Tugan Sokhiev en état de grâce. Sans oublier un Bertrand Chamayou particulièrement inspiré dans une version fulgurante du premier concerto de Liszt…

Hubert Stoecklin

Lien concert de France Musique

Lien vers Medici TV

Sokhiev : Le retour ! Tout Chostakovitch !!

Compte rendu concert. Toulouse.  Halle-aux-Grains, le 27 mars 2021. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon n°2 en ut dièse mineur op. 129 ; Symphonie n°5 en ré mineur op. 47 ; Vadim Gluzman, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev.

Tugan Sokhiev admirablement accompagné par toute la municipalité et son cher Orchestre ne lâche rien. Il a partagé, lors de cette nouvelle Académie d’orchestre 2021, sa passion pour la direction d’orchestre avec de jeunes chefs et cheffes. Medici TV a mis ses caméras et le résultat est passionnant. Dans cette académie d’orchestre on y apprend la quintessence de la musique par des remarques parfois sans ménagement mais toujours d’une grande bienveillance. Maitre Tugan n’hésite pas à confier son extraordinaire orchestre, tous musiciens d’exception, à de très jeunes baguettes (l’une d’elles ne dirige que depuis un an !). C’est absolument irrésistible de courage pour les jeunes, de patience et de professionnalisme passionné pour les musiciens et de génie d’enseignement pour Tugan Sokhiev qui avec générosité propose aux jeunes impétrants d’oser beaucoup de liberté afin de chercher la musique du cœur. Deux périodes durant lesquelles les progrès sont visibles et audibles. Et l’orchestre est d’une gentillesse incroyable toujours très engagé même en répétant quelques mesures inlassablement. On ressort de cette écoute complètement enthousiaste. Il FAUT que de tels artistes retrouvent en vérité leur public et vite… très vite…

Cette Académie sur Medici TV .

CONCERT TOUT CHOSTAKOVITCH :

Tous contaminés !

Franco Russes Gluzman

Le concert du samedi nous a permis de retrouver le grand chef et son orchestre dans des œuvres de Chostakovitch. Quelles retrouvailles ! L’osmose perdure comme aux premiers jours. A présent les musiciens de l’Orchestre sont très à l’aise dans les partitions de Chostakovitch. Le deuxième concerto pour violon dans la rare tonalité de do mineur est une œuvre courageuse. Chostakovitch dans la Russie soviétique si dangereuse, voire hostile utilise les techniques de compostions les plus modernes au nez de la censure. Il compose une musique atonale, avec des accords étranges et des modulations audacieuses. Les rythmes sont incroyablement complexes. Il n’offre pas au violon une virtuosité facile mais lui permet des effets rares et surprenants. Composé en trois parties c’est bien la seule chose cédée à la tradition par un Chostakovitch très exigeant tant pour les musiciens que le public. Cette partition est compacte et dense, complexe et profonde. Rien que le deuxième mouvement tire du violon et de l’orchestre une angoisse titanesque. Le dialogue avec le cor est particulièrement réussi dans une même recherche de beauté sonore et de phrasés assortis. Jacques Deleplanque est au cor un musicien suprême, partenaire idéal pour Vadim Gluzman. Vadim Gluzman et Tugan Sokhiev s’entendent à merveille et offrent une interprétation ciselée, très en place et l’orchestre participe pleinement à cette extraordinaire fête de la précision rythmique. L’originalité de ce concerto est grande, cela nous change des concertos hyper connus. Ce concerto même s’il ne plaira pas à tous est en tout cas un grand moment de partage et l’émotion qui nait de cette inestimable complicité artistique est rare. Le son de Vadim Gluzman est d’une profondeur incroyable sur toute la tessiture avec des graves et un medium très chaud. Les aigus sont rayonnants, solaires, sans dureté jamais. La souplesse de ce son qui irradie est un vrai bonheur. Les couleurs irisées de l’orchestre participent à cette fête.

Franco Russes Sokhiev

La cinquième symphonie de Chostakovitch est peut-être la plus jouée. Tugan Sokhiev et son orchestre l’ont déjà interprétée il y a trois ans. Largement autobiographique cette symphonie se masque sous une sorte de soumission. En fait c’est un manifeste qui parle de la vie sous le régime soviétique au temps des purges staliniennes. L’angoisse est diffuse dès les premiers accords. Ce premier mouvement pourrait suggérer dans son entier cette tension d’angoisse qui s’insinuait partout et enveloppait Chostakovitch qui longtemps a dormi tout habillé, de peur d’une arrestation nocturne imminente. L’orchestre joue admirablement, chaque pupitre est excellent. Tugan Sokhiev a un sens du détail aigu, il organise un discours très puissamment charpenté. Il amène avec beaucoup de subtilité la fin de l’angoisse vers ces notes de célesta si oniriques. Le deuxième mouvement est un scherzo sarcastique dont Chostakovitch a le secret. Sous une musique parfois facile se cache une acidité, une dérision subtile qui fait mouche. Oui le régime populaire était ridiculement boursouflé d’orgueil. Tugan Sokhiev arrive à faire vivre une certaine fraicheur dans les thèmes populaires tout en mettant en valeur les sarcasmes avec un grand art des demi-teintes. Le troisième mouvement est dirigé dans une tension quasi insoutenable de douleur. Les couleurs de l’orchestre sont mélancoliques. La douleur morale sue d’entre les notes et la plainte suit les lignes mélodiques. Le final, celui d’un bonheur ostensiblement flagorneur a toute l’ambiguïté voulue par le compositeur soviétique révolté. Comment peut-on prendre au premier degré ce final bêtement tonitruant après ce troisième mouvement si extraordinairement douloureux ? C’est que Tugan Sokhiev le construit admirablement et que les musiciens de l’orchestre semblent dans cette musique comme des poissons dans l’eau. Avec une ironie autorisée par la musique de Chostakovitch, je devine combien chaque musicien de l’orchestre est complètement contaminé par leur chef du « Virus Chostakovitch ». Et la personne ne souhaite de vaccin ! Car le public va être bientôt lui aussi contaminé et je rêve d’une pandémie Chostakovitch ! L’enregistrement de ce concert fabuleux pour Warner Classic permettra à l’automne de trouver chez votre disquaire préféré le CD de cette sensationnelle Cinquième Symphonie de Chostakovitch. Je prédis un enregistrement de « référence ». Pour l’heure n’hésitez pas à regarder le concert.  Il sera également diffusé sur France Musique le 12 avril dans le concert du soir.

Hubert Stoecklin


Orchestre National du Capitole  •   Les Franco-russes

Franco Russes21

Musicale Franco-Russe 2021 toute en finesse sur les réseaux sociaux …

Compte rendu concert. Toulouse.  Halle-aux-Grains, le 19 mars 2021. Sergeï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie N° 1 « Classique » en ré majeur Op.25 ; Concerto pour violon N°2 en sol mineur Op.63 ; Benjamin Atthair (né en 1989) : 117 : 2C (création mondiale) ; Piot Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Romeo et Juliette ouverture fantaisie ; Aylen Pritchin, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Maxim Emelyanytchev.

Franco Russes 2021 quelle élégance !

Maxim Emelyanytchev est un musicien fantastique qui est très aimé à Toulouse et cela se comprend. Ce soir il a dirigé un concert jubilatoire et d’une élégance rare pour célébrer les musicales Franco-Russes 2021. Le virus ignoble nous avait privé de l’édition 2020 de ces Musicales Franco-Russes, si chères à Tugan Sokhiev. Il n’était pas question de renoncer cette année et les concerts donnés en Live sur les réseaux sociaux permettent cet ersatz salutaire. Salutaire pour l’orchestre qui ne perd pas en qualité bien au contraire et salutaire pour le public afin de ne pas mourir d’ennui. Merci aux organisateurs si déterminés, efficaces et résistants à la morosité !

Ce concert sera également diffusé sur France Musique le 12 avril prochain. Les commentaires sur YouTube prouvent combien il a été suivi mondialement : Une très belle audience.

L’allure primesautière du jeune chef russe est celle d’un Elfe et il se lance dans la petite symphonie classique de Prokofiev avec panache. Quel humour, quelle joie dans cette musique. Maxim Emelyanytchev en ciselait les moindres notes tout en organisant une lecture absolument parfaite techniquement. Rythmée, dansante, chantante cette symphonie, sorte de pastiche-hommage à Mozart et Haydn, est un régal de chaque instant avec des interprètes si engagés. La précision est ce soir mariée au sentiment du bonheur.

Emelyanychev

Le concerto pour violon N°2 de Prokofiev est plus complexe allant jusqu’au sombre. Le chef russe ajoute de la profondeur à certains moments et sait ouvrir une forme de douleur et de mélancolie. Ainsi le mouvement lent est une plainte lancinante. Le violoniste Aylen Pritchin, russe également, est mondialement acclamé. Il joue avec engagement dans une sonorité riche et profonde. L’aisance est totale et il semble complètement dominer la partition si exigeante. Voici une interprétation magistrale car l’Orchestre du Capitole est totalement sur la même cime que les deux artistes russes.

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P.Nin

Le concert est généreux et la création du Jeune Benjamin Attahir, commande de l’orchestre, porte un titre en chiffre, c’est bien abscons (117 : 2C). Construit en deux moments qui semblent et s’affronter et se compléter, il permet aux cordes de donner libre court à leurs possibilités. D’abord cette précision et cette rapidité d’adaptation propre au violon avec des rythmes détachés d’une complexité redoutable. Les musiciens de l’orchestre du Capitole n’en font qu’une bouchée, concentrés et motivés. Puis se déroule une sorte de combat entre ces rythmes implacables, des pizzicati et des phrases lyriques. Mais l’issue du combat est incertaine et le calme semble abrupt évoquant plus un chaos qu’un retour au calme. L’œuvre est stimulante et ne manque pas de séduction. L’interprétation est ébouriffante.

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P.Nin

Pour finir le concert c’est le plus émouvant des compositeurs russes qui nous est offert. Dans une œuvre assez courte mais si pleine du drame de Roméo et Juliette : son ouverture fantaisie. Les couleurs chaudes du choral des bois et cors qui débute l’ouverture est caractéristique de cette qualité émotionnelle de la musique de Tchaïkovski. Les thèmes se suivent dans le plus bel effet dramatique. Maxim Emelyanytchev ne cherche pas à éviter les effets de pathos et le drame prend tout son aise. Le très grand chant d’amour éperdu est irrésistible. Cette mélodie si belle est inoubliable ainsi développée et phrasée. Quel magnifique final permettant à la plus belle émotion de se développer. Véritable festival de rythmes de couleurs et de nuances. Tout est mis au service de ce drame d’amour mythique. L’orchestre est merveilleux à chaque instant. Comme les vibrants applaudissements du public ont manqués ! J’imagine facilement une standing ovation après une interprétation aussi brillante. Quand retrouveras-tu ton public magnifique orchestre, à présent tu es aussi russe que français ! Le prochain concert tout Chostakovitch avec maitre Sokhiev sera un sacré choc !

Hubert Stoecklin

Orchestre National du Capitole

Concert toujours sans public mais qui maintient le lien par la visio-diffusion

Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 6 mars 2021. Richard Wagner (1813-1883) : Prélude et mort d’Isolde, extrait de Tristan et Isolde ; Richard Strauss (1864-1949) : Also sprach Sarathoustra, poème symphonique. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Thomas Guggeis, direction.

Un Concert au sommet !

Les concerts retransmis en direct puis en « replay » de l’Orchestre du Capitole se poursuivent favorisant ce frêle lien avec les critiques présents et le public derrière ses écrans. Le succès est majeur et l’orchestre se maintient ainsi à son niveau d’excellence, les chefs peuvent partager avec cet orchestre si engagé des moments fondateurs et le public peut se régaler des images proposées sur Youtube. Ces ersatz sont succulents et méritent toute notre reconnaissance mais quand retrouverons-nous cette alchimie si particulière entre l’orchestre et son public toulousain ? Quand la Musique renaitra-t-elle à la vraie vie ?

GUGGEIS
Thomas Guggeis avant de diriger le prélude de Tristan se concentre

Ce que je peux dire c’est qu’en tant que privilégié présent en chair et en os, j’arrive mieux à vivre l’absence du public. Après tout il y a de sacrés avantages, pas de toux, de bruits de papiers de bonbons, de bruits de bijoux et autres joyeusetés. La musique est d’avantage respectée ainsi pas d’applaudissements impatients non plus en fin de morceau. Mais quelle tristesse toutes ces places vides !

Le tout jeune chef d’origine allemande Thomas Guggeis a dirigé ce soir un concert d’anthologie. Le chef de tout juste 27 ans est un musicien hors pair capable de donner des ailes à l’orchestre. Le programme exigeant est de toute beauté. D’abord sans rupture de la solution de continuité le prélude de Tristan et la mort d’Isolde en version purement orchestrale. Cette pièce de concert nommée « Prélude et mort d’Isolde » est un véritable monument, très aimé des chefs comme du public. Rarement la voix aura si peu manqué dans le lied final tant l’orchestre a chanté avec passion et a chanté haut et fort. Le grand crescendo est magnifiquement conduit par le chef. Les risques pris sont aigus et le résultat assumé est ce grand vol d’un vaisseau puissant et qui malgré sa taille décolle tout là-haut.

T.Guggeis
L’envol de la musique avec T.Guggeis

Jouer ces deux extrêmes de l’opéra fleuve de Wagner nous fait vivre de manière fulgurante cette passion mortelle inouïe. Toutes les questions harmoniquement irrésolues du prélude, tous ces chromatismes tristaniens qui ont tant plu et qui irritent tant, sont une magie dont le jeune Thomas Guggeis comprend tous les arcanes. Et leur résolution dans ce dernier accord est une jouissance suprême. La manière sure et généreuse dont le chef aborde ces deux pages liées pour l‘éternité est un régal sur tous les plans. La perfection instrumentale, l’équilibre des nuances, les phrasés amples et les couleurs mélancoliques d’une douleur infinie, puis dans la mort d’Isolde cette puissance de la transfiguration amoureuse avec ces coups de boutoirs si puissants, font une impression profonde. Les contre-chants si lisibles, les interventions subtiles de la harpe, tout est pleinement présent jusqu’à cette fin magique parfaitement réalisée ce soir. Un très grand chef de théâtre ce jeune homme, qui en quelques minutes nous résume tout le drame de Tristan et comment !

Thomas Guggeis
Thomas Guggeis dirigeant l’Orchestre du Capitole le 6 Mars 21

Et que dire à présent de la manière dont Thomas Guggeis empoigne le Sarathoustra de Strauss ? Il semble changer d’orchestre, le son gagne en brillant, en acuité et les instrumentistes comme galvanisés rivalisent de beauté sonore. Dès le splendide lever des cuivres encouragés par la timbale, la puissance et la grandeur coupent le souffle. Toute la partition restera à cette hauteur et dans une infinie variété de nuances et de couleurs va nous faire vivre un voyage enchanté à travers toute l’humanité, ses réalisations les plus spectaculaires, ses aspirations les plus hautes, mais sa vulnérabilité la plus bouleversante aussi et même sa petitesse. Richard Strauss a composé une suite de mouvements absolument virtuoses qui permettent à l’orchestre de briller à chaque instant. Il est impossible de citer chacun mais admettons que les cuivres se taillent une part de lion dans une puissance renversante. Le violon solo de Kristi Gjezi est d’une présence envoûtante. Il serait injuste d’oublier les bois si émouvants, ni les cordes dans une soie si brillante et un moelleux si chaud. Les percussions sont exquises de précision et pimentent le tout.

Thomas Guggeis et L’Orchestre du Capitole : quelle interprétation !

L’ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE DE TOULOUSE est un Grand Orchestre magnifique en tout. La réécoute de la vidéo est un précieux régal mais avouons que l’effet est autrement troublant en face des déferlantes des plus de 100 musiciens de l’orchestre si admirablement dirigés.  Disposés si confortablement dans la Halle-aux-Grains les sonorités somptueuses se développent incroyablement. Le confinement permet aux musiciens de jouer avec peut-être plus de concentration et moins la pression de répétitions harassantes. Je les  trouve reposés, impliqués et d’autant plus généreux. Le son de ce soir est tout à fait unique c’est vraiment du grand art. Bravo à tous y compris au programmateur qui a su trouver ce jeune chef, Thomas Guggeis, un nom qu’il faudra suivre et un chef qu’il est souhaitable de voir et revoir à Toulouse tant au concert qu’à l’opéra.

Hubert Stoecklin

lien vers le concert attention ça plane haut !

Orchestre national du Capitole

Concert d’un nouveau type : sans public !

Compte rendu Concert. Toulouse. Halle-Aux-Grains, le 6 Février 2021. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concert pour piano et orchestre n°20 en ré mineur, K.466 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°9 en ut majeur, D. 944, « La Grande » ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. David Fray, piano ; Direction : Leo McFall.

Concert jubilatoire sans public mais très regardé !

C’est le paradoxe incroyable de cette époque. Pas de concert pour le fidèle public mais des captations vidéo et des rediffusions qui permettent à un très grand nombre d’écouter la beauté pure.

Au moment où j’écris ce texte, soit trois jours après le concert, il a été vu plus de 7200 fois ! C’est bien plus que lors de concerts mais l’émotion peut-elle être comparable ?  C’est un immense plaisir de le voir ou le revoir mais le concert est un rituel public ne l’oublions pas. Sans public le sens du partage est juste tué.

ONCT

La presse a pu être présente, je peux donc vous assurer que l’émotion est particulière en ce moment. Sentiment d’extraordinaire privilège et de profonde tristesse d’être face à une vaste salle entièrement vide.

Le début du 20ème concerto de Mozart, avec cette phrase si dramatique évoquant l’ouverture de Don Juan, fait monter les larmes aux yeux. Quelle beauté sonore, quelle puissance expressive, quelle théâtralité fabuleuse !  Le jeune chef anglais, Leo McFall, prend possession de la partition avec un sens du théâtre magnifique. Ce chef est très intéressant car il prend un parti pris très engagé. Il dirige ce concerto comme un opéra, avec un sens des nuances, des couleurs et du phrasé d’une musicalité tout à fait délicieuse. Les gestes eux-mêmes sont d’une grâce, d’une élégance et d’un pouvoir expressif rares. Il donne beaucoup de liberté aux solistes de l’orchestre, et donne aux interventions de l’orchestre un beau relief. Ce concerto, en ré mineur a une grande profondeur et ressemble à une conversation mondaine parfaitement organisée. Ainsi l’orchestre débute majestueusement, le piano répond, puis ils créent ensemble un dialogue respectueux de belle hauteur dans une parfaite lisibilité. Le chef est admirable de présence pour le pianiste comme pour ses musiciens. Sa direction est belle et d’une grande efficacité.

David Fray

David Fray, qui hélas reste masqué, participe à la dramatisation de l’interprétation tout en osmose avec la vision orchestrale dramatique du début. L’entente entre le pianiste et le chef permet de très beaux échanges. Le jeu de David Fray est franc, précis, parfois un peu sec. Il a tendance à se précipiter dans les cadences qu’il a choisies avec une belle virtuosité. Dans le premier mouvement il semble puiser dans plusieurs propositions :  Clara Haskil, Paul Badura-Skoda et Beethoven. Dans le dernier mouvement il ose la cadence tempétueuse d’Edwin Fischer. La théâtralité partagée est reine et le concerto sonne magnifiquement bien : un vrai bonheur !

Leo McFall un chef à suivre de près !

Leo McFall © Ville Hautakangas
Leo McFall © Ville Hautakangas un chef très attentionné

Pour la deuxième partie du programme la « grande symphonie » de Schubert nous permet de jauger Leo McFall tant cette œuvre mérite un chef « qui a quelque chose à dire ». Sa longue construction, ses très nombreuses reprises et sa structure complexe méritent une « grande baguette ».

Avec des gestes toujours aussi élégants, le chef semble prendre totalement confiance avec l’orchestre, laisse jouer les solos librement (les hautbois méritent une citation) et personne ne cache son plaisir. Leo McFall obtient des nuances très creusées, des couleurs magnifiques et il sait phraser admirablement avec beaucoup de subtilité. Il donne beaucoup de caractère aux différents mouvements et  semble tous les mettre sous le signe de la danse. Jamais je n’avais remarqué comme bien mieux que la septième de Beethoven cette neuvième symphonie de Schubert mériterait le titre d’apothéose de la danse. L’élégance des marches, la joie des valses, la puissance des cavalcades, l’humour aussi dans les reprises, tout fait de cette symphonie pleine de contrastes un grand mouvement dansé de toute les manières possibles.

Il y a comme une sorte de gourmandise dans les nombreuses reprises et la symphonie avance avec célérité vers le final qui est une véritable apothéose. Leo McFall est un chef passionnant. Sa direction permet à la musique de couler avec beaucoup de vie et l’orchestre a magiquement profité de cette personnalité musicale hors des sentiers battus. Il sait créer un climat surnaturel ou un silence angoissant : c’est un chef qui comprend le théâtre. N’oublions pas qu’il est chef d’opéra et symphonique et également violoniste et pianiste… …  Ce grand musicien qui semble s’entendre admirablement avec l’orchestre du Capitole doit revenir vite et pourquoi pas se fidéliser à Toulouse !  Leo McFall un nom à retenir, il est facile de se faire une idée,  regardez sur youtube….

Hubert Stoecklin

Orchestre National du Capitole

Adam Laloum et Maxim Emelyanitchev en osmose

Compte rendu Concert. Toulouse, le 8 Janvier 2021. Halle-Aux-Grains. Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture de Genoveva ; Concerto pour piano et orchestre en la mineur, op. 54 ; Symphonie n°4 en ré mineur, op. 120 ; Adam Laloum, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Maxim Emelyanychev, direction.

Schumann comme épuré

Onct 7 Janvier 2020

Ce concert est exceptionnel sur bien des plans.  Déjouant le sort qui semble vouloir tuer la culture vivante, les organisateurs ont convié les journalistes. Ainsi une poignée de chroniqueurs a pu, en ordre dispersé, assister à un concert filmé par Médici TV avec la mission d’en faire un retour. Car les journalistes artistiques eux aussi sont contraints au silence par manque de concerts.

C’est donc ma plume joyeuse qui retrouve le clavier !

Quoi qu’il en soit, l’Orchestre du Capitole a su développer une politique volontaire depuis le début de la fermeture de la Halle-Aux-Grains. Les concerts ont eu lieu et ont été filmés et diffusés en direct sur les réseaux sociaux. Ils sont ensuite disponibles à la revoyure (pour être vus et revus) et peut être qu’au final leur audience dépassera le public habituel de la Halle avec ses 2000 places. Peut-être qu’au final aussi un nouveau public viendra écouter l’Orchestre en concert.

L’équipe vidéo de l’Orchestre a ainsi pu prendre du galon et nous constatons de captations en captations les progrès. Mais ce soir c’est la Rolls de la vidéo musicale qui se charge du film, tous dans cette équipe de Medici TV sont des artistes magiques dirigés par Jean-Pierre Loisil. Chaque instrument soliste est vu au bon moment, les regards sont complices, les gestes du chefs enthousiastes et le jeu du pianiste d’une sensibilité rare. Et ce programme tout Schumann quelle belle idée !

Emelyanychev Maxim Jeune Maestro Il Pomo Doro

L’ouverture de Genoveva est une grande et belle pièce de concert qui développe une théâtralité passionnée sous la direction d’un Maxim Emelyanitchev particulièrement inspiré. Le final est enthousiaste et plein d’une passion délirante.

Puis l’arrivée du soliste est toujours un moment émouvant, la lente et élégante installation du piano d’abord puis les deux jeunes musiciens entrent en scène dans un même élan. Emelyanitchev dans une énergie elfique et Laloum comme un Giacometti vivant. Le concerto de Schumann est une œuvre à la fois très inspirée et homogène dans sa qualité constante. Le premier mouvement composé d’abord comme une pièce indépendante s’intègre à la perfection dans ce concerto en trois mouvements, tous fondus entre eux. Dès les premiers instants nous percevons que l’entente entre les deux musiciens est totale. Les regards, les égards, tout est recherche de partage et d’harmonie. La manière dont les nuances piano sont construites ensemble, puis le délicat crescendo permet de déguster comme rarement la finesse d’écriture de Schumann. La délicatesse du toucher d’Adam Laloum quasiment mozartien trouve un écrin élégant dans l’orchestre dirigé par Emelyanitchev. Le premier mouvement permet un dialogue d’amour entre musiciens qui renouvelle complètement la notion de concerto. Il n’y a jamais rien de démonstratif mais rien que du partage, de l’écoute comme une communion. Comment le hautbois et le piano se répondent, comment la clarinette et le basson colorent le propos et comment le piano se moule dans leurs sonorités veloutées, vous pouvez le retrouver dans le vidéo. Dans le deuxième mouvement c’est le beau chant des violoncelles qui émeut et le final est d‘une flamboyance rare. Un concerto de Schumann comme dégraissé est rendu à un naturel de pureté. Schumann y offre à sa chère Clara un dialogue digne de la musique de chambre, y associant une virtuosité toujours musicalement justifiée. L’amour de la musique, rien que de l’amour jamais de combat ou d’opposition.

Adam Laloum©Harald Hoffman

La jeunesse de cette partition rendue à sa pureté par l’osmose entre le chef et le soliste est un moment béni. Laloum est dans son répertoire de prédilection et son sens du phrasé, sa compréhension de toutes les facettes de l’œuvre, font de son interprétation la plus éloquente que j’ai jamais entendue. Emelyanitchev dirige comme par magie avec des gestes doux et jamais violents. Il obtient avec cette douceur plus de feu et d’âme que bien d’autres chefs. Et les musiciens de l’orchestre partagent avec joie cette vision lumineuse et joyeuse. C’est un véritable enchantement qui lie ainsi ces artistes. Quel dommage que le public n’aie pu, après avoir partagé ce moment, manifester avec reconnaissance sa joie dans des applaudissements généreux.

La dernière œuvre du concert est la quatrième symphonie de Schumann, celle que le compositeur voulait la plus expérimentale en liant sans silence les mouvements.  Œuvre qui coule, qui avance et exprime le plaisir de vivre. La passion de la vie dont regorge cette belle partition trouve en Emelyanitchev un chef qui en comprend toute la profondeur. Il obtient des musiciens de l’orchestre un jeu vibrant et plein de vie à chaque instant, jamais rien de lourd même dans les moments où la puissance se développe. Il y a vraiment quelque chose d’inspiré et de magique dans la direction de ce jeune chef. L’enthousiasme est communicatif mais sans précipitation. Il sait déguster la beauté de la musique et nous la rend limpide. Chaque musicien mérite d’être cité. Ils ont tous été merveilleux. Chacun a semblé donner ce qu’il peut de mieux et que le résultat est beau !

Un mot encore sur le plaisir des oreilles dans la vaste Halle-Aux-Grains silencieuse. Le son est pur, précis et l’équilibre sonore est absolument sidérant. La distance entre les musiciens, leur disposition germanique avec les contrebasses de face au fond, les violons 1 et 2 de part et d’autre du chef et la timbale au niveau des bois créent une ambiance merveilleuse. Cela fonctionne parfaitement et la précision de la direction, la finesse du jeu du pianiste trouvent ici un écrin parfait. La joie d’entendre un orchestre en liberté même si en période de disette, les enregistrements écoutés au salon sont un vrai bonheur tout de même … ce soir c’est un rappel à la vie !

Hubert Stoecklin

Lio Kuokmann chef pianiste fédérateur

Compte-rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 16 octobre 2020. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : triple concerto pour violon, violoncelle et piano en do majeur, op.56 ; Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Suite orchestrale « Beaucoup de bruit pour rien » de William Shakespeare, op.11 ; Richard Strauss (1864-1949) :  Le Chevalier à la rose « grande suite » ; Kristi Gjezi, violon, Marc Coppey, violoncelle ; Lio Kuokman, direction et piano.

La musique entre liberté et joie : éternellement jeune.

Quel concert exceptionnel ! Le dernier à une heure habituelle « 20h » avant cette sinistre période de couvre-feu.

Que la culture va-t-elle devenir ? Toujours plier sous le joug administratif ! Toujours s’adapter pour ne pas être exterminée ! LA CULTURE va « dérouiller » encore et encore, car comment va-t-elle trouver son public en lui offrant la certitude d’être chez soi à 21h ?  Débuter les spectacles à 18h30 ? 18H ? Encore faudra-t-il que les employeurs soient très conciliants et que la circulation s’assagisse à cette heure de folie sur le périph.

Lio Kuokman
Lio Kuokman

Ce soir pas de soucis de ce genre, le concert a débuté à l’horaire habituel, avec 1000 spectateurs seulement, distanciation sanitaire oblige. Ce soir des spectateurs potentiels sont restés dehors…

L’engouement pour le triple concerto de Beethoven est bien réel. Cette œuvre brillante et profonde permet un dialogue intense entre les instruments et l’orchestre. Plus symphonie concertante que simple concerto, l’œuvre permet à la virtuosité de s’exhaler et à l’émotion d’éclore. Ce soir le chef est également au piano, assurant une parfaite union entre l’orchestre et les solistes. Lio Kuokman est aussi brillant pianiste que chef doué. Cet homme a une direction élégante et obtient de l ’orchestre une musicalité délicate. Des phrases amples, des nuances finement dosées. Les couleurs de l’orchestre sont magnifiques. Il fait de la musique avec ses pairs avec autant de bonheur que tout l’orchestre qui le suit avec un plaisir non dissimulé tant il se dégage de son geste une générosité irrésistible. Au violon, Kristi Gjezi, quitte un temps son poste de premier violon super-soliste de l’orchestre. Un peu inquiet il a toutefois tout dans son jeu pour faire honneur à sa partie.

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Kristi Gjezi © Pierre Beteille

Il faut dire que l’aisance aristocratique de Marc Coppey au violoncelle est incroyable. Cet artiste que nous aimons beaucoup, a une grâce dans son jeu, une bonté qui émeut. Il y a comme du velours épais et chaud dans sa sonorité qui nous enveloppe. Et quelle simplicité dans ses échanges avec les musiciens à l’entour !

Marc Coppey © Kyoko Homma

Lio Kuokman joue sa partie avec gourmandise et dirige quand il le peut avec énergie et générosité. L’interprétation est parfaitement équilibrée, chacun à son meilleur. Le public fait un véritable triomphe et obtient en bis la dernière partie du final lancée par Kristi Gjezi dans un tempo d’enfer. Comme dégagé d’un certain stress le violoniste semble voler avec une facilité déconcertante. Le bonheur de faire de la si belle musique ensemble est flagrant. La joie déborde entre les solistes comme entre les musiciens de l’orchestre. Que c’est beau cette communion avec un public enthousiaste.  Rien qu’un moment comme celui-là prouve combien la mission des musiciens est VITALE ! La joie du partage existe encore !  Et comment !!

Lio Kuokman
Lio Kuokman

Pour la deuxième partie du programme les deux œuvres choisies gardent cette liberté de ton et cette beauté. Kornglod a su mettre en musique l’esprit léger et la jeunesse de Shakespeare. L’orchestre est comme allégé sans contrebasses. Le piano y joue une partie virtuose et prépondérante. Mais la virtuosité de chaque groupe instrumental est un véritable régal. L’orchestration est riche et originale. Lio Kuokman sculpte le son avec art, obtenant le meilleur des instrumentistes radieux.

Lio Kuokman
Lio Kuokman

Mais c’est dans la « Grande suite du Chevalier à la rose » que la direction de Lio Kuokman nous démontre sa capacité dramatique. C’est un chef prisé à l’opéra, nul doute possible avec cette manière de donner à chaque thème sa dimension dramatique et son espace exact. Quelle aventure que ce « digest » du Chevalier à la Rose. La valse finale est véritablement enlevée avec des gestes du chef comme pour battre de la crème fouettée. Et le bis, avec ces « voix du printemps » de Johann Strauss fils, est un hymne à la vie ! Affreux printemps 2020, que sera celui de 2021 ? Quelle élégance dans la direction, quelle capacité de lien avec les musiciens comme avec le public.  Lio Kuokman a bien des qualités musicales et humaines qui en font ce soir un vrai espoir dans la succession si complexe de Tugan Sokhiev.

Concert unique de pré « couvre-feu » véritable hymne à la jeunesse et la liberté !

Hubert Stoecklin

lien vidéo vers le Triple concerto quelques jours auparavant ainsi que la suite du Chevalier à la rose à Hong Kong

LA MUSIQUE contre la peur !

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le samedi 3 Octobre 2020. Joseph Haydn : Symphonie n°95 ; Ludwig Van Beethoven : Concerto pour piano et orchestre n°4 ; Symphonie n°8 ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Ishay Shaer, piano ; Maxim Emelyanychev, direction.

Maxim Emelyanychev

Maxim Emelyanychev

L’énergie inépuisable de Maxim Emelyanychev nous emporte !

La grâce d’ Ishay Shaer nous enchante !

A Haydn, professeur de Beethoven il est rendu hommage avec une de ses symphonies londoniennes mais c’est bien le géant de Bonn, Beethoven, qui domine le programme de ce beau concert. Malgré ses 20 minutes la symphonie n°95 de Haydn passe sans laisser grande impression. Si, bien sûr, une belle mise en espace, de larges phrasés et une énergie débordante, toutes dues à la direction sensationnelle du chef russe. Mais cela fait figure de hors d’œuvre pour la suite car ces mêmes qualités seront encore plus présentes. En effet les deux œuvres de Beethoven sont si puissantes qu’elles rendent un vibrant hommage au génie de Beethoven. Le quatrième concerto pour piano de Ludwig Van Beethoven est peut-être mon préféré. Son équilibre parfait entre orchestre et piano le rend particulièrement émouvant. L’entrée du piano solo suivi par la longue introduction orchestrale saisit l’auditeur par son audace et la puissance de son développement orchestral véritablement symphonique. Puis le dialogue si intimement noué avec le pianiste nous emporte. La qualité de l’équilibre entre le soliste, le chef et l’orchestre se révèle ainsi dès ces premières mesures. Et nous aurons ce soir une entente musicale étonnante. Elle fonctionne à merveille entre un pianiste solaire, dépouillé et mesuré et un chef débordant de vitalité, capable de brusquer les nuances, contorsionner les lignes chantantes et exacerber les rythmes. Le premier mouvement élégant et puissant, avance avec sérénité. Les solistes instrumentaux de l’orchestre dialoguent avec feu avec un pianiste très à l’écoute. Le jeu est égal entre tous, sans recherche de leadership. La musique se déploie somptueuse et rayonnante de bonheur. Le jeu d’Ishay Shaer est très clair, souple et délicat. Jamais de recherche de force, tout lui semble d’une facilité déconcertante. Trilles, fusées, longues phrases, rythmes charpentés tout ce que nous attendons de Beethoven est là. Le chef avance avec vigueur et sait relancer les phrasés avec efficacité. C’est le deuxième mouvement, celui qui organise un face à face unique entre un piano orant et un orchestre tonnant, qui permet aux artistes de théâtraliser leur propos. La délicatesse de la sonorité et la subtilité des phrasés d’Ishay Shaer construisent une prière irrésistible. La méchanceté et la violence de l’orchestre de Maxim Emelyanychev, sa sècheresse, nous font peur et nous permettent une identification immédiate au piano. La mort renonce (provisoirement) et le chant du piano sera vainqueur. Quel moment émouvant !

Ishay Shaer © David Jacobs

Ishay Shaer © David Jacobs

Jamais une telle opposition, douloureusement enfoncée jusqu’à la garde ne m’avait été donnée d’entendre dans ce mouvement si admirable dont le début prend ce soir une dimension planétaire, avec cette peur qui gouverne le monde. C’est toute l’opposition des tempéraments, leurs qualités se renforçant mutuellement qui fait le prix de cette rencontre de musiciens d’exceptions. L’Orchestre du Capitole, témoin de cette rencontre inoubliable fonce dans la mêlée avec un amour du beau son et de la puissance des sonorités. Le dialogue entre le piano et l’orchestre est d’une intelligence souveraine. La soudaineté du final libère la tension acculée dans cet andante nourrit d’émotions puissantes. Le final caracole avec une vivacité réjouissante. Nous avons le bonheur de trouver dans la vivacité le plaisir du partage entre virtuoses. Le public frémit de plaisir, il s’est reconnu dans cette musique d’oppositions et espère cette joie finale. Chacun veut la fin du cauchemar qu’a fait naître un petit virus couronné relayé et amplifié par nos décideurs. La prière du piano avait quelque chose de très personnel ce soir. Alors la joie du final est notre espoir à tous, et dans cette interprétation la vivacité des traits du pianiste est sidérante, associée à l’énergie sans limite de la direction du chef. Les dernières mesures sont quasiment de l’électricité pure et en haute tension !  Le public exulte à deux pas de la standing ovation.

Le délicat pianiste israélien, tous sourires, revient saluer et offre un bis d’une grande beauté comme la suite de la cadence du concerto allant vers l’une des plus sublimes œuvres de Bach. Le Choral « Jésus que ma joie demeure » immortalisé par l’adaptation de Myra Hess provoque une belle et vaste émotion. Ce choix de fin musicien est digne de cet artiste sensible. C’est la musique de la beauté et de l’espoir en ses plans qui se mêlent et se respectent :  chant de la joie de vivre que rien ne peut contraindre. Et il lie ainsi Bach, Haydn et Beethoven : le graal germanique de la musique classique….

Après tant d’émotions contrastées, la dernière œuvre va nous entraîner vers la joie pure. La huitième symphonie de Beethoven est relativement courte et avance sans relâche. Elle ne comporte pas de mouvement lent et semble au sein de ces neuf symphonies la plus heureuse. Le rythme y est très présent et Maxim Emelyanychev semble en apprécier toutes les facettes. Parfois il va jusqu’à une forme de brutalité tant l’énergie semble cogner contre la structure. Mais il est impossible de résister au séisme musical déclenché par le bouillonnant chef russe. Cette manière d’exacerber les contrastes et les nuances a indéniablement quelque chose de baroque. N’oublions pas que le jeune chef si doué est un grand amateur de musiques baroques et joue du cornet à bouquin. L’humour avec cette moquerie du métronome dans le deuxième mouvement est un vrai régal musical. Cette symphonie moins grandiose et moins connue du public est en tout cas sous une direction si énergique une œuvre inestimable, surtout en ces temps incertains. Une œuvre si engagée et enthousiaste est une bénédiction face à la terreur que les politiques et les médias nous distillent sans pudeur. Voilà un programme de concert thérapeutique. Nous avons besoin de cette énergie sans masques, de cette beauté sans concession et de cette volonté indomptable de croire au bonheur sans faiblesse.

Emelyanychev 3oct

Maxim Emelyanychev est un chef généreux qui encourage les musiciens ; l’orchestre du Capitole se régale et montre le meilleur de lui-même avec un chef d’une telle trempe et surtout qui ne cache pas son plaisir. Concert qui se termine en apothéose du bonheur du partage, sans peur et sans regrets, face à l’adversité. Après tout, même masqué le public fait de la résistance en allant écouter des artistes générant du bonheur si puissant dans un partage sage mais enthousiaste. C’est une grande chance d’avoir retrouvé notre orchestre en cette belle Halle-aux-Grains qui, avec bien des places vides, arrive toujours à applaudir avec force des artistes magnifiques. Vive la musique, vive la vie !  Merci à ce chef elfique que nous retrouverons avec joie dans la saison de l’orchestre plusieurs fois. Dont le concerto de Schumann avec Adam Laloum très bientôt… ce sera à nouveau de la magie !

Hubert Stoecklin

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le samedi 3 Octobre 2020. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n°95 en ut mineur, Hob.1 : 95 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n°4 en sol majeur Op. 58 ; Symphonie n°8 en fa majeur, Op.93 ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Ishay Shaer, piano ; Maxim Emelyanychev, direction

Premier lever de rideau post confinement !

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE. CAPITOLE. Le 26/9/2020. W.A. MOZART. COSI FAN TUTTE . I. ALEXANDRE. Orch.Nat CAPITOLE. S. SCAPPUCCI.

Le Cosi de Toulouse nous rend à la vraie vie !

Comment avons-nous pu tolérer cette abomination ?  Rester sans opéra si longtemps et trembler de voir cette soirée annulée. Comment la peur a pu ainsi nous voler notre passion pour l’opéra ? Je me demande si nous n’allons pas, au train où vont les choses, parler d’une aire avant et après Covid en uniformisant le calendrier mondial….

Le personnel de la billetterie doit être félicité pour la patience et la gentillesse de leur accueil tant téléphonique que derrière les guichets. Les placeurs à l’entrée pour leur fermeté bienveillante et leur efficacité. Et quelle sagesse dans le public ! Tous masqué mais pas étouffés et sachant applaudir pour soutenir les chanteurs et la cheffe ! C’était un bonheur de retrouver l’opéra et déjà cela aurait été sensationnel. Mais en plus Christophe Gristi a su choisir un opéra idéal pour fêter des retrouvailles. Le Cosi de Mozart et Da Ponte contient des airs de toute beauté et des ensembles virtuoses. L’émotion amoureuse y passe par tous ses affres en trois heures de musique sublime ! Et l’orchestre n’est pas en reste qui parfois en suggère encore plus que les chanteurs.

Notre bonheur fut total. Car l’œil au grand jamais n’a été meurtri. La beauté des lumières a tout particulièrement magnifié les costumes et le décor. La mise en scène d’Ivan Alexandre est l’élégance même, le bon gout à chaque instant.

Chaque didascalie est respectée, l’esprit de Mozart diffuse avec juste ce qu’il faut de farce. L’émotion amoureuse se déploie avec des chanteurs-acteurs tous magnifiques. Jeunes, beaux, voix équilibrées et jeux de vif-argent nos six solistes sont merveilleux. Le jeu est très travaillé et se sert des particularités physiques de chacun avec intelligence et efficacité. 

L’immense Jean-Fernand Setti du haut de son double-mètre devient de simple entremetteur un inquiétant metteur en scène, démiurge qui semble tout maitriser. La voix de stentor rajoute de la puissance au personnage. Je me plais à l’imaginer en Scarpia tant son physique et son jeu peuvent être inquiétants.

Le Guglielmo d’Alexandre Duhamel a lui aussi une stature imposante, la rondeur du timbre assortie au torse puissant. Voix agréable et bien timbrée il joue avec justesse. En Ferrando, le délicat Mathias Vidal apporte un timbre ensoleillé et conduit son chant avec beaucoup d’émotions. Sa pamoison au moment de la trahison de Dorabella est savoureuse quand il est porté sur les épaules comme un fétu de paille. L’émotion du « Tradito, scernito… »   et surtout son engagement dans le grand duo avec Fiordilgi sont  magnifiques.

Les dames ne sont pas en reste avec des timbres exquis, une élégance de Watteau et une jeunesse réjouissante. Les deux sœurs sont taquines et attachantes. Les timbres se marient à ravir. Duos, trios sont de purs instants de magie. Julie Bouliane a un timbre rond et chaud qui fait de sa Dorabella un tempérament amoureux passionné.  J’y retrouve la rondeur et la richesse harmonique d’une Christa Ludvig. La Despina de Sandrine Buendia est tout simplement parfaite. Voix intéressante et particulièrement bien conduite mais également actrice impayable. Quel personnage incroyable ainsi rendu à une sorte de naturel roué, mêlant ingénuité et malice dans un sourire irrésistible… Ainsi toutes les incohérences du livret s’avalent sans hésiter.

La Fiordiligi d’Anne-Catherine Gillet restera un souvenir lumineux. La franchise de l’émission, payant comptant, le jeu énergique à fleur de peau, font de sa Fiordiligi une vraie amoureuse crucifiée entre devoir et volonté d’un côté et sentiments tendres et corps sensible de l’autre. Le développement de sa voix fruitée de soprano lui permet d’exprimer un tempérament scénique plus vaste. Le rôle de Fiordiligi est un jalon important dans sa carrière. Sa fragile Sophie de Werther a bien grandi sans rien perdre de son charme exquis. Toute la fin de l’opéra lui offre des moments de chant et de théâtre bouleversants, absolument inoubliables.

Le chœur disposé en loges d’avant-scène est bien chantant et d’une présence parfaitement équilibrée.

Dans la fosse l’Orchestre du Capitole est fantastique avec ses bois amoureux des voix, ses cordes de vif-argent et un continuo de grande intelligence. La direction de Speranza Scappucci est théâtrale et avance avec énergie. Elle soigne particulièrement certains contre-chants leur donnant un bel éclairage mélancolique. Car l’orchestre de Mozart est dans Cosi un véritable personnage qui colore le comique de profondeur et allège le drame afin d’éviter le pathos. Ivan Alexandre nous propose un spectacle pirandellien.

La double mise en abyme du spectacle fonctionne parfaitement, il y a le théâtre dans le théâtre sur trois niveaux, c’est assez classique et très efficace ; il y a également le jeu qui est mis en abyme.  Le jeu scénique et le jeu de carte ainsi que le jeu social, tout s’imbrique, s’invite dans le décor et donne une dimension symbolique à tout le spectacle. Le tréteau concentre l’action et l’omniprésence de Don Alfonso sert l’action. Après le temps des costumes, maquillages outrés, masques et perruques du plus haut comique, les hommes se rendent reconnaissables et cela jette encore d’avantage de trouble dans l’action.

Nous avions besoin d’un spectacle comme celui-ci : Beau, intelligent, émouvant, musical.

Le Capitole nous rend à la vie. Comme il nous a manqué cet auguste théâtre ! Il est de retour en sa plénitude.  Il y a résonné les plus beaux chants et le théâtre y a régné sans partage. Grazie mille a tutti ! Bravissimo !

Hubert Stoecklin

Compte-rendu Opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole le 26 Septembre 2020.Wofgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Cosi Fan Tutte, opéra bouffe en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte ; Mise en scène : Ivan Alexandre ; décors et costumes, Antoine Fontaine ; lumières, Tobias Hagström-Stahl ;  Avec : Anne-Catherine Gillet, Fiordiligi ; Julie Bouliane, Dorebella ; Sandrine Buendia, Despina ; Mathias Vidal, Ferrando ; Alexandre Duhamel, Guglielmo ; Jean-Fernand Setti, Don Alfonso ; Orchestre National du Capitole ; Chœur du Capitole – Alfonso Caiani, direction ;  Speranza Scappucci, direction musicale.

Las la série de représentations a été laminée par le Virus. Pas d’ orchestre complet, puis seulement le continuo, plus que du piano puis stop. Tout le monde en’a pas eu la chance de cette réouverture en grand !

Piano Jacobins la magie contre le virus

Compte rendu concert. 41 ième festival Piano aux Jacobins. Cloître des Jacobins, le 9 septembre 2020. C. DEBUSSY. M. RAVEL. F. LISZT. B. CHAMAYOU.

Bertrand  CHAMAYOU ami fidèle de Piano aux Jacobins.

Catherine d’Argoubet est une femme opiniâtre et très courageuse qui avec sa vaillante équipe a maintenu le Festival Piano Aux Jacobins contre vents et marées virales et administratives. Sa passion pour la musique reste intacte et ses capacités d’organisation sont exemplaires.  Et il en faut du courage en ces temps incertains pour prendre les risques  nécessaires afin d’organiser un festival aussi complexe que Piano Aux Jacobins.

Nous y étions ce soir, le résultat est là : la magie du lieu a fonctionné parfaitement. C’est cela aussi : une étape importante d’un retour à la vie normale que bien du monde attendait à Toulouse. Je dis Toulouse mais pas seulement Toulouse car Piano aux Jacobins a une aura internationale. N’oublions pas que ce festival s’exporte en Chine.

Piano Jacobins 41 Ans

Émotion forte donc que de pénétrer dans la vaste église des Jacobins, avec toujours un coup d’œil vers cet incroyable Palmier. Puis aller vers la partie des places qui vous sont destinées. Impeccable organisation, gentillesse des placeurs, public très respectueux des modalités de distanciation, tout est là pour que le plaisir musical soit intact sans risques inutiles. Pour ma part je m’installe dans le Cloître, juste après la pluie, face au piano et mon bonheur est extrême.

La veille, soir d’ouverture le grand Kovacevich n’avait pu venir de l’étranger. C’est là le seul hic pour ce festival international, tout comme la Roque d’Anthéron cet été : il a fallu compter sur les pianistes géographiquement proches, indépendamment de leur fidélité et renoncer au plus lointains.  Il n’y a pas de soucis, la qualité des musiciens est là. Nicholas Angelich, ami fidèle a offert hier un concert splendide consacré à Beethoven. Nous n’en doutons pas un instant après avoir eu la chance d’écouter cet été ses incroyables interprétations de Beethoven à La Roque !

Ce soir c’était un grand ami du Festival, un grand fidèle, presque le fils prodigue du festival. En effet il a fait des débuts très remarqués à ce festival tout jeune, il y a déjà presque une vingtaine d’années. Bertrand Chamayou est chez lui et à Toulouse ne l’oublions pas. Il y avait donc tout un public acquis d’avance et il était réconfortant de voir la salle capitulaire et le porche du Cloître et même quelques personnes dans le Cloître, tous se concentrer vers le jeu du jeune Chamayou. Impassible il se lance dans son programme avec calme impressionant.  Il ne fait qu’une bouchée de la Cathédrale engloutie, puis de la terrasse des audiences. Du beau piano, sonore et sans oublier une note. La maitrise du jeu ne permet pas d’expression superflue. C’est dans Feu d’Artifice, toujours de Debussy, que son jeu est le plus mis en valeur. Fusées, explosions, fulgurances, sureté absolue des doigts, son Feu d’Artifice est époustouflant. Dans Miroirs de Ravel le parti pris ne change pas, les sonorités non plus. Le jeu est lisse, sonore et parfaitement maitrisé. Certains n’entendent pas Debussy et Ravel en frères siamois comme Chamayou le propose ce soir.

Le programme remanié pour les raisons sanitaires ne permet pas d’entractes et nous passons à la deuxième partie consacrée à Liszt. Jeux d’eau de la Villa d’Este est perlé et jaillissant à souhait. La Berceuse est adorable. Mais c’est dans le trio Gondoliera, Canzone et Tarantella que l’énergie italienne fait trouver à Bertand Chamayou des accents plus chaleureux. La fabuleuse virtuosité impressionne toujours autant le public. Dans notre souvenir il était plus inventif lors de son intégrale des Années de Pèlerinage en 2011.  Avec générosité, adulé par les Toulousains, Bertrand Chamayou offre une série de bis toujours avec une virtuosité très pure, de Ravel, Liszt et Saint-Saëns. C’est un grand plaisir d’entendre le piano ainsi enchanter la nuit toulousaine en ce cloître si beau. Longue vie à Piano Jacobins.

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Hubert Stoecklin

A Toulouse des concerts en catimini !

Expérience musicale. Toulouse. Théâtre Garonne, les galeries. Du 26 Aout au 6 Septembre 2020. Adam Laloum, piano. Mi-Sa Yang, violon.

A bas bruit la musique fait son retour à Toulouse grâce au Théâtre Garonne

On le sait la culture doit rentrer en résistance pour subsister après le Covid. On ne compte plus les artistes malheureux, les projets annulés, les spectacles ajournés, les déplacements, annulations, réductions, et que sais-je encore. Des saisons amputées, des Festivals laminés, des morts et aussi  des résistants.

Nous avons eu la chance d’aller à Salon de Provence et à la Roque d’ Anthéron. Et à Toulouse la Musique en dialogue à la Chapelle des Carmélites ( tous les compte rendu dans les articles ci dessous).

Les organisateurs de spectacle ont dû avaler des couleuvres, faire et refaire des plans de salle selon des directives aussi arbitraires que délétères.  A Salon le port du masque durant les concerts en plein air et des places vides partout. A la Roque un plan millimétré privant des deux tiers des places, mais autorisant d’enlever le masque durant les concerts, en plein air tout de même ! Et toujours une organisation parfaite, des bénévoles experts dans l’art de diriger un public impatient mais docile. Et combien y a-t-il eu de réunions, de négociations… de travail fastidieux souvent inutilisable, de tracas, de peurs et de moments de désolation….  Jamais je ne serai assez reconnaissant à ces résistants qui portent haut l’étendard de la liberté de l’expression artistique malgré toute la bureaucratie maudite. Le travail de toutes les personnes « autours » des artistes a été remarquable, absolument fondamental. Merci à tous.

Les artistes étaient tous émus d’enfin jouer pour le public, dans des retrouvailles très émouvantes. La plupart ont évolué durant ce confinement, certains abordant de nouveaux répertoires. Les organisateurs de spectacles ont osé et ont réussi des paris parfois improbables. Il en est ainsi du Théâtre Garonne à Toulouse qui a fait sa rentrée à « BAS BRUIT » dans ses souterrains.

On ne peut pas trouver idée plus symbolique pour évoquer ce qui se passe. Il faut retrouver le gout du partage du beau à petite dose, sans faire de bruit, mais pas sans passion. Ainsi le pianiste Adam Laloum a-t-il enchanté les lieux souterrains avec des moments rares. De trois à cinq petits concerts par jour. Cela permettait au public de venir petit à petit. Pour certains de revenir avec un gout de plaisir défendus.  Certes il n’y avait que 20 personnes à la fois mais enfin 20 qui nageaient dans le bonheur, à côté du musicien et dans une plénitude sonore presque impudique. Le piano demi-queue sonnait puissant dans cette acoustique si particulière de ces boyaux de brique qui autrefois conduisaient de puissantes eaux venues de la Garonne toute proche.

Lieu magique, formule inouïe, et artiste complètement en transe. Le résultat ne peut se raconter tant ce qui a été vécu a été fort. Durant les trois premiers jours il y avait quatre concerts de piano solo de 30 minutes en moyenne qui alternaient.

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Adam Laloum © Carole Bellaiche
  1. La Sonate de Berg (11’) et la sonate D.664 de Schubert (25’).

Adam Laloum aborde cette unique sonate de Berg en post romantique encore sensible au lyrisme. Il fait chanter son piano et dans une clarté de jeu rare nous révèle tous les plans de cette partition. Le jeu limpide, les phrases sculptées et les rythmes précis créent un moment inoubliable. Puis la délicate et joyeuse sonate D.664 de Schubert n’est que bonheur partagé. Elle semble facile coulant sous des doigts légers.

  1. La sonate D.959 de Schubert (42’)

Cette sonate est d’une beauté incroyable dans l’interprétation qu’en fait Adam Laloum nous l’avons écrit, il y rencontre le génie de Schubert et le tutoiement est évident. Il y a comme une fusion fraternelle entre un compositeur et un musicien à travers les siècles. Une entente  comme il y en a peu car basée sur un partage de la même sensibilité et de la même poésie du monde entre joies et peines. Adam Laloum est le Schubertien dont on rêve depuis Rudolf Serkin et plus loin encore, Arthur Schnabel. Le deuxième mouvement «  Andantino » à chaque fois me transporte. C’est si beau, si puissant émotionnellement et la proximité du piano permet de rentrer dans le son si riche d’Adam Laloum comme jamais dans une vaste salle de concert. Tant dans le suave de ses pianissimi que dans la puissance émotionnelle de ses forte. La tempête centrale est dévastatrice, mais la tendresse qui suit est une consolation aimante qui fait tout oublier.

  1. La troisième sonate de Brahms en fa mineur op.5 (37’)

Cette œuvre nous la devons au confinement. Elle convient parfaitement aux moyens actuels du pianiste nous l’avons dit lors de sa venue à La Roque cet été. Il domine complètement la puissance de cette œuvre, la plus épanouie en terme lyrique et émotionnelle. Pouvoir l’écouter de si près permet de se rendre compte de l’ampleur phénoménale des nuances. C’est parfois presque trop intime de voir Adam Laloum donner tant dans son jeu. Il part quelque part et nous entraine avec lui. Il utilise ses recherches sur les sonorités du piano. Il colore, il sculpte le son et met tout cela au service d’une émotion irrésistible. Le jeu est émotionnel certes, mais également très maitrisé avec une constante lisibilité des plans, des structures et de la construction générale. Que ses graves ont beaux, chauds, profonds ! Et les aigus peuvent s’envoler avec légèreté ! Dans le deuxième mouvement « Andante espressivo » Adam Laloum sembler nager, comme flotter dans l’harmonie à la manière d’un poisson dans l’eau. Il semble nous amener à traverser la texture harmonique pour nous en délecter autant que lui.

Adam Laloum
  1. Schumann Kreisleriana op.16 (33’)

J’aime ce recueil et ce que nous offre Laloum ne ressemble à rien de ce que je connais. Il sait donner une sorte d’évidence à ce kaléidoscope émotionnel et pianistique. Tout est là sans heurts sans violences dans des oppositions et des contrastes qui se répondent plus qu’ils ne s’opposent. Des nuances incroyablement creusées, des couleurs innombrables et des traits précis, phrasés avec une sorte de largesse pleine de générosité toute schumanienne. Du beau piano mais surtout de la très, très belle musique !

  1. Deux sonates pour violon et piano de Brahms op.100 et op.108. Avec la délicieuse Mi-Sa Yang.

L’amie violoniste n’est pas arrivée comme prévu le mercredi 2 Septembre retenue par des exigences Covid…. Nous craignions le pire pour elle espérant toutefois qu’elle pourrait venir. Avec vaillance Adam Laloum a repris son programme soliste et c’est avec un immense plaisir que nous avons pu entendre une nouvelle fois la troisième Sonate de Brahms dans une interprétation peut être encore plus passionnée voire hallucinée.  Mais le lendemain elle est arrivée… Et tous les deux en fusion comme nous le savons ils se sont lancés dans ces deux extraordinaires sonates de Brahms. Bien évidement l’op.108 avec son lyrisme débordant restera dans les mémoires. Ces deux artistes qui font de la musique ensemble depuis leurs études partagent la même vision poétique, la même fine musicalité qui va droit à l’expression sans se soucier de la virtuosité autrement que comme moyen. Aimez-vous Brahms ? Il est difficile de ne pas adhérer totalement à cette musique avec des interprètes si doués.

Adam Laloum avec ces trois compositeurs, Schubert, Schumann et Brahms est au cœur de son répertoire, c’est un grand romantique dont l’évolution est passionnante. Aussi à l’aise seul qu‘ en musique de chambre et si dieu veut nous le retrouverons avec l’Orchestre du Capitole à la Halle-aux-Grain le 7 Janvier 2021 dans le concerto de Schumann ! Justement le concerto le plus chambriste du répertoire….

Hubert Stoecklin

Théâtre Garonne saison à Bas Bruit

Musique en dialogue aux Carmélites tient bon !

Compte- rendu concert. Toulouse. Chapelle des Carmélites, le 29 août 2020.

BACH père et fils. Musiques de Johann Sebastian Bach (1685-1750) ; Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784) ; Carl Philippe Emmanuel Bach (1714-1788) ; Georg Philipp Telemann (1681-1767) ; Dietrich Buxtehude (1637-1707) ; Ensemble FILIGRANE ; Etienne Mangot, violoncelle et viole de Gambe ; Franck Marcon, clavecin ; Laurent Montel, comédien.

Crédit Photo : J.J. Ader

Bach en famille, quels tempéraments !!

Catherine Kauffmann-Saint-Martin est la directrice artistique de Musique en Dialogue aux Carmélites. Si son caractère bien trempé a su en faire une attachée de presse exceptionnelle, ses qualités de détermination et de professionnalisme lui sont bien utiles afin de maintenir la saison des concerts de fin d’été de Musique en Dialogue aux Carmélites.  On ne rappellera pas les concerts reportés, annulés, déplacés, modifiés, les tractations avec les autorités administratives, sanitaires…

Quoi qu’il en soit le résultat est là et c’est l’émotion dans la voix et les larmes au bord des yeux que nous avons pu participer à ce premier concert de cette belle série 2020.

Il sera étonnant lors de ce premier concert de constater combien le monde change si peu !

Dans un voyage plein d’humour nous avons embarqué pour un dialogue entre la musique de Jean-Sébastien Bach, de ses fils et des textes plutôt modernes et pourtant tirés  de lettres, notes et comptes- rendus d’époque. Et il n’y a qu’un Jean-Sébastien Bach dans l’humanité : le père fondateur de toute la musique occidentale, qui en a fait à la fois la synthèse et le renouvellement dans des développements et des avancées fantastiques.

Nous sommes tous confondus d’admiration pour ce génie qui a su écrire pour tous les instruments et tous les genres musicaux. Puiser dans son catalogue est toujours passionnant ce que confirment bien des extraits interprétés ce jour.

Mais quelle surprise ! L’administration allemande du XVIIIe siècle et celle de France aujourd’hui n’ont rien à s’envier pour leur exigences tatillonnes face au génie. Le second degré de ses dialogues entre les rapports administratifs allemand et la situation actuelle en France avait un goût légèrement amer.

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Les trois artistes, photo de J.J. Ader

Mais je remercie donc les artistes de n’avoir pas cherché à gommer l’aspect insupportable des textes administratifs et de les avoir livrés tels quels.  La musique du Cantor de Leipzig n’en était que plus majestueuse, vivifiante, inventive et au final délicieuse. L’administration est intemporelle et peut être une plaie pour le bonheur de vivre.

Il y avait deux musiciens mais en fait trois instrumentistes car Etienne Mangot joue non seulement magnifiquement du violoncelle baroque mais également de la Viole De Gambe. Cet artiste nous le connaissons bien pour sa participation tout à fait remarquable dans l’orchestre des passions baroques de Jean-Marc Andrieu. Il est extrêmement à l’écoute de son partenaire, le claveciniste Franck Marcon.

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Etienne Mangot à la viole de gambe et Franck Marcone au clavecin , photo : J.J. Ader

Les regards précis et attentifs entre les deux musiciens sont un enchantement de chaque instant. Les choix musicaux sont excellents, évidemment Jean-Sébastien Bach est majoritaire et les musiques de ses fils sont de belles factures sans toutefois atteindre au génie du père. Buxtehude, le maître et Telemann le collègue sont également présents à bon escient.

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Franck Marcone, photo de J.J.Ader

Ce spectacle, créé ce jour sous nos yeux, a bien des qualités ; il représente un moment absolument délicieux pour commencer une reprise de concerts en douceur. Qui mieux que Bach et ses fils pouvaient ainsi nous réconforter ?

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Etienne Mangot au violoncelle, Photo de J.J. Ader

La voix sonore de Laurent Montel tour à tour autoritaire, moqueuse ou pleine de second degré  a permis de mettre en lumière le génie de Bach qui a été mis à mal par l’adversité mais a tenu face à toutes sortes de difficultés matérielles et la médiocrité ambiante.  De même les organisateurs de spectacles aujourd’hui ne se laisseront pas mettre à mal par des règles administratives parfois peu claires, injustes et liberticides. Ce premier concert de la saison de musique en dialogue est un franc succès et le public a très chaleureusement applaudi les artistes. Longue vie à la musique, tout particulièrement au si intéressant concept de musique en dialogue aux Carmélites et  mort rapide  à la Coronaconnerie !!!

Hubert  Stoecklin

Musique en dialogue aux Carmélites